jan 252017
 

Sans titre-1

 

Vous aurez constaté que j'ai établi divers partenariats avec des maisons d'édition qui m'envoient les essais ou romans traitant du féminisme ou des femmes de manière plus générale.

J'ai donc reçu des Editions Actes Sud le roman de Régine Detambel, Trois ex.

De manière chronologique, entre la fin du XIXème et le début du XXème siècle, l'auteure retrace la vie des trois femmes du dramaturge suédois August Strindberg lors de leur mariage avec ce dernier.
Strindberg était un homme malade, dont la paranoïa était teinté d'une très forte misogynie. Il utilisa ses trois femmes dans ses œuvres, les traitant d'une manière abominable en les humiliant de façon répétée. Les femmes sont vues par Strindberg comme des vampires qui volent la force et le pouvoir créatif des hommes ; il construisit d'ailleurs tout un discours empreint de folie autour de ces idées. I est d'ailleurs assez paradoxal puisqu'il aime les femmes indépendantes et fortes mais leur reproche ensuite ce qu'il a adoré chez elles.
Le roman donne donc la parole à ces trois femmes dont la vie a été oubliée au profit du si génial Strindberg (cela a une curieuse résonance avec l'actualité ne trouve-vous pas ?). Il montre combien l misogynie de l'auteur, son sadisme envers ses trois femmes est tolérée et admise puisqu'il est un auteur de talent.  Cette fiction biographique est divisé en trois parties. Chacune d'entre elles, divisée en deux sous-parties, donne d'abord la parole aux femmes de Stringberg puis à un interlocuteur extérieur dans les parties appelées "Divorcée !".
Chacune de ces trois femmes eut une vie avant, pendant et après Strindberg.
Siri von Essen fut une actrice connue et joua dans plusieurs pièces de son mari.
Maria Friedrike "Frida" Cornelia Uhl était une critique littéraire et une femme de lettres. Elle posséda un cabaret et fut scénariste aux Etats-Unis. Elle voyagea énormément, eut de nombreux amants et une vie passionnée.
Harriet Bosse fut une actrice de théâtre et de cinéma.

Régime Detambel offre la parole à trois femmes profondément modernes qui voyagèrent, avaient des rêves et des ambitions, et luttaient à leur manière contre les conventions sociales de leur époque et l'emprise étouffante de leur mari. Chacune osa d'ailleurs divorcer (Siri divorça deux fois et s'établit ensuite avec une femme, Harriet divorça trois fois) alors que c'était encore fort mal vu au début du XXème siècle.

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jan 242017
 

Elise Thiébaut, dans Ceci est mon sang, qui m'a été envoyé par les Editions La Découverte, dresse une histoire des règles tout en alternant histoires personnelles et faits scientifiques, sociologiques et historiques autour des règles. Elle rappelle également les nombreuses représentations historiques et religieuses autour des règles.

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jan 232017
 

Genre et utopie avec Michèle Riot-Sarcey est un recueil de contributions de collègeus et anciens étudiant-es de Michèle Riot-Sarcey, professeur d'histoire contemporaine. Le livre m'a été envoyé par les Presses Universitaires de Vincennes que je remercie.

 

Dans une première contribution, Jean-Claude Caron travaille sur la vie de Lise Daniels, une comtesse du  XIXème. la seule façon d'accéder à la vie de cette femme est de lire le journal de son mari ; elle est donc en quelque sorte sans histoire propre puisqu'elle n'existe que par l'intermédiaire de son mari. Christine Planté s'interroge sur a possibilité de raconter l'histoire de celles et ceux qu'elle appelle les outsiders de l'histoire alors qu'ils n'ont laissé que peu de sources. Elle se penche ainsi sur le personnage de Judith Shakespeare dans Une chambre à soi de Virginia Woolf, symbole des difficultés de l'auteure à connaître l'histoire des femme en Angleterre.

