oct 042013
 

Quelques petites réflexions en vrac sur divers sujets qui m'ont occupée ces derniers jours.

Je suis fanatique absolue, totale du dernier clip de Rihanna "Pour it up".

Au delà de la réponse sèche - et méritée - à Miley Cyrus, je ne peux m'empêcher d'y voir le retour de la pop sexuellement agressive et donc pour moi féministe des années 90. Je suis d'ailleurs assez surprise des retours plutôt négatifs sur les réseaux sociaux où beaucoup la traitent de tous les noms à cause de sa nudité et des poses suggestives. En clair, il semble que lorsque les femmes sont à moitié nues dans des clips tournés pour des hommes - et donc symboliquement à leur entière disposition - tout soit parfaitement normal et accepté. Quand c'est une femme qui décide de se montrer nue, d'être explicitement et sexuellement agressive, elle est traitée de tous les noms. Comme toujours, on en revient à l'idée qu'une femme ne doit pas être demanderesse et surtout ne pas exprimer ouvertement ses désirs sexuels. Un bon exemple ici : "La classe s'en est allée. Je ne comprends pas pourquoi on appelle femmes des personnes qui se soumettent elles-mêmes à ce que les hommes nous traitent comme des objets alors qu'elles n'ont aucune classe et qu'elles donnent simplement à voir tout ce que les hommes désirent. Où est l'ancienne Riri ? Pon De Replay était un bon son. Tu n'avais même pas à enlever tes vêtements pour nous inciter à l'écouter"."

Je voudrais rappeler la phrase de Madonna en 1990 face aux avalanches de réaction négatives face à son clip Express yourself : "But I chained myself! I'm in charge." (je vous conseille au passage de voir ou revoir certains clips de Madonna de cette éoque).
Ce n'est pas un producteur qui met Madonna ou Rihanna nues ; ce sont elles mêmes et ce sont elles qui tiennent les rênes. On peut juger cela vulgaire ou peu classe mais je ne vois pas en quoi elles sont soumises aux désirs des hommes.
D'ailleurs si Rihanna était tant soumise que cela à ce qu'attendent les hommes, les réactions masculines sur les réseaux sociaux seraient beaucoup plus positives. Or elle est traitée de pute et de salope commes toutes les femmes dont on considère qu'elles prennent un peu trop de libertés. Vous pouvez bien être certain qu'une femme sera traitée de pute (the whore stigma comme l'appelle Pheterson) dés lors qu'on estime qu'elle ne tiens plus sa place. Je me méfie d'ailleurs de ces accusations de "vulgarité" ou de "manque de classe"  qui ne touchent par hasard que les femmes (et peut-être plus spécifiquement les femmes noires qui seraient toujours plus suspectées de l'être ?) ; mieux même constatez dans le témoignage du dessus qu'on lui dénie le droit de se dire femme...

Même si j'ai d'immenses réserves sur les conneries que peut parfois sortir Camille Paglia, voici ce qu'elle disait de Madonna dans les 90's : "Madonna has taught young women to be fully female and sexual while still exercising total control over their lives. She shows girls how to be attractive, sensual, energetic, ambitious, aggressive and funny -- all at the same time."

Alors je ne sais pas si Madonna est féministe, pas plus que Rihanna, je dis juste que l'image des femmes qu'elles renvoient dans leur clip n'a RIEN de patriarcal, au contraire. Ce n'est pas le fait d'être nue qui pose un problème, c'est de le faire pour des hommes, en tant qu'objet sans rien maîtriser ce qui n'est d'évidence pas le cas de ces deux chanteuses. Lorsque des femmes se montrent nues, en tant que sujet, elles sont toujours et éternellement ramenées à leur place comme c'est le cas de Rihanna ici. Dans ce clip, Rihanna montre l'image d'une femme qui sait ce qu'elle veut qui aime le sexe et le montre. Une image donc totalement féministe. Encore une fois, dans un système patriarcal, les femmes n'ont pas à être nues, elles ont à l'être sur demande masculine. Bien au contraire, toutes les femmes qui s'aviseraient de se mettre nues alors qu'on ne leur a rien demande, seraient vivement remises à leur place de la manière la plus violente possible.

(je rappelle que Chris Brown n'est pas le sujet ici - au cas où - )

Je rajoute le clip de Madonna Justify my love qui causa un véritable scandale dans les années 90.

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  37 réponses sur “Rihanna, Pour it up et le féminisme”

  1. Dans _My bass and other animals_, le bassiste Guy Pratt raconte comment Madonna était sans doute la chanteuse la plus décidée et "boss" à qui il ait eu affaire. Elle était capable aussi bien de dire "in the studio, time is money and the money is mine" que de "motiver" ses musiciens hommes (supposément hétérosexuels) en montrant ses seins.

  2. Demanderesse? Plutôt demandeuse, non?

  3. Parce que ce clip de Rihanna n'est pas destiné aux regards masculins ? Pas que, certes, mais quand même : il n'y a que des femmes qui renvoient toutes à une imagerie de club de strip-tease (fréquentés, on le sait bien, par une majorité de femmes qui veulent ainsi promouvoir l'image d'une femme forte et libre) ; avec des mouvements suggestifs de coïts. Où est la libération de la femme là dedans ?

    Et si les réactions sont autant exacerbées, n'est ce pas aussi à cause d'une surenchère de clips dans lesquels les femmes sont de plus en plus réduites à d'objets sexuels ? Britney Spears, Miley Cirus, Rihanna, et j'en passe : je les ai regardés et il me semble qu'ils sont plus calibrés pour satisfaire mon regard de mâle hétérosexuel que pour autre chose...

