fév 202017
 

Les Editions Belin m'ont envoyé les 4 derniers livres de leur collection Egale à Egal. Cette collection existe depuis 2014. Sous forme d'un livre d'une centaine de pages, elle permet d'aborder un thème précis des inégalités entre hommes et femmes. Sont déjà parus par exemple des livres consacrés au temps de parole des femmes à la télévision, à l'école, à la ville, au fonctionnement.

Les quatre derniers ouvrages parus, et que j'ai donc reçus sont donc :
- Femmes en politique, en finir avec les seconds rôles de Marlène Coulomb-Gully. L'auteure montre par l'histoire de l'exclusion des femmes en politique, le constat des inégalités encore présentes, le rôle des média, le traitement des femmes, les nombreuses inégalités existant encore dans ce bastion masculin.  L'ouvrage se termine par des dates et chiffres clés et un quizz (qui m'a permis de constater mon abyssale ignorance en la matière). Les autres livres de la collection sont d'ailleurs construits sur ce même principe. L'ouvrage recense au fil des pages les nombreuses injures et réflexions sexistes qu'ont pu subir les femmes politiques à travers le monde ; à rappeler à certains qui se présentent désormais comme champions du féminisme.

- Vies de femmes, vies précaires de Thierry Benoit travaille sur la pauvreté et la précarité des femmes en France. Rappelons à ce propos que les femmes sont à tous âges de la vie plus pauvres et plus précaires que les hommes. Après avoir rappelé les chiffres à ce sujet, l'auteur se penche sur les raisons de cette différence ; carrière plus fréquemment interrompue, temps partiel, etc. Un intéressant chapitre montre la maigre place réservé à aux femmes dans l'espace public. J'avais déjà travaillé sur ce sujet pour le blog et je suis admirative de la façon dont l'auteur a réussi à synthétiser les données à disposition ; c'est vraiment un ouvrage que je conseille car ce sujet reste encore méconnu ; comme il y a plus d'hommes SDF, beaucoup en concluent rapidement que les hommes sont plus pauvres que les femmes ce qui n'est pas le cas.

- Femmes et cinéma ; Sois belle et tais-toi de Brigitte Rollet. Même si j'en parle peu sur le blog, je suis une passionnée de cinéma donc tout livre consacré à la place des femmes ne pouvait que m'intéresser. L'auteure montre, ce que j'ignorais, que les femmes ont travaillé dans le cinéma dés son invention. Elle cite en particulier Alice Guy qui fut la première femme au monde à créer une maison de production. Elle rappelle que la plupart des films français des années 30 ont été montés par des femmes. Bref il y avait des femmes dans tous les métiers du cinéma qui ont été oubliées par l'histoire officielle. Elle souligne que dés les années 30, Bette Davis commença à dénoncer le manque d'imagination des scénaristes quant aux rôles féminins ; on peinait à sortir de l'homme sujet et de la femme objet. Le cinéma contemporain n'a pas beaucoup changé, et les statistiques le montrent. Ainsi en 2014, à Hollywood, les hommes représentent 94% des cinéastes. En Europe 1 film sur 7 est réalisé par des femmes et 84% du financement est attribué à des hommes. Elle explique ce qu'est le test de Bechdel et les raisons de sa création. Un chapitre est consacré à la réaction des femmes travaillant dans le milieu du cinéma américain ; actrices, monteuses, scénaristes, productrices toutes dénoncent cette profonde misogynie. Le chapitre suivant est consacré à la situation française, pays qui a (comme toujours) tendance à se congratuler quant aux droits des femmes alors que la situation n'y est pas plus reluisante. Le dernier chapitre est consacré aux initiatives prises pour contrer ce sexisme. Ainsi par exemple, en Suède, le financement est paritaire. A Sundance 50% des films présentés ont été réalisés par des femmes.  Les actrices Juliette Binoche et Jessica Chastain ont lancé une société de production visant à soutenir les femmes.

- Le sexisme au travail ; Fin de la loi du silence ? de Brigitte Grésy. L'auteure montre que le sexisme au travail a longtemps été passé sous silence, y compris par les victimes qui risquaient (et risquent encore) de perdre leur travail en le dénonçant. Elle définit ce qu'est le sexisme au travail en rappelant les différents visages qu'il peut prendre (hostile, dissimulé ou bienveillant). C'est un chapitre très utile pour comprendre que ce qu'on appelle "humour gaulois" est avant du sexisme ; elle prend d'ailleurs des exemples concrets afin de mieux les déconstruire et les expliquer. Pour bien connaître les écrits de l'auteure, c'est sa grande force ; elle est extrêmement concrète et pédagogue. Ce chapitre permet de vraiment bien analyser des situations qu'on est beaucoup à avoir rencontrées.  dans le chapitre suivant, elle analyse les réactions des femmes face au sexisme ; nier, contourner, éviter, minimiser. Elle rappelle ensuite que jusqu'en 2015, la loi française ne protégeait pas les femmes du sexisme au travail. Elle montre les récentes évolutions dans les lois tant françaises qu'au niveau européen. Elle propose ensuite différentes solutions aux entreprises pour lutter contre le sexisme. Le dernier chapitre propose des solutions aux femmes.

