jan 032014
 

J'ai reçu en cadeau le livre La fabrique des garçons. Sanctions et genre au collège dont je vais vous proposer le résumé.

Sylvie Ayral a étudié le nombre de sanctions dans 5 collèges très différents et a constaté que 75.7% à 84.2% des élèves punis ou sanctionnés étaient des garçons. 84.2% à 97.6% des élèves punis pour violences sur autrui étaient des garçons. Plein d'éléments ont déjà été étudiés afin d'estimer pourquoi des élèves sont punis et sanctionnés mais la sanction ne l'a jamais été par le prisme du genre.

Dans une première partie, l'auteure explique ce qu'est le système de punitions et de sanctions. La punition est une mesure d'ordre intérieur comme des retenues, des devoir en plus. La sanction est une réponse aux manquements graves des élèves comme les atteintes aux personnes et aux biens. Elle est prononcée par le chef d'établissement ou le conseil de discipline.
A l'heure actuelle, on considère que la sanction doit avoir du sens et doit permettre de conserver le lien éducatif. Elle doit donc respecter 4 règles de droit pénal :
- proportionnalité de la sanction à la gravité de l'acte
- légalité : si quelque chose n'est pas expressément interdit, on ne peut être puni pour l'avoir fait.
- individualisation : on ne peut pas punir un groupe pour un acte commis par une personne de ce groupe.
- principe du contradictoire : toutes les parties doivent être entendues.
Toute sanction doit désormais être motivée et expliquée.

L'effet pervers de la sanction est que pour arrêter la violence, on fait soi même preuve de violence. On n'enseigne pas le bon comportement via la sanction.

Depuis 2005, a été créée la note de vie scolaire qui récompense l'assiduité et la ponctualité, le respect des dispositions du règlement intérieur, la participation à la vie de l'établissement, l'obtention de l'attestation de sécurité routière et de l'attestation de formation aux premiers secours. Cette note engendre des tensions car elle représente une double peine pour les élèves ayant déjà été sanctionnés. Les critères servant à l'estimer sont souvent subjectifs. Elle met sur le même plan les notes et le comportement.

Ayral note ensuite les apports des études sur le genre :
- faire éclater les visions essentialistes de la différence des sexes qui attribuent des qualités et défauts immuables aux hommes et aux femmes en fonction de caractéristiques biologiques.
- prôner une approche relationnelle des sexes car les caractéristiques associées à chacun sont socialement construites dans une relation d'opposition.
- appréhender les relations sociales entre les sexes comme un rapport de pouvoir et de hiérarchie.
- considérer que le genre est consubstantiel à d'autres rapports de pouvoir (race, classe sociale etc)
- rendre les hommes visibles en tant qu'individus sexués et pas comme une catégorie neutre
- questionner les stéréotypes de sexe qui imprègnent les représentations sociales et révèlent l'hétéronormativité ambiante.

Daniel Welzer-Lang dit que la virilité est "apprise et imposée aux garçons par le groupe des hommes au cours de leur socialisation pour qu'ils se distinguent hiérarchiquement des femmes. La virilité est l'expression collective et individualisée de la domination masculine." Le virilisme serait l'exacerbation de normes qui régissent les attitudes, les représentations et les pratiques viriles. les enfants mâles ne jouant pas le jeu deviennent les boucs émissaires afin de montrer ce qu'on risque en tant qu'homme si on ne rentre pas dans le moule viril.
Le sexisme et l'homophobie seraient des violences sociales visant à renforcer les preuves de la supériorité des hommes sur les femmes. L'homophobie caractériserait la stigmatisation des qualités ou de défauts attribués à l'autre genre et cela serait un "opérateur hiérarchique ds rapports sociaux de sexe".
la mise à l'écart des garçons les moins virils participe à la mise en ordre du groupe masculin.

Dans son chapitre deux, Ayral montre que le système punitif scolaire finit par construire ce qu'il prétend corriger, l'exacerbation d'une masculinité stéréotypée.
Elle va alors étudier en 2007-2008 5842 punitions et sanctions à travers 5 collèges.
- le collège A : un collège rural de 320 élèves dans une commune de 1088 habitants en Dordogne. 13 classes. 62.5% des profs sont des femmes. Scores aux évaluations à l'entrée en 6eme inférieures à la moyenne nationale. 78% des sanctionnés sont des garçons. 98% des sanctionnés pour faits de violences sont des garçons. 113 punitions et sanctions.
- le collège B : un collège d'une commune du nord de l'agglomération bordelaise de 15 300 habitants. 833 élèves. 29 classes. Scores aux évaluations à l'entrée en 6eme supérieurs à la moyenne nationale. 59.6% de profs femmes. 1443 punitions et sanctions.
- le collège C : un collège au nord de Bordeaux. beaucoup d'immigrés et enfants d'immigrés. 262 élèves. Scores aux évaluations à l'entrée en 6eme inférieurs à la moyenne nationale. 65.7% de profs femmes. 707 punitions et sanctions.
- le collège D : un collège d'une commune de 3265 habitants à l'est de la Gironde. Rural classé en ZEP. 386 élèves. 19% d'immigrés. Scores aux évaluations à l'entrée en 6eme inférieurs à la moyenne nationale. 52.7% de profs femmes. 684 punitions et sanctions.
- le collège E : un collège privé sous contrat d'association au centre de Bordeaux. 621 élèves. Scores aux évaluations à l'entrée en 6eme supérieurs à la moyenne nationale. 69.4% de profs femmes. 1875 punitions et sanctions.

L'étude des différents règlements intérieurs montre l'importance des obligations à travers le vocabulaire, la syntaxe et les règles typographiques. Le lycée A punit et exclut beaucoup en  s'appuyant sur un vocabulaire venu de la justice et de la police.

Dans les collèges, le principe de proportionnalité est souvent non respecté. La réponse à des faits de même nature varie entre les établissements et au sein même d'un établissement. Au sujet de la sexualité, les règlements ne sont pas clairs, soit ils n'en parlent pas, soit ils sont trop vagues.  L'individualisation des peines n'est pas toujours respectée. La note de vie scolaire est attribuée de façon arbitraire.

Voici les résultats par collège des punitions selon le genre.