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jan 202017
 

Au dire de beaucoup, les féministes ont une rare propension à se tromper de combat, à ne pas différencier ce qui est important de ce qui ne l'est pas, à confondre l'accessoire et le nécessaire, à exagérer et au final à desservir leur cause. Nous devrions ainsi nous consacrer aux seuls combats que sont les violences sexuelles et conjugales.
Etonnamment, lorsque nous choisissons d'en parler, il semble que là encore cela ne soit pas de la bonne façon. Ainsi à chaque affaire médiatisée de violence sexuelle, il se trouve quelqu'un pour nous montrer qu'on n'a encore une fois pas tout à fait compris ce qu'il s'est réellement passé, qu'on se trompe de combat ou qu'on ne comprend décidément rien à ce qu'est un viol. C'est ainsi qu'Eric Mettout, directeur adjoint de la rédaction de L'Express consacre généreusement un article entier à nous expliquer à quel point nous sommes dans l'erreur face à Roman Polanski.

Eric Mettout nous explique tout d'abord les excellentes raisons qui ont fait fuir Roman Polanski au lieu de faire face à la justice. Cela serait, je cite "le climat dans lequel, à l'époque, se serait déroulé ce procès, on comprend qu'il ait hésité à s'y rendre comme le mouton à l'abattoir". Il ne m'avait pas semblé que les Etats-Unis de la fin des années 70 (ou d'un quelconque autre lieu ou moment soit-dit en passant), réservaient des peines particulièrement iniques et injustes aux criminels sexuels.  Je serais donc curieuse de voir quels jugements ou quelle politique pénale ont pu laisser penser à Eric Mettout que les criminels sexuels étaient injustement traités. Je serais en ce cas tout à fait d'accord pour que nous lancions conjointement une pétition en leur faveur pour des traitements plus dignes et plus humains.

Eric Mettout prend ensuite soin de nous expliquer que Roman Polanski a reconnu les "relations sexuelles illégales" (le fait d'avoir des rapports sexuels avec une mineure) mais pas le viol ce qui constitue selon lui une preuve irréfutable qu'il n'y a pas eu viol. Alors, en effet, si on doit se fier à la parole des violeurs présumés pour juger de leurs actes, je pense que nous pouvons dorénavant dire que le viol a définitivement disparu de nos contrées et nous en féliciter.

Faisons néanmoins un bref rappel des faits.
En 1977 Roman Polanski a 43 ans.  La victime, Samantha Geimer, a 13 ans.
Il est une star mondialement connue, réalisateur entre autres de Rosemary's baby et de Chinatown.
Une jeune fille de 13 ans face à un homme de 43 ans est-elle apte à donner un consentement sexuel valable : la réponse est non.
Une jeune fille de 13 ans face à un homme mondialement connu, célébré et admiré, qui est donc en position d'autorité, est-elle apte à donner un consentement sexuel valable : la réponse est non.
Une jeune fille de 13 ans (et cela vaut aussi pour n'importe qui) qu'on drogue au qaalude  est-elle apte à donner un consentement sexuel valable : la réponse est non.
Une jeune fille de 13 ans à qui on fait consommer de l'alcool est-elle apte à donner un consentement sexuel valable : la réponse est non.

Pour toutes ces raisons, il y a bien eu viol de Samantha Geimer par Roman Polanski en 1977.

Est ce que Polanski gêne ? Ce qui gêne  c'est les moyens déployés, affaires après affaires, pour défendre des hommes accusés de violences sexuelles. Ce qui gêne c'est  de qualifier le viol d'une adolescente qu'on a préalablement droguée de "pas glorieux". Ce qui gêne c'est d'au fond constater que tant qu'un homme a du talent, de l'entregent, une sacrée liberté de ton ou que sais-je, il se trouvera toujours un autre homme pour le défendre, l'excuser ou minimiser ses actes.

"Les amis mâles de la libération des femmes - que d’aucunes appellent avec l’impertinence, pire, l’ingratitude, qui caractérisent les enfants gâtées, nos « souteneurs » - ont révélé à maintes reprises que leur compréhension s’arrêtait là où la véritable libération commence. Comment, dans les conditions décrites plus haut, peuvent-ils, sans forfaiture, se déclarer nos "alliés" ?
Ils ne le déclarent pas longtemps d’ailleurs. Il n’en faut pas beaucoup pour qu’on s’aperçoive que la bienveillance affichée par laquelle ils prétendent se distinguer des autres hommes recouvre le même mépris que l’hostilité déclarée du grand nombre."