    • Que la femme soit dominante ou dominée, elle sera toujours vue comme un objet simplement parce que elle est vue comme faible. si le clip est dédié a un publique masculin et que ça soit le désir de la femme elle même, ce n'est en aucun cas anti-féministe ou quoi que ce soit. arrêtez plutôt de dire aux femmes quoi faire.

    • La question n'est pas de dire aux femmes quoi faire : les injonctions patriarcales ça va quoi, y'en a partout. C'est plutôt d'interroger et de questionner ce que renvoient ces clips (et celui ci en particulier) : quelle est la différence entre une sexualité affirmée et une objectification basique ? La frontière est parfois mince, et particulièrement dans ce clip qui renvoie à tous les clichés sexistes possibles et imaginables. Ce n'est néanmoins que mon avis certainement biaisé de par mon regard masculin.

      Mais n’empêche, cette défense de Rihanna par CrepeGeorgette m'intrigue. Elle oppose par exemple le clip de Miley Cirus à celui de Rihanna : pour moi, ce n'est qu'un ramassis de clichés sexistes. Où est la différence ?

      Ensuite, "si le clip est dédié a un publique masculin et que ça soit le désir de la femme elle même" : encore une fois, si c'est le désir de la femme de s'adresser à un publiC masculin : n'y a t'il pas un paradoxe à véhiculer des images aussi sexistes ?

      Enfin, Rihanna assume un mode de vie totalement décomplexé : tant mieux pour elle ; tant mieux pour toutes celles qui voudraient s'en inspirer et s'accomplir ainsi en tant qu'être humain. Rihanna, l'être humain, m'impressionne beaucoup. Je ne porte pas de jugement moral là dessus (et puis de toute façon, on s'en fout de mon jugement moral) ; par contre, je porte un jugement (même si on s'en fout aussi) sur les images véhiculées par son clip. Et là, je reviens sur ce que je disais avant : ça me semble loin de l’interprétation qu'en fait CrepGeorgette.

      That's all.

  4. Est ce que le clip de rihanna me choque ? non , pourquoi ? car on en voit tous les jours des clips et prestations comme cela ,donc oui ma réponse est abrupte ,le constat est peut être qu' à force de voir du sexe dans les clips j'ai fini par en avoir marre ... de toute façon la musique me fatigue en ce moment aucune originalité ! Oui madonna a déjà fait tout cela bien avant ,mais c'était bien cela l'originalité du concept elle était une femme montrant la sexualité sans tabous ;est ce réellement la même chose que ses nouvelles chanteuses qui montrent non pas la sexualité mais leurs sexualités ?Je ne sais pas .Ce clip me fait penser aux clips de rap des 90's qui passent sans soucis .. mais peut être que ses demoiselles devraient dénudés des messieurs non ? histoire que ça ne soit pas toujours les mêmes qui se régalent^^ . Et effectivement je prends ce clip pour une réponse à Miley . Et je pense que les autres chanteuses du moment vont d'ailleurs toutes répondre à leurs manières ..

  5. Honnêtement sur ce coup là je ne vois pas en quoi s'auto-objectifier, coller au stéréotypes les + éculés de la sexyness, tout ça sans la moindre distance peut être vu comme féministe ou comme de l'empowerement. Ok c'est elle qui décide de se transformer.

    "et donc symboliquement à leur entière disposition - tout soit parfaitement normal et accepté. Quand c'est une femme qui décide de se montrer nue, d'être explicitement et sexuellement agressive, elle est traitée de tous les noms."
    Certes c'et accepté, mais il n'en demeure pas moins que cette femme sera quand même perçue négativement et qu'on appliquera aux deux le même genre de qualificatifs.

    Et désolée mais la féminité des Rihanna et consorts relève de la vulgarité absolue, de l'objectivation au même titre que la masculinité exhibée par les rappeurs westcoast. Si tortiller du cul en cuissardes ou je ne sais quoi d'autre, la bouche ouvert et l'air abruti doit être perçu comme un modèle d'émancipation sexuelle, là je déprime.

    Ok on est d'accord que certaines choses sont perçues comme bitchy chez les noires et daring chez els blanches aux US, mais les féministes noires ont largement étudié le pourquoi du comment une certaine frange d'hommes noirs traitent si mal les noires, et ça a à voir avec l'esclavage sexuel subies par les esclaves noires.

    Désolée mais tout ça me rappelle les féministes genre pro sexe (au autre classification, je ne voudrais pas me tromper) qui clament que porter des talons est le summum de l'empowerement parce qu'ainsi elles se sentent puissantes, dominatrices, en charge... C'est ça, oui, tu ne peux rien faire, pas courir, pas te défendre, mais tu domines... Et je porte des hauts talons, mais bon je reste consciente qu'il s'agit là d'une forme de soumission volontaire à des codes sexistes, édictés par des hommes pour le regard masculin,e t que comme par hasard ce qui est excitant et ce qui entrave... bizarre.

  6. Analyse intéressante... mais ça dépend aussi du contexte, et de "qui" porte ce type de posture. Lis par exemple la lettre envoyée par Sinead O'Connor à Miley Cyrus, qui joue sur le même registre mais à 20 ans, et ses arguments font mouche aussi, enfin je trouve...
    http://www.theguardian.com/music/2013/oct/03/sinead-o-connor-open-letter-miley-cyrus

    • Une lettre sensée que bien des artistes se devraient de lire ! Notamment la catégorie pensant "If it's naked I'll sell more of it"

  7. "Lorsque des femmes se montrent nues, en tant que sujet, elles sont toujours et éternellement ramenées à leur place comme c'est le cas de Rihanna ici. Dans ce clip, Rihanna montre l'image d'une femme qui sait ce qu'elle veut qui aime le sexe et le montre. Une image donc totalement féministe. Encore une fois, dans un système patriarcal, les femmes n'ont pas à être nues, elles ont à l'être sur demande masculine."

