oct 062016
 

Nous sommes toutes et tous profondément éduqué-es, conditionné-es, formaté-es à haïr les femmes. Nous haïssons les femmes quand elles sont belles, nous haïssons les femmes lorsqu'elles sont laides, nous haïssons les femmes quand elles sont grosses, nous haïssons les femmes comme ci ou comme cela. Nous n'aimons rien de ce qui est considéré comme féminin et nous nous en excusons si c'est le cas ("j'aime bien le maquillage pardon c'est un peu futile mais ca me détend" - rire gêné).
Les femmes se haïssent entre elles mais leur pouvoir de nuisance, en termes de violences de genre, reste limité. Les hommes sont éduqués, formatés, à battre les femmes, à les violer, à les harceler. Il existe une violence de genre exercée par les hommes contre les femmes. Cette violence implique des agressions sexuelles, des viols, des insultes sexistes et du harcèlement. Cette violence est condamnée mais aucun réel effort n'est fait pour lutter contre ; la pluie tombe et les hommes violentent les femmes c'est ainsi.
Notre relation aux femmes est faite d'ambivalence. On aime la beauté de certaines femmes mais on tend à les trouver bêtes. On les trouve sournoises, futiles, colériques, têtes en l'air ; des charmantes têtes de linotte qu'il fait bon avoir près de soi mais pas trop longtemps. Nous nous conditionnons à apprécier les qualités dites masculines (franchise, courage, force) et à sur-estimer les défauts dits féminins (sournoiserie et futilité en tête de liste).
Nous affirmons que le viol des femmes est un crime épouvantable mais nous considérons que, quand même, certaines femmes l'ont bien cherché.
Nous affirmons que nous ne frapperions pas une femme "même avec une rose" mais quand même certaines sont bien chiantes.
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août 032016
 

Les féministes sont très souvent accusées de dire que tout homme est un violeur.
Je suis toujours surprise de l'énergie à véhiculer des rumeurs autour des féministes, rumeurs que nous passons un temps assez considérable à démentir. Ce temps ne peut être consacré à une lutte active et c'est assez ironique lorsqu'on se rappelle que beaucoup de gens nous disent qu'on ne s'occupe pas "des vrais problèmes". Si vous cessiez peut-être d'inventer des rumeurs et des ragots, on perdrait un peu moins de temps. Mais bref. Comme j'ai constaté que cette idée se répand de plus en plus, essayons  une bonne fois pour toutes d'y répondre pour enfin passer à autre chose.

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jan 122016
 

Pendant la nuit du nouvel an, de nombreuses agressions sexuelles et parfois des viols ont eu lieu dans des villes allemandes et en Finlande.

Les féministes ont toujours étudié, travaillé, analysé et dénoncé les violences sexuelles. C'est grâce à deux victimes de viol et à leur avocate, Gisèle Halimi, qu'on a pu en 1978, lors du procès d'Aix en Provence comprendre les répercussions psychiques possibles du viol sur les victimes. Les féministes auront également permis de faire reconnaître et condamner le viol conjugal qui sera finalement pris en compte légalement en 1990. Leurs nombreux travaux et études auront permis de connaître le nombre de viols et de tentatives de viols par an (75 000 en France) des agressions sexuelles (13% des femmes allemandes en auraient subi une), le peu de plaintes déposées par les victimes de viol (10% en France). Elles ont également travaillé sur ce qu'est le viol, ce qu'il constitue au niveau sociologique alors qu'il est encore souvent vu par l'ensemble de la société comme l'acte isolé d'un "fou" ou d'un "monstre". Ces dernières années, ont été analysés le concept de culture du viol et celui de harcèlement dans l'espace public.
Les féministes n'ont donc jamais eu besoin d'attendre quiconque pour condamner TOUTES les agressions sexuelles et TOUS les viols, quels qu'en soient les auteurs. Elles ont plutôt l'habitude de prêcher dans le désert au milieu de personnes qui ne les croient pas et minimisent les chiffres des violences sexuelles. Les agressions sexuelles et les viols commis le 31 décembre en Allemagne et en Finlande sont donc évidemment condamnables, comme toutes les autres violences sexuelles.

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août 272015
 

Si nous réalisions un micro-trottoir dans la rue à propos du viol, les mots ne seraient pas assez forts pour en parler. On nous évoquerait ce "crime abominable", qui "détruit la vie des femmes" et dont "elles ne peuvent jamais se remettre". Le violeur serait qualifié de "monstre", de "salopard", "d'être inhumain", qu'il faut "enfermer à vie", voire "tuer" ou "castrer". Si nous parlions de viol sur des mineur-es de moins de 15 ans, les réactions seraient encore plus violentes et virulentes.
Si nous interrogions ensuite sur les gens sur ce qu'est pour eux un viol, la définition serait sans doute la suivante : "une jeune femme court-vêtue rentrant chez elle tard le soir, violée par un inconnu armé d'un couteau". Nous savons que ces représentations sont fausses mais elles ont profondément ancré nos esprits et il est extrêmement difficile de se sortir de l'esprit cette image pour se rappeler que le viol a davantage lieu dans un lieu privé et par une connaissance. Pourtant nous sommes à peu près toutes et toutes convaincues, que si nous ne condamnons pas tous les viols, nous condamnons les plus terribles, les plus violents, les plus atroces.