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Les garçons représentent 79.9% des élèves punis, 83.7% des élèves sanctionnés. Plus la sanction est grave, plus elle s'adresse à des garçons.
Les garçons représentent 76.4% des élèves sanctionnés dans un contexte didactique et pédagogique, 69% de ceux punis pour manquements mineurs au règlement intérieur, 83% de ceux punis pour indiscipline/insolence, 91.7% de ceux punis pour atteintes aux biens et aux personnes.
Les collèges A et D ont un nombre important d'élèves venant de communes éloignées ne se fréquentant pas en dehors du collège. Les collèges C et D qui ont mauvaise réputation punissent peu pour violences.
Les filles sont en général punies pour des retards ; on peut supposer qu'il s'agit d'une stratégie pour éviter les situations conflictuelles du collège comme leur socialisation leur enseigne.
La répression la plus forte a lieu en 6eme sauf dans le collège E où c'est en 5eme. Les filles sont davantage punies en 3eme et 4eme (sauf dans le collège C où c'est en 5eme). Le fait de venir d'une famille défavorisée n'est pas un facteur de plus grande violence sauf dans le collège D. Comme le montrent les études au niveau national, le fait de venir d'une famille monoparentale n'est pas un facteur aggravant de violence.

L'auteure a ensuite mené des enquêtes auprès des professeurs afin de comprendre leur ressenti face à ces sanctions fortement genrées.
Trois grands types d'explications en sont ressorties :
- Explication biologique :
La fille est plus mature, c'est biologique. Il y aurait une nature masculine violente. Cela serait dû à des gènes ou des hormones. La puberté fait grossir les muscles et le pénis, elle est extérieure et les incite à l'agressivité. Chez les filles la puberté est plus intérieure.
- Explication psychologique/psychanalytique :
Les garçons sont immatures. Ils ne voient pas assez leur père, l'adolescent est au milieu de trop de femmes, il ne peut s'identifier donc il est obligé d'être dans l'opposition.
- explication anthropologique :
- Ils marquent leur territoire. Ils sont comme "cro magnon". On applique aux garçons des éléments de la socialisation animale.

Ont ensuite été interrogés les élèves. Les garçons pensent être moins aimés, plus grondés. Ils ont un sentiment d'injustice et d'être étiquetés. Ils disent que les filles sont trop fragiles, pleurent et ainsi on ne peut les punir. Ils disent qu'ils "n'y peuvent rien"', "sont comme ça" et "ça part tout seul".

Les professeurs et les élèves attribuent des caractéristiques immuables aux filles et aux garçons. Certains garçons sont invisibilisés et jamais punis. On note qu'il y a une violence systémique des grands sur les petits et que cela aide à devenir un caïd. Les petits sont frappés dans des lieux invisibles comme les toilettes, les vestiaires, les douches.
La violence verbale est très sexiste (contre la mère, la sœur) et homophobe. Les professeurs ne relèvent pas toujours l'homophobie de ces insultes car "l'élève n'est pas homosexuel".

Les filles sont vues par les professeurs comme discrètes, timide, réservées, studieuses mais aussi comme hypocrites, sournoises et vicieuses. Les garçons sont donc sanctionnés pour des faits mais au fond leur courage est admiré. Les professeurs, sans qu'aucun fait n'étaye leur raisonnement, pensent que les filles sont aussi violentes que les garçons. Leur jugement sur les filles coupables de violence est plus négatif ; ce sont des "garçons manqués", "hystériques".

Les filles font état de violences, d'insultes et d'attouchements. le mythe de la force physique des garçons revient comme un leitmotiv y compris dans le cas où les filles sont plus grandes. beaucoup d'insultes sont de l'ordre de la domination sexuelle (pute, suce moi, bouche à pipe etc). Les garçons entretiennent le fantasme du viol. Il y a beaucoup d'attouchements et aucune punition ou sanction n'est prise contre. Personne, tant chez les profs que chez les élèves ne trouve cela grave.

Il y a incorporation de la domination masculine. Les filles se dévalorisent en se trouvant nulles, faibles et peureuses. Les professeures font la même chose en disant qu'un élève garçon a plus peur d'un professeur  que d'elles. Elles pensent qu'elles sont moins respectées à cause de leur petite taille et de leur inaptitude au combat et elles ont intégré l'idée qu'un homme domine et se fait mieux respecter.
Les professeurs hommes expliquent qu'au fond c'est à qui sera le plus viril entre eux et les élèves. Il y a comportement de défi de la part des élèves et il est important de les remettre en place physiquement. Ainsi un professeur homme a remis en place un élève et a été conforté dans sa virilité.

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Beaucoup de garçons punis font état du plaisir de la transgression et disent que cela renforce leur prestige auprès des filles.
Transgresser fait qu'un garçon devient aimé des filles et amuse les autres garçons. Il est ainsi consolidé dans son identité masculine toujours faillible. Il existe beaucoup de violences de groupe chez les garçons ce qui permet une hypersocialisation et induit une conduite de groupe ritualisée où l'individu est aboli.

La sanction est donc :
-  un rite différentiateur de sexe car elle marque la différence avec l'autre sexe.
- un rite fusionnel car elle atteste de la conformité aux normes de la virilité
- un rite de passage qui marque l'entrée dans le groupe des dominants et l'accession à un état supposé supérieur
- une parade sexuée masculine devant les filles
- une pratique d'intégration résultant  d'un hypersocialisation

En conclusion, l'idéologie de la violence légitime devrait être supprimée. Le genre n'est jamais envisagé comme la variable centrale de l'indiscipline. Le discours est toujours au masculin neutre ce qui permet d'ignorer le genre des acteurs (profs et élèves) qui sont toujours asexués ; on oublie qu'il y a des hommes, des femmes, des garçons, des filles et des expériences de la masculinité et de la féminité. L'hétérosexisme empêche de penser en dehors de shemas induits a priori conduisant les uns et les autres à essentialiser les comportements sexués.