    Là je crois que tu éludes le comment elles se montrent nues, quelle forme de nudité, comment elles mettent en scène leur sexualité et leur désir..

    Perso je ne les trouves pas représentées en tant que sujets, tellement elles collent aux codes sexistes, elles sont les domina telles que imaginaires sexistes les imaginent, rien de plus. Sans compter la mise en scène de corps ultra normés. Bref en quoi ce clip diffère-t-il des productions misogynes ? Ce n'est à mon avis pas arce que c'est une femme qui décide de se mettre en scène en ayant intériorisé tous les codes des représentations sexistes du désir et de la féminité que ça en fait qque chose de féministe.

    Que des gamines fassent de Rihanna leur modèle ca me déprime.

    • Elle est sur un trône, avec un manteau de fourrure qui pourrait rappeler un manteau d'hermine.
      De plus, elle s'assoit sur son trône jambes écartées, comme un homme, alors que les femmes, socialement, doivent les serrer et les pencher un peu, voire les croiser.

  8. Et je rajouterais 1 truc, désolée our le post en 3 parties

    Un truc à prendre en compte, le fait que Rihanna se mette en scène exclusivement de façon sexy, valorisant son physique, en tenant compte et vaorisant son potentiel de séduction, sa superbe plastique n'est pas neutre. Bref elle ne se donne à voir qu'au travers de sa plastique.
    Jamais une autre dimension n'est mise en valeur

    • Merci maxine de tes réflexions. Leur longueur et celle de ma future réponse me font dire que je vais sans doute écrire un article plus général sur le sujet :)
      Première chose importante à constater : la sortie de ce clip fait que Rihanna est traitée de "pute" sur tous les réseaux sociaux et de "femme qui ne se respecte pas". J'ai tendance à penser que lorsqu'une femme est traitée de pute (the whore stigmat donc), c'est que son comportement sort de la norme attendue. Les jeunes modèles du clip Blurred Lines n'ont pas été insultées. Au contraire. Et c'est tout à fait normal puisqu'elles sont restées à leur place d'objet sexy chose que ne fait pas Rihanna. ce qui me questionne vraiment - et dont tu ne tiens pas compte - ce sont les insultes auxquelles elle a droit. Pourquoi elle t elle insultée si elle reste dans la norme sexiste selon toi ? si ce clip est tellement normé, il ne devrait susciter aucune réflexion du public, comme Blurred lines qui a enthousiasmé tout le monde (seules les féministes ont souligné les nombreux pb de ce clip).
      La seconde question que tu sembles mettre en avant est la possible réappropriation de stéréotypes (toute la question de la blaxploitation d'ailleurs). Rihanna utilise ici des stéréotypes éminemment sexistes. Peut-on acquérir du pouvoir via ces stéréotypes ? J'aurais envie déjà de demander si on peut en acquérir sans. je crois à la possibilité de se réapproprier consciemment ou non d'ailleurs de stéréotypes pour en faire une force ; c'est une étape (une étape je pense non un but) vers une prise de pouvoir qui sera moins entachée des dits stéréotypes. C'est aussi la possibilité de s'en moquer, de les détourner.
      Les stéréotypes sexués (beau corps mince, vêtements sexy, poses lascives) n'existent que s'ils sont à destination des hommes ; ici ils ne le sont apparemment pas puisque leur réception est très négative. (encore une fois je m'interroge sur la reception de ce clip qui me semble capitale).

      kobal ; merci de ne pas me faire dire n'importe quoi. je souligne simplement que Rihanna fait une lecon à MC en matière de twerk. Cyrus a fait beaucoup de déclarations très problématiques au niveau racial et a dané un twerk, après ses déclarations, sans questionner 5 mn l'impact d'un twerk dansé par une blanche. Bref le web regorge de ressources à ce sujet, tu peux les chercher. je n'ai nulle part parlé de l'empowerment de Cyrus.

      • Ha ok désolé, je n'avais pas compris cette histoire de twerk. M'enfin c'était pas très clair (le twerk n'est pas mentionné). Mais oui, vu sous cet angle, je comprends mieux l'allusion, merci de la précision.

  9. Etre "fanatique absolue" d'un clip vidéo et d'une chanteuse n'implique pas nécessairement de rationaliser ou de justifier l'ambiance sexiste très basique, très premier degré dudit clip pour mieux se déculpabiliser de simplement apprécier la musique.

    Nous avons tous des œuvres, musicales ou autres, plus ou moins socialement honteuses dès lors que l'on évolue dans un environnement parfois snobisant. Pour autant, assumer c'est mieux, et surtout beaucoup plus simple que de réaliser des acrobaties d'analyses bancales pour quelque chose qui n'en demandait certainement pas autant.

  10. ça t'as fait mouiller (moi aussi), mais de là à dire que c'est féministe, faut pas pousser. J'en connais une qui devrait lire "Female Chauvinist Pigs" d'Ariel Levy... Faire tout comme papa il a dit, en y foutant un vernis "empowerment" ne change rien à la réalité. Et c'est cocasse de voir une Chienne de Garde, d'habitude si prompte à dénoncer le publisexisme, vriller parce que 3 minutes de jolies couleurs et de fesses bien rebondies lui ont flatté le clito.

    C'que j'en dit...

