nov 302013
 

Je ne sais même plus quoi dire tant je sens que  la loi pénalisant les clients et enclenchant un parcours de réinsertion pour les prostituées va être votée et qu'il est trop tard pour dire quoi que ce soit.

Elles ne le diront pas, elles ne l'avoueront pas mais les associations abolitionnistes, les députés, la ministre ont voulu une loi de principe. Elles ont voulu dire que dans ce contexte-là, acheter du sexe n'est pas acceptable. Je peux entendre cela, je peux comprendre cela mais je voudrais qu'ils admettent et comprennent que la loi de principe qu'ils ont votée et voulue va foutre en l'air beaucoup de personnes ; au nom de principes, certes beaux mais qu'on n'a pas les moyens de mettre en oeuvre.

Ecoutez. Ecoutez sans penser que je suis forcément pour la traite,  que je suis payée par les proxos, que je suis au chaud chez moi et que je ne sais pas ce que c'est que se prostituer ; à 99.99% les abolitionnistes ne le savent pas non plus.

Je ne vais même pas aborder le volet de la pénalisation en fait ; faut-il punir le client, pas le punir. J'ai dit ce que j'avais à dire là dessus.

Je vais aborder le principal ; que va-t-il se passer pour les prostituées ?

Hier un député s'est réjoui d'entendre que des prostituées disaient avoir beaucoup moins de clients lesquels commencent à flipper. Ok. Super. Votre proposition de principe fonctionne parfois et le client flippe. On propose quoi à la prostituée ? Va-t-on miraculeusement trouver du travail à ces femmes là ? (et je ne parle pour le moment que des françaises soit allez 20% des prostituées).

L'aide aux prostituées va être réglementée (cela s'apparente un peu à ce qu'on fait signer aux drogués en fait). Tu arrêtes de te prostituer et en échange je te remets royalement une allocation de quelques 400 euros. Evidemment si tu étais amenée à te re-prostituer, l'allocation saute et on te fera la morale. Alors je veux bien qu'on m'explique comment on vit avec 400 euros.
Vous avez dit que la prostitution était due à de la précarité économique. Et donc en arrêtant de se prostituer, par miracle, elles vont trouver un job et ne plus être précaires ?
On sait fort bien qu'elles ne vont pas arrêter parce que pour mille et une raisons, elles ne le peuvent pas et qu'on ne va pas miraculeusement leur trouver du taf. (et pourquoi d'ailleurs une prostituée serait prioritaire sur un boulot plutôt qu'une autre personne ?). Donc elles ne peuvent pas arrêter mais il n'y a beaucoup moins de clients. elles vont donc les chercher où ils se trouvent , elles se collent donc sur Internet ( miracle on peut produire des rapports "plus aucune prostituée au bois, la prostitution est officiellement éradiquée de France").
Je n'ai toujours pas compris ce qu'on va proposer à une prostituée française de moins de 25 ans qui voudrait arrêter ; rien a priori.

Au fond, on va être clair et arrêter de se mentir. A 99% vous et moi, de quelque "camp" qu'on se situe, cette loi ne change rien à nos vies. Mais rien. Tout au plus pourrez-vous vous gargariser dans les séminaires à soliloquer que la France ne tolère plus la vente de sexe. Et vous foutrez vite le camp quand on vous demandera ce qu'il est advenu des prostituées ("elles ont des super contrats de travail dix heures par semaine à faire des boites en cartonnage , on est ENCHANTE").

Voici deux videos. Les deux concernent des prostituées étrangères qui expliquent leur crainte face à la future loi.
Est ce que quiconque ici dit que ces femmes sont heureuses ? Suis je en train de prétendre à un quelconque moment que leur activité est chouette, sympa ou que sais je ? Non car là n'est pas le débat.

Abordons maintenant le problème des 80% de prostituées étrangères.
Commençons nettement ; non on ne sait pas combien sont en traite.
Continuons encore plus nettement ; on ne sait pas définir ce qu'est la traite dont on se gargarise à qui mieux mieux.
Prenons un exemple. Vous êtes mauritanienne et vous voyagez avec d'autres mauritaniens. Vous passez par l'Algérie. Vous avez la chance de ne pas crever dans le désert et vous arrivez en Libye. Là vous payez un passeur et vous traversez la Méditerranée. Vous ne vous noyez pas. Là il vous reste des trucs à payer au passeur. Vous avez un immense panel de chouettes possibilités ; les chantiers, les clopes illégales, le ménage dans le meilleur des cas  en rachetant un contrat à un mec du pays. et la prostitution donc. (vous tombez d'ailleurs des nues car vous pensiez que vous pourriez travailler normalement). Etes vous dans un réseau ? Vous devez en effet de l'argent à un mec. Etes vous davantage dans un réseau que le collègue qui lui travaille dans le BTP plutôt que de se prostituer ?

C'est quoi la traite ? Comment la définit-on ? Est ce que le fait de devoir de l'argent à quelqu'un et de le rembourser en se prostituant ?
Est-ce le fait d'être menacée psychologiquement/physiquement/sexuellement par quelqu'un ?

J'aurais aimé qu'on définisse cela. Ainsi par exemple, des pays d'Europe de l'est sont entrés dans l'Europe au cours des dix dernières années ; les confiscations de passeport qu'on voyait dans les réseaux proxénètes de l'est existent beaucoup moins puisqu'il y a - en théorie - libre circulation pour quelques pays. Ainsi - et c'est bien ce qu'on a du mal à admettre en France - les roms roumains peuvent circuler.

Encore une fois il ne s'agit pas de dire qu'il y a des choses graves et d'autres qui le sont moins mais de comprendre l'immense variété des parcours prostitutionnels. Ainsi la Roumanie est un pays infiniment pauvre et encore davantage pour les rom. Les roms qui arrivent en France ne peuvent travailler légalement donc ils font diverses choses ; le métal par exemple ou le travail au noir sur les chantiers. Des femmes se prostituent.

Essayons donc de diviser en plusieurs catégories :

- les prostituées indépendantes étrangères et sans papier
- les prostituées indépendantes étrangères et sans papier qui doivent de 'l'argent à un réseau (le dit réseau s'en fout de ce qu'elles font, il veut juste son argent)
- les esclaves sexuelles dans un réseau proxénète

On ne sait pas du tout ce qui va se passer pour les deux premiers cas. Dans une des videos, il y a une femme chinoise qui est venue en France faire de l'argent rapidement pour payer ses dettes. dans l'autre il y a des prostituées trans qui viennent d'Amérique du sud.
Ces femmes là ne rentrent pas dans le processus présentée dans la loi puisqu'elles ne dépendent pas de réseaux ; elles sont sans papier et sont donc illégales.
Vous pouvez chercher dans tout le  rapport Olivier ; rien ne leur est proposé. Rien, rien et rien. On peut donc penser que la prostituée chinoise de la video tentera de continuer ici et si vraiment il n'y a plus de client, elle partira en Allemagne par exemple. (si elle a choisi la prostitution plutôt que le travail en atelier clandestin c'est sans nul doute qu'elle a besoin d'argent rapidement ; les immigrés ne sont pas cons, ce ne sont pas des incapables un peu bornés).