Christine Delphy, Nos amis et nous

Un article (en anglais) explique la procédure du plaider coupable de Roman Polanski. Il a plaidé coupable pour "Unlawful Sexual Intercourse" et l'article nous explique que c'est un synonyme de "statutory rape" (rape signifie viol en anglais). Cela veut dire qu'il a plaidé coupable pour avoir eu des relations sexuelles avec quelqu'un qu'il savait être en âge de ne pas consentir. Un viol donc.
Cet article (également en anglais) montre que, contrairement à ce qu'Eric Mettout affirme, il y avait en 1977 une vague forte de sympathie pour le comportement de Roman Polanski : "In one article by The Associated Press, published in The Times on Sept. 20, 1977, Judge Rittenband scolded Mr. Polanski for taking advantage of his victim even as he was “noting the teenage girl ‘looks older than her years’ and was sexually experienced.".

jan 182017
 

Dés leur plus jeune âge, les femmes sont éduquées à avoir peur des hommes inconnus ; toute notre culture, notre éducation enseignent aux filles, puis aux adolescentes puis aux femmes que l'extérieur regorge de dangers, le tout premier étant celui d'être violée par un homme inconnu.
Ainsi, lorsque nous sortons, nous devons "faire attention" (à nos verres, nos tenues, nos sorties, nos heures de rentrée, les chemins que nous empruntons, la façon dont  nous nous tenons, la façon de sourire ou de parler etc) pendant que nos frères doivent juste faire attention à ne pas trop boire pour ne pas se tuer en voiture et se bagarrer avec d'autres hommes. La totale responsabilité des viols qui pourraient nous arriver pèse donc sur nos épaules et pas du tout sur les épaules des hommes qui violent.

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jan 162017
 

Voici le résumé de Pax neoliberalia, Perspectives féministes sur (la réorganisation de) la violence de Jules Falquet qui m'a été gentiment envoyé par les éditions iXe. Dans ce recueil de textes, écrits sur une vingtaine d'années, l'auteure travaille sur les enjeux matériels des différentes formes de violences contre les femmes et sur la réorganisation néolibérale de la coercition.

Il est difficile de prétendre en tout début d'année que ce livre sera un des livres les plus marquants de mon année 2017 mais j'ai pourtant bien ce sentiment. L'auteure arrive magistralement à montrer, par exemple, combien la violence patriarcale et celle née du néo-libéralisme touchent en tout premier lieu les femmes (et encore davantage si elles sont racisées).

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jan 042017
 

Voici le résumé de Le star-système hollywoodien suivi de Marilyn Monroe et la sexualité de Richard Dyer. Ce livre m'a été offert par l'intermédiaire de ma wish list. Si mes résumés de livres féministes vous intéressent, je vous invite à y passer. Je ne peux malheureusement tous les acheter moi-même donc vous pouvez contribuer au blog de cette manière. Et si des éditeurs, éditrices ou auteur-es sont intéressé-es pour m'envoyer leurs livres, ils sont évidemment les bienvenu-es.

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jan 022017
 

Voici le résumé du livre Le rose et le bleu La fabrique du féminin et du masculin de Scarlett Beauvalet-Boutouyrie et Emmanuelle Berthiaud. Ce livre m'a été offert par l'intermédiaire de ma wish list. Si mes résumés de livres féministes vous intéressent, je vous invite à y passer. Je ne peux malheureusement tous les acheter moi-même donc vous pouvez contribuer au blog de cette manière. Et si des éditeurs, éditrices ou auteur-es sont intéressé-es pour m'envoyer leurs livres, ils sont évidemment les bienvenu-es.

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déc 012016
 

Ce témoignage se veut une réponse au témoignage de Marie-Christine Bernard sur le blog Mauvaise herbe où elle faisait l'inventaire des agressions sexuelles subies.

Les femmes témoignent de plus en plus des violences sexistes qu'elles subissent. Cela entraîne à mon sens deux conséquences :
- une profonde résistance, en particulier de la part des hommes (mais pas que ; quelle femme a sérieusement envie de voir à quelle point elle peut être potentiellement victime de violences sexuelles ?).
- la révélation que nous considérons quasi tous et toutes ces agressions comme quasi dans la norme, comme immuables. Nous nous y habituons et n'avons au fond pas vraiment envie de lutter contre parce que ca ne dérange au fond pas grand-monde ; les femmes s'y habituent, les hommes agressent et/ou ferment les yeux.

