août 272015
 

Si nous réalisions un micro-trottoir dans la rue à propos du viol, les mots ne seraient pas assez forts pour en parler. On nous évoquerait ce "crime abominable", qui "détruit la vie des femmes" et dont "elles ne peuvent jamais se remettre". Le violeur serait qualifié de "monstre", de "salopard", "d'être inhumain", qu'il faut "enfermer à vie", voire "tuer" ou "castrer". Si nous parlions de viol sur des mineur-es de moins de 15 ans, les réactions seraient encore plus violentes et virulentes.
Si nous interrogions ensuite sur les gens sur ce qu'est pour eux un viol, la définition serait sans doute la suivante : "une jeune femme court-vêtue rentrant chez elle tard le soir, violée par un inconnu armé d'un couteau". Nous savons que ces représentations sont fausses mais elles ont profondément ancré nos esprits et il est extrêmement difficile de se sortir de l'esprit cette image pour se rappeler que le viol a davantage lieu dans un lieu privé et par une connaissance. Pourtant nous sommes à peu près toutes et toutes convaincues, que si nous ne condamnons pas tous les viols, nous condamnons les plus terribles, les plus violents, les plus atroces.

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fév 242015
 

Ce qu'il est convenu d'appeler, dans un clair euphémisme, les "affaires DSK" nous auront permis d'étudier l'attitude de la société française face aux violences sexuelles. Sur les réseaux sociaux, les très nombreuses personnes à avoir pris la défense de DSK ne l'ont pas fait parce qu'il était présumé innocent, ou parce qu'il n'y avait pas assez de preuves pour le condamner mais parce que, forcément, les victimes présumées mentaient, étaient trop moches ou trop jolies, trop peu crédibles, trop vengeresses.
En tant que militantes féministes, nous sommes quotidiennement renvoyées à une incompréhension générale face à nos combats contre les violences sexuelles. Parler par exemple de "culture du viol" nous renvoie - au mieux - à une incrédulité du plus grand nombre qui seraient tous et toutes totalement contre le viol et ne comprendraient absolument pas qu'on puisse oser évoquer une tolérance générale envers les violences sexuelles.

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fév 112015
 

Les femmes, tout au long de leur vie, sont amenées à prendre grand soin de ce qu'il y a entre leurs jambes.  Elles sont éduquées très tôt à apprendre que les hommes veulent du sexe, par à peu près tous les moyens possibles et qu'il faut s'en préserver à tout prix.

Ainsi elles sont éduquées dés leur plus jeune âge à avoir peur du monde extérieur et à faire attention aux fameux prédateurs ; elles apprennent à avoir une peur panique des violences sexuelles et l'on n'hésite pas parfois à leur apprendre qu'il vaudrait mieux mourir que d'être violées, que la mort serait préférable à la souillure.
Ainsi elles sont éduquées à considérer leur virginité comme un trésor à préserver à tout prix. Il ne faudrait pas la donner à n'importe qui, sans qu'on sache bien définir le n'importe qui, ni n'importe quand, ni n'importe où. Les termes ne sont d'ailleurs pas anodins ; on "perd" sa virginité comme s'il y avait quelque chose à regretter ou à vouloir retrouver.
Ainsi les femmes sont éduquées à se laisser désirer car on ne désire que ce qui est rare. Elles ne doivent surtout pas coucher avec trop d'hommes, sans qu'on sache exactement ce que ce "trop d'hommes" signifie, elles en seraient salies et ne vaudraient plus grand chose.
Ainsi les femmes ne doivent pas être violées mais la responsabilité de leur viol leur ait couramment mise entre les mains ; sont-elles sorties ? Sont-elles jolies ? Ont-elles bu ?

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nov 252014
 

[descriptions explicites de scènes de viol]

On demande souvent aux féministes comment diminuer le nombre de viols, quelles mesures elles préconisent (sachant que la méthode la plus rapide est l'extinction du genre masculin mais vous allez pinailler).

Si tout le monde s'accorde à être contre le viol, ce même monde devient d'un coup beaucoup moins prolixe quand il s'agit de définir le viol. Pour la majorité d'entre nous, un viol est commis par un type très moche sur une jolie fille qui garait sa voiture dans un parking. Là on est tous d'accord que c'est un viol et qu'il faut le punir.

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nov 192014
 

Après avoir étudié l'impact des mythes sur le viol et démontré leur présence dans la presse, il parait nécessaire de proposer un exemple de charte journalistique à l'instar de la charte espagnole sur les violences conjugales.

Une charte de ce type a été proposée par Jessica Valenti  dans The nation.

Voici donc une proposition de charte française à destination de la presse à propos des violences sexuelles.