Passons aux victimes de la traite. je vous rappelle à ce sujet qu'on a expulsé il n'y a pas 15 jours des prostituées bulgares en traite pour "que le proxénète comprenne". Nul doute qu'il a repris une part de tarte.
On leur propose donc un titre de séjour de 6 mois + l'allocation temporaire d’attente (336 euros). Cela sera a priori reconduit 6 mois si la procédure contre le proxénète n'est pas finie (c'est qu'on est grand prince). Et après ? faut-il vraiment que je dise en toutes lettres  que non on ne va pas régulariser 20 000 personnes et que non la future caissière de votre supermarché ne sera pas une ancienne victime de la traite, aidée par l'état et Carrefour à s'en sortir.

Relisez ce texte.  c'est quoi la réalité de la politique migratoire de la France aujourd'hui. On file une fortune à un organisme européen Frontex pour qu'il signe de accords avec des pays super démocratiques comme la Mauritanie et la Libye pour qu'ils retiennent les migrants (c'est illégal). On expulse en masse (c'est illégal). On fout dehors des mineures dont on sait qu'elles sont battues par leur père (les Dibrani) (ah c'est légal). L'UMP et Valls tiquent sur la loi Olivier car, ils l'ont dit eux-mêmes, "ca risque de faire appel d'air".

Dans le rapport Ollivier, il est dit "Le préfet dispose en la matière d’un pouvoir discrétionnaire, et ses services apprécient la situation de la personne en fonction d’un faisceau d’indices." (pour décider qui est victime de la traite ou pas).
Si le préfet a un pouvoir discrétionnaire, si en plus cela varie d'une préfecture à l'autre, comment va t-on être sûr qu'il n'y a pas eu quelques abus ? (si vous êtes vraiment en train de penser que la France n'est pas capable d'expulser des prostituées en traite et en danger de mort, c'est à désespérer). On a été condamné plein de fois par le CEDH ; la garantie d'un interprète n'est pas toujours là, on ne vous informe pas de vos droits.
Vous n'êtes pas sans constater que la France a quelques soucis à parler d'immigration et que régulariser ne rend pas vraiment populaire dans les sondages ; vous pensez que le gouvernement n'est pas prêt à sacrifier 10 000 putes pour gagner une élection ?
Il y aura des abus puisqu'il y en a déjà, qu'Olivier le craint et ne propose rien d'autre.

Lisez les témoignages de gens non prostituées, souvent très diplômés qui vont à une préfecture pour un titre de séjour.  Pensez-vous que les prostituées vont être bien accueillies ? "oh mon dieu ce que tu as vécu est horrible vite un verre d'eau et un carte de dix ans ?"

Parlons de la Syrie. On a des hommes, des femmes, des enfants qui fuient le pays en guerre. Ils gagnent les pays voisins, ou tentent de passer la Méditerranée. Nous les repoussons. On ne donne pas l'argent demandé par Agence des Nations Unies pour les réfugiés. Pourquoi est ce que je parle de cela ? Car il y a des liens plus qu'évidents entre l'immigration et la prostitution.
Nous refusons d'accueillir des gens venant de zones de guerre qui sont en danger de mort immédiat, nous signons des accords avec des pays tels que la Libye pour qu'ils gèrent tous ces gens dont on ne veut pas. Et vous pensez qu'on va filer des papiers à des prostituées parce qu'elles sont sous traite ? Mais cela a gêné qui à un quelconque moment qu'il y ait des gens sous traite ?

Alors je vous vois venir ; "tu ne proposes rien".
Je ne propose rien car dans l'état actuel des choses avec la politique migratoire européenne, il n'y a rien à proposer.
Je ne propose rien car tant que certains pays seront pauvres, seront en guerre, des gens viendront en Europe et une partie se prostituera, il n'y a rien à proposer.
Je ne propose rien car tant que les soins, opérations nécessaires aux trans* devront être payés de leur poche, il n'y a rien à proposer.
Je ne propose rien car tant que des jeunes homosexuels seront virés de chez eux sans solution d'hébergement, il ny aura rien à proposer.
Je ne propose rien car je ne suis rien ni personne pour estimer qu'il est mieux de rester dans un pays en guerre ou en famine, en proie à la haine ou à la discrimination, plutôt que de se prostituer.
Je ne propose rien car je sais que mon gouvernement ne va pas trouver du travail à ces prostituées sous traite.

On parle de plus en plus du féminisme intersectionnel et c'est tant mieux. dans ce débat, il a malheureusement été très absent car lui seul permettait de mettre des choses en convergence comme prostituée, migrante, sans papier, racisée etc.

 

C'est étrange car ce mardi qui va sans doute être pour certaines une immense joie militante me laisse vraiment défaite, vraiment mal à l'aise alors que, comme je l'ai dit, je ne serais pas touchée par cette loi.

On m'envoie ce texte qui montre bien toute la complexité des processus migratoires, de la traite et de la pauvreté.
je résume en gros. Un chercheur a travaillé sur les femmes renvoyées au Nigeria ; celles renvoyées comme illégales et celles renvoyées comme victimes de la traite et qui ont reçu de l'aide. Il explique que d'Europe c'est très important de faire des catégories super précises alors que du Nigeria ce sont des catégories beaucoup moins étanches. Il montre aussi qu'un an après le retour, les femmes victimes de traites sont tout aussi pauvres que les autres. le projet de migration s'établit entre la femme, la famille et la madame (qu'on appellerait la passeuse en France). Ca revient à environ 50 000 dollars. La famille met en gages ses bien et s'attend que la femme ramène de l'argent à tout prix. (voici un lien pour comprendre le niveau de pauvreté au Nigeria) . Au départ la femme qui est revenue comme victime de traite a de l'argent (qu'on ne lui donne pas car souvent on estime qu'elle ne saurait pas bien l'utiliser donc les ONG achètent pour elle). Un an après, elles n'ont souvent plus rien d'autant que ca se sait qu'elles ont été prostituées donc elles peinent à avoir un réseau, à trouver un travail etc.
Il est aussi montré que la vie au Nigeria si on n'est pas dans les quartiers sécurisés est très dangereuse. Si des femmes ont vécu des vols et des viols en Europe, toutes en ont connu avant ou après dans leur pays. Si on soupçonne, quand elles rentrent d'Europe qu'elles ont de l'argent, elles sont encore plus vulnérables. Certaines disent que c'était mieux de vendre du sexe en Europe que d'être là. La chercheuse explique que c'est compliqué de voir les vrais situations. Si une nigériane dit qu'elle savait qu'elle allait en Europe vendre du sexe, qu'elle a acheté pour cela des faux papiers alors si on l'arrête, on ne lui donnera pas de l'argent  pour rentrer chez elles. Beaucoup disent donc qu'elles ont été victime de traite (note de moi ; et il ne s'agit évidemment pas de juger pour cela).
La chercheure montre que si les ONG (souvent catholiques) qui aident les femmes au Nigeria peuvent faire du bon travail, il y a aussi de fortes pressions pour que ces femmes fassent amende honorable, se repentent etc.

