oct 232017
 

Je me souviens avoir cliqué sur ce lien clickbait qui disait « Ces stars qui ont très mal vieilli » avec une photo de Brigitte Bardot. J’avais la vague espoir qu’on évoque par exemple ses propos racistes répétés, même s’il faudra un jour qu’on parle de cette tendance à attribuer à la vieillesse ou à la sénilité des propos racistes, homophobes, transphobes ou sexistes. L’article s’étonnait donc réellement qu’une femme de 83 ans n’ait plus le physique de ses 25 ans. C’était visiblement une offense personnelle, un sale tour qu’elle nous jouait de vieillir comme tout un chacun. Il est d’ailleurs intéressant de noter qu’il semble presque plus violent pour certain-es que Bardot ait vieilli qu’elle tienne des propos racistes. A se demander ce qu’il se passerait si elle tenait les mêmes propos avec son physique de 1965.

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fév 202017
 

Les Editions Belin m'ont envoyé les 4 derniers livres de leur collection Egale à Egal. Cette collection existe depuis 2014. Sous forme d'un livre d'une centaine de pages, elle permet d'aborder un thème précis des inégalités entre hommes et femmes. Sont déjà parus par exemple des livres consacrés au temps de parole des femmes à la télévision, à l'école, à la ville, au fonctionnement.

Les quatre derniers ouvrages parus, et que j'ai donc reçus sont donc :
- Femmes en politique, en finir avec les seconds rôles de Marlène Coulomb-Gully. L'auteure montre par l'histoire de l'exclusion des femmes en politique, le constat des inégalités encore présentes, le rôle des média, le traitement des femmes, les nombreuses inégalités existant encore dans ce bastion masculin.  L'ouvrage se termine par des dates et chiffres clés et un quizz (qui m'a permis de constater mon abyssale ignorance en la matière). Les autres livres de la collection sont d'ailleurs construits sur ce même principe. L'ouvrage recense au fil des pages les nombreuses injures et réflexions sexistes qu'ont pu subir les femmes politiques à travers le monde ; à rappeler à certains qui se présentent désormais comme champions du féminisme.

- Vies de femmes, vies précaires de Thierry Benoit travaille sur la pauvreté et la précarité des femmes en France. Rappelons à ce propos que les femmes sont à tous âges de la vie plus pauvres et plus précaires que les hommes. Après avoir rappelé les chiffres à ce sujet, l'auteur se penche sur les raisons de cette différence ; carrière plus fréquemment interrompue, temps partiel, etc. Un intéressant chapitre montre la maigre place réservé à aux femmes dans l'espace public. J'avais déjà travaillé sur ce sujet pour le blog et je suis admirative de la façon dont l'auteur a réussi à synthétiser les données à disposition ; c'est vraiment un ouvrage que je conseille car ce sujet reste encore méconnu ; comme il y a plus d'hommes SDF, beaucoup en concluent rapidement que les hommes sont plus pauvres que les femmes ce qui n'est pas le cas.

- Femmes et cinéma ; Sois belle et tais-toi de Brigitte Rollet. Même si j'en parle peu sur le blog, je suis une passionnée de cinéma donc tout livre consacré à la place des femmes ne pouvait que m'intéresser. L'auteure montre, ce que j'ignorais, que les femmes ont travaillé dans le cinéma dés son invention. Elle cite en particulier Alice Guy qui fut la première femme au monde à créer une maison de production. Elle rappelle que la plupart des films français des années 30 ont été montés par des femmes. Bref il y avait des femmes dans tous les métiers du cinéma qui ont été oubliées par l'histoire officielle. Elle souligne que dés les années 30, Bette Davis commença à dénoncer le manque d'imagination des scénaristes quant aux rôles féminins ; on peinait à sortir de l'homme sujet et de la femme objet. Le cinéma contemporain n'a pas beaucoup changé, et les statistiques le montrent. Ainsi en 2014, à Hollywood, les hommes représentent 94% des cinéastes. En Europe 1 film sur 7 est réalisé par des femmes et 84% du financement est attribué à des hommes. Elle explique ce qu'est le test de Bechdel et les raisons de sa création. Un chapitre est consacré à la réaction des femmes travaillant dans le milieu du cinéma américain ; actrices, monteuses, scénaristes, productrices toutes dénoncent cette profonde misogynie. Le chapitre suivant est consacré à la situation française, pays qui a (comme toujours) tendance à se congratuler quant aux droits des femmes alors que la situation n'y est pas plus reluisante. Le dernier chapitre est consacré aux initiatives prises pour contrer ce sexisme. Ainsi par exemple, en Suède, le financement est paritaire. A Sundance 50% des films présentés ont été réalisés par des femmes.  Les actrices Juliette Binoche et Jessica Chastain ont lancé une société de production visant à soutenir les femmes.

