jan 162017
 

Voici le résumé de Pax neoliberalia, Perspectives féministes sur (la réorganisation de) la violence de Jules Falquet qui m'a été gentiment envoyé par les éditions iXe. Dans ce recueil de textes, écrits sur une vingtaine d'années, l'auteure travaille sur les enjeux matériels des différentes formes de violences contre les femmes et sur la réorganisation néolibérale de la coercition.

Il est difficile de prétendre en tout début d'année que ce livre sera un des livres les plus marquants de mon année 2017 mais j'ai pourtant bien ce sentiment. L'auteure arrive magistralement à montrer, par exemple, combien la violence patriarcale et celle née du néo-libéralisme touchent en tout premier lieu les femmes (et encore davantage si elles sont racisées).

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juil 052016
 

Le génocide et l'ethnocide

En 1941, Churchill déclarait, deux mois après l'invasion de l'URSS : "L’agresseur se comporte avec une cruauté extraordinaire. Au fur et à mesure que les armées avancent, des districts entiers sont exterminés. Des dizaines de milliers d’exécutions – littéralement des dizaines de milliers– sont perpétrées par les unités de police allemandes. Nous sommes en présence d’un crime qui n’a pas de nom. ("We are in the presence of a crime without a name").
Le juriste juif polonais, Raphaël Lemkin, créa en 1943 le terme de "génocide" : "La guerre qui vient de se terminer a concentré notre attention sur le phénomène de destruction de populations entières, groupes nationaux, raciaux et religieux, tant du point de vue biologique que du point de vue culturel. (...)Tandis que la société cherche protection contre les crimes individuels, ou plutôt contre des crimes dirigés contre les individus, nous ne pouvons relever un sérieux effort en vue d'éviter et de punir le meurtre et la destruction de milliers d'êtres humains. Plus fort même, un nom adéquat pour le phénomène n'existait même pas.(...) L'expression "meurtre de masse" rendrait-elle le concept précis de ce phénomène ? Nous sommes d'avis que non, puisqu'elle n'inclut pas le motif du crime, plus spécialement encore lorsque le but final du crime repose sur des considérations raciales, nationales et religieuses. (...) Toutes ces considérations nous ont amenés à voir la nécessité de créer pour ce concept particulier un terme nouveau, à savoir le Génocide. Ce mot est formé de deux entités : "genos ", terme grec, d'un côté, signifiant race ou clan, et "cide " suffixe latin de l'autre comportant la notion de tuer. Ainsi. le terme "génocide", prendra rang dans la famille des termes tyrannicide, homicide, patricide".

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déc 182011
 

Je vous ai souvent parlé de Juarez et je vous avais parlé ici de jeunes filles qui avaient disparu.

Périodiquement, je fais quelques recherches voir si on en a des nouvelles. Deux ont été retrouvées, mortes. Hilda Gabriela Rivas Campos et Adriana Sarmiento Enriquez.
La police avait les corps des jeunes filles depuis deux ans et a mis autant de temps pour avertir les familles et leur rendre les corps.
Nul ne sait évidemment pourquoi. Des sources anonymes témoignent qu'il y aurait encore des corps féminins dans la morgue de Juarez qui auraient été trouvés dans un charnier ; nulle enquête n'est menée, les parents des victimes n'ont pas le droit de voir les effets des victimes pour éventuellement reconnaître quelque chose.

Le 07 novembre, a été inauguré un chouette memorial en l'honneur de 8 femmes assassinées en 2001 (Cotton field). Pour l'anecdote on avait arrêté deux conducteurs de bus. L'un s'est plaint d'avoir été torturé et sa famille d'avoir reçu des menaces de mort. On l'a bien condamné à 50 ans de prison puis finalement on l'a libéréSon avocat a été tué par des inconnus. L'autre suspect est mort en prison dans des circonstances non encore élucidées ; son avocat a été tué par la police qui était "en état de légitime défense".
Les parents des jeunes femmes assassinées ont porté l'affaire devant la cour inter-américaine des droits de l'homme, qui a conclu, ô surprise, en 2009, que l'affaire n'avait pas été menée convenablement.
Nul doute que le monument leur fera bien plaisir ; il aurait coûté un million de dollars.

Alors je n'avais pas envie de polémiquer sur le texte idiot d'un crétin qui appelle la décapitation d'une femme un "coup de folie".

Quand il comprendra le monument d'indifférence absolue qui entoure la mort de femmes dans quasi toute l'Amérique latine, alors il comprendra le pourquoi de cette loi.

Il ne s'agit pas de dire que la mort d'une femme est plus grave que celle d'un homme ; pensez que jusqu'en 2008, l'on ne recensait même pas les meurtres de femmes tuées par leur conjoint. Il convient de comprendre l'état de certains pays d'Amérique latine en matière de machisme pour comprendre pourquoi il a fallu cette loi.

