oct 132017
 

Les affaires Weinstein (à savoir qu’un homme ait pu pendant 30 ans violer, agresser sexuellement et harcèlement au moins trente femmes à ce jour) montrent, comme très souvent dans les affaires de violences sexuelles, que beaucoup d’hommes savaient.
- des journalistes savaient
- des patrons de presse savaient
- Le conseil d’administration de The Weinstein Company savait puisque le contrat de Weinstein est rédigé de telle manière qu’il ne puisse être renvoyé en cas de plainte pour harcèlement sexuel.
- Brad Pitt savait.
- Ben Affleck savait (enfin il sait aussi pour son frère Casey et il sait aussi pour lui-même. Avez-vous noté qu’il a reconnu hier avoir agressé sexuellement (il a parlé de conduite inappropriée) l’actrice Hilarie Burton et qu’une autre accusation d’agression sexuelle le vise ?
- Georges Clooney savait.
- Matt Damon savait
- Russel Crowe savait.
La liste est longue.

Oh ils vous diront tous qu’ils ne savaient pas exactement. Que Weinstein est « comme ca ». Qu’il est « un peu lourd ». Qu’il « aime beaucoup les femmes ». Qu’il « y a beaucoup d’anecdotes ». Qu’il « y a des bruits de couloir ».

Des femmes ont parlé depuis trente ans. DES FEMMES ONT PARLE. On les a fait taire, on a acheté leur silence par la menace. Mais des femmes ont parlé.

 

C’est ce qu’il s’est passé pour DSK. Dès que « l’affaire du Carlton » est sortie, le tout Paris a bruissé d’hommes qui nous expliquaient qu’ils savaient depuis longtemps. On s’est opportunément souvenu que Piroska Nagy avait parlé.
C’est ce qu’il s’est passé avec Sydney Amiel. Des femmes ont parlé. Il ne s’est rien passé. Des avocats savaient, des juges savaient, des bâtonniers savaient.
C’est ce qui s’est passé avec Roger Ailes, l’ancien patron de Fox News. Des femmes ont parlé, des hommes ont écouté et n’ont rien fait.
C’est ce qu’il s’est passé avec Denis Baupin. Des femmes ont parlé, des hommes savaient.
C’est ce qu’il se passe avec des hommes politiques que des femmes journalistes ont dénoncé comme les harcelant. Ils sont connus, il ne se passe rien. Les femmes journalistes qui vont interviewer ces hommes harceleurs sont juste priées de « faire attention à elles ».
C’est ce qu’il se passe avec Michael Bay. Des femmes dénoncent son comportement ; il ne se passe rien.
C’est ce qu’il se passe avec Terry Richardson des femmes dénoncent son comportement. Il ne se passe rien.
C'est ce qu'il s'est passé avec Roy Price, une femme a parlé il ne s'est rien passé. Il a fallu l'affaire Weinstein pour qu'il soit renvoyé.
C’est ce qu’il se passe avec des twitos, plus ou moins connus, qui pour certains d’entre eux, reconnaissent même les faits ! Mais il ne se passe rien.
Hier sur twitter, des avocats, des médecins ont dit, tout tranquillement connaître des hommes se comportant comme Weinstein. Et ils ont reconnu tout aussi tranquillement ne rien faire.
Cela se passe dans tous les milieux. Des femmes parlent, des hommes ne font rien.
J’ai parlé ; il ne s’est rien passé. Des collègues ont porté plainte, il ne s’est rien passé.
Partout des femmes parlent et il ne se passe rien. (ah si pardon elles sont traînées dans la boue).

 

Certains, que la décence n’étouffera pas, me diront que des femmes aussi savaient. C’est exact. Peut-on admettre qu’hommes et femmes ne sont pas égaux face à un homme qui agresse sexuellement des femmes ? Peut-on admettre que lorsque les femmes parlent on ne les croit pas ?
Tristane Banon a parlé. Elle a été traitée de salope absolument partout et des photos d’elle sont ressorties pour montrer qu’elle n’était pas crédible.
Nafissatou Diallo a parlé. Son physique a été utilisé pour démontrer qu’elle était trop laide pour être violée.
Samantha Geimer a parlé. On a expliqué qu’elle faisait plus vieux que son âge.
Les victimes de Baupin ont parlé. On a jugé que c’était tardif.
Des dizaines de victimes de Weinstein parlent et ont parlé. On a moqué et moque encore leur physique/leur chirurgie esthétique/ leur besoin de buzz/leur lâcheté/leur poids/leur carrière ratée/leur nombre d’amants.
Je vous invite à lire ou relire cette BD de Mirion Malle qui égrène les hommes célèbres et l’impunité qui les entoure. Impunité qui existe tout autant pour les hommes inconnus.

