oct 102017
 

On me dit que Cantat a "payé sa dette". Ce sont des termes qui me sont étrangers ; je ne considère pas que la justice est là pour "faire payer les gens". Je considère que chacun-e, en revanche, doit se questionner sur ses actes et leurs symboles.
On me dit qu'il faut dissocier l'homme de l'artiste ; expliquez moi comment vous faites cela. Vous l'applaudissez une fois sur deux ? Vous applaudissez en hurlant "j'admire l'artiste mais pas l'homme" ?
On me dit que cela fait 14 ans.
Le meurtre de Marie Trintignant par Cantat a été un séisme pour la jeune féministe que j'étais.
J'ai découvert, comme tant d'autres, ce que beaucoup de gens pouvaient penser des victimes de violences conjugales.
J'ai découvert que certain-es abruti-es se berçaient de l'illusion du poète déchu qui a tant et mal aimé, pour excuser Cantat.
Les réactions à ce féminicide ont été - comme furent ensuite celles aux "affaires" DSK, Polanski, Baupin, Sapin etc - un parfait révélateur de l'état désastreux de la société française en matière de violences faites aux femmes. Marie Trintignant a été traînée dans la boue de la pire des façons ; ce qui a été dit à l'époque illustre vraiment à quel point nous sommes dans la posture quand il s'agit de violences conjugales. C'était une pute, une salope, une droguée, une hystérique et une alcoolique et il semblait bien à une partie de la population françaises qu'être cela en tout ou partie justifie qu'on vous massacre à mains nues. Nous trouvons toujours des excuses, des bonnes raisons pour que des femmes meurent: une pâte à crêpe pleine de grumeaux, des nuggets trop chers, une femme hystérique, un chanteur à fleur de peau.

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