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  56 réponses sur “La réinsertion des prostituées qui cache l’expulsion massive de prostituées sous traite”

  1. Et oui. Très belle démonstration que la position abolitionniste est purement morale "il est inadmissible qu'un homme puisse avoir une relation sexuelle avec une femme contre de l'argent", et ne prend pas en compte la situation des femmes.

    • @Marie, ça dépend ce que tu entends par morale, si c'est surveillance des zizis (bah) ou exigence d'une qualité de relations humaines au-delà de la possibilité pour certain-e-s de se torcher avec le désir et les besoins des autres (les plus faibles), en matière de sexualité comme dans les autres champs de l'existence. Je ne me reconnais pas du tout dans ta définition de l'abolitionnisme, et voici la mienne : http://blog.ecologie-politique.eu/post/grosse-pute.

      En revanche, c'est vrai que cette loi a des aspects cosmétiques, de principe, qui ne prennent pas assez en compte les prostituées étrangères ou les conditions matérielles qui contraignent à la prostitution (déjà que 400 euros ne suffisent pas à ne pas entrer dans la prostitution, imagine combien 400 euros pourraient suffire à en sortir !). C'est tout le sens de cet article (http://lmsi.net/Feministes-donc-contre-la) que d'en rajouter sur ces questions matérielles.

      Pour ma part, je me félicite du message que ça donne à l'ensemble de la société (messieurs, les femmes ne sont ni à vendre ni à prendre), mais je m'inquiète des effets de la loi sur le quotidien de plein de personnes. Le fait qu'elles soient peu nombreuses n'y change rien : leur sort n'a ni à dicter des standards de relation à autrui pour tout le monde, ni à être évacué d'un revers de main... Pas vraiment de solution, mais si on était plus nombreux/ses à partager ces doutes ça aiderait peut-être.

  2. Valérie : Merci beaucoup de cet article, enfin toutes ces choses sont dites par quelqu'unE !

    Marie : L'idéologie qui motive cette loi est bien plus que morale, elle est haineuse, précisément putophobe (et xénophobe), le STRASS l'a bien analysée ici : http://site.strass-syndicat.org/2013/11/les-prohibitionnistes-en-revaient-les-abolitionnistes-lont-fait/

  3. [...] Je ne sais même plus quoi dire tant je sens que la loi pénalisant les clients et enclenchant un parcours de réinsertion pour les prostituées va être votée et qu'il est trop tard pour dire quoi que ce soit. Elles ne le diront pas, elles ne l'avoueront pas mais les associations abolitionnistes, les députés, la ministre ont voulu une loi de principe. Elles ont voulu dire que dans ce contexte-là, acheter du sexe n'est pas acceptable. Je peux entendre cela, je peux comprendre cela mais je voudrais qu'ils admettent et comprennent que la loi de principe qu'ils ont votée et voulue va foutre en l'air beaucoup de personnes ; au nom de principes, certes beaux mais qu'on n'a pas les moyens de mettre en oeuvre...  [...]

  4. Est-ce que tu aurais un lien sur les 15 prostituées bulgares expulsées ?
    Merci

  5. [...] La réinsertion des prostituées qui cache l’expulsion massive de prostituées sous traite [...]

  6. Oui ...mais on pourrait utiliser le même type d'argument pour abolir le code du travail. Il y a surement un milliard de personnes qui pourraient accepter un travail dans des conditions indignes en france mais moins indignes que chez eux (ou tout simplement ne pas mourir de faim). Traquer les reseaux et les patrons voyous conduient à fragiliser ces populations voire à les renvoyer chez eux au nom de nos beaux principes. Mais on fait quoi alors? Si on considère qu'il n'y rien d'immorale à vendre son corps, on rentre quand même dans la logique du code du travail. Il y a surement des millions de chomeurs qui accepteraient de travailler pour 6 euros de l'heure, qui trouveraient un travail qui seraient en moindre grande précarité mais va-t-on baisser le smic?

    • "on rentre quand même dans la logique du code du travail". cela tombe bien on y est.
      Toutes les belles promesse, à droite comme à gauche, de réglementer le travail au noir n'ont jamais été tenues.
      Chaque jour à côté de chez moi des ouvriers rom attendent à côté d'un magasin de bricolage qu'un patron arrive et choisisse quelques un d'entre eux pour la journée. Notre économie tourne sur le travail au noir dans le bâtiment, textile, restauration.
      Je ne suis pas en train de le justifier bien sûr mais je dis que à partir du moment où tu n'as pas de papier, pas de droit du travail sur lequel t'appuyer, pas d'inspecteur du travail qui vient constater les nombreux abus, voilà ce qui se produit.
      beaucoup de gens hurlent à l'idée que des gens (pas eux hein) vont travailler le dimanche. soit admettons. que ne se sont ils réveillés quand on a entamé la casse de la paie double ? Dans ma convention collection, le travail de nuit, jour férié et dimanche est payé seulement 25% de plus s'il est habituel.
      ce qui disent les prostituées qui veulent rester là dedans (alors tu prends comme tu veux le "veulent", dans tous les cas, on n'a rien d'autres à leur proposer hein) disent que si elles sont sur le code du travail général donc avec un code du travail, elles seront plus fortes face au client.
      ca n'evacuera pas tous les risques mais ca les diminuera fortement.

      • Donc cette problématique n'est pas spécifique au débat de la prostitution. Cette loi peut peut-etre donner du pouvoir aux prostituees. Concernant les reseaux, tout le monde est contre mais un moment il faudra bien aussi responsabiliser les clients. On peut avoir une amende substantielle et une peine de prison pour acheter un faux sac de marque et pourtant c'est limite si les povres choupinous de clients (qui sont contre les mechants reseaux bien sur) sont pas choques d'apprendre que la fille pre-pebure parlant deux mots de français regardant avec peur son mac à 10 mètres est mineure et victime de la traite. Qu'est qu'on proposé les autres? (Vu en plus la proportion des hommes commentant tes articles sur la prostitution par rapport aux autres, la precarite et la liberte des prostituees est un sujet de preoccupation tres important par rapport aux autres sujets (on a enfin trouve ce que faisait ceux qui disaient qu'il y avait plus important comme combat que la lutte contre le viol, les insultes de rues et les salaires, de vrais jesus-christ!)

        • Moi aussi, la place des hommes qui se torchent avec tous les autres sujets qu'aborde le féminisme m'interroge...

          Et voici des nouvelles de l'Allemagne, qui délibéralise le marché du sexe et pose quelques contraintes :
          -pénalisation du client en cas d'évidence de trafic (aujourd'hui c'est seulement en cas d'évidence que la fille est mineure, et on sait comment les filles de 13 ans peuvent en paraître 26 aux yeux d'un salaud, voir l'affaire Polanski), mais ça va être coton à prouver ;
          -interdiction des forfaits où on ne paie pas à l'acte mais au temps de mise à disposition (l'article ne dit rien de la manière dont l'alcool est facturé en sus).