  11. J'avoue que je ne saisis pas non plus en quoi ce clip se distingue de la multitude de ceux qui ont précédé, et donc en quoi Rihanna parviendrait ici à échapper à l'image d'objet pour messieurs. Ce que tu dis concernant les réactions sur les réseaux sociaux est intéressant et tendrait effectivement à faire dire qu'elle a dépassé une frontière, mais laquelle ? Pas forcément celle qui sépare la femme dominée de celle qui s'épanouit en tant qu'elle-même.
    Et pour réagir à la citation de Madonna, on peut évidemment s'enchaîner de son plein gré (ce que je ne t'apprends pas).
    Après, faire la différence entre une femme qui se soumet aux désirs des hommes et une femme qui revendique une sexualité active et agressive - mais sans que sa vision ait été conditionnée par le partiarcat - me paraît assez difficile. D'autant que l'agent (ou le sujet) n'est pas forcément au courant de ses propres motivations (et plutôt pas le meilleur juge sans la mise en oeuvre d'une méthode réflexive en vue d'éviter l'auto-justification à tout va).
    Sinon je m'interrogeais. Dans ta réponse à Maxine, tu dis "Peut-on acquérir du pouvoir via ces stéréotypes ? J'aurais envie déjà de demander si on peut en acquérir sans." Que veux-tu dire par là ? Pour ma part, j'aurais tendance à militer pour une neutralisation du genre (mais pas en passant par le fameux masculin universel, hein) lorsque celui-ci n'est pas supposé entrer en ligne de compte (donc dans la majorité des cas - par exemple, lorsqu'un spécialiste parle de politique/science/littérature/etc., le genre pas plus que la couleur de peau ne devraient être pris en compte, de la même manière que nous négligeons la couleur des cheveux ou la taille, parce qu'ils ne sont normalement pas pertinents, ou en tout cas ne devraient pas l'être). Mais j'imagine qu'on peut défendre le point de vue inverse dans une optique d'assumation.

    Pour finir, je suis carrément pour un article plus approndi sur le sujet, car pour ma part je n'ai jamais réussi à intégrer en quoi le porno par exemple avait pu servir l'émancipation des femmes (je saisis bien la nécessité de se réapproprier et son corps et ses désirs, mais là encore je ne comprends pas la réponse apportée, pour les mêmes raisons que celles indiquées au-dessus).

    Sinon, c'est toujours un plaisir de te lire et d'interroger ainsi mes propres fonctionnements.

    • Emma ; je ne pense pas que Rihanna ait réalisé ce clip dans une perspective féministe (elle ne me semble pas l'être); Je dis qu'il peut être vu comme tel quand on lit les réactions. Justement je ne sais pas quelle frontière a été dépassé ; un paquet de jeunes artistes sont traitées de putes depuis qq jours à cause de leurs clips et je pense que cela doit nous questionner.
      Lorsque je demande si on peut acquérir du pouvoir sans passer par les stéréotypes, c'est evidemment un constat et non un souhait de ma part. je lisais une étude disant que les femmes doivent adopter des codes masculins (ou des codes sexistes) dans le monde de l'entreprise pour en acquérir. le sort des différents ministres nous éclairent ; si toutes indifféremment se voient reprocher leur genre, d'autres y ont un peu plus droit (Duflot par exemple qui sort de la norme "mince" - enfin il parait). Beaucoup de femmes adoptent et retravaillent ces stéréotypes
      - parce que c'est plus simple que de tout déconstruire y compris soi même (remarque de maxine sur les talons)
      - parce que c'est peut-être le moyen de changer les choses de l'intérieur (alors que de l'extérieur en cassant la norma ca erait beaucoup plus compliqué et long).
      Je ne sais si vous avez vu Machete kills again (ou le premier peu importe). Je ne prétends pas que ces films sont féministes tout comme ceux de Russ Meyer ne l'etaient pas. En revanche ils montrent des femmes puissantes, des héroines fortes (certes parodiques mais tout est parodique dans ces films). Ces héroines sont complètement et définitivement stéréotypées et à moitié à poil. Alors evidemment on peut le regretter et se dire que ca serait mieux de mettre des femmes un peu moins bien foutues et plus habillées. Est ce que ca passerait ? est ce que cela aurait le succès que cela a ? Dans la salle de ciné où j'étais, j'étais la seule femme, nous étions une vingtaine dont beaucoup de jeunes de 20 ans. je me doute bien qu'ils ont surtout regardé les fesses et seins des héroines .. il n'en demeure pas moins qu'on leur a montré un flm où les femmes sont fortes et pas au service du héros.
      La vraie question donc (à laquelle je n'ai pas de réponse hein) est "faut il en passer par là ?".
      Je défends evidemment la neutralité. je défends aussi la subversion du genre et je souhaite que "la féminité" et "la masculinité" éclatent en tant que concepts (la seule manière étant je pense de les subvertir au maximum). Y a t il moyen d'en sortir pour avoir du pouvoir dans ce monde là ? je n'en suis pas sure.

  12. OOOOOOH comme je suis d'accord avec toi. Ma réaction en un tweet avait été la suivante:

    "Pas bien compris le délire sur le clip de Rihanna. En fait les gonzesses hot on les aimes que si c'est dans des clips de garçons?"

    J'ajoute que moi aussi j'adore ce clip et que en tant que gonzesse à aucun moment je me suis sentie offusquée, je pense que la réalisation n'y est pas pour rien du tout. Ce qui à l'inverse, dans les clips de mâles, la réalisation porte un regard tout à fait différent sur le corps des femmes. On se comprend.

    Les personnes qui critiquent la posture de Rihanna, d'après les échanges que j'ai pu avoir sur twitter, pointent le fait, en résumé hein, que en gros c'est pas bien qu'une femme montre une image des femmes comme créature ultra sexualisée car cela pérpétue l'image des femmes comme objets sexuels.... pour les hommes. Bien sur. En gros si je comprends, les femmes non seulement sont constamment ramenées à leur état de femmes (par rapport aux hommes, centre du monde donc apparemment, prisme par lequel toute action de femme est jugé/analysé), mais en plus c'est elles qui doivent assumer le plus gros poids de la responsabilité de ne surtout pas susciter de désir graveleux chez les hommes. Eux, bien sur, on se contentera de dire au choix "mais c'est normal ce sont des mecs" ou de ne même plus relever le problème ou pire de dire "mais les meufs n'ont qu'à pas accepter de tourner dans leurs clips" et on en revient au point sus cité sur la responsabilité. A la fin, donc, c'est de LEUR faute à elles. C'est à elles et uniquement à elles de se responsabiliser. Les hommes? Jamais, non, normal ce sont des hommes et ça ne changera pas. Ca ne changera pas donc, qu'ils soient le centre du monde et que tout ce qu'on peut faire nous les meufs, d'un point de vue sexuel notamment, soit analysé par le prisme du rapport au désir masculin.

