fév 022016
 

"Equality in the realm of sex is an antisexual idea if sex requires domination in order to register as sensation."
Andre Dworkin, Intercourse.

Elle travaille dans un magasin de bricolage, qui, depuis peu, peut ouvrir le dimanche.   Un accord d'entreprise permet que les salariés seront payés double ce jour-là (et cela n'est pas le cas dans toutes les entreprises). Elle a deux enfants, est mère célibataire et travaille à temps partiel dans cette entreprise.
Son supérieur lui propose de travailler désormais les dimanches ; un rapide calcul lui permet de se rendre compte qu'elle n'a aucun avantage à accepter sa proposition (faire garder ses enfants les dimanches travaillés lui coûterait trop cher) et elle refuse. Son supérieur la menace alors de la pousser à la faute et de la virer pour faute grave.
Elle accepte de travailler le dimanche.
Est-ce qu'elle a consenti à ces heures de travail dominicales ?
Elle était confrontée à deux possibilités :
- travailler le dimanche, ce qu'elle ne souhaite pas faire et garder son travail
- ne pas travailler le dimanche, suivre son souhait et perdre son travail
(Il y a évidemment une 3eme option qui consisterait à faire appel à un syndicat, aller aux prudhommes mais pour la démonstration on ne l'abordera pas ici).
Chacun-e constatera que les deux possibilités ne sont pas équivalentes. Elle est une salariée précaire, avec deux enfants à charge et ne peut prendre le risque d'être renvoyée. Consentir à quelque chose nécessite d'avoir le choix entre plusieurs propositions à peu près équivalentes ce qui permet de faire un choix éclairé. Elle ne consent donc pas à travailler le dimanche, elle cède sous la menace.
Faisons un bref aparté, sur le terme "choix éclairé". Il est bien évident que nous subissons des déterminismes sociaux et qu'un choix apparemment libre est aussi fait en fonction de ces différents déterminismes ; une mère célibataire précaire est justement à cause de ce qu'elle est soumises à des déterminismes qu'il est difficile pour elle de combattre. Pour autant nous ne sommes pas faits que de ces déterminismes - du moins je ne le crois pas - sinon on ne pourrait simplement pas parler de consentement.

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août 172014
 

Je vais vous résumer Les femmes de droite d'Andrea Dworkin. Le livre date d'il y a trente ans ce qui explique par exemple qu'elle évoque le viol conjugal en soulignant qu'il est autorisé. Je résume ce livre en réaction aux nombreux textes réagissant au tumblr des femmes anti féministes.

Dans la préface, Christine Delphy souligne qu'à part Dworkin peu de féministes ont évoqué la sexualité hétérosexuelle dans une société patriarcale. On a revendiqué le droit des femmes à se prémunir des conséquences de cette sexualité via la contraception et l'IVG.
Dans la vision féministe comme dans la vision patriarcale, le viol, l'inceste sont vues comme des transgressions à la sexualité comme les violences conjugales sont vues comme des transgressions à la définition du mariage.
Pourtant s'ils sont aussi banalisés c'est qu'ils sont tolérés sinon encouragés et que la violence est partie intégrante de la sexualité hétérosexuelle patriarcale comme le pense Dworkin.
Dans ce livre Dworkin parle des femmes de droite qu'elle ne condamne pas mais dont elle regrette les choix. Elle estime qu'elles ont affaire à un pouvoir trop vaste et qu'elles se sont aménagées l'espace qu'elles pouvaient.
La question se pose de savoir sir les gains du mouvement féministe ne peuvent être saisis par les hommes et utilisé contre les femmes. Ainsi elle rappelle que la libération sexuelles des années 60 a enjoint les femmes à être disponibles envers les hommes sinon elles étaient considérées comme non libérées.
Delphy estime que les féministes ont échoué à définir la sexualité hétérosexuelle ; cela se définit toujours par un rapport sexuel qu'avant les femmes n'étaient pas censées aimer et que, maintenant elles doivent aimer.
Dworkin dit que la violence de l'acte sexuel ne réside pas dans l'anatomie masculine mais dans l'interprétation qui en est faite.
La sexualité hétérosexuelle devient un acte où la femme doit jouir de sa propre destruction, pour se conformer à l'archétype du masochisme féminin.
Delphy critique le féminisme queer qui réduit le genre aux rôles dans la sexualité qu'on pourrait performer alors que les discriminations persistent, elles, bel et bien.