Sexisme et homophobie sont peu pris en compte, relativisés voire niés ce qui revient à les favoriser.
Les garçons sont punis pour des motifs masculins comme l'insolence, l'indiscipline ou la violence. Les filles le sont pour des motifs féminins comme le bavardage ou un téléphone portable. Les filles condamnées pour violences sont sur-visibilisées et vu comme aberrantes.  l'appareil punitif trie, oppose et hiérarchise les élèves en fonction de leur genre et de la conformité de leurs comportements aux rôles sociaux attribués à chacun. Il distingue le garçons dominants et invisibilise les filles et les garçons sages.
Les professeur hommes qui voient une professeure punir un élève prennent cela pour une défaillance de la prof, pas comme un manquement de l'élève. Beaucoup de professeures se plaignent d'injures sexistes de la part des élèves. Ainsi l'autorité est vue comme une compétence masculine par essence que les femmes pallient en punissant davantage.
Le mythe du Père comme fonction symbolique majeure est relayé en permanence par ... les femmes. Les enseignantes, les éducatrices, les infirmières ne cessent de déplorer l'absence du père et les carences maternelles. Le manque de père donc de l'homme est tenu pour responsable de la plupart des maux dont souffrent l'école et la société. Le rôle de l'institution scolaire est donc tout tracé ; il faut rester l'ordre symbolique et devenir un substitut au père absent d'où la nécessité de rendre le plus visible possible, dés la 6eme, des règles de fonctionnement d'inspiration autoritaire. C'est oublier que ce système d'autorité patriarcal n'est qu'une construction historique fidèle aux formes traditionnelles de la domination masculine qui ne tient pas compte de l'évolution des formes familiales et des rapports entre les sexes. Comment s'étonner que les femmes aient de la difficulté à asseoir leur autorité quand l'autorité est vue comme uniquement masculine ?

Lutter contre les inégalités sexuées c'est les reconnaître et mettre en place des dispositifs pour les corriger. Comment comprendre et gérer les conflits enfants/adultes si on ne prend pas compte que l'injonction à la virilité et à l'hétérosexualité encourage chez la garçons l'indiscipline, le défi, le sexisme et l’homophobie ? Comment peut on attendre des professeurs qu'ils pacifient les relations entre élèves quand on constate combien ils sont porteurs de stéréotypes de sexe et essentialisent les comportements sexués ?

Les statistiques nous montrent que 80% des élèves punis sont des garçons, que 88% des personnes mises en cause par la justice sont des hommes (chiffre qui monte à 94% lorsqu'il y a acte violent), 83% des conducteurs impliqués dans la délinquance routière sont des hommes etc. Gérer ces phénomènes par la sanction et la répression participe à la reproduction d'une société écrasée par les valeurs viriles. Montrer que l'école fonctionne comme une "fabrique des garçons" apparaît donc intéressant.

Sur Welzer-Lang cité dans ce texte, il est important de lire ces liens

 

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  54 réponses sur “Résumé de La fabrique des garçons de Sylvie Ayral”

  1. [...] La fabrique des garçons : sanctions et genre au collège [...]

  2. Très intéressant! Difficile de ne pas faire de parallèle avec des choses vues et vécues...

  3. Merci pour cette synthèse utile car l'étude parait passionnante.
    N.B. Il y a un ou deux trous dans le texte : "91.7% de ceux punis pour atteintes a // aux biens et aux personnes." ET : "les vestiaires, les douches. // la violence verbale est très sexiste (contre la mère, la sœur) à // et homophobes."
    Et je garde sous le coude une remarque "courante" (souvent entendue, à discuter une autre fois) : "c'est à la mère de montrer le chemin du père". Elle me vient en contrepoint de cet article, notamment avec ces observations : "Le mythe du Père comme fonction symbolique majeure est relayé en permanence par ... les femmes. Les enseignantes, les éducatrices, les infirmières ne cessent de déplorer l'absence du père et les carences maternelles. Le manque de père donc de l'homme est tenu pour responsable de la plupart des maux dont souffrent l'école et la société. Le rôle de l'institution scolaire est donc tout tracé ; il faut rester l'ordre symbolique et devenir un substitut au père absent d'où la nécessité de rendre le plus visible possible,". ET, par opposition, au texte : "Daniel Welzer-Lang dit que la virilité est "apprise et imposée aux garçons par le groupe des hommes au cours de leur socialisation pour qu'ils se distinguent hiérarchiquement des femmes. La virilité est l'expression collective et individualisée de la domination masculine." Le rôle des femmes dans la construction de la virilité est néanmoins un aspect annexe et ne doit pas masquer bien d'autres éléments. L'essentiel (en caricaturant) : la répression forme à la virilité par le système. C'est très fort.

  4. Merci pour ce résumé.

  5. C'est toujours intéressant de lire les textes scientifiques qui s'efforcent de déconstruire les catégories de pensée reçues. Au moins on sort des dichotomies du féminisme radical et on se plonge dans les interactions du quotidien sans forcément tout ramener immédiatement au patriarcat.

    • c'est toujours intéressant de lire un commentaire qui s'efforce de ne pas comprendre que justement le livre parle de bout en bout du patriarcat.

      • Oh mais je sais très bien de quoi parle ce livre. Ce qui est intéressant justement est l'accent mis sur les interactions et les effets de rétroaction, ce qui change des explications holistes des féministes radicales qui ne font pas toutes et tous d'enquêtes de terrain avec une vraie méthodologie. D'ailleurs ça me fait penser que tu trouveras dans "Boys don't cry" une critique intéressante du concept d'oppression, qui montre qu'au final il a été tellement utilisé à tort et à travers que son sens en est devenu flou.

  6. Merci pour ce compte-rendu, on se demande si l'école reproduit un schéma social existant ou si elle le crée/l'encourage... Les deux ?
    Ps : est-ce bien 99% dans le dernier paragraphe ?

  7. [...] J'ai reçu en cadeau le livre La fabrique des garçons. Sanctions et genre au collège dont je vais vous proposer le résumé. Sylvie Ayral a étudié le nombre de sanctions dans 5 collèges très différents et a constaté que 75.7% à 84.2% des élèves punis ou sanctionnés étaient des garçons. 84.2% à 97.6% des élèves punis pour violences sur autrui étaient des garçons. Plein d'éléments ont déjà été étudiés afin d'estimer pourquoi des élèves sont punis et sanctionnés mais la sanction ne l'a jamais été par le prisme du genre. ...  [...]

  8. Yes, désolée je n'ai pas actualisé la page quand j'ai lu.

  9. "L'effet pervers de la sanction est que pour arrêter la violence, on fait soi même preuve de violence. On n'enseigne pas le bon comportement via la sanction."

