oct 162013
 

EDIT : la page a été modifiée !!! 

Le ministère de l'Intérieur a publié l'an dernier une page de Conseils aux femmes pour leur sécurité. (merci à la marquise pour l'information).

Je ne sais qui a écrit cette page mais je voudrais tenter d'expliquer en quoi elle est profondément choquante, en quoi elle alimente la culture du viol, les mythes autour du viol et entérine la peur chez les femmes.

Constatons déjà qu'il n'existe aucune page de ce genre à destination des hommes pourtant victimes en 2011 pour 360 000 d'entre eux de violences physiques hors ménage et pour 80 000 de violences sexuelles hors ménage. Il est entendu qu'un homme saura se débrouiller, ne doit de toutes façons pas avoir peur d'être agressé (le viol n'est même pas une possibilité envisageable, cela n'existe pas) et s'il est agressé il saura se défendre. Il existe des pages, oui, donnant des conseils de prudence génériques mais pas une à destination exclusive des hommes.

En revanche les femmes ces êtres fragiles, un peu idiotes, incapables de se prendre en charge, de réfléchir, d'appréhender les risques, il faut bien leur dédier une page spéciale.

Admirons d'ailleurs ce passage dantesque : "Tous les conseils pour protéger votre famille (femmes, enfants) contre les actes malveillants, les renseignements sur les disparitions de personnes et les informations sur les personnes dont le comportement nécessite un traitement particulier."
Que nous dit-il ? Qu'il s'adresse aux hommes qui ont des gens dépendant d'eux (une femme voire plusieurs vu le "s" et des enfants). J'entends quelqu'un au fond murmurer le mot "patriarcat" ; oui c'est la base de la famille patriarcale. On n'entend évidemment pas s'adresser aux femmes qui ont "des maris" et "des enfants". L'homme, par défaut, est le pilier, qui saura lire ces pages pour prendre en charge des personnes dépendantes, des enfants et ... des femmes donc.

Première phrase c'est déjà le choc : la morphologie des femmes. En quoi la morphologie des femmes peut-elle entraîner des agression particulières ? Si vous entendez dire qu'on a des orifices violables, j'ai un scoop les hommes en ont aussi. Si vous entendez dire qu'on a des seins et des hanches qui attirent l’œil et l'agression, je voudrais savoir ce qu'on est censé faire avec cela. Culpabiliser d'en avoir ? Les planquer ? Mon corps, contre lequel je ne peux rien, à moins de tailler dedans, trancher, dissimuler, maigrir, grossir, disparaître (on me dit dans l'oreillette que plein des femmes font cela ? Incroyable) est EN LUI MEME une source d'agression. Je ne sais même pas comment expliquer à quel point cette phrase est d'une violence incroyable, combien on nous renvoie à la gueule que quoi qu'on fasse de toutes façons c'est dans notre nature d'être agressées.

Rappelons que la majeure partie des viols et agressions sexuelle est commise par des gens que l'on connait et non pas par des inconnus (si vous me demandez des sources pour ces affirmations c'est que vous n'avez pas ouvert les liens précédents) ; connaissances qui savent donc très bien que vous êtes seule ou pas dans votre appartement. Il ne sert donc à rien d'aller coller sur sa boîte un pseudo Monsieur Monmari pour éviter le viol.

Elle a lieu, dans leur grande majorité, chez soi ou chez le violeur mais on préfère alimenter des contes pour enfants où le chaperon part chez sa grand-mère où la femme va garer sa bagnole et PAN un violeur lui saute sur le paletot.
S'en suit donc le paragraphe surréaliste sur l'attitude à avoir dans la rue avec la phrase qui ne manque pas de sel "Ne donnez pas l'impression d'avoir peur." On t'abreuve de conseils tétanisants, mais tu ne dois pas avoir peur. Expliquez-moi. On te donne des conseils irréalistes avec une vie professionnelle (et une vie tout court) mais tu es censée ne pas avoir peur.
Alors peut-être que ces conseils vous semblent "de bon sens". Etudions les donc.

"Evitez les lieux déserts, les voies mal éclairées, les endroits sombres où un éventuel agresseur peut se dissimuler. Dans la rue, si vous êtes isolée, marchez toujours d'un pas énergique et assuré." Avec ce conseil là je ne sors plus de chez moi dés qu'il fait nuit. Je ne vais plus travailler puisqu'il fera nuit quand je rentrerais et que je suis obligée de passer par "des voies mal éclairées". Sachant qu'il fera bientôt nuit vers 17h, que le jour se lèvera vers 8 h environ, cela me laisse une petite marge de manœuvre pour circuler et des millions de femmes sont évidemment dans mon cas.
Certains ne manqueront pas de me dire que ce sont des conseils à portée générique qu'il ne faut pas prendre au pied de la lettre ; ok mais alors pourquoi les écrire, qui plus est sur un site ministériel ? Pourquoi ces conseils sont-ils uniquement à destination des femmes ? Les femmes sont déjà élevées dans la peur et doivent déconstruire cela pied à pied ; ce texte ne fait qu'alimenter ces peurs. Il se passe quoi dans la réalité avec ce genre de conseils ? Insidieusement on fait rentrer dans l'esprit de tout le monde qu'une femme qui ne respecte pas ses conseils là cherche un peu la merde qu'elle finira par trouver.
Comme l'a montré Antisexisme, valider et entériner les mythes sur le viol augmente la propension au viol. En clair, plus on véhicule des mythes sur le viol, plus on les renforce, moins un violeur potentiel se sentira coupable de passer à l'acte et plus il passera à l'acte.
Est-ce qu'on est toutes censé faire appel à un homme pour rentrer et sortir de chez nous ? Peut-être peut-on nous coller directement sous tutelle cela sera plus pratique ?