          C'est pas non plus la fête en Allemagne pour les prostituées...

          http://www.thelocal.de/20131203/german-prostitution-laws-to-be-reformed

  7. c'est lamentable en effet, et c'est la gauche qui fait ça. Au détriment des plus en difficulté évidemment, et des étrangères. Et au nom d'un certain féminisme mais pas d'un féminisme certain. Je suis complètement ahurie tellement c'est brutal et contreproductif, injuste et malhonnête, inopérant, dangereux, contraire à une réelle amélioration de la situation, inutile du côté de la chasse aux "réseaux" et, tout ça, comme tu dis "au nom de principes". Un, fondamental, a été oublié: celui du respect de la parole des concerné(e)s, et celle des associations comme Griselidis, le Bus des femmes, Cabiria dont la légitimité n'est plus à démontrer, parole jugée non valide, voire vendue! je suis triste pour la société dont je fais partie, j'ai honte, je suis triste pour le féminisme dont cette loi se réclame.
    je ne sais pas quoi faire. je suis inquiète aussi: car jusqu'où va aller l'entrisme du législatif dans la vie intime des gens, leur choix à avoir une sexualité comme ils veulent ou comme ils peuvent ?
    moi non plus je ne suis pas directement concernée..;encore que si j'étais en manque d'homme pour avoir une vie sexuelle et que je n'en trouve qu'en payant ? serais-je pénalisée?

    • en fait je voulais être plus large: si je choisissais (pour x mille raisons qui ne regardent que moi) d'avoir des rapports sexuels tarifés, moi femme avec des hommes (ou des femmes d'ailleurs) , serais-je donc pénalisée? en quoi cela regarde-t-il mon député ?

    • Non. La prostitution privée reste possible avec l'abolition. Si vous trouvez un gigolo et que vous l'entretenez vous échappez aussi à la pénalisation. C'est le système prostitueur qui est visé.

      Pour information ,la proposition de loi est issu du travail de Guy geoffroy, député UMP. Ce n'est donc pas un projet de gauche. Là encore, les faits, rien que les faits si vous voulez vous y retrouver dans ce débat.

  8. Précision sur les 15 putes Bulgares expulsées : elles sont également poursuivies pour "travail dissimulé".

    • oui et j'avais posé la question à un avocat sur twitter mais n'ai pas eu de réponse... comment cela peut-on d'un côté de pas considérer la prostitution comme un travail et de l'autre considérer que cela en est un ; je ne comprends pas la loi, pour le coup.

  9. Dites-moi... les militantes abolitionnistes ne sont-elles pas en majorité universitaires, profs, permanentes syndicales ou politiciennes professionnelles, c'est-à-dire des emplois où l'on ne sait pas ce qu'est la précarité, où l'on fréquente rarement les pauvres, et où en revanche on peut se pavaner dans les colloques?

    Imaginez tout le bénéfice symbolique, toutes ces dames (et ces messieurs, comme Patric Jean) qui pourront aller partout (dans des pince-fesses payés par le contribuable) se vanter du succès de cette loi et de l'avancée symbolique majeure: on ne peut plus payer pour le corps d'une femme!

  10. Bravo, c'est très bien pensé et analysé ! Le parti pris par la Commission est très idéologique et pas du tout pragmatique ! Toutes les remarques des contradicteurs , même les alertes des ministères concernés : M.VALLS , C.TAUBIRA n'ont pas été prises en compte. Ils ont été auditionnés, mais pas entendus ! Les mesures ont été définies avant même d'engager toute réflexion. La Commison se complait dans le Pathos, en dressant le tableau de la prostitution le plus sombre qui soit, en ne retenant que des sources statistiques très discutables et discutées mais qui vont dans le sens de leur idéologie. Le Rapport de la Comission porte le sceau de la République Francaise , celui des Lumières et de la lutte contre l'obscurantisme. J'en ai vraiment honte !!!
    Concernant les sujets liés à la traite : il faut lire les travaux du Professeur CHAUMONT , de l'université de Louvain. C'est disponible sur Internet : "Le mythe de la traite des blanches".

  11. [...] La réinsertion des prostituées qui cache l’expulsion massive de prostituées sous traite [...]

  12. Bonjour,
    Si la loi passe, peut-être qu'un certains nombre de clients cesseront de dépenser leurs argent auprès des tds.
    je suis nul en économie,
    mais, est-t-il possible qu'ils dépensent ce même argent autrement ? Un autrement, peut être meilleur, qui, (dans un monde idéal), serait fournit, au noir ou pas, "librement" ou pas, par des gens, peut être ex-tds?

    Enfin ça fait beaucoup de peut être, c'est surement très naïf comme espérance etc.
    Mais, quelqu'un voit (et peut me répondre ^^) ou ca bloque ?

    • je ne comprends strictement rien à ce post, c'est moi ou bien?

      • Non ca doit être moi :s

        Si tous les mois, 10 clients payent 1000 € de "service sexuel", et si suite a la loi sur la pénalisation ils décident de changer leurs habitudes et d'utiliser ces 1000 € pour aller au resto. Le resto va embaucher.

        Tu demandes "Va-t-on miraculeusement trouver du travail à ces femmes là ?" est ce que mon scénario peut marcher ? Est ce que l'argent qui ne paie plus les tds peut payer d'autres services ?

        (En fait je réalise que mon commentaire n'a peut être rien a faire ici, c'est pas vraiment un com, toutes mes excuses, j'aurais du demander ca ailleurs.)

        Merci pour ton article, et ta réponse (j’espère que mon second commentaire est plus claire et que tu prends le temps d'y répondre, sinon, j'irais lire "L'économie pour les nuls" ^^)

        • Vous espérez que ça va doper la croissance?

        • En fait ta question est très pertinente, il y a un passage dans "des souris et des hommes" qui est eclairant de ce point de vue.
          On peut evaluer l'impact economique sous deux angles:
          - le fait qu'effectivement dans notre societe des prostitues sont mieux payes que des caissières. Qu'on parle du burnt-out et du stress des cadres mais qu'on ne veuille pas payer 3 euros de plus un chariot pour donner des conditions décentes aux ouvriers pour acheter plus d'ecrans plasma ou de sexe.
          - où va finalement l'autre part des reseaux?(bien plus importante). Si il y avait moins de prostitues sous reseau, il y aurait moins de financements aux autres activites criminelles mais à part influer sur le prix de villas sous la cōte d'azur, on peu de changements pour ce qui concerne l'emploi en france (par contre cela changerait considerablement les rapports economiques dans les pays de l'est), qu'est qu'acheterait d'autres un client ? Si c'est pour acheter de l'ecran plasma fabrique en chine, ca ne changerait pas l'offre d'emplois en france.