    Cela montre bien que quoi qu'on fasse on est toujours ramenées au fait que l'on existe PAR RAPPORT aux hommes. Toujours. A bon entendeur hein.

    Ca me rappelle une fois où quand je composais des chansons j'avais écrit un texte sur l'orgasme et un autre sur "mon mac" (où je brouillais volontairement les pistes dans le texte pour créer la confusion alors qu'en réalité je parlais de mon... ORDINATEUR et de la dépendance que j'avais vis à vis de lui tant il me permettait de créer sans limites et que j'en étais addict total). J'adorais ces textes, j'étais hyper fière. Et je les avais écrit parce que j'étais une immense amatrice de cul et que le sujet me fascinait, me troublait, suffisamment pour que j'en parle dans 80% de mes textes. Je plaçais le plaisir sexuel hyper haut dans mon échelles de valeurs :-) Bref. Et bien quand je chantais ces chansons à des gens, il y avait très très souvent ce moment gênant "... mais euh... tu assumes ces textes? mais euh... c'est pas banal pour une nana, t'as pas peur d'être mal perçue, d'être cataloguée?" etc.

    Je comprenais donc que si j'aimais le cul, il valait mieux pour moi ne pas le dire trop fort, c'était de l'ordre du privé, l'affirmer me catégoriserait, comme salope, donc je suppose, comme femme soumise au dictat du patriarcat et que sais je encore. Et tout ça parce que...? Parce que quoi au fait déjà? ...

    BREF, tellement d'accord avec toi.

    En revanche il y a un scnadale dans ce clip quand même. Si si. Le vrai scandale de ce clip c'est le choix de cette péruque blonde. Une véritable atteinte à la dignité capillaire de tout être humain normalement constitué #mouhahahaha.

    Bises.

  13. Je souhaite cette chanteuse un long chemin vers la liberté, le clip fait penser qu'elle n'en est qu'aux tout premiers pas (la "barre de strip-tease", ça évoque pas trop une libération).
    Si ces images sont féministes, ça voudrai dire qu'il est impossible d'échapper à un milieu, aussi oppressif qu'il soit, et que finalement tout soit relatif au milieu culturel dans lequel on baigne.
    Il y aurait des bonheurs pour les un-e-s et des bonheurs pour les autres.
    Enfin, des clips où la chanteuse fait de la provocation sexuelle sans être sous le joug d'une brute épaisse, il y en a d'autres, et sans tout l'attirail du clip machiste...
    Je ne sais pas si se faire traiter de "pute" et de "salope" est un bon signe, j'aurai plutôt tendance à penser le contraire, qu'au contraire une femme libérée devient incompréhensible au machistes et qu'ils ne trouvent rien à dire.

    • Enfin, ce que je dis au dessus est sans doute assez nul, car ne connaissant rien au clip de rap, je n'avais pas fait gaffe que Rihana se moquait des clips machistes...

  14. Est-ce que ca n'est pas du à un soudain trop plein? Blurred miley vritney et la rihanna? Ca fait beaucoup d'un coup de pure nudité. J'etais la seule à dire de mon entourage un sarcastique "comme c'est original" au debut de l'annee et maintenant les "t'es qu'une puritaine" commence à dire la mème chose. Mais c'est effectivement peut-ètre lié au trop-plein de nudité de femmes qui l'assument pour elles (femen, rihanna) qui commencent à veaiment agacer les gens sans meme qu'ils en soient conscient.

  15. Bizarre, moi ce qui me frappe dans le clip c'est la promotion de la culture du fric et du bling-bling. C'est suffisant pour me dégoûter, et je trouve bizarre de mettre ça au registre de l'"empowerment" des populations opprimées.

    • Ha ben en lisant ton commentaire je vois que je pouvais faire le mien plus concis, je rejoins tout à fait ta remarque...

  16. MERCI. Juste un mot, merci. Je pensais être la seule à avoir plus ou moins la même pensée. J'ai vraiment adoré ce clip.

  17. [...] je ne peux m'empêcher d'y voir le retour de la pop sexuellement agressive et donc pour moi féministe des années 90.

    Je suis moi-même assez surpris que tu puisse trouver celà féministe.

    Ce n'est qu'un énième clip mettant en scène nudité poledance et billets coincés dans les sous-vêtements ou flottant autour de ladite danseuse.
    Soit-dit en passant on peu donc facilement décoder la quantité de sous-entendus qui en découle :
    - Quel est le public standard d'un bar à poledance ?
    - Comment les billets en arrivent-t-ils là ?

    Même si c'est une façon de se moquer des versions machistes proposant ces mêmes thèmes, la tentative est à mon avis un peu vaine, ou alors manque d'ampleur. J'aurai limite tendance à dire qu'elle a joué le jeu et marché dans les codes du genre que tenté de faire péter çà au visage de ses intervenant habituels.

    Bref, je ne vois rien de très féministe dans l'instrumentalisation de la femme en tant qu'objet de désir se mouvant sur scène dans l'espoir que le désir croissant mélangé à l'alcool fera pleuvoir les billets du public hors de leur portefeuille, qui a l'espoir qu'en perdant ainsi son temps et sa sobriété, il perdra aussi son pucelage / ses souvenirs de couple actuel (biffer la mention inutile) en même temps que son argent.

