juin 072016
 

Hier, Buzzfeed US a publié la lettre qu'une victime de viol a souhaité lire au violeur qui l'a agressée pendant le procès. Une twitta Queer becca m'a gentiment proposé de la traduire.
Elle a également été traduite par Buzzfeed France.

Je souhaitais voir cette lettre traduite car elle est importante ; non pas parce qu'elle représente l'ensemble des victimes de viols, non pas parce qu'elle permet de comprendre les traumatisme après un viol. Toutes les victimes sont différentes ; il serait absurde de penser qu'elles réagissent toutes de la même façon. Cette lettre est importante parce qu'elle illustre ce que nous appelons la culture du viol. Elle illustre ce que quasi toute victime - homme comme femme - a pu entendre à un moment de sa vie ; le déni, la minimisation et la culpabilisation. Ici c'est le violeur qui est essentiellement porteur des propos culpabilisants, parfois ca sera la police, la famille, le petit ami, les amis, les collègues.
Il serait dangereux de penser que le violeur tient ce genre de propos parce qu'il est un violeur ; avant de l'être, il est aussi un homme lambda, qui tient des propos d'homme lambda comme on peut en entendre chaque jour à propos de chaque affaire de viol.

Voilà je vous laisse avec ce texte. Merci encore à la traductrice qui a travaillé seule, vite et beaucoup.
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mai 232016
 

Dans un premier article, j'ai parlé du vocabulaire utilisé autour du sujet de la prostitution. J'ai ensuite parlé de l'invisibilité des femmes migrantes puis abordé la question de l'exploitation humaine et des réseaux prostitutionnels.

Je vais donc maintenant aborder la loi d'avril 2016 intitulée "Loi n° 2016-444 du 13 avril 2016 visant à renforcer la lutte contre le système prostitutionnel et à accompagner les personnes prostituées". 

Il est important de garder en tête que sur les 30 à 40 000 personnes qui se prostituent en France, 90% sont des femmes étrangères dont la plupart sont sans papier (source : Cabiria).  On ne peut donc étudier la question de la prostitution, et les lois votées, sans connaître la position de la France quant à l'immigration. Chacun-e aura pu constater les conditions dans lesquelles vivent certain-es demandeurs d'asile et migrants. Nous sommes également bien informé-es quant au respect de la France de la convention de Genève puisque nous faisons retenir en Turquie ou ailleurs des potentiels demandeurs d'asile. Nous renvoyons également chez eux des gens dont la vie est en danger, des malades, des mineur-es. Nous continuons à pratiquer des tests osseux pour déterminer l'âge de certain-es alors qu'il a été prouvé maintes et maintes fois que ces tests ne sont pas fiables. Des migrant-es en danger de mort dans leur pays se voient refuser des demandes d'asile. La Cimade montre que depuis la réforme du droit d'asile et son entrée en vigueur en Ile de France en novembre, il est plus compliqué de déposer une demande d'asile. Le tribunal administratif de Paris a condamné de nombreuses fois la Plateforme d’accueil des demandeurs d’asile pour violation du droit d'asile. On enferme régulièrement en centre de rétention des personnes, dans des buts fort mal définis.
Je pourrais multiplier les liens sur le sujet mais cela suffit à démontrer une chose. Les droits des étrangers sont régulièrement bafoués en France et il faudrait être sacrément naïf pour penser qu'être prostituée (et même victime d'exploitation) va changer quelque chose quant à la position française sur l'immigration.

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mai 172016
 

Ce livre, Africaines et diplômées à l’époque coloniale (1918-1957) de Pascale Barthélémy, m' a été offert par l’intermédiaire de ma wish list :) merci mille fois !

L'auteure travaille sur les femmes africaines vivant dans l'AOF c'est à dire la fédération d'Afrique Occidentale française, qui comprenait en 1895 les pays et régions suivantes ; la Côte d'Ivoire, le Dahomey (Bénin), la Guinée, la Haute-Volta, La Mauritanie (à partir de 1920), le Niger (1922), le Soudan français et le Sénégal.
Il y eut environ un millier de femmes formées par la France pour devenir sages-femmes, infirmières-visiteuses ou institutrices. Pascale Barthélémy en a rencontré 88.
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mai 092016
 

Ce matin une femme politique qualifiait un homme, accusé d'agressions et de harcèlements sexuels, de "dragueur réputé lourd".