    Pour avoir participer à plusieurs conseils de discipline (il y a plus de 10 ans, les choses ont pu évoluer), c'est de l'ordre du dernier recours et ça reste très exceptionnel. Le dysfonctionnement tient à ce que les punitions n'ont pas eu un effet suffisant pour éviter d'en arriver à la sanction. Or, le catalogue des sanctions est en fait réduit et passe toujours par l'exclusion temporaire ou définitive, ce qui n'est pas à priori le meilleur moyen d'enseigner le bon comportement.

    C'est la reconnaissance par l'institution d'un échec lorsque l'exclusion est définitive. L'institution se débarrasse d'un de ses membres qu'elle est incapable de gérer.

    Dans quelle mesure peut-on parler de violence? Disons que c'est une violence encadrée, prévue par un règlement, théâtralisée et qui laisse à l'élève la possibilité de présenter sa défense, mais dont la valeur éducative vaut plus pour l'ensemble de la collectivité par la menace qu'elle laisse planer, que pour celui dont elle se débarrasse. Mais la vraie violence, c'est sans doute que souvent les élèves ne comprennent pas comment de punitions ou de menaces de sanctions non suivies d'effet dont ils s’accommodaient fort bien, on a pu passer brutalement à la sanction.
    C'est une parodie de justice, mais ça fonctionne bien comme la réponse judiciaire aux comportements déviants.

    • C'est un débat que j'entends souvent. Soit, on part du principe que l'enfant peut être éduqué, et on passe par des réactions graduées face à une même bétise :
      intervention orale ou même physique (quand il s'agit de séparer des enfants qui se battent même pour rire pour faire cesser l'acte), demande d'explication, sermon, demande d'excuses ou de réconciliation, faire promettre de ne plus recommencer. Le problème, c'est que la plupart du temps, ce travail là est bâclé, ou n'a pas lieu : on beugle de loin sur les gamins, on fait mine de vérifier qu'ils ne recommencent pas dès qu'on a le dos tourné, et on s'en va, on laisse les enfants seuls avec leur conflit. d'où parfois un sentiment d'impunité ou de laisser faire qui facilitera la récidive.
      Si il y a récidive et je parle de récidive visible parce que les ado s'approprient l'espace au collège et savent agir hors de notre regard (pause méridienne surveillée par un seul AED avec 350 élèves dans une cour pleine d'angles morts et deux sanitaires non mixtes.
      Si il y a récidive, donc, l'institution estime que l'enfant a été averti et peut choisir de durcir le jeu (pour un même fait, je le rappelle) : heure de retenue, entretien avec le principal, convocation des parents, commission d'éducation, exclusion de moins d'une semaine.
      et enfin, au bout d'un certain moment, quand le gamin a recommencé encore et encore, qu'il est "ingérable", conseil de discipline qui peut statuer pour une exclusion de deux semaine ou d'une exclusion définitive ou toute autre forme de sanction.
      Mais on reste face au problème de ces gosses qui ne connaissent par exemple que la violence pour régler un problème, et on a peu de moyen (surtout quand cette violence est valorisée par les modèles choisis par l'enfant) pour enrayer ces problèmes de récidives, d'ailleurs je ne suis pas sure que nous soyons formés pour ça. Parce qu'à AUCUN moment n'a été engagé un travail de fond sur la gestion de la colère ou des conflits avec le gamin ou avec l'ensemble de la communauté éducative.

      • Je termine, soit, on est dans l'éducation et les réponses progressives, soit on part du principe que l'enfant est un animal avec des pulsions et on fait ou une politique de la sanction immédiate et sans appel, méthodes qui me mettent très mal à l'aise, ou on est dans le laisser-faire, la banalisation : "ce sont des garçons", "nous aussi on se battait", "untel m'emmerdait au collège, je lui ai mis une trempe et il m'a foutu la paix ensuite", "il faut savoir se faire respecter".
        et c'est comme ça qu'on laisse des gamins harcelés dans leur coin, parce qu'ils n'ont pas su pas pu pas voulu devenir violent au moment où d'autres auraient réglé le problème par un coup de poing.

      • farchouette ; tu noteras que c'est exactement la même chose pour les adultes qui sortent des comportements autorisés (et de toutes facons les punitions/sanctions des enfants sont calquées sur celles des adultes). Nous ne savons pas bien au fait ce que doit faire la justice ; punir, venger, réparer, enseigner le bon comportement ? Une peine de prison ? super mais elle sert à quoi ? vu les atux de récidives et le nb de gens en prison on peut douter de l'efficacité. il en est de même pour les sanctions que tu indiques ? si le gamin est juste content de rater 3 jours de classe, qu'il va passer pour un caid pour avoir jouer au con, la sanction passe à côté.

    • et justement ca ne fonctionne pas mieux que la justice.

  10. Travaillant dans un collège rural ressemblant au collège A, j'ai été particulièrement attentive à votre article. Enseignante, donc amenée à constater les rapports de force qui s'installent entre les enfants lors des déplacements dans les couloirs, dans les jeux de regards et de moqueries en classe, les intimidations systématiques des grands vers les petits (qui se font pousser sur le côté, doubler dans la file de la cantine, et si les surveillants et les professeurs ne sont pas vigilants, ces gestes sont banalisés), je retrouve bien là toute la difficulté de s'occuper d'apprendre le vivre ensemble à des enfants qui passent plus de temps pendant la journée avec leurs pairs qu'avec leurs famille. Dans mon collège, le travail de prévention des violences (quelles qu'elles soient : physiques, harcèlement par sms, ostracisation de certains élèves trop différents de la "norme") est à renouveler chaque année et j'avoue que les modèles de certains adultes "référents" (présentateurs de radios, sportifs célèbres) me désespèrent, celui de certains parents complètement à côté de la plaque, également. J'ai été surprise de voir que l'adhésion aux schémas virils était la même pour les enfants issus de familles monoparentales, j'adhérais jusque là à ce mythe alors que j'ai bien vu que les enfants qui passaient en conseil de discipline avaient des familles "comme les autres" pendant mes mandats de représentante des personnels. Comme quoi, il faut accepter ces regards extérieurs sur nos milieux professionnels...
    Au sujet de l'autorité naturelle des mecs, hinhin, mon expérience personnelle m'a fait comprendre que c'est moins la taille ou le fait d'avoir une voix grave qui faisait l'autorité et le respect, mais le fait de clairement définir les règles de respect et d'écoute et de réussir à s'y tenir, ce que je n'arrive pas toujours à faire. Par contre, c'est clair, beaucoup de femmes et je ne m'exclus pas du lot, ne se sentent pas légitimes lorsqu'elles doivent faire preuve d'autorité, cela va à l'encontre de notre éducation, je pense à cette scène familiale typique de la mère qui gronde son enfant et l'avertit qu'elle informera le père à sa rentrée du boulot de la bêtise, comme si les retenues, les exclusions vers le CPE, les principaux (tous des hommes chez nous) étaient une reproduction de ce schéma.