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oct 092013
 

Je vais donc vous résumer le livre Refuser d'être un homme : Pour en finir avec la virilité de John Stoltenberg.

Je tiens à souligner que Martin Dufresne n'a, comme d'habitude, pas réussi à taire sa transphobie dans l'introduction avec la phrase "confisquer les rares ressources encore concédées aux femmes quitte à se prétendre vaguement transgenre". Que vous ne soyez pas d'accord avec le queer est un choix idéologique. Que vous en profitiez pour étaler votre transphobie n'est pas un choix, ni une opinion. On ne se prétend pas transgenre. je croyais que les tenants du "on saute d'une identité de genre à l'autre au gré de ses envies" étaient les tarés affiliés à la manif pour tous. Je constate une fois de plus qu'il y en a au sein même des mouvements féministes. Dufresne, votre féminisme réel ne vous donne pas un blanc-seing pour dégueuler des saloperies en permanence.

Plusieurs préalables à cet article :
- Si vous n'êtes pas familiarisé-e avec les concepts féministes, si vous ne pensez pas que le viol est un crime sexospécifique, si vous pensez qu'il vaut mieux parler d'humanisme que de féminisme, si vous pensez que la construction de la virilité n'a rien à voir avec le viol ou les violences conjugales, épargnez votre temps et le mien et ne lisez pas ce texte. Si malgré tout vous voulez le lire, essayez une bonne fois pour toutes, de ne pas projeter vos angoisses dans cette lecture et de vous sentir mis en accusation à toutes les lignes.
- je n'ai pas écrit ce livre, je le résume. Je suis d'accord avec certaines idées, pas avec d 'autres. Si c'est pour m'expliquer combien ce qui est développé ici est atroce, je vous en prie, contactez l'auteur.
- avant de lire Stoltenberg il convient de comprendre ce qu'est le féminisme radical et plus particulièrement la branche à laquelle il appartient qui est anti porn (encore que je pense avoir compris qu'il nuance ce point) et abolitionniste. L'article de wikipedia n'est pas mal foutu. Il serait idiot ET faux de penser que le féminisme radical est puritain ; en témoignent d'ailleurs les très nombreuses pages que Stoltenberg consacre à la sexualité.  Pour mieux comprendre les débats qui ont eu lieu dans les années 70-80 autour du porno, vous pouvez lire l'hommage de Susie Bright, une féministe sex positive, à Andrea Dworkin qui explique combien le travail de Dworkin autour de la pornographie a été nécessaire.
Je rappelle enfin que ces textes ont été écrits entre 1975 et 1987. Certaines choses ont désormais évolué, tant au niveau des concepts féministes (le genre par exemple) que de la pornographie.

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juin 172013
 

"je me suis fait baiser" = "je me suis fait avoir"
Une femme est baisée. Un homme baise une femme.

Si, dans le féminisme, nous questionnons à peu près tout, du privé au public, des tâches ménagères à la représentation des femme en politique, un sujet échappe régulièrement à la réflexion politique ; la sexualité hétérosexuelle.

La sexualité hétéro est évidemment étudiée - et abondamment - dans certaines pratiques ; le sexe lorsqu'il est payant (prostitution, porno) ou est utilisé comme biais pour de actes violents (viol).  Pourtant on en parle peu lorsqu'il s'agit de sexualité lambda entre hétéros. Andrea Dworkin est evidemment la féministe qui en a le plus parlé et qui est également la féministe le moins lue et la plus mal comprise.

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