- Le sexisme au travail ; Fin de la loi du silence ? de Brigitte Grésy. L'auteure montre que le sexisme au travail a longtemps été passé sous silence, y compris par les victimes qui risquaient (et risquent encore) de perdre leur travail en le dénonçant. Elle définit ce qu'est le sexisme au travail en rappelant les différents visages qu'il peut prendre (hostile, dissimulé ou bienveillant). C'est un chapitre très utile pour comprendre que ce qu'on appelle "humour gaulois" est avant du sexisme ; elle prend d'ailleurs des exemples concrets afin de mieux les déconstruire et les expliquer. Pour bien connaître les écrits de l'auteure, c'est sa grande force ; elle est extrêmement concrète et pédagogue. Ce chapitre permet de vraiment bien analyser des situations qu'on est beaucoup à avoir rencontrées.  dans le chapitre suivant, elle analyse les réactions des femmes face au sexisme ; nier, contourner, éviter, minimiser. Elle rappelle ensuite que jusqu'en 2015, la loi française ne protégeait pas les femmes du sexisme au travail. Elle montre les récentes évolutions dans les lois tant françaises qu'au niveau européen. Elle propose ensuite différentes solutions aux entreprises pour lutter contre le sexisme. Le dernier chapitre propose des solutions aux femmes.

sept 262016
 

De nombreux mythes témoignent de deux grands archétypes féminins, qui ne font pas que s'opposer, puisqu'on le verra, on peut assez facilement passer d'un archétype à l'autre (mais l'inverse est en revanche difficilement possible).
Le premier archétype est celui de la princesse à sauver, la femme fragile, celle qui ne saurait vivre sans le soutien et l'appui d'un homme. On retrouve par exemple cet archétype dans le Livre de Daniel dans la Bible ; Suzanne prend un bain. Deux vieillards lui demandent de coucher avec eux. Elle refuse et ils l'accusent alors d'adultère. Elle est condamnée à mort ; il faudra l'intervention de Daniel qui prouvera son innocence. On constate ici que la parole d'une femme ne suffit pas, il faut qu'un homme intervienne pour qu'elle soit crue. On est dans l'archétype de la femme fragile, sauvée par un homme. Ce mythe a été beaucoup peint et c'est là qu'on constate combien la frontière est poreuse avec l'autre archétype ; sur de nombreux tableaux, on constate que Suzanne semble provoquer les vieillards, minauder, s'exhiber de manière consciente ; elle n'est plus totalement innocente tant, dans notre culture, il est difficile d'imaginer une femme comme complètement innocente de ce qui lui arrive.
Le second archétype est celui de la femme tentatrice, la femme qui provoque, la femme par qui arrivent le scandale, la déchéance voire la mort.
On citera en vrac Eve qui tenta Adam et précipita leur chute hors du paradis, Judith qui séduisit Holopherne et le tua (même si c'est pour sauver le peuple juif, on retrouve toujours l'idée de la femme usant de ses charmes), Dalila qui trahit Samson et cause sa mort, Lilith qui séduit les hommes endormis, Jézabel et sa mauvaise influence sur Achab.

 

La liste serait très longue. Il est évidemment très facile de passer de l'archétype de la "princesse à sauver" à celui de la "salope" ; l'inverse est plus difficile. Il y aurait sans doute toute une réflexion à mener sur l'idée de salissure chez les femmes qui ne peut s'effacer (à titre d'anecdote, au XIXème siècle, les prostituées "repenties" (tel était le terme consacré) étaient enfermées dans des maisons où elles ravaudaient à longueur de journées des linges blancs, ce qui symboliquement, me parait assez intéressant).

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oct 192015
 

Beaucoup ont tendance à voir les féministes comme un groupe monolithique, dont les membres seraient interchangeables. Le féminisme est, plus que jamais, riche de personnalités très diverses.
J'ai donc décidé d'interviewer des femmes féministes ; j'en connais certaines, beaucoup me sont inconnues. Je suis parfois d'accord avec elles, parfois non. Mon féminisme ressemble parfois au leur, parfois non.
Toutes sont féministes et toutes connaissent des parcours féministes très différents. Ces interviews sont simplement là pour montrer la richesse et la variété des féminismes.

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oct 042013
 

Quelques petites réflexions en vrac sur divers sujets qui m'ont occupée ces derniers jours.