    • merci de votre témoignage farchouette très intéressant :)
      pensez vous qu'il serait utile en IUFM (cela existe encore ?:) ) d'être formé-e à l'approche via le genre ?

      • Je pense cette formation primordiale mais j'ai vu le peu d'intérêt accordé par la plupart de mes collègues aux problèmes en question, nous sommes six professeurs à nous impliquer dans les séances d'Education Affective et Sexuelle sur une 40aine de professeurs, soit environ 1/7 de l'effectif et je n'ai jamais travaillé dans une équipe où tant de profs se sentaient concernés par ces séances généralement déléguées aux infirmières, CPE et assistantes sociales, c'est parce que j'ai vu leur exemple que j'ai demandé une formation sur le sujet et suis devenue référente E.A.S., cela vient d'une démarche personnelle, pas de ma formation initiale. De plus, en tant que prof de Maths, je suis sensibilisée à la désaffection des filles pour les filières scientifiques, et donc aux messages inconscients que nous envoyons aux élèves sans nous en rendre compte. Alors, oui, je pense indispensable ce type de formation, hélas, on en est loin...

  11. " Les professeures font la même chose en disant qu'un élève garçon a plus peur d'un professeur que d'elles. Elles pensent qu'elles sont moins respectées à cause de leur petite taille et de leur inaptitude au combat et elles ont intégré l'idée qu'un homme domine et se fait mieux respecter."

    Là je suis plus surpris. Est-ce que c'est une constatation statistique, ou est-ce lié au choix de l'échantillon interrogé? Que ce soit en tant qu'élève ou en tant que parent d'élèves, les professeurs que j'ai croisés et qui jouissaient d'une "autorité naturelle" étaient souvent des femmes.Par contre, lorsqu'un enseignant perd le contrôle de sa classe, c'est beaucoup plus difficile à vivre pour les femmes car elle est victime en permanence d'agressions sexistes contrairement à un homme.

    • Justement, on est là dans une étude, donc à priori, tous les professeur(e)s de chaque collège ont du être interrogé (à vérifier, bien sur, je n'ai pas lu le livre). En tout cas, il s'agit d'un discours que j'ai souvent entendu de la part d'enseignantes, mais elles parlaient d'élèves en particulier, qui avaient une attitude différente selon le sexe de leur interlocuteur, pas d'une généralité.

    • Une constatation statistique.
      Les femmes ont intégré l'idée, qu'elles soient profs ou non, qu'elles valent de toutes façons moins que les hommes et que l'autorité est masculine. Rien de très étonnant là dedans.

      • Là, dans le contexte éducatif, j'ai plus de mal à généraliser . Mais ce n'est pas une réflexion scientifique, juste des expériences.
        Ce que j'ai constaté, mais là encore sur une expérience nécessairement limitée dans le temps et l'espace, c'est que les profs (hommes ou femmes) dont l'autorité et donc la compétence étaient reconnues par l'administration et par les parents d'élèves, se voyaient affectés (choisissaient) des classes plus scolaires, plus "faciles".

  12. [...] La fabrique des garçons : sanctions et genre au collège [...]

  13. A noter que cette virilisation par un mauvais comportement ne concerne pas les fils de l'elite (ce qui prouve bien que c'est un problème de culture), comme ca les fils de classe populaire et moyenne ont beaucoup moins de probabilités d'être en concurrence pour le pouvoir et à cōté l'elite des hommes justifient leur place par rapport aux femmes avec un blabla cromagnon et mammouth, qu'ils critiquent en même temps contre les djeunes des cités,C'est magnifique de contradiction et en plus on a maintenant des discours comme quoi c'est la faute des filles et des femmes profs (alors qu'il y a pas de problèmes quand ce sont des hommes qui sont majoritaires dans un corps, ils ne peuvent pas être accusés de sexisme puisqu'ils sont la norme).
    Face on perd pile le patriarcat gagne, il n'y aucune cohérence dans l'argumentation, un argument sert pour un cas et son exact contraire va être utilisé pour un autre cas, tout pour justifier le patriarcat. J'ai entendu un débat sur ka discrimination positive pour le droit qui est une filière qui seféminise fortement, il n'a evidemment pas ete fait mention des arguments de competences qu'on entend quand ca concerne les femmes ou les ethnicises.. ( et bien evidemment des juges femmes biaiseraient leurs jugements sur les hommes et c'est un grave problème qu'il faut regler maintenant alors que quand ce sont des hommes point de sexisme ou il faut laisser les choses evoluer lentement....

    • "A noter que cette virilisation par un mauvais comportement ne concerne pas les fils de l'elite" ==> tu n'a donc pas lu correctement l'article. le collège E est un collège de CSP+

      • Sauf qu'ils s'en sortent quand meme mieux au final que leurs soeursles statistiques sur les fils de csp+ sont eloquentes. Ils sont eleves pour la reproduction sociale. Là où leurs délits sont qualifies d'erreur de jeunesse, d'anecdotes, les autres garçons vont directement au tribunal pour enfants.

  14. Merci d'avoir partagé cette lecture! Cela m'a rappelé quelque chose d'assez édifiant: lors de mes études, j'ai suivi les cours de SUFOM (dispensés par l'IUFM de ma fac, en gros, les cours de préparation à l'enseignement, toutes matières confondues-cela n'existe plus il me semble). Il y avait deux modules, "psychologie de l'enseignement" et "transmission de l'enseignement": dans les deux, on devait étudier les caractéristiques psychologiques et psycho-motrices des enfants en primaire et en collège. JAMAIS ces caractéristiques (comportements, réactions face au groupe, à l'enseignant-e...) n'étaient approchées via le genre. Il y aurait peut-être un début d'explication, en tous cas, votre résumé m'a fait penser à ça.

