fév 212017
 

En 2011 la comédienne Ina Mihalache crée sa chaîne youtube "Solange te parle" où seule, face à la camera, elle réfléchit, décortique et analyse de façon solitaire.

A travers le livre Très intime, qui m'a été envoyé par les éditions Payot, elle rompt avec ce principe en dialoguant avec 20 femmes entre 18 et 46 ans.

A la naissance de son projet, elle avait décidé de s'inspirer de Sophie Calle en dormant chez les femmes qu'elle souhaitait interviewer. Elle a finalement opté pour des entretiens de 3 heures chez ces femmes. Chaque chapitre constitue donc une interview avec chaque fois des questions différentes. Les parcours sont différents, les sexualités aussi. Elle permet d'accéder à l'intime, aux propos qu'on ne tient presque jamais alors que, pourtant, la sexualité n'a jamais été autant exposée. On y parle sodomie, porno, fellation, fétichisme, consentement, cunnilingus, éjaculation féminine ou sadomasochisme.

Son projet, tient, pour elle, d'une réflexion autour de la sororité afin d'aider les femmes à s'apaiser au sujet de la sexualité.

Sur les vingt femmes interrogées, sept ont été victimes de violences sexuelles. Elles ne le formulent pas toujours de cette façon, le mot "viol" n'est pas forcément prononcé sur des situations le méritant. C'est d'ailleurs peut-être ce qui m'a manqué (même si cela aurait sans aucun doute été un autre livre), qu'il ne soit pas rappelé que certains comportements sont bien des viols même si les victimes ne souhaitent pas les désigner de cette façon.

Les parcours sont tous différents, certains légers et plus anecdotiques, d'autres témoignent de la violence de la sexualité en contexte patriarcal (j'ai encore en mémoire le témoignage de cette femme, qui, ado, a été séquestrée par des camarades)  ; certains témoignent enfin d'un empowerment féminin et féministe qui fait plaisir à voir.

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jan 242017
 

Elise Thiébaut, dans Ceci est mon sang, qui m'a été envoyé par les Editions La Découverte, dresse une histoire des règles tout en alternant histoires personnelles et faits scientifiques, sociologiques et historiques autour des règles. Elle rappelle également les nombreuses représentations historiques et religieuses autour des règles.

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mai 092016
 

Ce matin une femme politique qualifiait un homme, accusé d'agressions et de harcèlements sexuels, de "dragueur réputé lourd".

Nous avons énormément de mal à bien nommer les choses en matière d'agressions sexuelles parce que nos définitions ne prennent jamais en compte une chose ; le fait de ne pas tenir compte du consentement de la victime.
Pour beaucoup d'entre nous, dépasser ses limites, insister, pousser un peu fait partie du "jeu de la séduction" et de l'attitude de certains hommes. Nous avons intégré que certains hommes insistent, c'est comme ça. Et certains hommes ont intégré qu'à force d'insister, ils obtiendront parfois ce qu'ils veulent. On perd toujours à ce "jeu" là ; prenez à la rigolade l'agression pensant ainsi apaiser les choses, vous serez une salope. Repoussez vivement l'agresseur, vous savez une mal baisée qui ne  connait pas la rigolade. L'agression sexuelle est, dans l'esprit de beaucoup, ce qu'est une agression physique, un acte forcément violent, impliquant des poings ou un couteau, qui se passe davantage sur un parvis de cathédrale allemande que dans le salon feutré d'un parti politique. L'agression sexuelle du racisé pauvre contre la drague lourde du chefaillon de parti politique.
Les hommes sont un peu lourds, nous apprend-on ; comme si l'insistance en matière sexuelle venait avec la socialisation masculine. "Si on ne peut plus rigoler" entend-on souvent.
Rigoler, drague lourde, les mots sont légions pour qualifier les agressions sexuelles. Le consentement féminin ne compte pas. Il suffisait de dire non, va-t-on entendre, sans penser qu'on n'a déjà pas à entendre ce genre de phrases dites, répétées et insistantes qui non, n'ont pas à faire partie d'une relation entre hommes et femmes. On me répondra que je veux interdire la drague, ce qui fera une énième fois, l'amalgame entre drague et agressions sexuelle. Insister pour obtenir ce qu'on veut d'une femme est une plaisanterie  connue de tous, un jeu masculin qui se joue seul.