Je suis fanatique absolue, totale du dernier clip de Rihanna "Pour it up".

Au delà de la réponse sèche - et méritée - à Miley Cyrus, je ne peux m'empêcher d'y voir le retour de la pop sexuellement agressive et donc pour moi féministe des années 90. Je suis d'ailleurs assez surprise des retours plutôt négatifs sur les réseaux sociaux où beaucoup la traitent de tous les noms à cause de sa nudité et des poses suggestives. En clair, il semble que lorsque les femmes sont à moitié nues dans des clips tournés pour des hommes - et donc symboliquement à leur entière disposition - tout soit parfaitement normal et accepté. Quand c'est une femme qui décide de se montrer nue, d'être explicitement et sexuellement agressive, elle est traitée de tous les noms. Comme toujours, on en revient à l'idée qu'une femme ne doit pas être demanderesse et surtout ne pas exprimer ouvertement ses désirs sexuels. Un bon exemple ici : "La classe s'en est allée. Je ne comprends pas pourquoi on appelle femmes des personnes qui se soumettent elles-mêmes à ce que les hommes nous traitent comme des objets alors qu'elles n'ont aucune classe et qu'elles donnent simplement à voir tout ce que les hommes désirent. Où est l'ancienne Riri ? Pon De Replay était un bon son. Tu n'avais même pas à enlever tes vêtements pour nous inciter à l'écouter"."

Je voudrais rappeler la phrase de Madonna en 1990 face aux avalanches de réaction négatives face à son clip Express yourself : "But I chained myself! I'm in charge." (je vous conseille au passage de voir ou revoir certains clips de Madonna de cette éoque).
Ce n'est pas un producteur qui met Madonna ou Rihanna nues ; ce sont elles mêmes et ce sont elles qui tiennent les rênes. On peut juger cela vulgaire ou peu classe mais je ne vois pas en quoi elles sont soumises aux désirs des hommes.
D'ailleurs si Rihanna était tant soumise que cela à ce qu'attendent les hommes, les réactions masculines sur les réseaux sociaux seraient beaucoup plus positives. Or elle est traitée de pute et de salope commes toutes les femmes dont on considère qu'elles prennent un peu trop de libertés. Vous pouvez bien être certain qu'une femme sera traitée de pute (the whore stigma comme l'appelle Pheterson) dés lors qu'on estime qu'elle ne tiens plus sa place. Je me méfie d'ailleurs de ces accusations de "vulgarité" ou de "manque de classe"  qui ne touchent par hasard que les femmes (et peut-être plus spécifiquement les femmes noires qui seraient toujours plus suspectées de l'être ?) ; mieux même constatez dans le témoignage du dessus qu'on lui dénie le droit de se dire femme...

Même si j'ai d'immenses réserves sur les conneries que peut parfois sortir Camille Paglia, voici ce qu'elle disait de Madonna dans les 90's : "Madonna has taught young women to be fully female and sexual while still exercising total control over their lives. She shows girls how to be attractive, sensual, energetic, ambitious, aggressive and funny -- all at the same time."

Alors je ne sais pas si Madonna est féministe, pas plus que Rihanna, je dis juste que l'image des femmes qu'elles renvoient dans leur clip n'a RIEN de patriarcal, au contraire. Ce n'est pas le fait d'être nue qui pose un problème, c'est de le faire pour des hommes, en tant qu'objet sans rien maîtriser ce qui n'est d'évidence pas le cas de ces deux chanteuses. Lorsque des femmes se montrent nues, en tant que sujet, elles sont toujours et éternellement ramenées à leur place comme c'est le cas de Rihanna ici. Dans ce clip, Rihanna montre l'image d'une femme qui sait ce qu'elle veut qui aime le sexe et le montre. Une image donc totalement féministe. Encore une fois, dans un système patriarcal, les femmes n'ont pas à être nues, elles ont à l'être sur demande masculine. Bien au contraire, toutes les femmes qui s'aviseraient de se mettre nues alors qu'on ne leur a rien demande, seraient vivement remises à leur place de la manière la plus violente possible.

(je rappelle que Chris Brown n'est pas le sujet ici - au cas où - )

Je rajoute le clip de Madonna Justify my love qui causa un véritable scandale dans les années 90.

sept 262011
 

J'ai été invitée par Gaumont à voir Un heureux évènement de Rémy Bezançon avec Louise Bourgouin et Pio Marmaï, film tiré du roman d'Eliette Abécassis.

Bon.

Commençons par régler le cas Eliette Abécassis.

Ceci dit.

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