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fév 112015
 

Les femmes, tout au long de leur vie, sont amenées à prendre grand soin de ce qu'il y a entre leurs jambes.  Elles sont éduquées très tôt à apprendre que les hommes veulent du sexe, par à peu près tous les moyens possibles et qu'il faut s'en préserver à tout prix.

Ainsi elles sont éduquées dés leur plus jeune âge à avoir peur du monde extérieur et à faire attention aux fameux prédateurs ; elles apprennent à avoir une peur panique des violences sexuelles et l'on n'hésite pas parfois à leur apprendre qu'il vaudrait mieux mourir que d'être violées, que la mort serait préférable à la souillure.
Ainsi elles sont éduquées à considérer leur virginité comme un trésor à préserver à tout prix. Il ne faudrait pas la donner à n'importe qui, sans qu'on sache bien définir le n'importe qui, ni n'importe quand, ni n'importe où. Les termes ne sont d'ailleurs pas anodins ; on "perd" sa virginité comme s'il y avait quelque chose à regretter ou à vouloir retrouver.
Ainsi les femmes sont éduquées à se laisser désirer car on ne désire que ce qui est rare. Elles ne doivent surtout pas coucher avec trop d'hommes, sans qu'on sache exactement ce que ce "trop d'hommes" signifie, elles en seraient salies et ne vaudraient plus grand chose.
Ainsi les femmes ne doivent pas être violées mais la responsabilité de leur viol leur ait couramment mise entre les mains ; sont-elles sorties ? Sont-elles jolies ? Ont-elles bu ?

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nov 192014
 

Après avoir étudié l'impact des mythes sur le viol et démontré leur présence dans la presse, il parait nécessaire de proposer un exemple de charte journalistique à l'instar de la charte espagnole sur les violences conjugales.

Une charte de ce type a été proposée par Jessica Valenti  dans The nation.

Voici donc une proposition de charte française à destination de la presse à propos des violences sexuelles.

- Les titres de articles parlent de viols et de violences sexuelles devront être neutres et ne pas tomber dans le sensationnalisme, ou prendre partie pour le violeur.

- Si le procès n'a pas eu lieu avec un verdict de culpabilité, la victime doit être appelée "la victime présumée" et le coupable" l'agresseur présumé" ou "le violeur présumé". La victime ne doit pas être présentée comme "celle qui accuse", "l'accusatrice", "celle par qui le scandale arrive" ou tout autre terme laissant entendre qu'elle ment.

- Aucune justification au viol ne sera cherchée comme l'alcool (qui est un critère aggravant et non atténuant pour le violeur), la drogue, la tenue de la victime, ses heures de sortie, les lieux qu'elle a pu fréquenter, sa vie sexuelle, son état psychologique, sa profession.

- La santé mentale de la victime  présumée n'a pas non plus à être évoquée sauf si elle constitue un critère pertinent dans le procès. Elle doit être évoquée de façon neutre  et sans sensationnalisme.

- Dans tous les cas, aucun témoignage positif ne devra être recueilli sur l’agresseur présumé. Evoquer ses loisirs, sa carrière, son physique, s'ils n'ont rien à voir avec l'affaire, n'ont pas à être évoqués et donneront simplement un sentiment de proximité avec le violeur et par là même tendent à lui trouver des excuses.

- Si l'article souhaite évoquer la version du violeur présumé, il devra le faire en utilisant systématiquement des guillemets et en conservant un équilibre avec celle de la victime présumée.

- Il n'est nul besoin de préciser la nationalité ou les origines du violeur présumé ou de la victime présumée.

- Il n'est nul besoin de préciser que le violeur présumé est père de famille sauf si cela a quelque chose à voir avec le viol

- Les termes sensationnalistes tels que "martyr, calvaire, horreur" sont inutiles et donnent la fausse impression que les viols sont des actes commis par des monstres isolés ce qui évite de nous interroger sur leur importance en tant que fait social.

- Un viol n'est pas un "scandale" ou "une affaire sexuelle". Il doit être décrit comme un viol et pas comme du sexe. Aucune confusion ne doit être entretenue entre un viol et du sexe.

- L'identité des victimes devra être protégée au maximum et aucune information pouvant leur porter préjudice ne devra être donnée.

- Les conseils aux femmes devront être évités d'autant qu'ils ne correspondent à aucune réalité statistique ; les viols sont rarement commis par des inconnus dans des espaces isolés.

