nov 022015
 

Beaucoup ont tendance à voir les féministes comme un groupe monolithique, dont les membres seraient interchangeables. Le féminisme est, plus que jamais, riche de personnalités très diverses.
J'ai donc décidé d'interviewer des femmes féministes ; j'en connais certaines, beaucoup me sont inconnues. Je suis parfois d'accord avec elles, parfois non. Mon féminisme ressemble parfois au leur, parfois non.
Toutes sont féministes et toutes connaissent des parcours féministes très différents. Ces interviews sont simplement là pour montrer la richesse et la variété des féminismes.

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oct 062015
 

Vous avez lancé une publicité sexiste qui joue sur d'habiles ressorts méconnus tels que "les femmes sont des connasses vénales semi-illetrées" ?
Vous avez torché un numéro d'été de votre petit magazine à maigre tirage où vous explorez la très méconnue antienne "ces féministes toutes des extrémistes" ?
Vous avez lancé une chanson où vous envisagez - et c'est assez original - de traiter toutes les femmes de putes ?
Vous avez écrit une série où vous jouez avec humour sur le sexisme des personnages auquel vous n'adhérez évidemment pas mais qui vous fait quand même marrer ?

Mais vous vous inquiétez du budget publicité pour vous faire connaitre. Il  est difficile en ces temps troublés de faire connaitre le vrai politiquement incorrect. Et ce ne sont pas les 3 fans semi débiles que vous méprisez secrètement mais qui vous rapportent pas mal de pognon qui vont s'en charger.

J'ai donc trouvé une solution ;  sponsorisez mon indignation, mon féminisme et votre sexisme.

Vous voulez de la pub et vous avez malignement joué sur quelques ressorts sexistes afin que les féministes réagissent (que vous êtes subtil !). PAS DE PROBLEME.

Pour 100 euros le twit, je produis une grosse et vraie indignation. Je garantis un RT de 2% minimum.

Pour 850 euros j'écris un billet dénonçant le sexisme de votre production ARTISTIQUE et INTELLECTUELLE (et je m'engage à mettre 5 liens vers votre site).

Bien évidemment en l'absence de tout paiement, je ne parlerai jamais, et à aucune occasion, de vos productions. Vous comprendrez aisément que tout travail mérite salaire et en l'absence de paiement
- visant à faire la publicité de vos productions auprès de gens n'en ayant jamais entendu parler
- contribuant à la montée du nombre de twits dédiés à votre production, chiffre que vous pourrez ensuite montrer à vos investisseurs
il est bien normal et naturel que je n'écrive rien, n'envisageant pas de vous procurer publicités et par là même revenus supplémentaires, gratuitement.

Mon indignation à votre service.
Vos billets dans ma poche.

nov 192014
 

Après avoir étudié l'impact des mythes sur le viol et démontré leur présence dans la presse, il parait nécessaire de proposer un exemple de charte journalistique à l'instar de la charte espagnole sur les violences conjugales.

Une charte de ce type a été proposée par Jessica Valenti  dans The nation.

Voici donc une proposition de charte française à destination de la presse à propos des violences sexuelles.

- Les titres de articles parlent de viols et de violences sexuelles devront être neutres et ne pas tomber dans le sensationnalisme, ou prendre partie pour le violeur.

- Si le procès n'a pas eu lieu avec un verdict de culpabilité, la victime doit être appelée "la victime présumée" et le coupable" l'agresseur présumé" ou "le violeur présumé". La victime ne doit pas être présentée comme "celle qui accuse", "l'accusatrice", "celle par qui le scandale arrive" ou tout autre terme laissant entendre qu'elle ment.

- Aucune justification au viol ne sera cherchée comme l'alcool (qui est un critère aggravant et non atténuant pour le violeur), la drogue, la tenue de la victime, ses heures de sortie, les lieux qu'elle a pu fréquenter, sa vie sexuelle, son état psychologique, sa profession.

- La santé mentale de la victime  présumée n'a pas non plus à être évoquée sauf si elle constitue un critère pertinent dans le procès. Elle doit être évoquée de façon neutre  et sans sensationnalisme.

- Dans tous les cas, aucun témoignage positif ne devra être recueilli sur l’agresseur présumé. Evoquer ses loisirs, sa carrière, son physique, s'ils n'ont rien à voir avec l'affaire, n'ont pas à être évoqués et donneront simplement un sentiment de proximité avec le violeur et par là même tendent à lui trouver des excuses.