    Les genres Rap RnB etc regorgent de ce genre de clichés ou il n'est même plus besoin de mettre l'homme en scène pour impliquer la façon dont on met en scène la femme : celà n'a rien de féministe.
    On pourra lui trouver bien d'autres qualificatifs, du genre sexiste, du genre aguicheur, du genre ce que vous voulez, mais excusez moi de ne pas réussir à y trouver le genre féministe. Ce n'est pas parce que l'on fait ce qu'on veut de ses idées et de son corps que l'on est féministe. Ou alors je le suis moi-même depuis longtemps, ce qui pose un souci : j'applique cette doctrine sans être un femme, et je suis à priori vu comme le dernier des cons patriarcaux. Merci de ne pas mélanger les slogans, ce n'est pas parce que l'on revendique la pleine possession de ses moyens physiques et mentaux que l'on peut assimiler "ni dieu ni maître" et "féminisme".
    En l'occurrence, je ne vois pas ce que Rihanna a pu faire ici pour faire avancer la cause de la femme en particulier. Mis à part assumer sa nudité fièrement, et elle le peut au vu de son assurance et de sa plastique, et proposer son propre contenu musical, ce qui est en ces temps de musique préfabriquée nettement plus louable que réussir à faire ce que de nombreuses femmes firent déjà par le passé, avec en passant un thème musical parfois plus prenant.

    Je ne reviens pas sur le fait que le clip est graphiquement très bien réalisé (les plans avec l'eau sont à mon avis une excellente idée) ni sur le fait que je l'ai trouvé musicalement frustrant (genre à la moitié on croit que ca va commencer à monter mais non, en fait le thème ne s'enrichira pas jusqu'à la fin, grrr) pour ne pas dire pauvre, mais bon, n'étant de toute façon pas grand fan de ce genre musical je n'espérai pas me voir emballé ;P

    Bref, je rebondissais juste sur ce petit détail : comment ce clip peut-il être perçu comme féministe ? A mon avis c'est un peu insuffisant, ou alors il vous suffit de peu.

  18. C'est fou comme on est contradictoire en fait. D'un côté, on va critiquer le fait que certaines chanteuses ne soient pas assez dénudées (et assez jolies, assez minces...), mais de l'autre dès qu'une chanteuse va montrer son corps on va la traiter de pute. La vidéo de Jon Lajoie sur Miley Cyrus était très intéressante: il chantait (en gros) "on veut des filles à poils dans nos clips, mais quand il s'agit de Miley, on la traite de pute". Je ne suis pas fan du clip, mais je n'ai pas compris pourquoi il a tant dérangé (d'ailleurs je me demande si il a autant ou plus dérangé que "S&M"?). En gros, on veut bien voir Rihanna à poil, mais seulement quand ON veut, pas quand elle, elle veut se mettre nue. Perso je n'y vois pas un message fondamentalement féministe (que ce soit voulu ou non par Rihanna). Pour moi c'est un clip comme les autres que l'on voit à la télé, mis à part que c'est sa réception qui est différente (et donc le tout est de savoir pourquoi, voilà pourquoi ton article est intéressant).

    Je suis atterrée par le commentaire que tu as cité et qui "enlève" le "statut" de femme à Rihanna (je m'exprime très mal, c'est pour ça que je mets les guillemets). Je suis trop naïve, mais cette société patriarcale me surprend toujours de plus en plus. Maintenant on peut carrément décider de qui est femme et qui ne l'est pas, selon sa sexualité? Je suis bien en 2013?

    Et pour ceux qui disent "Ah bravo Rihanna, quel bel exemple pour les petites filles qui vont s'habiller/faire comme toi", eh bah Rihanna n'a jamais demandé à être le modèle d'éducation des gamines. Lui reprocher d'avoir une mauvaise influence sur les petites filles c'est lui attribuer une faute qu'elle n'a pas commise. C'est plutôt aux parents de dire à leurs filles qu'elles ne doivent pas prendre Rihanna comme un modèle, c'est aux parents d'éduquer leurs enfants, et pas les stars - ce qui n'est d'ailleurs par leur objectif.

    Voili voilou.

  19. Bonjour,
    Cela fait longtemps que je vous lis, mais je voulais réagir ici car pour une fois, je ne suis pas de votre avis. Comme beaucoup d'autres commentaires, je ne vois pas non plus en quoi le clip est différent des autres clips sexistes. D'ailleurs, et je pose sincèrement la question, comment peut-on différencier un clip où la femme est sujet et la femme est objet, si elles sont nues et qu'elles font un strip-tease toutes les deux (à part la présence masculine comme dans le clip "blurred line")?
    En revanche, je pense que les commentaires du clip aussi sont sexistes. Je me demande d'ailleurs s'ils ne correspondraient pas au cliché sexiste des femmes "qui en font trop", qui obéissent aux codes imposés par le patriarcat, mais qui "vont trop loin". Un peu comme une femme qui se maquillerait 'trop", et qui subirait des insultes (du genre "elle est maquillée comme un camion volé", ou qui se ferait traiter de prostituée.)

    • Et on pourrait aussi ajouter que la distinction entre être "sujet" et "objet" est aussi bien subjtectif, après tout, dans "Blurred Line" les femmes qu'on peut y voir agissent : elles dansent, bougent, font du vélo, font tourner un chapelet de saucisses (ouch), etc. Mettre au crédit de Rihanna qu'elle est sujet parce qu'elle agit et en inférer une vision féministe à contrario des figurantes de "Blurred Line" qui seraient uniquement douteux me parait un argument bien fragile (je fais référence à l'article de Slate).