  15. Merci beaucoup. Etant étudiante pour devenir enseignante c'est une question qui m'intéresse beaucoup. Je vais surement avoir du mal à bien exprimer ce que je veux dire donc je préfère commencer en disant que je suis bien au fait des stéréotypes de genre et du rôle important des profs là dedans. Oui mais concrètement effectivement ce n'est pas facile: punir un garçon violent parce qu'il est éduqué comme un enfant roi, qu'il souhaite dominer etc c'est "facile" à faire: on lui pose des limites claires et on sent que c'est ce qu'il réclame, lui-même. (Effectivement ça encourage le phénomène, surtout à l'adolescence et c'est complexe à résoudre. C'est ce qu'on fait pourtant). Moi j'ai beaucoup de mal avec les filles éduquées comme des princesses -typiquement de parents divorcées qui chacun lui passent tout- car, comme c'est dit dans le livre on les ressent comme hypocrites, sournoises, toujours à discuter, à se chercher des excuses etc... donc la sanction de mauvais comportements "mineurs" chez les filles est un vrai problème pour moi, j'en suis totalement consciente, c'est le truc que j'essaie de régler, ça viendra peut être, j'espère, avec de l'expérience mais si certains ici ont quelques clés je vous lis!

    • "Oui mais concrètement effectivement ce n'est pas facile: punir un garçon violent parce qu'il est éduqué comme un enfant roi, qu'il souhaite dominer etc c'est "facile" à faire: on lui pose des limites claires et on sent que c'est ce qu'il réclame, lui-même. (Effectivement ça encourage le phénomène, surtout à l'adolescence et c'est complexe à résoudre. C'est ce qu'on fait pourtant). "
      oui. et il est difficile de voir ce qui pourrait fonctionner tant on est conditionné à réfléchir en rapports de force.

      "Moi j'ai beaucoup de mal avec les filles éduquées comme des princesses -typiquement de parents divorcées qui chacun lui passent tout- car, comme c'est dit dans le livre on les ressent comme hypocrites, sournoises, toujours à discuter, à se chercher des excuses etc... donc la sanction de mauvais comportements "mineurs" chez les filles est un vrai problème pour moi"
      même si elles le sont effectivement (elles ont été socialisées à éviter le conflit), il faut prendre en compte que c'est un conditionnement... et que là tu es en train de survaloriser des comportements masculins qui pourtant t'emmerdent. (enfin je sais que tu en as conscience hein :) ).
      les clés il y en a peu malheureusement ; à part étudier nos comportements et voir ce qu'on est en train de reproduire...

  16. Et donc juste pour dire qu'il y a une formation sur le genre à l'iufm, mais j'ai été complètement effarée par les réactions quasiment unanimes de mes "collègues" futures enseignant(e, souvent)s pour qui ce discours est "sectaire"(?!), alors même que l'intervenante nous avait montré de nombreuses statistiques (dont l'expérience dans les collèges présentée ici, je m'en souviens très bien). Je m'étais sentie profondément déçue, choquée et navrée du ressenti général après 9 ou 12 heures de cours, je ne sais plus exactement.

    • je voudrais revenir à un point du livre qui m'a frappée c'est l'exemple que je donne du prof homme et de l'élève.
      Constatons que nous sommes dans une société viriliste où les hommes doivent faire preuve d'autorité.
      Nous constatons que sur le coup en général ca marche mais que cela a de mauvais effets sur le long terme.
      Mais je ne vois pas quoi proposer d'autre en fait face à ce cas très concret.
      imaginons un prof homme face à un gamin qui veut faire un combat de coq. les deux ont grandi dans une société sexiste et viriliste où l'homme le plus fort fait taire le plus faible. à cet instant t où le gamin provoque le prof quelle serait la bonne réponse qui ne tendrait pas à reproduire des comportements virilistes ?

      • Le prof femme verra son autorité doublement contestée:
        parce qu'elle en est la détentrice en tant qu'enseignante,
        et parce que l'ado ou le gamin veut s'affirmer en tant qu'homme (viril etc.)

      • Ce n'est probablement une solution satisfaisante, mais j'ai vu des profs déplacer le combat de coq sur un terrain qui leur est favorable, et qui est celui choisi par l'institution qu'iels représentent. Par exemple, rétorquer à un élève balançant une insulte homophobe "Je suis sûr·e que tu ne sais pas l'écrire !".

    • il est étonnant que l'étude de ce qui structure pourtant toutes nos sociétés (les rapports hommes/femmes) soit vue comme "sectaire"...

      • Cela ne m'étonne pas...

        Cette étude propose, in fine, un changement de dogme de notre société. Or, a priori tout le monde vit bien dans le dogme "viriliste" actuel (sauf ceux qui se battent pour ce changement, qui sont une minorité - dans laquelle je m'inclus).
        Dire de quelque chose que c'est sectaire permet de ne même pas s'intéresser au contenu diffusé par cette chose.
        Le changement de dogme est donc vu comme sectaire, ce qui permet de rester dans notre dogme "viriliste".

        ...et ça me désole.