          • " le fait qu'effectivement dans notre société des prostitues sont mieux payes que des caissières. " je voudrais des sources de cette affirmation. mieux payée par rapport à quoi ? smic mensuel, smic horaire ?
            " où va finalement l'autre part des reseaux ?" est il possible de définir "les réseaux".

          • Selon ce fameux rapport parlementaire (contestable à plus d'un titre par ailleurs), une prostituée de rue basique gagne entre 3000€ et 5000€ par mois. Un calcul rapide montre qu'à un rhythme de 4 passes à 50€ par jour 5j/semaine on y arrive (et non pas les 30 passes par jour sur lesquelles fantasme cette pauvre Mme Olivier).

            Bref, la motivation économique est suffisante pour expliquer la prositution sans avoir recours à la traite, un peu pour la caissière française à 1000€, mais surtout pour la caissière roumaine ou nigériane qui gagne 100€ par mois.

        • pour précision j'ai écrit l 'article. et pas véronique.
          donc
          - pourquoi les clients qui veulent du sexe ou autre chose voudraient d'un coup bouffer à la place ?
          - avant d'embaucher des tds non qualifiées pour le service/la plonge etc on embauchera des personnes qui sont qualifiées
          - une tds n'a pas forcément envie de travailler dans la restauration
          - on n'embauche pas forcément quand il y a plus de travail
          - il est illégal d'embaucher des étrangères sans papier

    • Kamoulox !

      • bien vu !
        je ne comprenais pas non plus la réponse de Gilda (ben si) alors j'ai tapé kamoulox sur gogol

        et j'ai bien ri.

  13. Quand une loi, bonne dans son principe, s'écarte de ses objectifs (lors de son application) d'une façon aussi dramatique, on est en droit de se demander si les objectifs recherchés sont bien ceux que l'on prétend. On a même le devoir de conclure que non. Ceux qui nous gouvernent ne sont ni idiots, ni aveugles, ni sourds. Ils savent pertinemment à quel point cette loi va broyer des vies. Donc, leur objectif réel est autre. Se débarrasser des étrangères en les privant de revenus, et en rendant leur vie (encore plus) intenable, et leur expulsion (encore plus) "légitime", sûrement. Rendre la prostitution invisible par d'autre moyens que l'indigne "délit de racolage passif" (que d'ailleurs Manuel Valls hésite à supprimer, héhé...). Circulez, ya plus rien à voir.

    Mais qui va se mobiliser pour sauver de l'expulsion des putes bulgares? C'est là dessus qu'ils comptent, nos courageux législatueurs.

  14. 400 euros, c'est moins que le RSA, non ?
    Faire porter la culpabilité de la prostitution sur le client, pas trop tôt. Tenter de faciliter la réinsertion, comment est-ce qu'on pourrait être contre ? Mais j'ai l'impression que les conséquences pragmatique de la lois ont été mal pesées, ou plutôt, négligées, voire ignorées, car seule compte la posture moralisatrice à deux sous, tandis qu'il y a derrière toutes ces questions de nombreuses autres, à commencer, effectivement, par les flux migratoires.
    Bref, bof.

    • et d'où décide-t-on que telle catégorie doit être rééduquée, réinsérée, remise dans le droit chemin? quelle est cette hauteur d'où l'on juge? le travail du sexe n'est pas, en soi, un délit, ni une maladie

      de plus avec cette loi on arrive à l'extraordinaire tour de passe passe des politiques qui n'ont peur de rien: il sera pénalisable d'acheter un service qu'il est autorisé de vendre.
      trés fort.

      • Je n'ai pas parlé de rééducation, hein ! Ni de droit chemin. Mais les histoires tristes semblent plus nombreuses que les histoires joyeuses, dans le domaine, à commencer par la proportion apparemment importante de femmes qui n'ont pas volontairement choisi ce destin, ou de transsexuels qui n'ont presque la possibilité d'exercer aucun autre métier.
        "Réinsérer", oui, parce que ce n'est pas un métier comme un autre. Quelqu'un qui a travaillé dans une mine ou sur un bateau pendant trente ans a aussi besoin d'accompagnement pour être réinséré le jour où il veut vivre autrement, il ne s'agit pas de juger.

        Bien d'accord sur l'absurdité et l'hypocrisie du service légal à la vente, imposable, mais pénalisé à l'achat.

        • dans ce cas, puisque ce n'est pas un métier comme un autre, ce qui est vrai pour pas mal de métiers, pourquoi ne pas appliquer le droit du travail normal qui ouvre des droits à la retraite, à la formation voire à la spécialisation (par ex vers les personnes handicapées). l'esprit de la loi est de dire que ce métier n'est pas "pensable", on ne peut le reconnaître; pourtant ça existe et les gens qui le pratiquent existent; solution: on les nie, on les met au ban de la société, et on considère que quelqu'un qui rémunère un service sexuel doit être pénalisé+rééduqué.
          le problème de l'esclavagisme, des mafias etc, lui, est transversal

          • Je suis un pragmatique, et j'aurais tendance à chercher à gérer ce métier, effectivement, en l'encadrant comme une activité et non comme un délit, quelle que soit la répugnance qu'on peut avoir pour le principe de la marchandisation du corps. La pénalisation ou le mépris sont, je pense, la cause la plus immédiate des dangers de ce métier et du fait que (ai-je entendu, mais j'ai du mal à y croire) l'espérance de vie d'une prostituée soit en dessous de quarante-cinq ans.

    • Jean-No ; on peut être contre si on considère que se prostituer n'est pas déchoir et être "hors société". des prostituées ont déjà témoigné de leur malaise face à cette expression.

    • Mouais, bof, en effet.
      À mon avis, pas la peine de se prendre tant la tête, cette loi ne sera pas appliquée, comme c'est souvent le cas. On mettra une ou deux contredanses histoire de dire et plus personne ne parlera plus de ce sujet, comme c'est déjà arrivé une bonne dizaine de fois.
      Si au moins elle était rétroactive et qu'on pouvait verbaliser DSK...

  15. En effet, la question n'est pas de savoir si la prostitution est "un métier comme les autres", mais de savoir si les prostituéEs sont... des personnes comme les autres.

    • Si la prostitution était un "métier", ce que je réfute totalement, pourquoi n'est il pas proposé a pole emploi ?
      La prostitution est un échange d'argent contre l'abaissement de sa dignité.
      Songez à ce tableau :
      D'un coté, des millions de travailleurs, prêt à se mettre en grève dés qu'ils ont le sentiment de se faire exploiter. Pas un ou une n'accepterait d'être traité de "pute" sur son lieu de travail. Tous ces gens possèdent un sens aigu de leur intégrité et de leur dignité. Il faut des manipulations très adroites pour les entrainer dans une activité qu'elle ne veulent pas.

      De l'autre, une population de 20000 individus prêt à recevoir de la semence dans le visage,à se faire pénétrer par tous les orifices, à se faire traiter de tous les noms, "putain", "salope", et avec le sourire, 15 a 80 fois par jour, et a risquer de tomber sur un dingue n'importe quand dans la campagne.