"Votre sac à main est la cible des voleurs". Là on n'est même plus dans l'hypothèse mais dans la certitude. C'est une cible c'est comme cela. Tu as déjà une morphologie à attirer les violeurs, un sexe à attirer les violeurs et tu as en plus un sac. Tu cumules. Et là donc le conseil qui tue "Tenez-le plaqué contre vous et jamais pendant sur votre épaule." Rappelons qu'on vous a auparavant conseillé de "marchez toujours d'un pas énergique et assuré". Je vous propose de tenter une petite expérience et de tenter le pas énergique et assuré en serrant votre sac contre votre cœur. Vous vous sentez entravée ? Vous n'arrivez pas à marcher ? Quelques heures d'apprentissage (vous n'avez que cela à faire de toutes façons) et cela devrait venir tout en faisant attention au sens de circulation. Proposons d'ailleurs aux magazines féminins un partenariat avec le ministère de l'intérieur avec des articles de type "Comment apprendre à tenir son sac contre soi en gardant l'air féminin" "Le pas énergique et assuré, oui mais dans la féminité".

"Dans les parkings, évitez les coins sombres." LE PARKING LE VIOLEUR LE PARKING LE VIOLEUR. Pardon je m'égare. Le parking représente 0.6% des lieux où peut avoir lieu un viol. zero virgule 6 pour cent. Alors comme à chaque fois je sais bien que quelqu'un va venir me dire "oui mais quand même cela n'est pas rien". Reprenons ; la majorité des viols a lieu au domicile de la victime ou du violeur par une connaissance ; on va D'ABORD s'attaquer à ce problème là puisque cela fait 50 ans qu'on alimente les mythes plus divers en inventant des situations qui n'existent pas et qui servent juste à terroriser les femmes et à les empêcher de vivre.

Enfin, last but not least. "Le silence ouvre la voie à la récidive." Non, non, non et non. Ce qui ouvre la voie à la récidive c'est l'acte du violeur, ce qui ouvre la voie à la récidive c'est la culture du viol que ce torchon alimente copieusement, ce qui ouvre la voie à la récidive c'est de faire peser, ne serait-ce qu'une seconde, sur une victime le fait que son violeur puisse recommencer. La victime n'y est pour rien, ni pour son viol, ni pour les éventuelle récidives que son agresseur pourrait commettre.

J'entends d'ici les "mais il faut bien faire de la prévention". Expliquez moi pourquoi cette prévention a toujours pour but de limiter la liberté des femmes, en les empêchant de boire, de sortir, de s'habiller comme elles le souhaitent et maintenant de sortir la nuit ?
Demandez-vous si vous diriez la même chose à un homme. (je vous renvoie aux chiffres des agressions subies par les hommes). Avez-vous déjà vu quelque part qu'on dise à un homme d'éviter les endroits isolés ? Les parkings ? De ne pas rentrer seul ?

Que fait cet article ? Il entérine l'idée qu'on ne peut rien faire contre les agressions sexospécifiques. Elles sont de toutes façons dues à notre morphologie c'est dire. On se rend tous et toutes bien compte que ces conseils, en plus de ne pas tenir compte de la réalité sont inapplicables. On tombe donc en plein culture du viol, à ce niveau là c'est de l'art. On entérine l'idée que le viol est un impondérable (la morphologie contre laquelle on ne peut rien). Il donne des conseils qui n'ont rien à voir avec la réalité mais qui donnent l'impression que le viol nous attend à chaque coin de rue ce qui montre qu'on n'a pas d'autres choix que de faire avec. Il tente de nous instiller une peur paralysante. Et enfin, le pire c'est qu'on ne peut, même si on le voulait, appliquer les conseils qu'il préconise, puisqu'ils sont irrealistes. Ainsi si une femme est agressée/violée dans une des situations  décrites, elle ne manquera évidemment  pas de se sentir coupable. "tu n'a pas d'autre choix que de rentrer par un chemin mal éclairé mais comme on t'a prévenu si tu es violée tu l'auras cherché" ; la boucle est bouclée, le violeur viole et la victime se sent coupable. Nous enseignons en permanence aux femmes la façon de ne pas être violées (en limitant leurs libertés) pour de toutes façons les blâmer d'avoir été violées. Le violeur lui est curieusement toujours très très absent (ou a un tas de bonnes excuses/raisons).

Je vais évidemment faire parvenir ce texte à Valls et Vallaud-Belkacem et je vous conseille de les alerter sur cette page également, de la manière que vous jugerez opportune.

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  46 réponses sur “Quand le ministère de l’intérieur alimente la culture du viol”

  1. [...] Quand le ministère de l’intérieur alimente la culture du viol » Crêpe Georgette [...]

  2. La culture du viol sur un site ministériel. Il n'y a même plus de limite. Sinon on attend toujours la rubrique "Comment apprendre à ne pas violer? Réponse: ne pas violer."

    Vallaud-Belkacem était au Petit Journal tout à l'heure, elle a limite fait du slut-shaming sur Miley Cyrus ("olala l'idole des petites filles qui se sexualise autant, quelle mauvaise image" oui Mme Vallaud-Belkacem, apprenez que Miley Cyrus est une femme libre, qu'elle fait se qu'ELLE veut de son corps et qu'en aucun cas ce n'est à elle d'éduquer les petites filles: pour ça, les petites filles ont des PARENTS ; mais je sors du sujet), et depuis quelques temps (suite à ses propos sur "les trans ça peut attendre") je n'ai même plus espoir en elle et en son ministère.