Il y a un an, était assassinée Marisela Escobedo Ortiz qui cherchait à ce que soit condamné le meurtrier de sa fille. Son fils dit aujourd'hui que la police n'a pas fait son travail ; il est réfugié aux Etats-Unis pour sa propre sécurité.

Début décembre 2011, un militant des DH Nepomuceno Moreno Núñez a été assassiné. On a également tiré sur Norma Andrade, dont la fille a été assassinée et qui préside une association de familles de victimes.

Le 16 décembre, le Mexique a officiellement reconnu sa responsabilité face à deux femmes indigènes qui ont été violées par des soldats. Les populations "indigènes" souffrent, plus que les autres, d'un manque de droits, d'accès aux soins, à la justice. Les femmes victimes de Juarez étaient d'ailleurs, souvent, au début, des indigènes.

Pensées pour Hilda Gabriela Rivas Campos et Adriana Sarmiento Enriquez.

sept 182009
 

C’est une énième mauvaise nouvelle qui frappe Juarez. Vous avez ici et mes précédents articles.
Au passage. Le 16 septembre un tireur a abattu 10 personnes dans un centre de désintoxication de la ville ; le 2, 18 personnes avaient été abattues dans un autre centre.
Les hôpitaux de Juarez n’accueillent plus les blessés par balles, craignant que ce soient des membres de gangs et que des gangs rivaux viennent les achever sur place (cela s’est déjà produit). L’an dernier il y a eu 1607 meurtres à Juarez ; on en est déjà à 1620 en septembre.

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mar 132009
 

Ces jours derniers on vous en a parlé de Juarez à la télévision française. Il faut dire qu'il y a eu 2000 morts en un an à cause des gangs. Le président Calderon y a envoyé 5000 soldats la semaine dernière et les USA pourraient fournir leur aide.

Le gang, c'est vendeur ; du mec tatoué qui se tire dessus c'est glamour. Et pour arriver à parler du Mexique en France, c'est que la situation là bas a atteint des proportions inimaginables.

Et, évidemment, nos disparues de Juarez dont j'ai déjà parlé - notez que ca fait 5 ans que j'en parle en fait - on s'en fout.

18 gamines entre 13 et 18 ans ont disparu depuis 14 mois. C'est même étonnant que je puisse vous fournir un chiffre. On doit en général recouper 20 sites pour arriver à se faire une vague idée.

Il y a eu 347 disparitions de femmes l'an dernier. Le procureur  général a une explication fameuse ; elles sont presque toutes parties avec leur petit copain ou en virée avec des potes. Pratique.

Ici un article explique que plus il y a des militaires pour combattre les trafiquants, plus la violence envers les femmes explose. Les militaires violent et comme ils sont protégé, les femmes n'osent pas porter plainte (et de toutes façons, ils ne seraient pas condamnés donc ...).

Désolée de revenir encore sur cette histoire qui m'obsède, je l'avoue volontiers. je la trouve très emblématique du je m'en foutisme général à l'égard des femmes.
Imaginez une ville française où des centaines de femmes disparaissent ou sont retrouvées mortes dans des conditions abominables. Imaginez-vous vous promener sur les lieux du crime et retrouver des pièces à conviction que la police n'a même pas collectées.
Et imaginez un juge français vous dire "ah mais ce sont toutes des disparitions volontaires".
Alors des rapports il y en a eu. De l'ONU. De l'UE.  On a même fait un projet de rapport s'appuyant sur 20 rapports pour dire qu'il fallait faire un rapport sur le sujet.

Il y a deux jours la présidente de l'Académie mexicaine de Droits Humains, Gloria Ramirez a relevé qu'il y a eu 77 recommandations internationales au sujet des femmes et 63 au sujet des meurtres de femmes de Juarez. Elle souligne que pas une de ces recommandations n'a été suivie, que le gouvernement feint de les suivre et ment quand les organisations internationales lui demandent des comptes.

Le mois prochain le gouvernement mexicain pourrait être jugé devant une cour de justice internationale pour ne pas avoir enquêté convenablement dans ces affaires.

En février, l'ancien gouverneur du Mexique, celui qui avait dit que de toutes façons les victimes l'avaient bien cherché, a été nommé ambassadeur au Canada. les familles de victimes ont peu apprécié.

On pourrait continuer des heures ainsi mais on finirait par tomber dans un mauvais sketch.

déc 092008
 

Juarez, qui est une ville mexicaine, frontalière avec les USA. Avec l’ALENA (traité de libre-échange), beaucoup d’entreprises occidentales ont installé des maquiladoras (usines d'assemblages) dans cette région. L'ALENA était censé créer de l’emploi et faire baisser la pauvreté. Au final, beaucoup de PME mexicaines ont fait faillite puisqu’elles ne pouvaient tenir face aux géants américains et l’importation massive de denrées alimentaires a fait baisser les prix payés aux agriculteurs mexicains ce qui a entraîné un important exode rural. Les salariés mexicains des maquiladoras sont évidemment sous payés , peu protégés. Lire la suite »