- Si l'article souhaite évoquer la version du violeur présumé, il devra le faire en utilisant systématiquement des guillemets et en conservant un équilibre avec celle de la victime présumée.

- Il n'est nul besoin de préciser la nationalité ou les origines du violeur présumé ou de la victime présumée.

- Il n'est nul besoin de préciser que le violeur présumé est père de famille sauf si cela a quelque chose à voir avec le viol

- Les termes sensationnalistes tels que "martyr, calvaire, horreur" sont inutiles et donnent la fausse impression que les viols sont des actes commis par des monstres isolés ce qui évite de nous interroger sur leur importance en tant que fait social.

- Un viol n'est pas un "scandale" ou "une affaire sexuelle". Il doit être décrit comme un viol et pas comme du sexe. Aucune confusion ne doit être entretenue entre un viol et du sexe.

- L'identité des victimes devra être protégée au maximum et aucune information pouvant leur porter préjudice ne devra être donnée.

- Les conseils aux femmes devront être évités d'autant qu'ils ne correspondent à aucune réalité statistique ; les viols sont rarement commis par des inconnus dans des espaces isolés.

- Si le journaliste souhaite faire appel à un-e expert-e, il devra s'assurer des connaissances de celui-ci quant au sujet traité.

- Le viol n'est pas un fait-divers mais un fait social qui doit être étudié comme tel. On évitera donc de publier des détails morbides et racoleurs ou des photos d'illustration racoleuses.

L'article devra toujours intégrer le numéro de téléphone gratuit d’aide aux victimes [Violence femmes info 3919] ou tout type d’informations qui pourrait être utile aux femmes.

 

nov 182014
 

Une étude de 2008 portant sur l'affaire Kobe Bryant, joueur de basket accusé de viol, a permis de mettre en avant plusieurs faits intéressants. Les chercheuses ont soumis aux sondée-s des articles de journaux contenant des mythes autour du viol (comme "elle a menti" ou "elle l'a bien cherché").  Ceux qui ont été exposés aux articles contenant des mythes, étaient plus susceptibles  de croire en l'innocence de Bryant.
Une seconde étude menée par les mêmes chercheuses s'est concentrée sur les titres d'articles consacrés à la même affaire. Les personne ayant lu des titres d'articles comportant des mythes sur le viol étaient là aussi plus enclines à croire Bryant innocent. Elles étaient également plus tolérantes à l'égard des crimes sexuels en général. Les hommes ayant été exposés à ces mythes sont plus susceptibles que les femmes dans le même cas, à y adhérer.
Comme le soulignent ces études, il a également abondamment été démontré qu'être exposé aux mythes sur le viol renforce les visions stéréotypées que nous avons à ce sujet. Cela nous rend également enclins à ne pas voir comme des viols ce qui ne correspond pas à notre vision stéréotypée. Une victime qui y serait exposée aurait davantage tendance à nier ce qu'elle a vécu et à hésiter à porter plainte. Enfin être exposés aux mythes sur le viol peut pousser les hommes à nier ou minimiser leurs comportements sexuels violents.

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juil 152014
 

Le fait contre lequel il est le plus difficile de lutter est ce qu'on appelle le "bon sens", le bon gros bon sens qui tâche qui fait tant de dégât et qui a la force d'inertie d'un socialiste devant le MEDEF.
"Oui tu m'as montré statistiques à l'appui que la plupart des viols sont commis dans un appartement par un proche, mais tout de même ON SAIT BIEN que se promener en mini jupe tard le soir est imprudent".
On sait bien que.
Il y a des évidences, fausses, qui concourent au sexisme, à la culture du viol mais qu'il ne fait pas bon remettre en question sans doute parce qu'elles sont trop douloureuses, remettent en question un ordre établi où seules les vilaines filles court-vêtues qui sortent le soir risquent d'être violées et pas n'importe quelle femme, à n'importe quel moment.
C'est ainsi donc que 20 minutes nous sort un marronnier sur le viol.

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avr 092014
 

L'article a depuis été retiré mais vous pouvez le retrouver en cache ici et lire l'article de René Greusard sur le sujet.