    (pfffou qu'est-ce que c'est fatiguant de lire à longueur de journée des conneries pareilles, heureusement qu'on a vos articles - et celui d'autres blogueur-se-s féministes - pour nous remonter un peu le moral)

    • ses propos sur "les trans ça peut attendre"

      Je viens de découvrir ça grâce à vous. Je me souviens d'avoir vu la future ministre se rendre à une conférence LGBT durant la campagne pour les présidentielles et déjà là on sentait qu'elle était réservée sur les questions trans, alors que Mélenchon allait bien plus loin. (D'ailleurs cette association avait lancé un appel à tous les candidats à venir débattre et il est regrettable que ce soit Najat Vallaud Belkacem qui y soit allée et non pas Hollande lui-même).

      (Je me rends compte que Chantal Jouanno mérite d'être félicitée pour cet engagement, ça fait pas de mal de le dire.)

      Du coup j'en profite, je n'y connais pas grand chose: lorsqu'elle argumente par "ce qui pourrait être considéré, à juste titre, comme un cavalier législatif par le Conseil constitutionnel" de quoi parle-t-elle?

    • Oui j'ai tiqué comme vous lors du petit journal. Mais Yann Barthès et ses sujets sur ses vêtements, ses sous-entendus du style "on est attentifs à tous vos DESIRS" (je me souviens plus exactement) et son traitement de la parité comme un sujet de blague: défi: draguer sans leur adresser la parole (the fuck did I just watch?!) c'était pas mal non plus.

      • Anna: oui j'ai aussi tiqué sur le défi de Maxime. Collectionner les filles, quel passe temps admirable !

        Pour le coup des habits je crois que Barthès fait un peu le même truc à tout le monde (il avait parlé des chaussettes de Fillon un jour). Mais il est allé plus loin en demandant à Vallaud-Belkacem si c'était normal qu'en Afrique du Sud le Président rencontre les ministres et que la 1ère Dame aille dans les orphelinats (cliché homme = affaires sérieuses, femme = enfants), et Belkacem n'a pas trouvé que ça renvoyait une image cliché...

  3. Bonjour,
    Super article, merci beaucoup !
    Je laisse un commentaire pour préciser qu'on peut signaler des articles problématiques ici : https://www.internet-signalement.gouv.fr/PortailWeb/planets/SignalerEtapeChoixTypeContenu!input.action

    Alors certes, c'est signaler au gouvernement un article écrit par le gouvernement, mais peut-être que si on est beaucoup à le signaler ça portera ses fruits. Voilou.

  4. Hello,
    je suis tombée sur cette page "informative" (sic!) assez tard et je voulais justement en faire un article pour dire tout ce que je pensais de cette connerie mais tu m'as intelligemment devancé :)
    Ce qui m'a fait aussi hurler c'est la mention "ne mettez pas votre condition de femme seule sur votre boîte aux lettres". Donc être célibataire/veuve/divorcée est la porte ouverte aux agressions ? C'est immonde un truc pareil !
    Donc merci pour ton billet !

  5. Le pire, c'est que quand j'ai collé l'étiquette avec mon nom sur mon interphone, je n'ai pas mis le "madame" à dessein, en me disant que ça craignait de le préciser. Je suis peut-être bien conditionnée (ou flippée par la porte de mon immeuble laissée toujours ouverte pas un abruti de voisin)…

    La morphologie comme appel au viol, je ne m'en relève pas, et la nana flippée qui marche vite avec son sac collé contre elle me renvoie à une image de peur gerbante. C'est d'un lassant...

  6. Il y a d'autres choses qui me dérangent (en fait on peut quasiment tout citer!)

    -"N'effacez aucune trace matérielle. Ne vous lavez pas. Ne vous changez pas ou alors placez vos vêtements souillés dans un sac en papier (pas en plastique !)."

    Personnellement j'aurais l'idée de mettre mes sous-vêtements dans un sac je pense mais pas d'éviter le plastique. Or là on met un point d'exclamation comme si c'était si logique qu'il n'est pas nécessaire d'expliquer pourquoi. C'est culpabilisant: t'es idiote si tu n'y avais pas pensé.

    -"Si vous êtes mineure, faites-vous accompagner par un de vos parents."

    Le paragraphe fait comme si le viol ne pouvait être commis que par un inconnu comme vous le soulignez. Si une jeune fille est victime d'inceste par exemple ou violée par une connaissance de la famille il peut être difficile d'oser en parler à ses parents. "faîtes vous accompagner par un adulte de confiance aurait été plus juste". Et même, je doute fortement qu'on exige qu'un adulte soit témoin lors du dépôt de plainte. Si c'est demandé alors il y a un gros problème. Donc cette phrase me dérange beaucoup.

    Enfin ça:

    -"(l'abandon de domicile est constitutif d'une faute civile)" .... c'est juste le moyen âge, je comprends pas.

    • L'abandon de domicile conjugal en France est effectivement une "faute" si c'est fait sans déposer de main courante. Dans le cas où un l'un des conjoints désire se protéger de violence (avec ou sans ses enfants), il devrait d'abord se rendre à la gendarmerie, et signaler son intention de s'en aller. S'il ne le fait pas, on pourra l'accuser d'enlèvement d'enfant et/ou le pénaliser lourdement au jugement du divorce. Ce qu'il aurait fallu écrire sur leur torchon, c'est qu'il s'agit d'une mesure de protection pour soi/ses enfants. Quand à voir la justesse de cette loi, c'est autre chose...