Nous avons énormément de mal à bien nommer les choses en matière d'agressions sexuelles parce que nos définitions ne prennent jamais en compte une chose ; le fait de ne pas tenir compte du consentement de la victime.
Pour beaucoup d'entre nous, dépasser ses limites, insister, pousser un peu fait partie du "jeu de la séduction" et de l'attitude de certains hommes. Nous avons intégré que certains hommes insistent, c'est comme ça. Et certains hommes ont intégré qu'à force d'insister, ils obtiendront parfois ce qu'ils veulent. On perd toujours à ce "jeu" là ; prenez à la rigolade l'agression pensant ainsi apaiser les choses, vous serez une salope. Repoussez vivement l'agresseur, vous savez une mal baisée qui ne  connait pas la rigolade. L'agression sexuelle est, dans l'esprit de beaucoup, ce qu'est une agression physique, un acte forcément violent, impliquant des poings ou un couteau, qui se passe davantage sur un parvis de cathédrale allemande que dans le salon feutré d'un parti politique. L'agression sexuelle du racisé pauvre contre la drague lourde du chefaillon de parti politique.
Les hommes sont un peu lourds, nous apprend-on ; comme si l'insistance en matière sexuelle venait avec la socialisation masculine. "Si on ne peut plus rigoler" entend-on souvent.
Rigoler, drague lourde, les mots sont légions pour qualifier les agressions sexuelles. Le consentement féminin ne compte pas. Il suffisait de dire non, va-t-on entendre, sans penser qu'on n'a déjà pas à entendre ce genre de phrases dites, répétées et insistantes qui non, n'ont pas à faire partie d'une relation entre hommes et femmes. On me répondra que je veux interdire la drague, ce qui fera une énième fois, l'amalgame entre drague et agressions sexuelle. Insister pour obtenir ce qu'on veut d'une femme est une plaisanterie  connue de tous, un jeu masculin qui se joue seul.

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mai 032016
 

Voici le résumé de Georges Vigarello - Les métamorphoses du gras : Histoire de l'obésité qui raconte la perception de l'obésité au cours des siècles, et ce à partir du Moyen-âge. Il est difficile de savoir qui est considéré gros ou très gros avant le XIXème siècle dans la mesure où l'on ne se pèse pas.

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mai 022016
 

Voici le résumé du livre de Serge Tcherkézoff Tahiti - 1768 Jeunes filles en pleurs, la face cachée des premiers contacts et la naissance du mythe occidental

 

Avant de commencer le résumé de ce livre, quelques remarques préliminaires.

Le sujet du livre est la déconstruction des mythes (racistes et sexistes) autour des femmes tahitiennes. Il montre comment, en quelques récits hâtifs et ethnocentrés de colonisateurs, on a construit tout un mythe de liberté sexuelle voire de lubricité des femmes tahitiennes.
On a souvent tendance à voir l'autre au prisme de ses propres valeurs, de sa propre culture, en interprétant un geste comme ayant partout le même sens.
Ce livre devrait être lu par tout-e ethnologue et tou-e sociologue. Sa lecture incitera chacun-e à se méfier de ce qu'il croit voir et des conclusions qu'il en tire trop hâtivement.

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avr 262016
 

Métro parisien, heure de pointe. Ce moment où le graal à atteindre est cette fameuse place contre la porte devant un strapontin levé. Les écouteurs dans les oreilles.
Le regard entre, il se bloque à 30 cm de moi. Je connais bien le regard, je l'ai rencontré à l'âge de 13 ans dans les yeux de mon prof de maths et depuis il ne m'a jamais lâché. Il est grand ou petit, gros ou mince, riche ou pauvre. Il est toujours il.
Il passe sur mon visage, descend. Les seins. Il estime, il soupèse, il fantasme, il suppose, il rêve, il imagine. Le regard a ce drôle de sourire, ce sale demi sourire. Il sait ce que je ressens, il aime ce que je ressens. Il aime l'idée d'humilier, de mettre mal à l'aise, nous voir remonter le sac, croiser les bras, baisser les yeux, fermer le manteau, tourner la tête. Notre gêne l'excite.
Le regard laisse sur la peau une trace de limace, ces grosses limaces rouges qui sortent après la pluie, écœurantes lorsqu'on les écrase. Partout où il passe, le regard laisse cette trace, infime, mais présente de salissure, de meurtrissure infime mais réelle.
J'ai envie de m'engloutir sur place, j'ai envie de raboter mes seins au cutter, tout couper comme si cela changerait quelque chose. Je donne mon féminisme tout entier pour que le regard se pose ailleurs, sur d'autres seins et d'autres fesses.
Le regard jouit, il a percé le masque d'impassibilité. Il sait que je suis mal à l'aise. Il sait que je feins, que je simule.
C'est compliqué de décrire ce qu'on ressent face au regard. C'est compliqué de décrire l'impression de salissure et d'humiliation mélangées à une totale impuissance. Que faire ? Se mettre à lui hurler dessus d'arrêter de nous regarder ? Voilà qu'après avoir voulu les castrer, les féministes se mettent en tête de vouloir aveugler les hommes. "Mais enfin je ne faisais rien de mal, je l'ai juste regardée, elle est folle". Ai-je envie de mener un combat pour un regard, pour ce regard ? Combat perdu d'avance, rentrer dans le combat lui montrerait que je l'ai remarqué, ce qu'il souhaite.
Comment décrire le regard. Ce regard qui veut te faire sentir morceau de viande, détritus bon à percer, à trouer, à pénétrer, à humilier, à transpercer.