Plusieurs points en préalable à cette analyse.
Qu'est ce que la culture du viol ? J'ai essayé d'en faire une définition courte : "culture dans laquelle les idées, les média, les coutumes, les pratiques sociales, les institutions normalisent, naturalisent et érotisent la violence sexuelle contre les femmes. La culture du viol blâme les victimes et déculpabilise les coupables. L'objectification sexuelle des femmes fait partie de la culture du viol. La culture du viol véhicule des mythes autour du viol (mythe de l'inconnu qui viole la nuit des jeunes femmes par exemple..), apprend aux femmes à avoir peur de ces mythes sans pour autant leur donner les moyens de se défendre (inhibition de l'agressivité féminine). Les mythes autour du viol visent à maintenir les femmes dans la peur." Elle est forcément parcellaire mais on m'avait demandé de résumer l'idée en quelques phrases courtes.

Il ne s 'agit pas de dire que quelqu'un qui a écouté, lu, regardé, une production culturelle ou journalistique, ou un-e ami-e tenant des propos de l'ordre de la culture du viol, va immédiatement se mettre à violer des femmes. Il s'agit simplement de comprendre que nous baignons tous et toutes dans une culture où des idées fausses, des préjugés, des mythes sont véhiculés autour du viol, que nous les véhiculons à notre tour. Tout ceci explique donc pourquoi aussi peu de victimes portent plainte, pourquoi on reporte la faute sur les victimes au lieu des coupables.
Il peut y avoir culture du viol sans viol ; une mère qui dirait à sa fille "ne sors pas habillée ainsi tu vas avoir des problèmes" alimente la culture du viol pourtant - dieu merci - sa fille ne va pas forcément être violée.
Il peut y avoir culture du viol et viol. Un violeur qui dirait que sa victime l'a bien cherché en s'habillant ainsi tient des propos de l'ordre de la culture du viol.

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fév 172014
 

La première est ici. Comme la question m'a été sérieusement posée, je préfère préciser à celles et ceux qui l'ignoreraient, que je n'ai pas le pouvoir ni l'envie de censurer un journal, je me contente donc de pointer ce que je trouve problématique, entre autres en matière de sexisme, dans Charlie-Hebdo.

La critique porte aujourd'hui sur le n° 1130.

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fév 112014
 

Cher Charlie hebdo,

Je sais que tu n'es pas raciste car tu me l'as dit. Et je sais que tu n'es pas sexiste non plus car tu me l'as dit. De plus tu es de gauche et je crois qu'il est impossible d'être de gauche et raciste. Tu me le répétais encore il y a peu "Nous avons presque honte de rappeler que l'antiracisme et la passion de l'égalité entre tous les humains sont et resteront le pacte fondateur de Charlie Hebdo." à moi que tu qualifiais comme d'autres d'"esprit faible".

Alors j'ai fait ce que tu m'as dit ; j'ai ouvert ton journal. Mieux, je vais l'ouvrir chaque semaine et je vais y noter ce qui me dérange.

Je t'invite à néanmoins lire ces textes du sociologue Denis Colombi. Je la fais en bref ; l'humour n'est pas exempt des idéologies qui traversent une société ; il est donc forcément empreint de logiques sexistes, homophobes, racistes, tout comme le langage.

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juin 282013
 

Causette,

Grâce à toi, aujourd'hui, j'ai appris que j'étais musulmane. Selon toi, il y a un lien direct entre le fait d'être choqué par l'agression sexuelle d'une gamine de 14 ans par sa professeur et la religion musulmane. Comme tu le dis : "dans les familles musulmanes du quartier, où la virginité au moment du mariage a toujours du sens,  une affaire comme celle-là ne passe pas". J'ai bien compris que ta journaliste, Stéphanie Maurice, avait mené une enquête sociologique de terrain pour conclure que le musulman ne saute pas de joie quand il confie sa fille à un prof qui en abuse. Je vais t'apprendre une chose étonnante ; le non-musulman non plus. Chez peu de gens, ces "affaires là" "passent", en fait.

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juin 112013
 

Nous avons récemment beaucoup parlé de culture du viol et Le nouvel observateur nous fournit ces jours ci de merveilleux exemples de ce qu'elle peut être.

Dans un premier article, analysé par Gaelle-Marie Zimmermann, un homme - on ne tentera pas de le qualifier de journaliste - se masturbe romance la relation pédocriminelle entre une professeure et une enfant de douze ans. L'agression sexuelle devient une relation d'amour racontée avec force détails complaisants.

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