Nous faisons donc face à un double paradoxe. D'un côté nous refusons de voir que les violences sexuelles sont banales dans le sens courantes, habituelles, partie quasi intégrante de la vie des femmes. Et de l'autre nous les banalisons totalement, en disant, sinon clairement, du moins en sous-texte, qu'on ne peut pas fait grand chose contre ou que de toutes façons les femmes ont tendance à tout exagérer. Il suffit à ce sujet d'analyser les réactions lorsqu'une femme dit publiquement avoir été violée ou agressée sexuellement ; ce qu'elle a vécu sera quasi systématiquement minimisé voire moqué.

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nov 252016
 

580 000. C'est le nombre de femmes, entre 20 et 69 ans, victimes de violences sexuelles (hors harcèlement et exhibitionnisme) en France métropolitaine par an révélé par l'enquête Virage sortie hier. Le chiffre est déjà effroyable ; que serait-il si on rajoute les femmes de moins de 20 ans, les femmes ne vivant pas en métropole et les femmes de plus de 69 ans. Que serait-il si on rajoutait l'ensemble de femmes victimes de harcèlement (dans l'espace public ou au travail par exemple) et les femmes victimes d'exhibitionnisme.
Ce chiffre  vient conforter ceux des deux enquêtes précédentes (ENVEFF 2000 et CSF 2007). Le féminisme est souvent considéré comme relançant une guerre entre les sexes alors que ce sont les seules violences sexuelles qui constituent une véritable guerre ouverte contre les femmes. Une guerre, qui ne dit pas son nom, qui n'a pas de début ni de fin, qui est niée et minimisée dont les victimes sont coupables et les coupables, tout juste coupables de "trop aimer le beau sexe". Mais comment appeler autrement que "guerre" ce qui constitue la totale négation du consentement de l'autre et donc de son humanité ?
Comment peut-on vivre, normalement, sans haine, colère ou violence dans un pays où une femme est violée toutes les six minutes sinon à avoir toutes et tous intériorisé que cela n'a pas vocation à s'arrêter, que cela n'est au fond pas si anormal et qu'on peut quand même bien faire avec ?

Au fur et à mesure des années, la parole des femmes s'est libérée. On est désormais loin de cette phrase d'une femme qui m'avait un jour dit "elle n'a pas pu être violée, quand on est violée, on n'en parle pas" . Les femmes arrivent enfin à parler de ce qu'elles subissent même si, pour cela, elles paient encore le prix fort ; l'accusation de mensonge, qui constitue une énième et très douloureuse violence. Blogs, forums, réseaux sociaux ont beaucoup aidé à cette prise de parole. Je me souviens de la toute première fois où a été ouvert sur le forum des chiennes de garde le fil "Banalité des violences physiques et sexuelles" et qui constitue à ma connaissance, la première fois où en France, sur Internet, des femmes ont ensemble et massivement témoigné de ce qu'elles avaient subi. Au fur et à mesure des années, les tentatives pour témoigner se multiplient.

Andrea Dworkin écrivait en 1983 : "Nous utilisons les statistiques non pour essayer de quantifier les blessures, mais pour simplement convaincre le monde qu’elles existent bel et bien. Ces statistiques ne sont pas des abstractions. C’est facile de dire « Ah, les statistiques, quelqu’un les tourne d’une façon et quelqu’un d’autre les tourne d’une autre façon." Les choses ne changent pas et, en 2016, nous passons encore un temps infini, à tenter de convaincre que les violences sexuelles existent. Les statistiques ne suffisent pas, les témoignages ne suffisent pas, les analyses ne suffisent pas ; j'en viens à penser que seule la parole des violeurs pourrait convaincre que nous ne mentons pas, nous n'exagérons pas, nous n'en rajoutons pas. Je cherche encore, au vu de ce qui attend les femmes qui parlent des violences de genre qu'elles peuvent subir, quel intérêt nous aurions à le faire.

Nous passons un temps considérable - c'est du moins mon cas - à chercher le mot, l'expression, la statistique, le bon moment, le bon format pour parler aux hommes de ce que nous vivons et qu'ils nous écoutent ; mais il semble que ce que nous vivons soit trop dur pour eux à entendre, les blesse et leur fasse du mal. Peu importe que nombre de femmes aient des conséquences physiques et psychologiques réelles suite aux violences sexuelles, il semble que leur simple évocation blesse encore plus durablement les hommes.