- Si le journaliste souhaite faire appel à un-e expert-e, il devra s'assurer des connaissances de celui-ci quant au sujet traité.

- Le viol n'est pas un fait-divers mais un fait social qui doit être étudié comme tel. On évitera donc de publier des détails morbides et racoleurs ou des photos d'illustration racoleuses.

L'article devra toujours intégrer le numéro de téléphone gratuit d’aide aux victimes [Violence femmes info 3919] ou tout type d’informations qui pourrait être utile aux femmes.

 

nov 182014
 

Une étude de 2008 portant sur l'affaire Kobe Bryant, joueur de basket accusé de viol, a permis de mettre en avant plusieurs faits intéressants. Les chercheuses ont soumis aux sondée-s des articles de journaux contenant des mythes autour du viol (comme "elle a menti" ou "elle l'a bien cherché").  Ceux qui ont été exposés aux articles contenant des mythes, étaient plus susceptibles  de croire en l'innocence de Bryant.
Une seconde étude menée par les mêmes chercheuses s'est concentrée sur les titres d'articles consacrés à la même affaire. Les personne ayant lu des titres d'articles comportant des mythes sur le viol étaient là aussi plus enclines à croire Bryant innocent. Elles étaient également plus tolérantes à l'égard des crimes sexuels en général. Les hommes ayant été exposés à ces mythes sont plus susceptibles que les femmes dans le même cas, à y adhérer.
Comme le soulignent ces études, il a également abondamment été démontré qu'être exposé aux mythes sur le viol renforce les visions stéréotypées que nous avons à ce sujet. Cela nous rend également enclins à ne pas voir comme des viols ce qui ne correspond pas à notre vision stéréotypée. Une victime qui y serait exposée aurait davantage tendance à nier ce qu'elle a vécu et à hésiter à porter plainte. Enfin être exposés aux mythes sur le viol peut pousser les hommes à nier ou minimiser leurs comportements sexuels violents.

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nov 172014
 

Les mythes ou idées reçues autour du viol désignent les croyances entourant le crime en lui-même, les victimes et les coupables. On les définit par des attitudes et croyances fausses mais profondément et constamment entretenues servant à nier et à justifier le viol. Ces mythes, par des idées fausses répétées constamment, servent à décrédibiliser la personne violée et à excuser le violeur.

Etudions donc à présent ces mythes :

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nov 052014
 

Lorsque j'ai lu ce texte dans sa version originale, je l'ai trouvé extraordinairement puissant, extraordinairement vrai. Je me suis dit qu'il était essentiel qu'il soit traduit en français. FlashSteelers a donc demandé l'autorisation et l'auteure et l'a traduit. CaCtus a fait la relecture de la traduction. Merci encore à l'auteure de nous avoir donné son accord pour la traduction et la publication et surtout merci pour ses mots ; on espère tous trois que la traduction ne les trahira pas.

Voici donc le texte.
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oct 132014
 

Dans l'enquête de victimation Enquête "Cadre de vie et sécurité" 2011 réalisée conjointement par l'INSEE et l’ONDRP (Observatoire National de Délinquance et des Réponses Pénales), on mesure qu'en 2009-2010,  1% des femmes de 18 à 75 ans ont déclaré avoir été victimes de violences sexuelles soit un peu moins de 220 000 femmes. Ce taux est de 0,3% pour les hommes de 18 à 75 ans : un peu plus de 60 000 hommes seraient victimes de violences sexuelles chaque année .

En 2011, d'après les statistiques centralisées par la Direction centrale de la Police Judiciaire, 4983 personnes majeures ont porté plainte pour viol en commissariat de police et de gendarmerie.

Selon le Rapport 2012 de l’Observatoire national de la délinquance et des réponses pénales, le nombre de victimes déclarées de violences sexuelles hors ménage est de  286 000 personnes de 18 à 75 ans en 2010-2011 c'est-à-dire que 286 000 personnes ont déclaré avoir été victimes de violences sexuelles,ce qui ne veut pas dire qu'elles ont porté plainte. Quand on précise la nature de l'agression sexuelle, on arrive au chiffre suivant : 193 000 personnes de 18 à 75 ans, en 2010-2011, sont des victimes déclarées de viols et tentatives de viol.
Le rapport a donc calculé que, pour la période 2010-2011, environ  12 % des femmes de 18 à 75 ans ayant déclaré avoir été victimes de violences physiques ou sexuelles, ont dit avoir porté plainte à la suite de l’un au moins des actes subis sur deux ans. Le chiffre est inférieur pour les hommes ; moins de 4%.

On constate donc un écart extrêmement important entre le nombre de déclarations d'agressions et le nombre de plaintes enregistrées. Les viols et les agressions sexuelles sont les crimes et délits pour lesquels on porte le moins plainte en France. Il en est de même aux Etats-Unis : selon le Département de  Justice Américain, 62.5% des crimes et des agressions sexuelles ne sont pas rapportés à la police.

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