      Pour l'histoire du sac plastique, l'explication se trouve dans cette brochure page 10: http://www.ge.ch/egalite/doc/publications/violence/violences-sexuelles.pdf (je l'ai en version papier et je la trouve bien mieux documentée que les pages du gouvernement, les non-Suisses peuvent zapper les parties spécifiques au pays).

      • Le gouvernement ferait mieux de s'inspirer de cette brochure plutot que publier ces conseils débiles. Page 4 : "Il est fréquent que les femmes victimes de violences sexuelles vivent avec un sentiment de culpabilité et/ou de honte. Pourtant, ce n’est pas vous qui êtes coupable"

  7. Bonsoir, si ca peut vous rassurer, l'ensemble du site craint :
    http://www.interieur.gouv.fr/A-votre-service/Ma-securite/Conseils-pratiques/Mon-argent

    Trouvez l'intrus :
    > intro : vigilance contre le vol
    > 1er sous-titre : billets macules
    > 2eme sous-titre : conseils aux commercants
    > 3eme sous-titre : l'euro notre monnaie (what ?)
    > 4eme sous-titre : le vol par ruse
    > 5eme sous-titre : protegez votre carte de paiement

  8. Ahah ! Dire qu'au début de l'article, je me disais "Allons, ils veulent faire de la prévention, laissons leur la chance" mais comme tu le dis les conseils sont bidons et on a vraiment l'impression qu'ils ont été écrits au km sans aucune recherche !
    Moi le seul conseil qui me serait venu, pour femme comme pour homme, c'est "apprenez un art martial de défense" ! J'pense que c'est plus efficace que marcher vite son sac plaqué contre soi dans la rue :D (qui me fait typiquement penser aux scènes de crimes dans les films)

  9. Cette page est vraiment une insulte faite aux femmes, il ne manque plus que "évitez les décolletés et les mini-jupes, à cause de votre morphologie particulière".

    On devrait rédiger une page de conseils aux hommes, pour surtout leur expliquer ce qu'est le consentement et le respect du "non". La 1ère cause de viol, c'est tout de même bien le violeur!!!

    • Non, cette page, pour consternante qu'elle soit, donne des conseils de prudence, et non des prescriptions morales. Apprendre aux hommes le respect du consentement est essentiel, mais c'est d'une autre nature: c'est de l'éducation morale.

      Cette page donne des conseils de prudence excessifs; elle n'est pas une insulte faite aux femmes. Elle ne leur dit pas: votre morphologie, votre attitude, sont mauvaises; elle leur dit: votre morphologie vous fait courir des risques - sous entendu, du fait de la nature sauvage de certains hommes. Elle n'est pas non plus une insulte faite aux hommes: elle ne dit pas que tous les hommes sont des dangers, elle sous-entend qu'il en existe de dangereux, sans plus de précisions.

      On est toujours dans la même erreur logique: confondre, volontairement ou non, un discours moral et un discours "technique".

      • Ben non, faut être cohérent, ce n'est pas non plus "la nature sauvage de certains hommes". C'est "le comportement criminel de certains hommes", ce n'est pas pareil. Laissons la "nature sauvage" où elle est.

        • A mon point de vue, il faudrait plutôt parler de comportement, vous avez raison. Mais le contexte ne permet pas de savoir si le rédacteur entendait l'un ou l'autre, et c'est un point périphérique dans ma démonstration.

      • merci de laisser en effet la nature où elle est. le viol n'a rien d'un comportement naturel. (d'où au passage le terme de culture que vous avez tant de mal à comprendre).
        "Non, cette page, pour consternante qu'elle soit, donne des conseils de prudence, et non des prescriptions morales."
        des conseils qui participent aux mythes sur le viol vu qu'ils ne servent à rien.

      • Je viens de voir le commentaire de flashou et je suis totalement d'accord.

        Si si, cette page est insultante et elle est culpabilisante. On sous-entend que :
        1°/ les femmes sont vraiment trop connes pour savoir être vigilante quand c'est nécessaire (et ce passage sur le sac plastique avec le point d'exclamation... "mais enfin non pauvre sotte, prend un sac en papier!!! faut vraiment TOUT leur dire hein...")
        2°/ si on ne respecte pas ces "conseils", et qu'il nous arrive quelque chose, il faudra pas se plaindre hein.

        • Non. Cette page ne sous-entend pas ce que vous dites. Ca, c'est ce que vous ressentez en la lisant. Ca ne veut pas dire que le rédacteur souhaitait que vous le ressentiez. C'est peut-être le cas, peut-être pas.

          Pour réfuter ces conseils, il suffit d'en démontrer l'inefficacité. Le procès d'intention n'ajoute rien, au contraire il est contre-productif. C'est ce que j'essaie d'expliquer.

  10. Cette page de conseils est effectivement surprenante, et une partie de votre critique me paraît très pertinente. Ca dérape, comme toujours, quand vous partez sur la "culture de viol", avec toujours la même erreur logique, qu'on retrouve immanquablement dans tout texte qui traite de ce concept éminemment polémique et approximatif: l'erreur qui consiste à dire que donner des conseils de prudence, c'est culpabiliser.