      Comment expliquez vous cette différence sinon que ces personnes ont été détruites psychiquement dans leur intégrité. Cela ne s'appelle pas un "métier". ça c'est un langage destiné à cacher la réalité. Cela s'appelle une novlangue. Seul moyen de faire accepter l'inacceptable.

  16. Lyly : Cette loi ne donnera aucun pouvoir aux travailleuses sexuelles, bien au contraire : elle donnera plus de pouvoir au client (qui imposera plus facilement ses conditions), à la police (qui abusera plus facilement qu'actuellement) et aux éventuels profiteurs/proxénètes (qui augmenteront lerus tarifs et leur pression, et se frottent déjà les mains comme je le constate depuis quelques mois). Les putes seront les perdantes d'une telle loi, on le dit depuis des mois.

  17. Je ne sais pas si je suis abolitionniste, mais je le deviendrais volontiers si la prohibition permettait de lutter contre le trafic d'être humain. Ce qui n'a d'ailleurs à priori rien de spécifiquement féministe et supposerait que l'on s'interroge sur la meilleure réponse policière et sociétale à apporter pour combattre ce fléau. Est-ce la prohibition? (Je n'ai pas de réponse.)
    Mais l'objet premier de cette loi n'est pas de mettre fin au trafic d'être humain. C'est l'affirmation d'une idéologie: toute relation sexuelle qui laisserait un espace à un rapport marchand est un viol.
    Cette idéologie me semble profondément régressive.
    D'abord parce que faire reconnaître la possibilité qu'une prostitué, même si elle vend son corps, puisse dire non comme n'importe quelle femme et puisse donc être violée est quelque chose qui commençait tout juste à être reconnu par les tribunaux. Avec cette loi, il n'y a plus de différence entre un rapport consenti et un rapport non consenti pour les prostitués de par la loi. C'est la même logique que pour les enfants. Mais dans le cas des enfants, ça fait sens. Tout rapport sexuel entre un enfant et un adulte est criminel, parce que l'adulte est toujours en situation d'autorité vis à vis de l'enfant. Appliquer cette logique à des adultes signifierait que toute personne monnayant, même occasionnellement, du sexe contre de l'argent, devrait être tenue pour mineure et à ce titre se voir interdire quelque rapport sexuel que ce soit.

    A partir du moment où la sexualité n'a plus comme fonction exclusive la reproduction et où chacun n'est plus destiné à rencontrer exclusivement sa blanche neige ou son prince charmant, il y a des tas de raisons (pas nécessairement exclusives) d'avoir des relations sexuelles, certaines étant sans doutes "meilleures" que d'autres à mes yeux. Mais je ne vois pas à quel titre, je pourrais imposer mes "bonnes" raisons aux autres.
    Ici, la notion de réinsertion des prostituées est purement dialectique. Si c'était vraiment le souci de cette loi, il faudrait qu'elle soit toute autre.

  18. avril :

    Et si un gouvernement suivant applique soudain pleinement cette loi ?

    Par ailleurs, si la pénalisation des clients passe en France, elle passera d'ici peu dans toute l'Europe (l'État allemand p.ex. est déjà dans les starting-blocks), et c'est ça le véritable problème politique derrière tout cet écran de fumée "humanitaire". Le lobbying de l'UE, et notamment de l'État suédois, en ce sens est flagrant depuis des années. Il s'agit de forcer un retour à l'"ordre moral" bourgeois des années '50, voire du 19e siècle, pour toute la population européenne. (Et ce ne sera pas du tout à l'avantage des femmes,qu'elles soient putes ou non.)

  19. Tout petit point traduction: en Anglais le terme "madam" dans ce contexte se traduit en général par "mère maquerelle" - voir par exemple la définition Wikipedia. Bien que le rôle décrit dans l'article que tu cites inclut celui de passeuse, je pense que leur rôle de proxénète est évident pour tous ceux impliqués dans la transaction. C'est d'ailleurs dit clairement plus loin: "“The women know what kinds of job await them in Europe,” says the doctoral candidate."

    Merci pour ces articles (le tiens et ceux que tu cites) qui offrent un portrait de la situation beaucoup plus nuancé que les poncifs habituels, et mettent bien en lumière les effets pervers des aides mêmes bien intentionnées mais mal pensées et mal informées.

  20. Merci beaucoup pour cet article parce que, je me réjouissais naivement de cette loi qui transmettait un message clair pour moi : le corps d'une femme n'est pas un bien.
    Tu m'as ouvert les yeux...
    Maintenant, il faudrait que ce discours soit plus largement entendu, c'est pas gagné mais heureusement qu'il y a des articles comme le tien

  21. Article intéressant. Je pense que tu peux ajouter aussi qu'on ne peux rien proposer également aux étudiants-es tant qu'on continueras à faire des études supérieurs un parcours du combattant (précarité, hausse chaque année du cout de la vie, des frais d'inscriptions. Je sais qu'il y a + de bourses cette année mais il y a encore des étudiants-es qui se prostituent, sont escorts, travaillent dans les salons de massages etc : précarité étudiante donc)

  22. Vous êtes contre le vote de cette loi, je suis pour.

    Je souhaite répondre à votre billet sans animosité car il est écrit avec sensibilité et sincérité. ça me change des adversaires que j'ai pu "affronter".

    D'un point de vue théorique d'abord, votre position de ne rien proposer est intenable, vous savez bien qu'un gouvernement (droite ou gauche) peut difficilement choisir cette voie, c'est pourquoi il faut choisir entre réglementation, prohibition ou abolition (cf def. ici http://fr.wikipedia.org/wiki/Prostitution).

    La réglementation a échoué en Allemagne (qualifié de "plus grand bordel d'Europe") et au pays bas (les élus supplient le gouvernement de les laisser fermer des vitrines dans le red light district) ; La prohibition a échoué aussi et ne correspond pas à notre culture. Reste le choix du milieu, l'abolition. pas pire.

    Le principe de l'abolition, c'est de ne pas criminaliser la prostituée. C'est ce qui différencie surtout avec la prohibition, qui veut supprimer toute la prostitution pour des raisons morales. L'abolition au contraire ne trouve rien a redire qu'une personne fasse ce qu'elle veut de son corps et demande même de l'argent ou n'importe quoi d'autre à une autre personne si elle le veut. La personne reste libre, et si elle s'arrange avec quelqu'un (mariage arrangé, ou autre) ça reste possible. En soi, ce n'est absolument pas critiquable, justement car il s'agit de droit, et non pas de morale.

    Par contre, le fait d'acheter un corps, ou de le louer, pose des problèmes juridiques certains, d'autant plus que cela alimente le crime (je schématise, bien obligé). C'est pourquoi, l'abolition s'attaque à cet acte. Car sa cible est le crime qui se développe autour de la prostitution. Là ou certains voient de l'hypocrisie (qui n'est qu'un jugement moral) il faut voir une stratégie juridique.