  17. Vaste sujet: il manque néanmoins des statistiques plus anciennes, afin d'avoir une vraies comparaison. L' école est vécue comme violente par les enfants eux-mêmes. L' indépendance d'esprit est sanctionnée aussi. Ayant eu deux enfants avec deux ans d' écart, fille et garçon, au final, ma fille trouve le système bien plus violent que son frère, alors que celui-ci a vécu bien plus de problèmes dans sa scolarité, harcèlement, par exemple, du fait de son caractère atypique, refusant d' être dans la hiérarchie bien huilée des élèves. Et puis, il y a maintenant des carences graves dans l' enseignement, car les profs ne peuvent pas représenter toute l' équipe éducative, il n'y a plus de surveillants en nombre, étudiants, qui étaient essentiels au vivre ensemble. Les pions sont redevenus des surgés , obsédés par les absences et les retards. On est au- delà du genre ici. Nos enfants sont des numéros, déshumanisés par l' administration. Ils ont tendance à se regrouper entre eux, comme cela est souligné. Et là, une espèce de loi du plus fort, doublé de clans, les surfers, les pétasses, les gothiques etc...oui, les petasses, et ce sont les filles entre elles qui se surnomment ainsi. Alors, si le genre peut amener plus d' humanité, pourquoi pas? C'est surtout au niveau administratif qu' il faudrait l' enseigner, cette machine infernale de l' Éducation nationale qui broie profs et élèves pareillement, car il faut suivre les directives d' en haut,

    • Comme rosaelle, je trouve dommage que ne soit pas abordée la question de la violence que représente l'école en tant qu'institution.
      Pas seulement parce qu'elle ferme les yeux sur certaines violences qu'elle prétend, et qu'il faudrait, interdire : attouchements, insultes homophobes envers des élèves supposés hétéros ; mais aussi parce qu'elle transmet des valeurs de compétition, ne dit rien qui pourrait amener à une critique constructive des institutions actuelles, légitime une société basée sur le rapport de force entre "les savants - experts - diplômés" et "les ignorants - élèves - incultes".
      On peut aussi parler de la façon dont l'histoire est abordée.. quid par exemple du viol systématique des femmes berlinoises par l'armée soviétique à la fin de la 2WW ? De l'aspect sexiste de la propagande coloniale ? Où est la critique du néo-colonialisme ?
      Et enfin : l'école est un espace où il est interdit d'être une femme ou une adolescente musulmane.

      • "Et enfin : l'école est un espace où il est interdit d'être une femme ou une adolescente musulmane."

        Définie comment, par qui, par quoi? Si être une femme ou une adolescente musulmane c'est être croyante, je ne vois pas quoi en quoi l'école est un problème. Enfin pas plus pour une musulmane que pour une chrétienne, une juive, une raellienne ou un témoin de Jéovah qui ne sont pas dans une école religieuse et se trouvent de ce fait confrontées à des enseignants et des camarades qui ne partagent pas leurs croyances..

        Si c'est parce qu'elle n'est pas le droit de s'habiller conformément à ce que sa religion est supposée exiger ou qu'elle est obligée de suivre des enseignements qui seraient contraire à sa "pudeur" ou à sa croyance, il me semble nécessaire de s'interroger sur la fonction de l'école et les conflits qui peuvent apparaître entre la culture familiale et l'école.
        L'école doit gérer des individus avec des cultures, des croyances et des idéologies différentes. Ou alors il faut renoncer à l'école unique et multiplier les écoles religieuses.
        Parce qu'elle est unique et laïque, la distinction au sein de l'école entre ce qui est obligatoire, autorisé ou interdit ne peut tirer sa légitimité des croyances de chacun.
        Faut-il renoncer à enseigner la théorie de l'évolution aux juifs, aux chrétiens fondamentalistes et aux musulmans, la biologie ou des disciplines sportives aux jeunes filles de confessions musulmanes, l'éducation sexuelle à tous les enfants lorsque leurs parents en font la demande etc. ?

        Par ailleurs ont est ici sur un blog féministe. Ce sont des hommes qui ont dit et qui disent ce que c'est qu'être une femme ou une adolescente musulmane. (Pour certains d'entre eux d'ailleurs, une femme ou une adolescente musulmane ne doit même pas aller à l'école du tout.)

        • scoop; ce sont aussi des hommes qui ont dicté comment une femme non musulmane devait s'habiller.
          et tu serais TRES avisé de ne pas faire la police de mon blog à ma place. on est sur une blog féministe comme tu as cru bon de le rappeler.

          • Désolé pour la police. Ce n'était pas mon intention. Mais ça n'en était pas moins un commentaire con et maladroit...

            C'est vrai que ce sont les hommes qui dictent aux femmes non musulmanes comment elles doivent s'habiller, mais l'espace de liberté ne me semble pas comparable lorsque l'aliénation est la conséquence de la seule pression sociale et quand c'est Dieu qui légitime interdits et obligations. (Surtout qu'en général tu as les deux dans ce dernier cas. La pression sociale du groupe qui partage tes croyances et au sein duquel tu vis, et la légitimation de cette pression par une référence a une autorité supérieure et non négociable, Dieu.)

          • ce n'est encore une fois pas à toi à estimer si les injonctions vestimentaires et comportementales faites aux non musulmanes sont fortes ou non.
            deux lectures.
            Beauté fatale.
            Le harem et l'occident.

          • "ce n'est encore une fois pas à toi à estimer si les injonctions vestimentaires et comportementales faites aux non musulmanes sont fortes ou non."

            Là ça devient plus compliqué. Si ce que tu veux dire c'est que je n'ai pas d'autorité particulière sur le sujet sur ton blog parce que je ne suis pas une femme: Ok, mais ça ne m'empêche pas d'avoir des opinions.

            Si ce que tu veux dire c'est que je n'ai pas à exprimer ces opinions sur ton blog: Ok. C'est ton blog.

            Mais si ce que tu veux dire c'est que je n'ai pas, dans l'absolu, à avoir un avis sur les injonctions vestimentaires, dès lors que ce serait des femmes non musulmanes qui en seraient les destinatrices, il faut que tu m'expliques pourquoi.

          • el gato ; quand on t'envoie lire sur les sujets que tu ne maitrises pas, en général ca annonce une fin de discussion.

  18. Très intéressant, et je ne peux qu'être d'accord avec le constat que les sanctions sont parfois contre-productives.

    Lorsque j'étais au lycée, j'ai été punis pour ne pas avoir dénoncé un élève de ma classe (très turbulent et très très populaire !) qui avait détérioré un extincteur devant moi. Le bureau du CPE était vitré et beaucoup de monde m'observait en train d'être "interrogé" par la direction (principal, CPE, pions, prof principal, etc...).

    Si j'avais dénoncé l'élève, je pense que je me serais fait dézinguer; mais ne pas l'avoir fait m'a permis d'avoir mon "heure de gloire" au Lycée, alors que j'étais parfaitement invisible par ailleurs. Et l'élève avait été contenté dans son rôle de petit caïd intouchable. Donc autant vous dire que cette étude me parle.