    Vous pouvez le répéter un milliard de fois, ça ne deviendra pas vrai pour autant. Non, donner des conseils de prudence a priori, ce n'est pas chercher à faire culpabiliser, et ce n'est en rien excuser les violeurs. Certaines personnes utilisent les conseils de prudence, a posteriori, pour culpabiliser la victime et amoindrir la responsabilité du violeur. Mais le premier raisonnement n'implique pas nécessairement le second. Dire "des gens relativisent la responsabilité du violeur à base de conseils de prudence a posteriori, DONC les conseils de prudence a priori visent à relativiser la responsabilité des violeurs", c'est une forme assez caractéristique de sophisme (http://fr.wikipedia.org/wiki/Sophisme).

    Il y a d'autres erreurs logiques qu'on retrouve régulièrement dans les textes parlant de "culture de viol"; l'une des plus courantes est le biais d'intentionnalité, qu'on retrouve dans le commentaire d'Anna:

    ""N'effacez aucune trace matérielle. Ne vous lavez pas. Ne vous changez pas ou alors placez vos vêtements souillés dans un sac en papier (pas en plastique !)."

    Personnellement j'aurais l'idée de mettre mes sous-vêtements dans un sac je pense mais pas d'éviter le plastique. Or là on met un point d'exclamation comme si c'était si logique qu'il n'est pas nécessaire d'expliquer pourquoi. C'est culpabilisant: t'es idiote si tu n'y avais pas pensé. "

    L'objectif de la phrase originelle est clairement informatif. On peut lui reprocher d'être insuffisamment explicite (pourquoi en papier?). Mais il paraît absurde d'y voir une volonté culpabilisatrice. Le raisonnement est ici: "je lis cette information; je culpabilise de ne pas en avoir eu vent auparavant; donc elle a été écrite dans le but de me culpabiliser". C'est infiniment peu probable. La réaction rationnelle à cette phrase, c'est "est-ce vrai? et si oui pourquoi?"

    Vous ne passez pas loin de cette même erreur dans votre paragraphe sur l'expression - de fait assez troublante - "la morphologie des femmes". L'expression véhicule effectivement une idée violente: la morphologie des femmes attire la lubricité des violeurs. Là encore, la bonne question (que d'ailleurs vous posez, en apportant des éléments de réponse intéressants), c'est "est-ce vrai?" En revanche, l'expression n'implique aucune culpabilisation. Il est compréhensible qu'une femme qui la lit puisse ressentir de la culpabilité, de manière irrationnelle: mais cela ne signifie pas que la volonté du locuteur soit de culpabiliser. Ca ne l'exclut pas non plus, bien sûr.

    Cet ensemble de conseils entretient indubitablement la peur: le danger est présenté comme omniprésent, sans qualification des lieux (probablement parce que le ministère de l'intérieur ne peut pas se permettre d'évoquer une hiérarchie de la dangerosité des lieux). Il y a aussi un indéniable sexisme: comme vous le dites, les hommes sont aussi agressés, et d'ailleurs pour beaucoup ils appliquent assez naturellement nombre des conseils donnés, suivant les lieux où ils se trouvent.

    Le concept de patriarcat, si souvent galvaudé et utilisé à tort et à travers dans les discours féministes, est ici assez justifié: une partie des conseils semble s'adresser à l'homme comme responsable de famille par défaut. De façon un peu incohérente, il s'adresse aussi à la femme, de façon explicite. Un site authentiquement patriarcal aurait adressé tous les conseils à l'homme, et parlerait de la femme à la troisième personne: "ne laissez pas votre femme/fille sortir comme ceci ou comme cela", etc.

    Principe de précaution poussé jusqu'à la paranoïa, Etat-maman, sexisme, vision patriarcale de la famille: oui.

    Culture de viol: non, on ne la voit nulle part ici. Votre obstination à recourir à ce concept vague et clivant affaiblit votre argumentation vis-à-vis des publics à convaincre. Comme la plupart des concepts culturalistes, la culture de viol est de ces idées auxquelles on adhère plus qu'on ne les explique rationnellement. Sa force de conviction est forte, sa force argumentative est faible. D'où la nécessité de recourir aux erreurs logiques sus-mentionnées pour garder la cohérence du discours - et perdre en route une partie des lecteurs.

    • Gloups > Il faut ici faire une distinction fondamentale entre "Nature" et "Fonction"

      La Nature des arguments, c'est que ce sont des conseils. En eux mêmes, ils n'ont rien de vraiment critiquable. Par contre leur Fonction est idéologique, et c'est de véhiculer l'idée que les femmes doivent agir dans un certain cadre sous peine de subir des violences.

      De même, les références à la morphologie sont culpabilisante car le sous texte est "Si vous êtes bien foutue, vous allez provoquer des agressions sur vous". Là c'est encore pire puisque ce n'est même plus une question d'attitude, mais simplement ce qu'on est qui "justifie" le passage à l'acte des agresseurs.

      Sur un principe "Action / réaction" on sous entend donc que le non respect de ces conseils (dont je le répéte la nature n'a rien de bien méchant) responsabilise la victime / futur victime. C'est ce qui conduit à la classique réplique "elle l'avait bien cherché". On sous entend que le simple fait d'exister est un potentiel appel au crime pour certains. Et ça ne serait pas culpabilisant ?

      De plus, ce texte amplifie un phénomène d'acculturation : lorsqu'une autorité morale et légale produit un texte de ce type, son contenu sera considéré comme normatif ou référent. Nous allons ainsi inconsciement développé un référentiel qui n'est pas de l'ordre du vécu, mais de la conscience collective. Sauf que c'est un raisonnement irrationnel, voir dangereux (on sait ce qu'on peut faire faire à une foule en stimulant sa peur ou bien à un individu seul en se servant d'une autorité morale).