  20. Merci pour ta réponse.
    Il est difficile de savoir ce qui aurait pu créer une telle levée de boucliers, il y a tellement de paramètres possibles (dépassement de frontière, mais aussi contexte général, trop-plein, effet de foule…).
    Pour la question des films (je n’ai pas vu les Machete), j’imagine qu’adapter ses réponses au public visé est en effet une bonne solution, histoire de commencer à faire changer les consciences de façon presque insensible bien qu’effective (c’est après tout ce qui se passe chaque jour, mais dans l’autre sens).

    Coïncidence, je viens de lire un article indiquant que Madonna a été violée lorsqu’elle était plus jeune. Je ne l’avais pas mentionné dans mon commentaire précédent car ça me semblait un brin hors sujet, mais les mentions à Madonna m’avaient fait penser à une jeune femme victime de viol qui explique dans le docu La Domination masculine que le strip-tease lui a servi de thérapie (au moins provisoire) en lui permettant de reprendre le contrôle, étant cette fois-ci dans le rôle de celle qui dirige. On pourrait du coup y voir une inversion des rôles, mais toujours dans le cadre défini par le patriarcat ? (= pouvoir des femmes accessible seulement par le sexe) Ce n’est pour le moment qu’un ressenti et je n’ai pas encore réussi à vraiment analyser ce point, qui fait partie des choses qui me dérangent (comme chez les Femen par exemple). Mais j’ai de manière générale des difficultés avec la « sexualisation nécessaire des femmes », ça fait partie de ma propre subjectivité.

    Sinon, est-ce bien toi qui as écrit « On ne peut pas agir comme un objet. Soit on n'agit pas et on est effectivement un objet, soit on agit et on est en ce cas un sujet » (Slate) ?
    Car pour le coup je ne suis pas franchement d’accord (mais la perspective dépend forcément de la façon dont on conçoit les processus de construction mentale). En schématisant un peu, je conçois la soumission à l’aune des comportements étudiés par Milgram dans La Soumission à l’autorité, que je considère comme une sorte de canevas des relations d’influence, canevas dans lequel on pourrait injecter des contenus différents (domination genrée, de classe ou liée à la couleur de peau par exemple) - même si je conçois que le rapport puisse au premier abord sembler assez lointain, voire inexistant.

    L’idée est qu’en tant qu’agents, nous pouvons :
    - soit nous conformer à ce qu’on attend de nous/ce que nous pensons qu’on attend de nous (puisque de toute façon, en l’absence de directives directes - on en a rarement, elles sont infusées dans la culture - c’est de toute manière nous-mêmes qui jugeons, en ayant intériorisé notre statut face à un interlocuteur) ;
    - soit nous élever pour protester et faire valoir notre propre opinion (et déclencher un conflit, ce que nous tentons en général d’éviter).
    Avec des nuances possibles entre ces deux pôles, évidemment (protestation plus ou moins marquée, compromis).
    Dans les expériences de Milgram (à lire absolument, mais il ne faut pas avoir peur de déprimer car l’humanité en prend un sacré coup), certains des sujets testés allaient parfois bien au-delà des ordres du pseudo-scientifique, et même en son absence. Ils avaient tellement bien intériorisé leur statut inférieur qu’ils étaient capables d’extrapoler sur leurs « obligations » pour mieux se conformer à ce qu’on attendait d’eux, et jusqu’à des extrémités qui les mettaient visiblement mal à l’aise.

    Après je suis évidemment d’accord sur le fait qu’une femme sera, sur ces questions, de toute manière jugée plus durement qu’un homme qui promeut les mêmes représentations (d’autant que classe dominée = critiquable sans prendre vraiment de risques).

    J’espère que tu ne m’en veux pas de revenir avec de nouvelles contradictions, mais je trouve ces réflexions réellement enrichissantes. Je n’avais par exemple jamais relié Milgram à la domination subie par les femmes alors que c’est l’un des mes filtres pour les relations humaines (quand la porte est ouverte devant notre nez et qu’on ne la voit pas…).

  21. Pas très convaincu, pour une fois. Cette façon de produire des clips où l'homme est apparemment absent mais qui semblent destinés à son seul regard me rappelle les demi-mondaines XIXe ou des courtisanes vénitiennes de la Renaissance (ou romaines de l'antiquité), qui ont obtenu argent, puissance et gloire en échange d'un abandon cynique de toute revendication qui irait contre le système patriarcal, et en exploitant et en validant ce système ? C'est une stratégie qui n'est peut-être pas bête individuellement mais qui ne profite qu'à une toute petite minorité de femmes.
    Même si ce n'est pas spécialement ma came en musique, j'avais aimé la revendication du corps dans le clip "Thank You" d'Alanis Morisette.

  22. Bonjour,

    merci pour votre article.

    Est ce que je peux vous demander/suggérer un article sur les femmes dans les deux volumes de Machete ? La réponse m'intéresse (surtout que le premier, contre toute attente, passe le test de Bechdel haut la main, ce qui est quand même assez surprenant...)

  23. Je vais encore rajouter et répéter peut-être ce qui as été dit, mais moi non plus je ne te suis pas pour une fois... Tu as beau t'expliquer, je ne comprends toujours pas pourquoi ce clip est féministe.

    Oui, c'est vrai, d'après les réactions on pourrait le penser, vu la déferlante de "pute" sur les réseaux sociaux. Mais ça ne veut rien dire : lorsqu'un con nous traite de con, on a des chances d'être intelligent, c'est vrai ; mais on a aussi beaucoup de chances d'être con, parce que les cons qui s'insultent entre eux ne manquent pas. Donc en effet, les commentateurs sont sexistes, mais ça ne rend pas le clip non-sexiste pour autant.
    En plus, les réactions au clip et le clip sont deux choses totalement différentes : on ne peut pas interpréter un film en fonction de ce qu'on en a entendu dire, mais en fonction de ce qu'on a vu. Ce serait comme, je sais pas, commenter les voix d'un film quand on ne le regarde pas en version originale (c'est du déjà-vu, sur france culture Oo" -j'adore les critiques de cinéma-). Mettons les réactions en-dehors de ça et pour savoir s'il est sexiste, jugeons le clip même, ce sera plus simple je pense.

