fév 242017
 

Les Editions Le nouvel Attila m'ont envoyé ce roman autobiographique : Marx et la poupée de Maryam Madjidi.

Les parents de l'auteure, Maryam Madjidi, participent aux débuts de la révolution iranienne ; ils voient leurs camarades arrêtés et torturés. Son père prendra le premier le chemin de l'exil, vers la France, bientôt rejoint par sa femme et Maryam qui a alors six ans. Avant de partir, les parents enterrent dans le jardin familial les livres interdits du père et les jouets de l'enfant, ce qui inspirera le titre de ce livre.

L'ouvrage raconte la difficulté de l'étranger dans un pays où la moindre coutume paraît si étrange au nouvel arrivant. Elle raconte ainsi le premier petit-déjeuner français qui lui apparaît incongru, à elle petite fille habituée aux saveurs iraniennes. Elle nous livre ses difficultés et ses questionnements face à l'apprentissage d'une nouvelle culture. Elle l'illustre en passant d'un chapitre à l'autre à l'arrivée en France il y a 30 ans à aujourd'hui où elle voyage et retourne en Iran où elle pense, un temps, être revenue chez elle. Elle vit ainsi trois naissances racontées au fil du livre ; la première en Iran, la deuxième en France en 1986 et la troisième lorsqu'elle décide d'apprendre à lire et écrire le persan et à retourner en Iran.

Elle raconte les exigences de l'intégration à la française par ce passage que je vous cite tant je l'ai trouvé juste  : "C'est là, en lisant ces cours, que j'ai compris que j'avais subi une vaste entreprise de nettoyage. Comme s'il fallait cacher notre différence et puis procéder  à un effacement total. (...) On efface, on nettoie, on nous plonge dans les eaux de la francophonie pour laver notre mémoire et notre identité et quand c'est tout propre, tout net, l'intérieur bien vidé, la récompense est accordée : tu e désormais chez les Français, tâche maintenant d'être à la haute de la faveur qu'on t'accorde. Etrange façon d'accueillir l'autre chez soi. Un contrat est passé très vite entre celui qui arrive et celui qui "accueille" ; j'accepte que tu sois chez moi mais à condition que tu t'efforces d'être comme moi. Oublie d'où tu viens, ici ça ne compte plus".

Maryam raconte sa découvert et son amour de la langue française, puis sa redécouverte des poèmes persan à qui elle consacrera un mémoire.

 

C'est un livre profondément émouvant, qui témoigne avec justesse des déracinements vécus lors d'un processus de migration. Livre plus que jamais nécessaire à notre époque.

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