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avr 262016
 

Métro parisien, heure de pointe. Ce moment où le graal à atteindre est cette fameuse place contre la porte devant un strapontin levé. Les écouteurs dans les oreilles.
Le regard entre, il se bloque à 30 cm de moi. Je connais bien le regard, je l'ai rencontré à l'âge de 13 ans dans les yeux de mon prof de maths et depuis il ne m'a jamais lâché. Il est grand ou petit, gros ou mince, riche ou pauvre. Il est toujours il.
Il passe sur mon visage, descend. Les seins. Il estime, il soupèse, il fantasme, il suppose, il rêve, il imagine. Le regard a ce drôle de sourire, ce sale demi sourire. Il sait ce que je ressens, il aime ce que je ressens. Il aime l'idée d'humilier, de mettre mal à l'aise, nous voir remonter le sac, croiser les bras, baisser les yeux, fermer le manteau, tourner la tête. Notre gêne l'excite.
Le regard laisse sur la peau une trace de limace, ces grosses limaces rouges qui sortent après la pluie, écœurantes lorsqu'on les écrase. Partout où il passe, le regard laisse cette trace, infime, mais présente de salissure, de meurtrissure infime mais réelle.
J'ai envie de m'engloutir sur place, j'ai envie de raboter mes seins au cutter, tout couper comme si cela changerait quelque chose. Je donne mon féminisme tout entier pour que le regard se pose ailleurs, sur d'autres seins et d'autres fesses.
Le regard jouit, il a percé le masque d'impassibilité. Il sait que je suis mal à l'aise. Il sait que je feins, que je simule.
C'est compliqué de décrire ce qu'on ressent face au regard. C'est compliqué de décrire l'impression de salissure et d'humiliation mélangées à une totale impuissance. Que faire ? Se mettre à lui hurler dessus d'arrêter de nous regarder ? Voilà qu'après avoir voulu les castrer, les féministes se mettent en tête de vouloir aveugler les hommes. "Mais enfin je ne faisais rien de mal, je l'ai juste regardée, elle est folle". Ai-je envie de mener un combat pour un regard, pour ce regard ? Combat perdu d'avance, rentrer dans le combat lui montrerait que je l'ai remarqué, ce qu'il souhaite.
Comment décrire le regard. Ce regard qui veut te faire sentir morceau de viande, détritus bon à percer, à trouer, à pénétrer, à humilier, à transpercer.

Il faudrait que j'affronte le regard. Je l'ai fait, parfois. Parfois je n'ai juste eu pas le courage. Pas l'envie. Pas la force. On nous éduque à craindre le regard, on nous éduque à le subir, à se taire, à le minimiser, à se dire qu'on exagère. Cela n'est qu'un regard, pense un peu aux femmes violées.

Je regarde le regard. Je fais en sorte qu'il croie que je le regarde mais je regarde, loin derrière lui, je transperce sa tête, je suis bien loin derrière lui. Les minutes sont des heures. Un simple regard à affronter et je suis épuisée. Chaque jour, le metro. Le regard part. Le regard a laissé sa vilaine petite trace sur moi et je suis fatiguée, le regard me coule dessus comme un crachat.

Fait-elle du cinéma pour un simple regard. Si on n'a plus le droit de regarder les filles à présent. Elle s'imagine des choses. Elle fantasme. Laide comme elle est en plus. Un oedipe mal réglé encore un. Elle est vraiment fragile. Elle veut quoi, qu'on ne drague plus c'est ça ? La saleté est dans son oeil , c'est ce qu'elle veut au fond qu'elle décrit. Voilà qu'elle s'attaque au regard à présent. Elle a des problèmes quand même.

Je me demande combien de femmes connaissent ce regard, combien sauront de quoi je parle ou elles se rappelleront de ces moments insupportables, anormaux mais normaux, atroces mais banals où un simple regard devient une salissure, une blessure, une attaque.
Je n'ai rien à faire contre le regard ; on m'a vendu que c'est un hommage, un impondérable du désir masculin, ce que veulent toutes les femmes.

fév 022016
 

"Equality in the realm of sex is an antisexual idea if sex requires domination in order to register as sensation."
Andre Dworkin, Intercourse.