 

Un excellent article explique pourquoi autant de femmes savaient : « Ces «réseaux de murmures», comme on les appelle souvent, sont ce que les femmes utilisent pour se protéger les unes les autres, quand les autres moyens de protection habituels – plaintes aux ressources humaines, confrontation directe, la police – ne fonctionnent tout simplement pas, soit parce que l'homme en question est trop puissant, soit parce que le poids des preuves à apporter, lorsqu'il s'agit de cas de harcèlement sexuel, est trop important. Et enfin parce que le prix à payer quand on devient une accusatrice est trop lourd ».
Et de rajouter « C'est le privilège des hommes, en d'autres termes, de ne pas avoir besoin de savoir. »
Si l’article demeure essentiel, je ne partage pas sa conclusion. Les hommes qui entourent les agresseurs sexuels savent. Ils savent parce que les femmes leur en ont parlé car elles savent bien que leur seule parole ne suffira pas. Elles doivent compter sur le bon vouloir de quelques-uns pour espérer être entendues.  Ils savent parce les agresseurs ne se cachent pas. Ils savent parce qu’ils profitent parfois du comportement des agresseurs. Ils savent parce que les agresseurs plaisantent sur leur comportement. Ils savent parce que leurs copains qui savent leur disent de faire attention à leur copine face à ce gars. Simplement cela n’est pas suffisamment important pour agir, cela n’est pas suffisamment important pour rompre la solidarité masculine. Des agressions sexuelles, du harcèlement sexuel, des viols ne sont pas suffisants pour que des hommes parlent. Parce que tout d’un coup les vieux réflexes surgissent. On sait que les femmes ont tendance à exagérer. On sait que les femmes font un plat de rien. On sait que les femmes se vengent bassement et font des coups en douce. Alors les hommes exigent des PREUVES. Nous sommes les preuves, disons-nous. C’est insuffisant.

 

Je partage souvent ce texte d’Andrea Dworkin qui dit « Je veux une trêve de vingt-quatre heures durant laquelle il n’y aura pas de viol ». La suite logique de ce texte serait de dire « Je veux une trêve de vingt-quatre heures durant laquelle des hommes cesseront de regarder d’autres hommes violer »

La parole masculine compte dans des cas de violences sexuelles contre les femmes. Elle compte davantage que celles des femmes victimes. On ne vous dira pas que vous avez vos règles, que vous vous habillez trop court, que vous vous faites des idées, que vous cherchez les histoires, que vous avez un passé douteux, que vous êtes frustrée, que vous êtes lesbienne, que vous êtes hystérique, que vous êtes en pré ménopause, que vous mentez, que vous êtes vénale, que vous êtes trop sexy, que vous êtes trop moche, que vous vous faites un monde de rien, que vous exagérez tout, que vous n’avez pas d’humour, que vous êtes coincée, que vous devriez vivre sur une île déserte, que vous êtes une salope, que vous l’avez un peu cherché, que vous avez mal interprété, que vous êtes une pute, que vous êtes frustrée, que vous aimeriez bien que ca vous arrive.
Vous êtes le neutre, l’objectivité, la mesure, la tempérance.

Les hommes ont des agendas pour savoir quand on doit parler et de quoi on doit parler. Bruno Masure twite doctement qu’elles auraient du parler sans penser à leur carrière. Pensez donc ! Une carrière de femme ? Une femme aurait une carrière ? Mais quelle bassesse ! Quelle vénalité ! Vous avez été agressée, vous en conservez a minima un souvenir TRES désagréable, vous savez que si vous parlez, vous passerez pour une menteuse ou une pute mais il faudrait que vous parliez. Pour le plaisir qu’on fasse semblant qu’on vous aurait cru.Pour le plaisir d'avoir été agressée sexuellement et en plus sans travail. Peu importe que des femmes aient effectivement parlé d’ailleurs, Masure n’en est pas à des minables comptes d’apothicaire.
Philippe Bilger parce qu’il est magistrat, adopte la voix de la raison, du droit. Il se dit « réservé » parce que les femmes n’ont pas porté plainte. C’est pratique la réserve. Cela permet de conserver une hauteur de vue, un détachement que nous, pauvres connes, n’avons pas.
Daniel Schneidermann est de gauche. Alors il adopte le ton des mecs de gauche. Le « c’est honteux mais ». Mais pourquoi Seydoux ne donne-t-elle pas tous les noms ? Mais pourquoi Seydoux parle-t-elle d’agressions si peu graves alors qu’il y en a de bien pires ?

Un agenda et une balance pour peser les crimes sexuels.

Nous nous retrouvons, nous femmes, à la merci des hommes. De ceux qui violent et de ceux qui regardent. De ceux qui comptent les points. De ceux qui établissent des agendas avec les bonnes dates pour porter plainte. De ceux qui recensent les vraies agressions des fausses. De ceux qui analysent posément. De ceux qui feignent de s’étonner. De ceux qui protègent des agresseurs, des harceleurs, des violeurs, des voyeurs. J’aimerais dire que la parole des femmes est libératrice, qu’elle va lever la chape de plomb sur les violences sexuelles que nous subissons. Cela se fera selon un agenda décidé par des hommes. Ils nous croiront peut-être ou pas. Maintenant ou dans dix ans. Ils décideront ce qui est grave ou pas, ce qui vaut la peine ou pas.

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  Une réponse sur “Harvey Weinstein et les hommes qui savent.”

  1. [...] Harvey Weinstein et les hommes qui savent. Les affaires Weinstein (à savoir qu’un homme ait pu pendant 30 ans violer, agresser sexuellement et harcèlement au moins trente femmes à ce jour) montrent, comme très souvent dans les affaires de violences sexuelles, que beaucoup d’hommes savaient. - des journalistes savaient - des patrons de presse savaient - Le conseil d’administration de The Weinstein Company savait puisque le contrat de Weinstein est rédigé de telle manière qu’il ne puisse être renvoyé en cas de plainte pour harcèlement sexuel. - Brad Pitt savait. - Ben Affleck savait (enfin il sait aussi pour son frère Casey et il sait aussi pour lui-même. [...]

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