    Et donc en voyant le clip même, je ne vois pas de différence entre Rihanna dans sa chanson et une meuf dans une pub qui vend du shampoing. Vous savez, style les pubs U****** (j'ai le droit de citer des marques?), ou une fille bonne se caresse partout, seule dans la douche, en vous regardant. Et qui pourrait dire que ces pubs sont féministes ? Pourtant le constat est le même : aucune présence masculine (donc la femme semble libre de faire ce qu'elle veut de son corps, elle le choisit comme vous dîtes), le public visé est féminin (donc là encore, pas besoin de se conformer au male gaze, la femme sous la douche est libre et fait ses choix). Je parle aussi bien des pubs pour les shampoings, que les pubs pour les bonbons (où la femme est "sexuellement agressive" en suçant ses sucettes - pour ne pas citer de marque (*keufkeuf*sucx*keuf*). Mais encore une fois, QUI peut dire que ces pubs sont féministes ?
    Ce sont des femmes qui se conforment à l'image que les hommes cherchent, qu'ils soient présents ou pas, parce qu'on ne sait pas comment être une femme autrement, depuis des siècles de bourrage de crâne. Qui se laisse objectifier car si vous regardez bien, souvent ce n'est pas la femme en entière qui est filmée mais des morceaux d'elle, style "achetez-moi ce bon jambonneau", Qui ne sont là que pour vendre des trucs (de la musique ou du shampoing), et l'image de la femme comme élément vendeur est tellement admise dans les mentalités qu'on ne s'interroge même plus sur le public visé -femmes, hommes, hétéros, homos- et qu'on colle une femme à poil et coquine partout (je ne pense pas que les shampoing pour boucles et cheveux éclatants soit très porté "masculin").
    Sans parler de la redondance des clips. Franchement, si un clip comme celui-là sortait de temps en temps, j'approuverai clairement -il n'y a ni mal ni honte à aimer être un objet de temps en temps (ou tout le temps), ça peut être très excitant et libérateur; Mais il n'y a que des modèles comme ça ! Rien d'autre à quoi se référer, pas de femmes qui ouvrent leur gueule pour montrer leurs idées, pour lever le poing ! Et ça, ce bourrage de crâne de sois-belle-baise-et-tais-toi (oui parce que j'attends le jour où un boudin sera dans un clip sur un pole-dance), ben ça saoule. Et c'est dangereux.

    Et enfin, pour en venir à une de vos idées, le fait de s'approprier ces codes pour les tourner à notre avantage. Oui, pourquoi pas ; seulement on se trompe de personnes. Les tourner à notre avantage, ce serait reprendre les codes que les hommes nous ont attribués mais les retourner contre eux, les mettre dans notre position et les faire regretter amèrement ce qu'ils ont fait. Style, comme Malcolm X : faisons morfler ces Blancs comme ils nous ont fait morfler (bon, je suis plus convaincu par la technique Gandhi mais bon).
    Là, pour continuer avec cette métaphore, en revendiquant le fait d'être une femme-pour-les-hommes, c'est comme si les Noirs de Malcolm X se tuaient entre eux : ils reprennent la technique des Blancs (le massacre), mais loin de les retourner contre eux, ils leur mâchent le travail en s'entre-tuant ! Vous pensez que l'égalité des droits aurait abouti dans ce cas ? Ben non. Donc s'entre-tuer entre femmes (au sens figuré, en nous faisant subir à nous-mêmes ce que les hommes nous font subir), c'est juste... ben bête. C'est applaudir des deux mains quand on nous prends pour des connes.
    Alors oui, peut-être qu'au début ils seront frustrés parce que maintenant on a plus besoin d'eux pour se faire du mal, mais ils s'en remettront bien vite, et seront peut-être même bientôt ravis qu'on leur facilite la tâche comme ça.

    Voilà, longue longue review mais je serais ravie si nous échangions nos points de vue ! Merci pour l'article.

    PS : Bon, j'utilise le terme "hommes" comme l'ennemi public n1, mais bien sûr je sais que tous ne sont pas comme ça et gnagnagna. Par là je veux dire "roue de hamster du patriarcat", bien sûr.

  24. Je ne suis pas non plus. Deja quand quelqu'un dit "j'aime ce clip" je m'attends d'abord à entendre parler musique. Rihanna faisant du rihanna, c'est pas une revolution a mon sens, mais soit. Ensuite, Rihanna fait un clip cul-nu....faudrait etre surpris?? Si c'etait la première fois et la première à le faire, si ça servait un but artistique, une quelconque revendication, ouais ça pourrait marcher. Moi j'ai juste l'impression que Rihanna se met cul-nu parce qu'elle aime bien se mettre cul-nu, ce qui m'importe peu en fait, elle fait bien ce qu'elle veut, meme dans ses clips. Mais en soi je ne vois pas ce qu'il y a d'exceptionnel la dedans, si ce n'est qu'elle est effectivement très suggestive. Alors ok, on peut trouver ça pas normal qu'elle soit traitée de pute et la défendre, mais de là à dire que ce clip est un modèle d'émancipation des femmes, et qu'il est vraiment trop bien, faut peut etre pas pousser.

  25. [...] Au delà de la réponse sèche - et méritée - à Miley Cyrus, je ne peux m'empêcher d'y voir le retour de la pop sexuellement agressive et donc pour moi féministe des années 90. Je suis d'ailleurs assez surprise des retours ...  [...]

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