Elle travaille dans un magasin de bricolage, qui, depuis peu, peut ouvrir le dimanche.   Un accord d'entreprise permet que les salariés seront payés double ce jour-là (et cela n'est pas le cas dans toutes les entreprises). Elle a deux enfants, est mère célibataire et travaille à temps partiel dans cette entreprise.
Son supérieur lui propose de travailler désormais les dimanches ; un rapide calcul lui permet de se rendre compte qu'elle n'a aucun avantage à accepter sa proposition (faire garder ses enfants les dimanches travaillés lui coûterait trop cher) et elle refuse. Son supérieur la menace alors de la pousser à la faute et de la virer pour faute grave.
Elle accepte de travailler le dimanche.
Est-ce qu'elle a consenti à ces heures de travail dominicales ?
Elle était confrontée à deux possibilités :
- travailler le dimanche, ce qu'elle ne souhaite pas faire et garder son travail
- ne pas travailler le dimanche, suivre son souhait et perdre son travail
(Il y a évidemment une 3eme option qui consisterait à faire appel à un syndicat, aller aux prudhommes mais pour la démonstration on ne l'abordera pas ici).
Chacun-e constatera que les deux possibilités ne sont pas équivalentes. Elle est une salariée précaire, avec deux enfants à charge et ne peut prendre le risque d'être renvoyée. Consentir à quelque chose nécessite d'avoir le choix entre plusieurs propositions à peu près équivalentes ce qui permet de faire un choix éclairé. Elle ne consent donc pas à travailler le dimanche, elle cède sous la menace.
Faisons un bref aparté, sur le terme "choix éclairé". Il est bien évident que nous subissons des déterminismes sociaux et qu'un choix apparemment libre est aussi fait en fonction de ces différents déterminismes ; une mère célibataire précaire est justement à cause de ce qu'elle est soumises à des déterminismes qu'il est difficile pour elle de combattre. Pour autant nous ne sommes pas faits que de ces déterminismes - du moins je ne le crois pas - sinon on ne pourrait simplement pas parler de consentement.

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jan 202016
 

Voici le résumé de Résumé de Beverley Skeggs, Des femmes respectables. Classe et genre en milieu populaire.

 

La respectabilité est un signe de classe et donc un enjeu pour les classes populaires. L'étude porte sur 83 femmes blanches du Nord Ouest de l'Angleterre. La respectabilité joue un rôle essentiel dans l'identité nationale britannique ; certains en ont naturellement , d'autres doivent être contrôlés par de l'état. La famille est vue comme un lieu de stabilité et la femme comme une force civilisatrice. La femme peut être une source de menace pour la société. L'état met donc en place des cours d'éducation domestique afin d'éduquer les femmes des classes populaires. Les femmes qui vont dans ces écoles d'aide à la personnes ont des ressources culturelles féminines à ce sujet puisqu'elles ont déjà des expériences personnelles en termes de soin à la personne au sein de leur famille. Elles se dévaluent et se déprécient lorsque les pratiques institutionnelles enseignées à l'école leur expliquent que ce qui est correct ne correspond pas à ce qu'elles avaient l'habitude de faire. Cela développe leur anxiété qui les prédispose à se responsabiliser.

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déc 012015
 

(Mon texte va uniquement s'intéresser au concept de consentement féminin dans les couples hétérosexuels et en Occident.)

On voit actuellement, émanant des mouvements féministes, émerger beaucoup de projets autour du consentement en matière sexuelle. Des féministes tentent donc d'inculquer l'idée qu'il faut s'assurer du consentement avant de pratiquer tel ou tel acte sexuel et proposent par exemple des ateliers autour du consentement comme cette initiative anglaise.
Face à ces initiatives, on voit surgir énormément de résistances en particulier masculines ; le motif le plus évoqué étant que "cela va faire tomber l'excitation".

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nov 202015
 

Beaucoup ont tendance à voir les féministes comme un groupe monolithique, dont les membres seraient interchangeables. Le féminisme est, plus que jamais, riche de personnalités très diverses.
J'ai donc décidé d'interviewer des femmes féministes ; j'en connais certaines, beaucoup me sont inconnues. Je suis parfois d'accord avec elles, parfois non. Mon féminisme ressemble parfois au leur, parfois non.
Toutes sont féministes et toutes connaissent des parcours féministes très différents. Ces interviews sont simplement là pour montrer la richesse et la variété des féminismes.

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nov 092015
 

Beaucoup ont tendance à voir les féministes comme un groupe monolithique, dont les membres seraient interchangeables. Le féminisme est, plus que jamais, riche de personnalités très diverses.
J'ai donc décidé d'interviewer des femmes féministes ; j'en connais certaines, beaucoup me sont inconnues. Je suis parfois d'accord avec elles, parfois non. Mon féminisme ressemble parfois au leur, parfois non.
Toutes sont féministes et toutes connaissent des parcours féministes très différents. Ces interviews sont simplement là pour montrer la richesse et la variété des féminismes.

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oct 302015
 

Beaucoup ont tendance à voir les féministes comme un groupe monolithique, dont les membres seraient interchangeables. Le féminisme est, plus que jamais, riche de personnalités très diverses.
J'ai donc décidé d'interviewer des femmes féministes ; j'en connais certaines, beaucoup me sont inconnues. Je suis parfois d'accord avec elles, parfois non. Mon féminisme ressemble parfois au leur, parfois non.
Toutes sont féministes et toutes connaissent des parcours féministes très différents. Ces interviews sont simplement là pour montrer la richesse et la variété des féminismes.

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