      La culture du viol est donc démontrable : si on énnonce comme vérité des faits qui ne sont pas vérifiable dans la pratique (principalement en terme d'occurence) c'est qu'il existe un schéma qui s'est développé sur des bases fallacieuses, car les gens auront tendance a accepter ce message de la part d'autorité morale (le gouvernement... ou les médias !) et à l'intégrer alors que très peu de monde sait réellement si ces faits sont avérés.

      Concernant votre remarque sur le patriarcat, l'argument se démonte de la même façon : le site représente l'autorité morale masculine de l'état. C'est donc bien un homme (métaphorique) qui s'adresse a des femmes.

      • Je ne comprends pas bien votre réponse. Vous dites notamment: " lorsqu'une autorité morale et légale produit un texte de ce type, son contenu sera considéré comme normatif ou référent. [...] Sauf que c'est un raisonnement irrationnel, voir dangereux"

        N'est-ce pas, précisément, le raisonnement que vous faites?

        De deux choses l'une:
        -soit vous estimez que la confusion entre morale et pratique est volontaire. Dans ce cas, le gouvernement répand délibérément la culture de viol, par la manipulation. Vous êtes alors fondé(e) à dénoncer cette manoeuvre. Pour ma part, c'est cette interprétation que je conteste, en parlant de biais d'intentionnalité: vous constatez que le texte est perçu de façon culpabilisante, vous en déduisez que c'est voulu.

        -soit vous estimez que le rédacteur est sincère, et que le sous-texte pro-viol est, soit absent, soit inconscient. Dans ce cas, l'attitude pertinente ne serait-elle pas, plutôt, de dissiper la confusion, en disant aux lecteurs "ces conseils sont à comprendre de façon strictement pratiques; il est irrationnel de se sentir culpabilisés par eux; par ailleurs, ils ne me semblent pas pertinents"?

        Sur le patriarcat, j'étais plutôt d'accord sur le coup, donc je ne comprends pas votre objection.

        • Je vous reformule ma phrase si elle ne vous semble pas clair.

          Si l'état produit un texte de ce genre, la plupart des individus vont le considérer comme étant basé sur des faits concret, et peu remettront en question les prédicats sous entendu par le dit texte. De ce fait, le lectorat va assimilé de fausses idées (ce que nous appelons "culture du viol"). L'intention de l'auteur est perçu (cette notion est très importante : c'est du ressenti) comme étant une invitation aux femmes a adopter des comportements "sûrs" ce qui sous entend que s'il leur arrive quelque chose, elles ont une part de responsabilité puisqu'il existe des comportements "adéquats" (sous entendu elles ont eut des comportements inadéquats).

          Il n'y à donc pas 2 options, mais tout un dégradé de subtilités qui ne se résume pas en une approche binaire. Vos deux exemples se superposent. Il ne faut pas oublié qu'un tel texte n'est pas le fruit du travail d'une personne. Il y'a un commanditaire et sans doute plusieurs rédacteurs, ce qui change radicalement la donne.

          De plus, il y'a un coté auto entretenu dans cette culture du viol : pourquoi est ce que les gens y croient, et pourquoi ils y croient ? parce que tout le monde dit qu'il ne faut pas agir comme ci ou comme ça (la fameuse sagesse populaire). Ce genre de mythe s'entretient de lui même parce que personne ne le remet en cause. Et personne ne peut le remettre en cause parce que rare sont ceux qui sont réellement confronté a la situation... puisque la situation en question n'est PAS la réalité.

          Une fois encore, je vous renvoi au notion de Nature et Fonction. La Nature du texte (prévention) n'est pas critiquable (ou eventuellement dans la formulation qui n'est pas forcément très élégante) mais sa Fonction est elle ouvertement culpabilisante.

          La sécurité routière fait elle des spots ou elle invite les conducteurs à bien faire attention aux chauffeurs qui doublent sans clignotant que l'on voit remonter la route devant nous ? Le ministère de la santé nous recommande t'il de ne pas fréquenter les zones fumeurs pour éviter le tabagisme passif ? Non car ce ne sont pas aux victimes de corriger leurs comportements.

          Tenir ce discours, c'est contribué à maintenir dans les esprits l'idée que les victimes d'agressions sexuelles ont une influence sur celui-ci. Et ça s'appelle la culture du viol...

          • Toujours pas clair pour moi.

            Quand on nous dit, dans le métro, de faire attention aux pickpockets, l'autorité qui nous donne ce conseil justifie-t-elle le vol? Nous rend-elle moralement responsable, même un tant soit peu, si nous sommes victime d'un larcin? Non, elle énonce l'existence d'un danger (réel ou pas, c'est une autre question) et nous donne un conseil pratique pour l'éviter.

            Je crois que plutôt que de distinguer nature et fonction (et je crois que ce que vous voulez désigner par là, c'est plutôt objectif affiché et agenda caché), il faudrait distinguer responsabilité morale et responsabilité pratique. Vous ne commettez pas de faute morale en vous promenant dans le métro à l'heure de pointe avec une liasse de billets qui dépasse de votre poche. Si vous vous faites voler, la faute morale repose entièrement sur le voleur. En revanche, vous ne pourrez pas vous empêcher de vous dire qu'un comportement différent vous aurait permis d'éviter ça. Vous aurez des regrets, mais pas de remords.