    D'un point de vue pratique maintenant.
    Quand le gouvernement d'après guerre a fermé les maisons closes de Paris ( les grandes villes l'avait déjà fait dés 1920) c'était pour s'attaquer aux réseaux criminels. Je n'entre pas dans le détail. Il a fallu fermer les maisons closes et mettre dehors les filles ( estimées a 20000 principalement sur Paris). Les locaux sont allés aux syndicat de travailleurs.
    Les filles sont elles mortes de faim en masse ? l'Histoire n'en garde pas trace en tout cas.

    Donc pour répondre à vos questions :
    - que vont faire ces filles ? Que ferait ma fille si elle était au chômage ? Elle chercherait du travail et je l'aiderais. Regretterais-je qu'elle ne devienne pas prostituée ? certainement pas. Qu'on donc fait les milliers d'esclaves quand on a abolit l'esclavage ? Que vont faire les vendeurs de vaporettes si les marchands de cigarette les font fermer ?
    On ne peut pas gouverner en acceptant une situation illégale, ou contraire aux fondements juridiques, au traités, ou criminogènes, etc. au motif que cela va faire des chômeurs.

    Cela va t il changer quelque chose à nos vies ? OUI ! dix fois OUI !
    d'abord il s'agit de mettre un coup au financement des réseaux. Dans mon bled, il y a de plus en plus de types louches qui débarque en même temps que des dizaines de filles depuis 5 ans :
    http://www.chambe-aix.com/actualite/2012/avril/manifestation-prostitution-voglans-motte-servolex-viviers-du-lac-sonnaz-bourget-du-lac.php

    Ensuite, je suis géomètre, il fait parfois si mauvais que je reste au bureau, et bien ces filles sont toujours là, par tous les temps, tous les jours : http://cper1.fr/magis/wp-content/uploads/2013/11/villarcher.jpg
    Je ne comprend pas pourquoi tout le monde discute du sexe des anges et personne ne voit ça. Je suis dans le BTP, c'est parfois très dur, mais ce que je vois là est pire.

    C'est quoi être dans un réseau ? et bien pour certains fille cela signifie être "préparée" par des gang bang, jusqu'à ce qu'elle soit docile. Cela peut être aussi des otages dans leur pays d'origine, la famille, etc. http://www.cifas.ca/PDF_livreCifas/02-MondialisationPP_27-46.pdf
    Convenez que ce ne sont pas des réseaux bienveillant comme peuvent l'être un réseaux d'anciens du lycée...même d'un lycée du BTP !

    Enfin, cela va changer des milliers de vies : comprenez qu'on n'agit pas juste pour le temps présent. Quand vous détruisez un réseau criminel, vous supprimez des victimes dans l'avenir. Vous sauvez potentiellement des millions de futures victimes. il y a peut être vos descendants dans ces vies épargnées. Il faut bien penser à cela.

    Maintenant, que cette loi ne résolve pas tout, qu'elle n'apporte pas tous les moyens, qu'il reste encore tout à faire, personne ne le nie. Mais on ne peut pas lui reprocher, ce qu'on pourrait reprocher à toute entreprise humaine, en tout cas pas en tirer prétexte à ne rien faire.

    • si vous m'aviez lue attentivement je propose l'alignement sur le régime général. Ce n'est donc pas la réglementation qui consiste en un régime spécifique pour les prostituées et qui se réfère à la situation pré 1945.

      "Les filles sont elles mortes de faim en masse ? l'Histoire n'en garde pas trace en tout cas."
      La comparaison avec la situation post 45 est inopérante ; la majeure partie des prostituées n'étaient pas étrangèers.

      "que vont faire ces filles ? Que ferait ma fille si elle était au chômage ? Elle chercherait du travail et je l'aiderais."
      ces femmes sont pour beaucoup étrangères et sans papier. Elles ne peuvent donc travailler légalement.

      "Le principe de l'abolition, c'est de ne pas criminaliser la prostituée."
      la ville d'Albi vient de signer un arrêté anti racolage passif. Le gvt se veut abolitionniste et laisse les municipalités faire des arrêtés remplacant l'ancienne LSI.

      "Convenez que ce ne sont pas des réseaux bienveillant "
      quelqu'un a dit le contraire ?
      maintenant plusieurs questions.
      la majeure partie des prostituées sont sans papier ; êtes vous d'accord pour qu'on les régularise toutes afin qu'elles puissent travailler ?
      beaucoup de ces femmes ont des dettes à celui/celle qui leur a fourni les faux papiers, le visa etc ; une dette est parfois de 50 000 dollars. il leur faudrait trop de temps pour rembourser avec un smic. Etes vous d'accord pour que l'etat rembourse leurs dettes ?
      Etant donné que beaucoup de femmes qui ne se prostituent pas mais viennent aussi par ces réseaux sont obligées de faire un travail forcé (textile par exemple) où elles subissent souvent menaces, violences sexuelles, viols, êtes vous d'accord pour qu'on régularise également celles là ?

      "Enfin, cela va changer des milliers de vies : comprenez qu'on n'agit pas juste pour le temps présent. Quand vous détruisez un réseau criminel, vous supprimez des victimes dans l'avenir. Vous sauvez potentiellement des millions de futures victimes. il y a peut être vos descendants dans ces vies épargnées. Il faut bien penser à cela."
      laissez mes descendants où ils sont, soit nulle part.
      où donc avez vous vu qu'on va arrêter un quelconque réseau criminel ? la brigade de répression du proxénétisme (qui n'a même pas été interrogée par la commission) dit elle même qu'ils n'ont pas et n'auront pas les moyens pour faire un quelconque travail correct.
      le proxénétisme se deplacera sur internet où i lest déjà en partie et la partie de la loi visant à faire fermer les sites web a été abrogée.
      ce que vous ne semblez pas comprendre c'est qu'il n'y a pas de volonté politique d'arrêter ce que vous appelez "les réseaux" pour une raison simple ; le sort de prostituées africaines ou de l'est n'intéresse pas grand monde.

  23. @jean "D’un coté, des millions de travailleurs, prêt à se mettre en grève dés qu’ils ont le sentiment de se faire exploiter. Pas un ou une n’accepterait d’être traité de « pute » sur son lieu de travail. Tous ces gens possèdent un sens aigu de leur intégrité et de leur dignité."
    Des millions de travailleurs seraient prêts à se mettre en grève dès qu'ils ont le sentiment de se faire exploiter. Pas un ou une n'accepterait d'être traité d'"enculé" sur son lieu de travail. Tous ces gens possèdent un sens aigu de leur intégrité et de leur dignité."
    Le principe d'une idéologie dominante, c'est qu'elle est partagée par des millions de travailleurs (et de rentiers). Que ce soit le mépris des homos ou des putes, le fait que ce soit un sentiment largement partagé par un grand nombre de gens ne légitime pas pour autant cette idéologie.
    Dans le cas de la prostitution, c'est personnellement le client dont la dignité me semble la plus menacée. Mais cette loi entend protéger les prostituées esclavagisées et pas les clients si j'ai bien compris.