- Les titres de articles parlent de viols et de violences sexuelles devront être neutres et ne pas tomber dans le sensationnalisme, ou prendre partie pour le violeur.

- Si le procès n'a pas eu lieu avec un verdict de culpabilité, la victime doit être appelée "la victime présumée" et le coupable" l'agresseur présumé" ou "le violeur présumé". La victime ne doit pas être présentée comme "celle qui accuse", "l'accusatrice", "celle par qui le scandale arrive" ou tout autre terme laissant entendre qu'elle ment.

- Aucune justification au viol ne sera cherchée comme l'alcool (qui est un critère aggravant et non atténuant pour le violeur), la drogue, la tenue de la victime, ses heures de sortie, les lieux qu'elle a pu fréquenter, sa vie sexuelle, son état psychologique, sa profession.

- La santé mentale de la victime  présumée n'a pas non plus à être évoquée sauf si elle constitue un critère pertinent dans le procès. Elle doit être évoquée de façon neutre  et sans sensationnalisme.

- Dans tous les cas, aucun témoignage positif ne devra être recueilli sur l’agresseur présumé. Evoquer ses loisirs, sa carrière, son physique, s'ils n'ont rien à voir avec l'affaire, n'ont pas à être évoqués et donneront simplement un sentiment de proximité avec le violeur et par là même tendent à lui trouver des excuses.

- Si l'article souhaite évoquer la version du violeur présumé, il devra le faire en utilisant systématiquement des guillemets et en conservant un équilibre avec celle de la victime présumée.

- Il n'est nul besoin de préciser la nationalité ou les origines du violeur présumé ou de la victime présumée.

- Il n'est nul besoin de préciser que le violeur présumé est père de famille sauf si cela a quelque chose à voir avec le viol

- Les termes sensationnalistes tels que "martyr, calvaire, horreur" sont inutiles et donnent la fausse impression que les viols sont des actes commis par des monstres isolés ce qui évite de nous interroger sur leur importance en tant que fait social.

- Un viol n'est pas un "scandale" ou "une affaire sexuelle". Il doit être décrit comme un viol et pas comme du sexe. Aucune confusion ne doit être entretenue entre un viol et du sexe.

- L'identité des victimes devra être protégée au maximum et aucune information pouvant leur porter préjudice ne devra être donnée.

- Les conseils aux femmes devront être évités d'autant qu'ils ne correspondent à aucune réalité statistique ; les viols sont rarement commis par des inconnus dans des espaces isolés.

- Si le journaliste souhaite faire appel à un-e expert-e, il devra s'assurer des connaissances de celui-ci quant au sujet traité.

- Le viol n'est pas un fait-divers mais un fait social qui doit être étudié comme tel. On évitera donc de publier des détails morbides et racoleurs ou des photos d'illustration racoleuses.

L'article devra toujours intégrer le numéro de téléphone gratuit d’aide aux victimes [Violence femmes info 3919] ou tout type d’informations qui pourrait être utile aux femmes.

 

nov 182014
 

Une étude de 2008 portant sur l'affaire Kobe Bryant, joueur de basket accusé de viol, a permis de mettre en avant plusieurs faits intéressants. Les chercheuses ont soumis aux sondée-s des articles de journaux contenant des mythes autour du viol (comme "elle a menti" ou "elle l'a bien cherché").  Ceux qui ont été exposés aux articles contenant des mythes, étaient plus susceptibles  de croire en l'innocence de Bryant.
Une seconde étude menée par les mêmes chercheuses s'est concentrée sur les titres d'articles consacrés à la même affaire. Les personne ayant lu des titres d'articles comportant des mythes sur le viol étaient là aussi plus enclines à croire Bryant innocent. Elles étaient également plus tolérantes à l'égard des crimes sexuels en général. Les hommes ayant été exposés à ces mythes sont plus susceptibles que les femmes dans le même cas, à y adhérer.
Comme le soulignent ces études, il a également abondamment été démontré qu'être exposé aux mythes sur le viol renforce les visions stéréotypées que nous avons à ce sujet. Cela nous rend également enclins à ne pas voir comme des viols ce qui ne correspond pas à notre vision stéréotypée. Une victime qui y serait exposée aurait davantage tendance à nier ce qu'elle a vécu et à hésiter à porter plainte. Enfin être exposés aux mythes sur le viol peut pousser les hommes à nier ou minimiser leurs comportements sexuels violents.

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nov 172014
 

Les mythes ou idées reçues autour du viol désignent les croyances entourant le crime en lui-même, les victimes et les coupables. On les définit par des attitudes et croyances fausses mais profondément et constamment entretenues servant à nier et à justifier le viol. Ces mythes, par des idées fausses répétées constamment, servent à décrédibiliser la personne violée et à excuser le violeur.