            Bien sûr, quand le préjudice est très grave, comme dans une agression ou un viol, l'individu qui fera remarquer, a posteriori, à la victime qu'elle aurait pu éviter son malheur en adoptant telle ou telle précaution déconne complètement, et ce totalement indépendamment de la pertinence des conseils.

            Par ailleurs, les agressions dans les parkings par des inconnus existent quand même, personne ne songe à les nier. Vous allez un peu loin quand vous dites que le danger n'existe pas. Ce qui est dit, c'est que ça représente un très faible pourcentage des viols et agressions sexuelles, pas que ça n'existe pas.

            Les conseils donnés sont excessifs. Ils sonnent encore un peu plus bizarres parce que le rédacteur ne peut pas se permettre d'introduire la notion de quartier craignos dans son texte. Ils ne sont pas entièrement déconnectés de toute réalité, il ne faut pas exagérer.

          • "...elle énonce l'existence d'un danger (réel ou pas, c'est une autre question) et nous donne un conseil pratique pour l'éviter."

            Le souci est que les "conseils pratiques" donnés en l'occurrence ne permettent pas d'éviter le viol. ("ne sortez pas" par ex. alors qu'il est majoritairement perpétré chez le violeur/la personne violée, pas dehors dans une rue sombre)

            Donc : on donne des conseils "officiels" inefficaces, or des viols arrivent tout de même.

            Le résultat est que les victimes se sentent coupables, les gens se chargent de les faire se sentir coupables "elle l'a bien cherché"

            Une autre conséquence est que des viols ne sont pas reconnus comme tels à cause de ces conseils "elle avait bu", "c'était son mari", "elle l'avait invité chez elle"

          • Les messages dans le métro sont des messages d'information (nature) qui indiquent que factuellement des pickpocket on été repéré (a l'endroit précis ou on se trouve) et que donc il faut rester vigilant. La fonction du message est de donner les moyens a chacun d’être conscient de la situation (d'ailleurs c'est un message global, et pas seulement adressé aux femmes).

            Le message ne donne aucun conseil : il ne dit pas "mettez vos objets de valeurs dans vos poches intérieures" ou "n'approchez pas de gens suspects", il permet seulement à tout un chacun "d'activer" sa vigilance dans le but de limiter les opportunités de vol.

            Qui plus est, ces messages sont aussi implicitement destiné au pickpocket façon "les mecs vous êtes grillé alors foutez le camp d'ici".

            Donc quand je parle de nature et fonction, je parle bien de nature et fonction : n'allez pas me prêter des idées que je n'ai pas.

            Quant à la question de faute moral / pratique... c'est une façon détourné de dire "quant il vous arrive une saloperie, c'est en partie votre faute". Parlons à ce moment là de factualité. Dans votre raisonnement (tel que je le comprend), vous sous entendez un principe de cause à effet.

            Cause > j'affiche mon argent / Effet > on me vole.

            Nous ne sommes pas loin du syllogisme ! en effet vous prêtez une intention consciente à un geste qui ne l'est peut être pas (j'affiche mon argent n'est pas un constat factuel). De plus, vous sous entendez que l'effet est systémique. Mais a ce moment là vous oubliez un principe : l'action de voler est la résultante de quelle cause ? Le voleur n'est pas dans un état passif qui attend un déclencheur, il est dans une démarche actif de "je dois trouver un mec a dépouillé". Que ça soit dans un crime prémédité ou opportuniste, l'individu qui commet le crime va à un moment ou un autre se mettre dans une démarche active qui est la seule vraie responsabilité.

            De plus, d'un point de vue pratique, on sait qu'un individu qui dissimule des choses, presse le pas ou bien qui affiche une posture d'insécurité est plus facilement prit pour cible (en effet, ce sont des signes positif pour un agresseur puisqu'ils sous entendent que la victime potentiel à des choses intéressante sur lui, et qu'il n'est pas en position de force pour se défendre). Ces conseils sont donc tout aussi inadéquat sur le plan pratique.

            Et quand bien même une agression se manifesterait (comme vous le dites, ça arrive malgré tout) et bien pourquoi ne pas donner des conseils de self défense ? pourquoi ne pas rappeler le cadre juridique sur la légitime défense et la notion de moyen proportionnel ? parce qu'avec ces messages à la con, nous allons finir par avoir des gens qui se font descendre par accident par des personnes mortes de peur de toutes ces histoires et qui vont se payer un 9mm pour se défendre.

            Oui le crime ça existe, les agressions peuvent avoir lieu n'importe ou. Mais quant le gouvernement qui est censé protéger les individus n'a pour seule réponse que "Désolé on peut pas s'en occupé, mais vous savez quoi : planqué chez vous vous ne craignez rien" et bien moi je considère ça comme insultant, d'autant plus qu'il ne cible qu'une partie de la population (pas stigmatisant du tout comme méthode !). En pratique, si on sait qu'il y'a des coins qui craignent, et bien on doit y mettre en place des forces de l'ordre pour que justement ça arrête de craindre.

  11. C'est dommage les anglo-saxons ont pourtant de bons tracks pour expliquer "comment ne pas violer":

    http://www.funnyjunk.com/funny_pictures/3577175/How+to+not+rape+someone/

  12. Excellent, comme d'habitude. Merci Valérie pour le temps, la patience, la pédagogie dont tu fais preuve. Irremplaçable.

  13. La lecture de cette page de "conseils" m'a fait également grincer des dents très fort.
    Cette façon d'essayer de nous foutre la trouille me donne physiquement envie de gerber. La rue n'appartient pas aux hommes. Et pendant ce temps les femmes subissent "tranquillement" les viols ordinaires conjugaux, mais c'est normal il faut bien ça pour s'assurer du chaperonnage de Monsieur Monmari et éviter de tomber sur un fou psychopathe en sortant les poubelles.