J'aurais aimé dans cette guerre-là me passer des hommes. J'aimerais qu'il suffise de donner aux femmes de la confiance en elles, de l'empowerment, de la colère pour que les violences sexuelles s'arrêtent. Mais il y aura toujours un moment où une femme sera seule avec un homme. Et il y a aura alors 580 000 femmes victimes de violences sexuelles en France.
Alors nous sommes bien obligées de supplier les hommes de nous écouter, de croire en nos chiffre et en notre parole. Nous sommes bien obligées d'écouter leur infinie souffrance à nous entendre, leur culpabilité permanente qui les pousse à s'asseoir et à attendre qu'on se taise enfin. J'aimerais avoir une boule de cristal pour ne m'adresser qu'aux hommes qui ont violé ou vont violer, afin de ne surtout pas vexer et culpabiliser les pauvres hommes qui ne demandent rien et qu'on stigmatise méchamment.

Dworkin rajoutait "C’est une chose extraordinaire que d’essayer de comprendre et de confronter pourquoi les hommes croient – et les hommes le croient – qu’ils ont le droit de violer. Les hommes peuvent ne pas le croire quand on le leur demande. Que tous ceux qui croient que vous avez le droit de violer lèvent la main. Peu de mains vont se lever. C’est dans le quotidien que les hommes croient qu’ils ont le droit à la contrainte sexuelle, qu’ils n’appellent pas viol. Et c’est une chose extraordinaire d’essayer de comprendre que les hommes croient réellement qu’ils ont le droit de frapper et de blesser."
Alors non vous ne pensez pas sincèrement que vous avez le droit de vous comporter comme Emile Louis. En revanche, vous excusez les baisers volés, et les dragueurs lourds, les hommes qui aiment un peu trop le sexe et les chroniqueurs rigolos qui ont un problème avec les femmes, les cinéastes talentueux et les potes insistants mais pas méchants au fond. Vous avez des besoins, des envies, des hormones, des érections, vous pensez avec votre queue faut vous excuser et puis vous nous aimez tellement nous les femmes comment pourrait-on nous résister.

580 000 femmes.

J'ai parfois l'impression d'un combat perdu d'avance car la remise en question ne pourra revenir que des hommes. Qui doit arrêter de violer ? Qui doit interroger ses pratiques sexuelles, sa relation à ce que la partenaire accepte ou refuse ? Qui doit cesser de soutenir les amis, collègues, potes, connaissances ? Qui doit cesser de s'interroger sur ce que les récits de viol lui provoquent (de la culpabilité, on a compris) pour s'interroger sur ce qu'il peut faire pour changer. Comme le dit (encore) Andrea Dworkin "Ensuite il y a le monde privé de la misogynie : ce que vous savez les uns des autres ; ce que vous dites dans la vie privée ; l’exploitation que vous voyez dans la sphère privée ; les relations appelées amour, basées sur l’exploitation. Il ne suffit pas d’aller à la rencontre de la féministe de passage et de lui dire : "Bah, je déteste ça."

J'ai parfois l'impression qu'il suffirait de pas grand chose pour que diminuent drastiquement les violences sexuelles ; que les hommes cessent de s’apitoyer sur ce que provoquent en eux le récit de NOS souffrances pour réfléchir à comment ils peuvent arrêter de les causer. C'est un pas qui me semble minime mais qui semble, tout au moins pour l'instant, un fossé infranchissable.

Dworkin rêvait d'une trêve de 24 heures sans viol , je me dis qu'on n'en est pas même là et qu'elle avait été trop optimiste (et dire cela de Dworkin est assez culotté). Je rêve d'une trêve de 24 heures où les hommes liraient sincèrement les statistiques sur le viol, sans instrumentaliser les victimes masculine dont pour l’instant seules les féministes se sont préoccupées ; sans le remettre en cause, sans nous expliquer qu'ils souffrent. Je  rêve d'une trêve de 24 heures où une femme puisse parler des violences sexuelles qu'elle a subies et où le seul discours qu'elle entende soit "je t’entends, je te crois, je t'écoute, que puis je faire pour toi".

Mais il semble que le simple fait de demander à écouter et être crue est déjà trop.