Etudions donc à présent ces mythes :

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nov 052014
 

Lorsque j'ai lu ce texte dans sa version originale, je l'ai trouvé extraordinairement puissant, extraordinairement vrai. Je me suis dit qu'il était essentiel qu'il soit traduit en français. FlashSteelers a donc demandé l'autorisation et l'auteure et l'a traduit. CaCtus a fait la relecture de la traduction. Merci encore à l'auteure de nous avoir donné son accord pour la traduction et la publication et surtout merci pour ses mots ; on espère tous trois que la traduction ne les trahira pas.

Voici donc le texte.
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oct 132014
 

Dans l'enquête de victimation Enquête "Cadre de vie et sécurité" 2011 réalisée conjointement par l'INSEE et l’ONDRP (Observatoire National de Délinquance et des Réponses Pénales), on mesure qu'en 2009-2010,  1% des femmes de 18 à 75 ans ont déclaré avoir été victimes de violences sexuelles soit un peu moins de 220 000 femmes. Ce taux est de 0,3% pour les hommes de 18 à 75 ans : un peu plus de 60 000 hommes seraient victimes de violences sexuelles chaque année .

En 2011, d'après les statistiques centralisées par la Direction centrale de la Police Judiciaire, 4983 personnes majeures ont porté plainte pour viol en commissariat de police et de gendarmerie.

Selon le Rapport 2012 de l’Observatoire national de la délinquance et des réponses pénales, le nombre de victimes déclarées de violences sexuelles hors ménage est de  286 000 personnes de 18 à 75 ans en 2010-2011 c'est-à-dire que 286 000 personnes ont déclaré avoir été victimes de violences sexuelles,ce qui ne veut pas dire qu'elles ont porté plainte. Quand on précise la nature de l'agression sexuelle, on arrive au chiffre suivant : 193 000 personnes de 18 à 75 ans, en 2010-2011, sont des victimes déclarées de viols et tentatives de viol.
Le rapport a donc calculé que, pour la période 2010-2011, environ  12 % des femmes de 18 à 75 ans ayant déclaré avoir été victimes de violences physiques ou sexuelles, ont dit avoir porté plainte à la suite de l’un au moins des actes subis sur deux ans. Le chiffre est inférieur pour les hommes ; moins de 4%.

On constate donc un écart extrêmement important entre le nombre de déclarations d'agressions et le nombre de plaintes enregistrées. Les viols et les agressions sexuelles sont les crimes et délits pour lesquels on porte le moins plainte en France. Il en est de même aux Etats-Unis : selon le Département de  Justice Américain, 62.5% des crimes et des agressions sexuelles ne sont pas rapportés à la police.

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sept 112014
 

Le texte comporte des références explicites au viol et à la violence.

Je pense à ces femmes qui sont rentrées le soir et ont nettoyé leur manteau plein du sperme d'un frotteur.
Je pense à ces femmes qui doivent décerner des médailles à leur mec lorsqu'il a fait, une fois, un plat de pâtes.
Je pense à ces femmes qui serrent les dents très fort devant un supérieur paternaliste.
Je pense à ces femmes qui sourient pour ne pas hurler devant une blague sexiste.
Je pense à ces femmes qui ont dix ans de thérapie pour arriver à gérer leur viol.
Je pense à ces femmes dont le mari les laisse sortir.
Je pense à ces femmes dont le mari aide au ménage.
Je pense à ces femmes dont on n'a pas écouté la voix et à qui on a pratiqué une épisiotomie malgré leur refus.
Je pense à ces femmes qui ne jouent plus à des jeux en ligne car c'était trop invivable.
Je pense à ces femmes qui font 2 km de détour pour rentrer chez elles.
Je pense à ces femmes qui ne sortent pas de chez elles quand il fait nuit.
Je pense à ces femmes qui craignent de rentrer chez elles car il les attend.
Je pense aux femmes aux coups, aux bleus, aux nez cassés, aux vagins déchirés,  aux fistules anales après un viol, aux sourires sans dent après un énième coup de poing, aux morsures, aux coups de crosse, aux visages défigurés.
Je pense à ces femmes aux triples journées de travail.
Je pense à ces femmes dont le mari feint des maux de dos subits pour ne pas se taper le ménage.
Je pense à ces femmes qui se font mal au ventre à attendre qu'il daigne se bouger le cul et ne serait-ce que "les aider".
Je pense à ces femmes, ces "ma petite", ces "beaux petits culs", ces "joli chocolat", ces "mademoiselle hey psstt", ces "'hey ma grosse salope", ces "hey grosse pute tu vas répondre", ces "salope réponds ou je te défonce".
Je pense à ces femmes dont on a arraché le foulard dans la rue.
Je pense à ces femmes à qui on a montré l'échographie du foetus à avorter.

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