  14. [...] Quand le ministère de l’intérieur alimente la culture du viol » Crêpe Georgette [...]

  15. Je lis cette page du ministère comme une sorte d'infantilisation ou de persistance à mettre les femmes sous la domination du "chef de famille". Culture du viol ? je n'irai pas jusque là.

    En lisant la page consacrée aux "séniors", j'ai exactement la même lecture : on s'adresse à elles comme à des êtres faibles qu'il faut protéger de leurs propres erreurs.

    Exemples :
    - en cas de cambriolage : Ne touchez à rien ! (avec un point d'exclamation, ben oui, tout le monde sait ça enfin !)
    - se protéger du cambriolage : oulala, ça fiche la trouille ce chapitre !
    ...

    Par contre, l'introduction insiste bien sur la lacheté et la ruse des personnes qui agressent les séniors. Pour les conseils aux femmes, rien n'est dit sur la lacheté des agresseurs.

    Pour les enfants, idem :
    "En raison de leur constitution physique et de leur faible discernement, vos enfants peuvent être les victimes d'accidents ou d'actes de délinquance."
    S'ils sont agressés, c'est parce qu'ils sont faibles et manquent de discernement. On peut lire cette phrase comme s'il étaient responsables de l'agression !

    Exemple de rédaction alternative pour bien insister sur la responsabilité de l'agresseur :
    Les enfants peuvent être victimes d'agressions ou d'actes de délinquance. Les agresseurs masquent leurs intentions, mentent habilement et profitent de leur force physique pour parvenir à leurs fins.

    Tout le site est à revoir, pas forcément pour la culture du viol, mais pour une rédaction approximative, déconnectée de la réalité, parfois incohérente et de temps à autre vraiment tendancieuse.

    Les associations qui figurent en bas des pages ont-elles donné leur aval ?

    Dernière chose : la page de "conseils aux femmes" ne parle de viol qu'au dernier paragraphe.
    Toute la page fait référence aux agressions. Il faut donc la lire pour ce qu'elle est : une liste de conseils sur tous les types d'agressions : insultes, vols à l'arraché, violences physiques, racket et pas que sur le viol.

    Je suis un homme et pourtant je suis les conseils listés dans cette page : je m'enferme chez moi, je ferme ma voiture la nuit, j'évite les coins sombres, je marche d'un pas énergique la nuit. Ce sont des conseils valables pour tout le monde. Les agresseurs étudient leurs proies avant d'agir (pour les vols surtout).
    Je ne comprends pas pourquoi le ministère les a inscrit dans une page spécifique pour les femmes... Par machisme sûrement.

    me trompe-je ?

  16. Il y a un argument que reprend d'ailleurs gloups qui revient souvent chez les personnes qui se drapent dans leur honneur bafoue. On ne dit pas que les personnes sont consciemment sexistes ou racistes, mais qu'elles le sont inconsciemment malgre elle. Le probleme n'est pas que l'auteur de ce texte a voulu culpabiliser les femmes (problablement pas d'ailleurs) mais qu'il culpabilise les femmes. Quand vous marchez sur le pied de quelqu'un vous vous excusez et eprouvez un minimum d'empathie envers le ressenti de l'autre, vous ne dites pas "je ne veux pas entendre ton aie puisque je ne l'ai fait pas expres". Donc si on vous dit qu'il culpabilise les femmes ayez un minimum d'empathie pour comprendre en quoi ce texte nous derange au lieu de dire "il a pas voulu etre sexiste".
    2 point: c'est repete 45 fois mais je le repete les conseils concernent une minuscule partie des viols (et probablement encore plus faible qu'officiellement car m'est avis qu'il doit etre plus facile de porter plainte contre l'inconnu du parking que l'ami de la soiree ou le tonton de la famille) donc non ce n'est pas anondin de ne parler que de ca cas-la.

  17. Superbe article! Tu décris tellement bien la culture du viol.

    Je ne l'avais pas lu avant d'écrire le mien.
    Voici ma réponse au gouvernement:
    http://etreconscientedesaforce.tumblr.com/post/64301235173/ma-reponse-suite-a-la-page-du-gouvernement

  18. [...] pourquoi j’avais envie de vous envoyer lire ce billet que j’aurais aimé avoir le talent d’écrire. On n’est pas sortis des ronces [...]

  19. [...] allant jusqu’à leur institution par certains groupes ou menant à des bavures diverses (comme ceci) , faut-il aller jusqu’à dire qu’il s’agit de la totalité de [...]

  20. [...] Nous sommes évidemment tous et toutes responsables de cet état de fait car nous entretenons la peur chez les femmes à coup de conseils paternalistes, d'inquiétudes subtilement distillées, voire de reproches clairs et nets.  Il est donc difficile de soudainement demander aux femmes de ne pas avoir peur alors que la société toute entière les conditionne ; souvenez vous de cette page du ministère de l'intérieur ! [...]

  21. [...] Quand le ministère de l'intérieur alimente la culture du viol [...]

  22. [...] Cette scène de meurtre par un tueur en série dans un tunnel rejoint l’imaginaire collectif des violences contre les femmes qui s’effectueraient toujours la nuit, dans des lieux déserts, isolés des regards, et par des inconnus. En réalité, les statistiques montrent que ces violences s’appliquent plus généralement dans des lieux connus des victimes et par d... [...]

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