    En revanche, il y a un point sur lequel je reste sur ma faim; c'est le rôle des filles dans l'adoption des comportements qui mènent aux sanctions. Car les garçons les plus conformes aux standards virils sont aussi les plus populaires ! Et j'ai même le souvenir d'élèves difficiles pourtant populaires auprès de professeures qui appréciaient leur "bagout".

    Autrement dit, je pense que les filles (entre autres) ont tendance à aimer les garçons qui adoptent les standards viriles (et c'est une tendance lourde). Quant aux garçons qui ne les adoptent pas, ils ont aussi tendance à être "rejetés" par les filles.

    En fait, l''effet contre-productif des sanctions me semble secondaire parce que si ces comportements sont adoptés, in fine, c'est parce qu'ils permettent de plaire. Et d'ailleurs, lorsque ces comportements ne plaisent plus, ceux qui les avaient adoptés changent. (Après, il y a certainement d'autres phénomènes qui entrent en compte).

    Par ailleurs, je suis plutôt en désaccord avec l'assertion "la virilité est apprise et imposée aux garçons par le groupe des hommes au cours de leur socialisation pour qu'ils se distinguent hiérarchiquement des femmes."

    Je pense plutôt que ces standards permettent à ceux qui les adoptent de se distinguer, tout simplement. Et des autres garçons avant tout, auprès des filles. La hiérarchisation a donc lieu entre les garçons eux mêmes, les filles/femmes n'étant "agressées" et rabaissées que lorsqu'elles empêchent le garçon de se distinguer. (Après, je ne parle que de mon expérience, qui est forcément limitée).

    Peut-être est-ce un sujet que vous abordez dans votre "atelier" sur la virilité.

  19. " les filles/femmes n'étant "agressées" et rabaissées que lorsqu'elles empêchent le garçon de se distinguer."
    hum.
    les femmes sont agressées et humiliées parce qu'elles sont femmes et à ce titre jugées comme inférieures. et la virilité fonctionne comme un processus visant avant tout à ne pas être une femme.

    "En revanche, il y a un point sur lequel je reste sur ma faim; c'est le rôle des filles dans l'adoption des comportements qui mènent aux sanctions. "
    il est abordé.

    • S'agissant du premier point, je parle en l'espèce, ce n'est pas une généralité sur les rapports hommes/femmes, mais dans ce contexte scolaire (et d'après mon expérience).

      Le deuxième point est abordé, mais de façon secondaire (et pour cause, ce n'est pas l'axe de l'étude). C'est un questionnement (n'est ce pas un aspect principal ?) ; ce n'est pas une critique.

  20. C’est amusant, mais quand je lis ce genre d’études, je ressens un certains espoirs. Je pense, sans aucun doute, que les filles sont « naturellement » aussi violente que les garçons. Par conséquents, cela signifie que dans une société qui encourage la violence des garçons, il y a des garçons qui sont violents, mais juste pour des raisons culturelles. Donc, si on arrivait à comprendre pourquoi les garçons sont incités à être violents, et les filles à être douce, on pourrait faire diminuer drastiquement la quantité de violence dans le monde. En effet, la douceur actuelle des femmes nous prouve que l’être humain peut se contrôler. ^^

    • Si cette "douceur" est accompagnée d'une plus grande capacité à se soumettre à l'autorité de l'institution "école", peut-être vaudrait-il mieux donner à toutes et tous la capacité d'exercer la violence, et la capacité de ne pas l'exercer.

  21. [...] La fabrique des garçons : sanctions et genre au collège [...]

  22. Sacré travail, l'article est vraiment complet,
    au point que j'ai eu l'impression de revivre mes années collège en le lisant (pas nostalgique, bien au contraire!).
    J'en profite pour signaler que le lien sur Daniel Welzer Lang, en fin d'article ( http://lgbti.un-e.org/spip.php?article80 ), ne marche plus, le site ayant déménagé. Nouvelle adresse du lien: http://lagitation.free.fr/spip.php?article80

  23. Tiens je me souvenais bien de cela :
    http://www.franceculture.fr/emission-rue-des-ecoles-l-ecole-les-filles-les-garcons-et-la-construction-des-stereotypes-2012-11-17
    Ce qui m'avait marqué c'était qu'il m'avait semblé que cette chercheuse arrive à reprocher aux garçons de se faire plus punir que les filles.
    >Ils cherchent à se faire sanctionner parce que ça leur amène des bénéfices considérables. (...) On ressort avec un statut supérieur. (...) On va avoir des copains, on va plaire aux filles.
    N'y a-t-il pas un problème de sexisme dans ces sanctions ?

    Peut-être les femmes en viennent-elles à avoir une peur irrationnelle de se promener seule la nuit parce qu'on les maintient dans une condition infantile depuis leur naissance. On ne leur apprendrait pas à prendre la responsabilité de leur actes comme les hommes, par exemple à l'école.
    Ironiquement, une majorité de femmes est responsable de cette éducation à l'irresponsabilité.

    Il ne serait alors pas étonnant que les femmes adultes se comportent comme des enfants colériques, la société les ayant rendues incapables de s'adapter à la vie adultes. Elles exigeraient alors un traitement particulier, par exemple des lois pour obtenir des places préférentielles à différents niveaux de la société.

    Heureusement pour l'égalité, les lignes semblent bouger, les hommes-herbivores qui paraissent refuser de participer à une société qui les exclurait activement font montre d'un comportement qu'on pourrait juger de plutôt infantile, à l'opposé des idéaux virils d'initiative et de sacrifice au sacro-saint travail.
    Que préconiser pour ces personnes ? Ne serait-il pas grand temps après tout de reconnaître les vertus de la passivité, la paresse, les passe-temps solitaires ?
    Ce qu'on connaîtrait aujourd'hui sous le nom de "NEET", "neckbeard", "manchild", "hikikomori", et autre "nolife" n'est-il pas après tout un reflet de la fameuse figure de la vieille-fille ?

    • INCROYABLE tu as parcouru mon blog tu te retrouves comme un con (mon dieu ne serait ce pas la misandre que je croyais) et là c'est, je suppose, le plus proche d'un post d'excuses que ce que tu seras capable de fournir ? ca va être insuffisant.

  24. [...] un homme La fabrique des garçons Le consentement masculin Penser le masculin dans une perspective [...]

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