mai 062014
 

Ils sont nombreux ces petits mecs au cours des 15 dernières années à m'avoir expliqué la vacuité de mes combats féministes.
Les bars interdits aux femmes seules ? Oui mais le viol c'est plus grave.
La féminisation des noms de métier ? Oui mais le viol c'est plus grave.
Les femmes à moitié nues dans des vitrines de grands magasins ? Oui mais le viol c'est plus grave.
Les chanteurs qui massacrent leur compagne ? Oui mais le viol c'est plus grave.
Le Mademoiselle ? Oui mais le viol c'est plus grave.
Les scénaristes de série à succès qui disent des conneries sexistes ? Oui mais le viol c'est plus grave.
Les humoristes qui embrassent de force des filles dans la rue ? Oui mais le viol c'est plus grave.
Les femmes interdites dans les sous-marins ? Oui mais le viol c'est plus grave.
Les stabilos pour femmes ? Oui mais le viol c'est plus grave.
Les photos volées ? Oui mais le viol c'est plus grave.

Lire la suite »

mai 022014
 

 

"Lundi, cela fera trois semaines que le groupe de militants nigérians Boko Haram a kidnappé 191 adolescentes et les retient dans la forêt de Sambisa en toute impunité. On est sans aucune nouvelle des jeunes filles, âgées pour la plupart de 16 à 18 ans, depuis le 14 avril.Ce soir-là, la veille de leur examen final à la Government Girls Secondary School de la ville de Chibok, au nord-est du Nigeria, elles ont été réveillées par le bruit d’hommes armés qui défonçaient les fenêtres et mettaient le feu à leurs salles de classe.

Lire la suite »

avr 282014
 

Nous réagissons avec fureur à l'application initiée par le Ministère des droits des femmes, nous nous énervons en lisant " "il faut sourire un peu, être avenante, mais pas trop, pour ne pas envoyer le signal qu'on peut être une proie facile".

Je réagis avec colère en admettant que j'ai intégré une partie de ces règles, en admettant que si je ne m'y conforme pas, je serais en effet une cible. J'ai cru naïvement au début de ma vie professionnelle, qu'on pouvait se comportement exactement pareil qu'on soit un homme ou une femme. J'ai cru qu'on pouvait rire aux blagues de cul. J'ai cru que c'était pareil un homme et une femme.

Je ne souris jamais aux hommes inconnus dans l'espace public ; du moins pas de sourire franc, joyeux. Je suis parfaitement polie et aimable mais je ne souris pas. Samedi j'étais de merveilleuse humeur et j'ai souri à l'homme chargé de mettre nos sacs en consigne le temps qu'on fasse nos courses. Que m'avait-il pris ? Je le sais pourtant JE LE SAIS. Il m'a évidemment suivi dans les rayons, évidemment draguée parce qu'il était clair pour lui qu'une femme qui sourit est une femme qui drague.  J'ai du lui hurler de me foutre la paix, suis évidemment passée pour une folle et ma journée a été durablement gâchée.

J'en ai parlé à une femme qui m'a dit, d'un air d'évidence "ah mais tu lui as souri". Elle ne justifiait pas qu'il m'ait harcelée non, juste on était dans l'ordre de l'évidence ; sourire à un homme lui laisse entendre que tu es disponible et la disponibilité d'une femme implique qu'un homme cherche à ce qu'elle ne le soit plus . C'est une règle occidentale implicite, non dite, qui va vous faire hurler : ou plutôt plein de femmes vont dire qu'en effet elles contrôlent leurs attitudes dans la rue et leurs expressions faciales et plein d'hommes vont nous traiter de paranoïaques dégénérées qui prennent les hommes pour des violeurs.

Lire la suite »

avr 212014
 

Il est assez souvent coutume, face aux luttes contre les discriminations, quelles qu'elles soient, de les dépolitiser.
Des viols ? L'oeuvre de quelques désaxés.
Des discriminations à l'embauche ? l'oeuvre de vieux barbons sexistes non représentatifs de quoi que ce soit.
Des inégalités salariales ? Le manque de confiance en soi des femmes.
(et cela marche évidemment avec tout :
- du racisme ? Oeuvre de quelques extrémistes mais notre belle France n'est pas comme cela.
- de l'homophobie ? Oeuvre de quelques extrémistes  mais notre belle France n'est pas comme cela.
on décline cela à l'infini).

Lire la suite »

avr 142014
 

(Comme la remarque m'a été faite par mail, je précise que je ne suppose pas que les rapports homosexuels, panssexuels etc sont exempts de rapports de pouvoir, ils ne sont juste pas le sujet de mon article).

Je revois passer, chez les différents courants féministes, des critiques autour du courant "sex positive" ou "pro sexe".

Essayons déjà de remonter à la genèse de cette opposition qui date de la fin des années 70. A cette époque des féministes commencent à discuter de ce qui ne l'a pas encore été dans les mouvements féministes à savoir la sexualité hétérosexuelle. De là découlent des discussions sur la pornographie et la prostitution. Ces deux dernières activités sont définies par certaines comme étant par essence patriarcales c'est à dire qu'elles n'existeraient pas hors du patriarcat. Les deux féministes les plus connues de ce mouvement là s’appellent Andrea Dworkin et Catharine MacKinnon. Le livre de Dworkin Intercourse montre en fait que l'acte sexuel hétérosexuel est traversé par des rapports de pouvoir où les femmes sont subordonnées au plaisir masculin.