  24. @Jean "Non. La prostitution privée reste possible avec l’abolition. Si vous trouvez un gigolo et que vous l’entretenez vous échappez aussi à la pénalisation. C’est le système prostitueur qui est visé."

    Si j'ai bien compris, la justification de la pénalisation des clients ce n'est pas le "système profiteur", mais c'est parce que tout échange de sexe contre de l'argent serait un viol. Donc la prostitution privée. (Pas forcément évident d'ailleurs de savoir où ça commence.)

  25. J'ai couché avec des centaines de prostituées étrangères et cette loi ne me fait pas peur. Y a plein de techniques pour passer inaperçu. On se donne rendez-vous dans un café après s'être échangé les numéros. C'est comme ça que je faisais avec mes favorites.

    Avec certaines filles, on se voyait comme un véritable couple amoureux, genre promenade sur les Champs-Elysées main dans la main, soirée discothèque avec d'autres amis, tête à tête au restaurant, cinéma, shopping/courses, voyages dans toute l'Europe et même club libertins. Le must: essayage de sex-toys à Pigalle.

    Le sexe était secondaire dans la relation. Il arrivait souvent qu'on dorme ensemble sans faire l'amour après une soirée arrosée ...

    Pour en revenir au débat sur la reinsertion des prostituées, voici ce qui s'est passé après la pénalisation du racolage en 2002:
    * les policiers venaient avec des lampes torches pour nous surprendre en train de fourniquer dans la voiture. Ils nous menaçaient de garde à vue pour "exhition sexuelle" si on refusait d'avouer, plus les sermons "C'est pas bien. Trouve toi une femme.Tu vas chope le sida". Tout en reluquant les seins de la demoiselle.
    * Certaines filles se montraient volontairement impudiques avec les policiers. Elles faisaient exprès de se rhabiller très lentement, histoire que ces messieurs se rincent l'oeil en échange d'un petit arrangement. Ça pouvait aller jusqu'à des gateries ...
    * puis des expulsions de masses ont provoqué un vent de panique chez les filles de rue, surtout celles qui refusaient de dénoncer leur mac. Elles couraient se cacher chaque fois qu'elles entendaient un bruit de sirène. Ça rigolait plus du tout.

    Comment s'en est-on sorti en 2002 ? Eh bien, ma petite Elena, roumaine de 21 ans et sa copine Anka, 24 ans, ont arrêté le trottoir du jour au lendemain. J'ai dû leur avancé 1000 euros pour les aider à payer l'hôtel et d'autres clients réguliers ont fait de même.
    En fait, cet argent a servi a payer son mac pour qu'il la laisse tranquille ... mais c'est une autre histoire ...

    Assez rapidement, des copines du milieu lui ont trouvé un job de stripteaseuse à Pigalle, quartier rouge de la capitale. Elle me faisait rentrer gratuitement tous les soirs. C'est ainsi que j'ai rencontré une autre copine roumaine, sportive, plutôt bustée. Elle cherchait un français pour un mariage blanc. J'ai refusé, flairant l'arnaque mais un autre client a accepté par amour. Il nous a tous invité à son "mariage". C'était marrant de voir la tête de la famille: le gentil garçon s'est marié avec une stripteaseuse.

    Quelques temps plus tard, Elena s'est vu proposé un emploi payé au smic par un client directeur d'entreprise. Elle a démissionné après quelque mois sans raison valable: ça la soulait de se lever tous les jours à 7h du matin pour un salaire de merd*.

    Du coup, elle a repris contact avec le milieu pour trouver des bons bussiness. On lui a proposé un bar privé dans le 8eme. Les filles servent du champagne à 300 euros la bouteille et les clients peuvent aller plus loin si affinité, toujours pour la modique somme de 300 euros mais ça montait à 1000 euros la nuit ... De l'escorting de luxe.

    Rien à voir avec son ancien emploi de smicard. Elle payait son café avec des billets de 100 euros et roulait en Mercedes SLK prêtée par un client généreux. Bref, la belle vie ...

    Moral de l'histoire: cette loi a fait passer Elena de pute de trottoir à escort de luxe. Elle l'a bien vécu et en a fait profiter toute sa famille en Roumanie. Mieux: elle a ouvert un resto avec l'argent économisé. On peut pas rêver mieux comme reinsertion.
    Côté client, j'ai gagné de bonnes copines très reconnaissantes de les avoir dépanné pendant les coups durs. Génial.

    • "Elles faisaient exprès de se rhabiller très lentement, histoire que ces messieurs se rincent l'oeil en échange d'un petit arrangement. Ça pouvait aller jusqu'à des gateries .."
      quand une prostituée est obligée de faire une pipe à un flic pour éviter une amende ou une arrestation, on a la décence de ne pas appeler cela une gâterie.
      et vous serez bien aimable de ne pas laisser entendre que la LSI qui a énormément précarisé les prostituées, favorisé des expulsions a en fait été une superbe opportunité pour les prostituées ; c'est un mensonge.
      quant à votre derniere phrase, qui laisse entendre que vous baisez gratis vu qu'elles vous doivent de l'argent, que vous dire... que ca vous met à peu près au rang d'un proxenete.

    • c'est drôle mais je ressens comme un malaise? soit on affabule grave et on fait son numéro, soit on est vraiment un mec qui donne pas envie de discuter plus, soit on a pris un masque de "client" supposé lambda; j'hésite.
      cette histoire, elle pue. Pigalle quartier rouge de la capitale, sans blague!merci pour l'info.

  26. "vous serez bien aimable de ne pas laisser entendre que la LSI qui a énormément précarisé les prostituées, favorisé des expulsions a en fait été une superbe opportunité pour les prostituées ; c’est un mensonge." Valérie.

    Si vous m'avez bien suivi, j'ai connu pas mal de filles qui se sont reconverties en escort de luxe. C'est moins dangereux que la rue, plus sain et mieux payé: 300 euros à l'hôtel au lieu de 50 euros dans un parking. Surtout que des clients de rue venaient avec le siège bébé ou proposaient des plans uro-scato.

    Et vous n'imaginez pas les violences qu'elles subissaient sur le trottoir avant cette loi. J'ai vu une jeune roumaine de 18 ans avec les jambes criblées de blessures: un taré avait fracassé la vitre de la voiture et traîné sur le bris de verre.
    Quant à Elena, une bande de jeunes l'ont violé dans un bâtiment sous la menace d'un couteau. Elle est ressortie en état de choc et m'a tout raconté en pleurant.

    Concernant les filles de l'est expulsées, elles s'en fichent de la France. Elles ont des copines en Allemagne, en Espagne ou en Italie.

  27. Comme la LSI en son temps, la politique abolitionniste de NVB va frapper les filles les moins attractives, genre la quinquagénaire qui fait des passes dans sa camionnette. Tandis qu'il y aura toujours de la demande pour les plus jolies. Celles-là pourront rejoindre le club très sélect des escorts/call girls.

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