Il faudrait que j'affronte le regard. Je l'ai fait, parfois. Parfois je n'ai juste eu pas le courage. Pas l'envie. Pas la force. On nous éduque à craindre le regard, on nous éduque à le subir, à se taire, à le minimiser, à se dire qu'on exagère. Cela n'est qu'un regard, pense un peu aux femmes violées.

Je regarde le regard. Je fais en sorte qu'il croie que je le regarde mais je regarde, loin derrière lui, je transperce sa tête, je suis bien loin derrière lui. Les minutes sont des heures. Un simple regard à affronter et je suis épuisée. Chaque jour, le metro. Le regard part. Le regard a laissé sa vilaine petite trace sur moi et je suis fatiguée, le regard me coule dessus comme un crachat.

Fait-elle du cinéma pour un simple regard. Si on n'a plus le droit de regarder les filles à présent. Elle s'imagine des choses. Elle fantasme. Laide comme elle est en plus. Un oedipe mal réglé encore un. Elle est vraiment fragile. Elle veut quoi, qu'on ne drague plus c'est ça ? La saleté est dans son oeil , c'est ce qu'elle veut au fond qu'elle décrit. Voilà qu'elle s'attaque au regard à présent. Elle a des problèmes quand même.

Je me demande combien de femmes connaissent ce regard, combien sauront de quoi je parle ou elles se rappelleront de ces moments insupportables, anormaux mais normaux, atroces mais banals où un simple regard devient une salissure, une blessure, une attaque.
Je n'ai rien à faire contre le regard ; on m'a vendu que c'est un hommage, un impondérable du désir masculin, ce que veulent toutes les femmes.

avr 252016
 

"Pour trouver des papiers, j'ai besoin d'argent pour les payer. Pour avoir de l'argent, j'ai besoin d'un travail et j'ai besoin de papiers pour trouver du travail. c'est le serpent qui se mord la queue".

J'emploierai systématiquement dans cet article les termes "réseau" et "exploitation humaine" plutôt que "traite" comme expliqué dans cet article. J'emploierai le mot "traite" lorsque je parlerai par exemple de la Convention de Palerme puisque c'est le terme "traite" qui y est employé.

La question des réseaux prostitutionnels a été centrale dans le vote de la loi d'avril 2016. Les chiffres qui circulent à ce sujet sont fortement contradictoires ; on va de 5% à 90% de femmes exploitées par des réseaux dans la prostitution. Je montrerai combien il est difficile au fond de ranger des histoires individuelles dans des cases aussi simples ; que "exploitées" ou non "exploitées".  On peut être exploitée un moment dans la prostitution, ne plus l'être, puis l'être à nouveau. On peut être exploitée dans un travail domestique, et considérer que les revenus bien supérieurs de la prostitution sont plus intéressants même s'ils impliquent de la violence. L'exploitation commence également souvent avec le conjoint donc il a très peu été question dans toutes les discussions autour de la prostitution. On peut être victime de violence sans être victime d'un réseau. On peut constater comme le dit Thérèse Blanchet que les hommes, pourtant eux aussi trompés, abusés, ne sont jamais vus comme victimes de trafic et pourquoi ce sont toujours les corps des femmes qui sont vus comme vulnérables.

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avr 212016
 

En quelques jours, j'ai pu assister à plusieurs scènes très caractéristiques de la relation des hommes au féminisme.
Si vous interrogez beaucoup de hommes dits de gauche en 2016, ils se diront tout à fait féministes mais viendra le moment où il faudra transformer l'essai. Viendra le moment où il faudra assister à du militantisme féministe. Viendra le moment où il faudra écouter les femmes parler de sexisme. Et là ces fameux hommes de gauche auront beaucoup de mal.

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avr 202016
 

Partir, nous partirons. Avec tampon, sans tampon... nous partirons. Comme des maudits et alors ? Comme des forçats... Sur le ventre peut-être, malades à crever ; sur les poings et les genoux, sur les ongles un par un, quitte à les perdre tous, sur les canines peut-être ; sanglants à force d'y laisser la peau, comme des écorchés s'il le faut ; nous partirons...
Nicole Caligaris Les Samothraces (citation trouvée dans la thèse Communautés d’itinérance et savoir-circuler des transmigrant-e-s au Maghreb de Claire Escoffier)

Il y a 30 à 40 000 prostituées en France dont 90% d'étrangères. Il est donc impossible de parler de prostitution sans parler d'immigration, de processus migratoires et des lois françaises et européennes sur l'immigration.

J'aborderai dans un article suivant la question du trafic et des réseaux.

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