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oct 062016
 

Nous sommes toutes et tous profondément éduqué-es, conditionné-es, formaté-es à haïr les femmes. Nous haïssons les femmes quand elles sont belles, nous haïssons les femmes lorsqu'elles sont laides, nous haïssons les femmes quand elles sont grosses, nous haïssons les femmes comme ci ou comme cela. Nous n'aimons rien de ce qui est considéré comme féminin et nous nous en excusons si c'est le cas ("j'aime bien le maquillage pardon c'est un peu futile mais ca me détend" - rire gêné).
Les femmes se haïssent entre elles mais leur pouvoir de nuisance, en termes de violences de genre, reste limité. Les hommes sont éduqués, formatés, à battre les femmes, à les violer, à les harceler. Il existe une violence de genre exercée par les hommes contre les femmes. Cette violence implique des agressions sexuelles, des viols, des insultes sexistes et du harcèlement. Cette violence est condamnée mais aucun réel effort n'est fait pour lutter contre ; la pluie tombe et les hommes violentent les femmes c'est ainsi.
Notre relation aux femmes est faite d'ambivalence. On aime la beauté de certaines femmes mais on tend à les trouver bêtes. On les trouve sournoises, futiles, colériques, têtes en l'air ; des charmantes têtes de linotte qu'il fait bon avoir près de soi mais pas trop longtemps. Nous nous conditionnons à apprécier les qualités dites masculines (franchise, courage, force) et à sur-estimer les défauts dits féminins (sournoiserie et futilité en tête de liste).
Nous affirmons que le viol des femmes est un crime épouvantable mais nous considérons que, quand même, certaines femmes l'ont bien cherché.
Nous affirmons que nous ne frapperions pas une femme "même avec une rose" mais quand même certaines sont bien chiantes.
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août 192015
 

Avant même leur naissance, on prépare les futurs hommes  et femmes à des rôles genrés. Dés la vision échographique d'un pénis - ou d'une absence de pénis - , on imagine un prénom sexué, on achète jouets et vêtements qui le sont tout autant et on peint la chambre en fonction du genre qu'on souhaite pour son enfant. Dés lors, hommes et femmes sont préparés à leur future fonction dans la société et l'on se comporte différemment selon le genre de l'enfant  ce qui façonne sans nul doute des façons différentes d'être au monde. Ainsi par exemple, les bébés filles sont nourries moins rapidement et moins longtemps, on n'attend pas les mêmes qualités d'elles que des garçons et l'on n'interprète pas de la même façon ce qu'elles expriment. En crèche on va encourager la créativité des garçons et pousser les filles à adopter des comportements "comme maman".
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déc 012014
 

Les associations féministes, souvent essentiellement composées de femmes, sont assez peu soumises à l'accusation de communautarisme.
Il faut dire que nous sommes perçues comme assez peu dangereuses, entre les accusations folkloriques d'hystérie et une perception fantasmée de nos activités, à mi chemin entre le macramé et l'écriture de magazines féminins.
Les féministes seraient au fond, pour le pouvoir dominant, d'aimables pétroleuses qui auraient quelques petites activités qui les occupent ce qui évite qu'elles ne s'ennuient.
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nov 202014
 

Je vais résumer L’Anatomie politique 2. Usage, déréliction et résilience des femmes de Nicole-Claude Mathieu.

Il s'agit d'une compilation d'articles de Nicole-Claude Mathieu sur des sujets divers ; le résumé aura donc un côté très décousu.

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oct 152014
 

Je vais vous résumer le livre de Paola Tabet La construction sociale de l’inégalité des sexes. Des outils et des corps.
(l'article contient des descriptions explicites de viols et de tortures).