Lire la suite »

avr 092014
 

L'article a depuis été retiré mais vous pouvez le retrouver en cache ici et lire l'article de René Greusard sur le sujet.

Plusieurs points en préalable à cette analyse.
Qu'est ce que la culture du viol ? J'ai essayé d'en faire une définition courte : "culture dans laquelle les idées, les média, les coutumes, les pratiques sociales, les institutions normalisent, naturalisent et érotisent la violence sexuelle contre les femmes. La culture du viol blâme les victimes et déculpabilise les coupables. L'objectification sexuelle des femmes fait partie de la culture du viol. La culture du viol véhicule des mythes autour du viol (mythe de l'inconnu qui viole la nuit des jeunes femmes par exemple..), apprend aux femmes à avoir peur de ces mythes sans pour autant leur donner les moyens de se défendre (inhibition de l'agressivité féminine). Les mythes autour du viol visent à maintenir les femmes dans la peur." Elle est forcément parcellaire mais on m'avait demandé de résumer l'idée en quelques phrases courtes.

Il ne s 'agit pas de dire que quelqu'un qui a écouté, lu, regardé, une production culturelle ou journalistique, ou un-e ami-e tenant des propos de l'ordre de la culture du viol, va immédiatement se mettre à violer des femmes. Il s'agit simplement de comprendre que nous baignons tous et toutes dans une culture où des idées fausses, des préjugés, des mythes sont véhiculés autour du viol, que nous les véhiculons à notre tour. Tout ceci explique donc pourquoi aussi peu de victimes portent plainte, pourquoi on reporte la faute sur les victimes au lieu des coupables.
Il peut y avoir culture du viol sans viol ; une mère qui dirait à sa fille "ne sors pas habillée ainsi tu vas avoir des problèmes" alimente la culture du viol pourtant - dieu merci - sa fille ne va pas forcément être violée.
Il peut y avoir culture du viol et viol. Un violeur qui dirait que sa victime l'a bien cherché en s'habillant ainsi tient des propos de l'ordre de la culture du viol.

Lire la suite »

avr 072014
 

Je vais donc résumer le livre de Paola Tabet La grande arnaque : Sexualité des femmes et échange économico-sexuel

Avant de résumer ce livre, plusieurs choses :
Ce livre n'est pas un plaidoyer pour ou contre la prostitution.
Lorsque Tabet parle de "violences hors des règles sociales", elle décrit un fait ; elle n'est pas en train de l'approuver. Ainsi par exemple, le viol conjugal est dans certains pays une violence admise dans les règles sociales. Battre sa femme, la prostituer peut être admis également.
Tabet est une ethnologue en cela le livre regorge d'exemples de terrain.

Lire la suite »

avr 012014
 

Imaginons que vous vouliez analyser un fait culturel, n'importe lequel. Imaginons que vous voulez étudier l'alimentation occidentale en 2014. On sera tenté de dire "qu'on mange car sinon on meurt" et penser qu'il s'agit d'un fait naturel (inné) et puis on constatera qu'on mange certains aliments plutôt que d'autres, on mange avec une fourchette et un couteau, on mange à heures plus ou moins fixes et l'entrée avant le dessert. Depuis 30 ans on voit de moins en moins de poulets avec leur tête dans les supermarchés, d'abats ou de viande de cheval. Et si nous sommes aussi nombreux à manger avec des fourchettes, cela n'est pas parce que c'est pratique (d'autres trouveront leurs doigts ou des baguettes ou une cuillère etc très pratiques) mais parce qu'il s'agit d'un processus d'apprentissage.
Ainsi rapidement, on constate que l'alimentation n'a plus rien d'inné mais qu'elle est un processus culturel, acquis. Bien peu d'ailleurs sont les scientifiques à chercher ce qui relève encore de la nature OU de la culture dans un acte humain quelconque.

Lire la suite »

mar 262014
 

Les résultats du premier tour des municipales ont été une nouvelle fois l'occasion, tant pour les politiques, les journalistes et chroniqueurs de découvrir avec "stupéfaction", "étonnement", "inquiétude" les résultats du Front National.
Comme chaque fois depuis 30 ans où le FN fait plus de 3 % l'on feint de s'étonner, l'on feint de s'affoler dans un jeu de tartufes parfaitement orchestrée.

Lire la suite »

mar 232014
 

Voici le résumé du livre d'Anne Fausto-Sterling Les cinq sexes Pourquoi mâle et femelle ne sont pas suffisants

Dans la préface, Pascale Molinier explique que cet essai date de 1993 et n'a été traduit en français que très tardivement. C'est un ouvrage majeur qui est accompagné d'un autre essai "Les cinq sexes revisités" où Fausto-Sterling s'explique a posteriori sur sa démarche lors de la rédaction des cinq sexes.
Il s'agit dans cet essai, selon l'expression de Lowy, de séparer les sexes de "l'emprise du genre" et de comprendre qu'aucun corps n'échappe, à la cruauté de la bicatégorisation des sexes.
Dans les cinq sexes, l'auteure "refuse de séparer les savoirs de la question de qui produit ces savoirs et de comment ils sont produits".
Par l'exemple des personnes intersexuées, on comprendre que la biologie et la psychologie ne sont pas des savoirs neutres et objectifs ; ces savoirs sont marqués par le genre et sont fondés sur la dualité des sexes ; ainsi ces sciences "corrigent" ce qu'elles estiment non conformes à cette dualité.

Lire la suite »