L'auteure veut étudier la différenciation par sexe des outils. La division sexuelle du travail est souvent vue par les anthropologues comme une relation de complémentarité, de réciprocité et de coopération, qui insistent sur le caractère naturel et biologique de cette division et donc sur sa nécessité.
Godelier dit par exemple que la reproduction empêche les femmes de chasser et faire la guerre.
Pour Tabet la division du travail n'est pas neutre mais orientée, asymétrique et de domination.
Pour cela elle va étudier les outils employés parles hommes et les femmes. Il est souvent dit que comme les femmes ont des tâches simples à faire, il est normal qu'elles n'aient que des outils simples.
La thèse de Tabet :
- les femmes accomplissent certaines tâches et pas d'autres selon les outils à utiliser
- ce sont dans les formes du contrôle masculin des outils (et donc dans le sous-équipement des femmes) qu'il faut chercher les facteurs de la division sexuelle du travail.
Sa démarche :
- montrer que dans beaucoup de sociétés de chasseurs/cueilleurs l'équipement féminin est moindre
- montrer que dans les activités nécessitant un outillage complexe, même si la part des femmes est la plus importante, les femmes ont les outils les plus rudimentaires
- les activités qi reviennent aux femmes sont souvent les plus archaïques
- l'emploi et le contrôle des outils par les femmes sont limités
- il n'y a pas d'activité proprement féminine.
- les activités féminines sont des activités qu'on peut qualifier de résiduelles. Elles ne sont permises aux femmes que si elles peuvent être faites sans outils ou avec des outils simples. dés qu'il y a l'obligation d'utiliser des outils, il y a masculinisation.
Chez les !Kung, il a été calculé qu'une femme parcourt 7800 km les 4 premières années de la vie de son enfant pour chasser et cueillir. Elles ont juste un bâton à fouir pour cela. une journée de cueillette leur permettra de rapporter entre 7 et 15 kg de nourriture.
Les hommes chassent et ont pour cela des arcs, des flèches et des sagaies.
Chez les Yamana, les femmes ne peuvent fabriquer leurs outils car seuls les hommes ont le droit de posséder les outils servant à les fabriquer.
Dans de nombreuses sociétés les femmes dépendent des hommes pour fabriquer leurs outils.

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août 062014
 

Vous allez retrouver, ces prochaines semaines, d'anciens articles que je ré-écris, n'en soyez donc pas étonné-e-s.

Vous vous demandez sans doute souvent pourquoi les féministes préfèrent se qualifier comme telles plutôt que d'humanistes comme si nous choisissions de privilégier les femmes aux hommes.

Le féminisme est né parce que les femmes avaient à l'époque besoin de faire reconnaître qu'elles souffraient de discriminations légales. Par exemple, elles ne pouvaient  pas voter, pas disposer de leur propre argent, pas travailler sans l'autorisation d'un homme et n'avaient pas l'autorité parentale sur leurs enfants. Il était important de pointer qu'elles souffraient de ces discriminations parce qu'elles étaient des femmes et que c'était ce point là et lui seul qui causait les discriminations.

Et ainsi aujourd'hui on continue de prendre cet angle là lorsqu'on réfléchit sous un axe féministe. Evidemment il n'est pas toujours suffisant et l'on en ajoute d'autres ; la classe sociale par exemple. Ainsi par exemple pour étudier les insultes faites à Taubira, il était important de prendre en considération plusieurs axes de discriminations. On n'aurait pu étudier ce qu'elle subit en se contentant de l'étudier sous l'angle féministe par exemple.

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avr 212014
 

Il est assez souvent coutume, face aux luttes contre les discriminations, quelles qu'elles soient, de les dépolitiser.
Des viols ? L'oeuvre de quelques désaxés.
Des discriminations à l'embauche ? l'oeuvre de vieux barbons sexistes non représentatifs de quoi que ce soit.
Des inégalités salariales ? Le manque de confiance en soi des femmes.
(et cela marche évidemment avec tout :
- du racisme ? Oeuvre de quelques extrémistes mais notre belle France n'est pas comme cela.
- de l'homophobie ? Oeuvre de quelques extrémistes  mais notre belle France n'est pas comme cela.
on décline cela à l'infini).

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fév 282014
 

J'étais assez méfiante face au livre Pour en finir avec Eddy Bellegueule qui raconte la vie d'un enfant brillant, différent, homosexuel dans un village où tout est misère.
Nous les bobos gauchos aimons bien ce genre de bouquins, cela nous permet de voir qu'on n'est surtout pas comme cela, surtout pas bêtes, surtout pas homophobes.
L'homophobe est toujours l'arabe de banlieue, l'ougandais à moitié fanatique où le nordiste consanguin. Mais pas nous. Jamais.

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fév 172014
 

La première est ici. Comme la question m'a été sérieusement posée, je préfère préciser à celles et ceux qui l'ignoreraient, que je n'ai pas le pouvoir ni l'envie de censurer un journal, je me contente donc de pointer ce que je trouve problématique, entre autres en matière de sexisme, dans Charlie-Hebdo.

La critique porte aujourd'hui sur le n° 1130.

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