nov 252014
 

[descriptions explicites de scènes de viol]

On demande souvent aux féministes comment diminuer le nombre de viols, quelles mesures elles préconisent (sachant que la méthode la plus rapide est l'extinction du genre masculin mais vous allez pinailler).

Si tout le monde s'accorde à être contre le viol, ce même monde devient d'un coup beaucoup moins prolixe quand il s'agit de définir le viol. Pour la majorité d'entre nous, un viol est commis par un type très moche sur une jolie fille qui garait sa voiture dans un parking. Là on est tous d'accord que c'est un viol et qu'il faut le punir.


Avant donc de penser à diminuer le nombre de viols peut-être convient-il de comprendre ce qu'est un viol.
- un mec couche avec une fille. Malgré son insistance elle lui a bien spécifié qu'elle refuse la sodomie.  Et ce jour là, en levrette, il la sodomise.
- un garçon rencontre une fille dans une soirée, ils finissent dans une chambre, nus dans un lit. Mais elle dit non. Mais elle est nue. Et elle l'a embrassé. Et elle l'a masturbé. Alors il couche avec elle, alors qu'elle dit non.
- Dans cette même soirée un mec rentre dans une chambre où dort une fille complètement bourrée. Elle est belle. Il est puceau, il a 13 ans. Il se demande bien comment c'est là bas en bas. Il regarde, il la doigte. Pour voir.
- Un couple. 10 ans de mariage. Elle ne veut plus depuis qu'elle a accouché. Alors il la pousse. Beaucoup. Au fond c'est ce qu'on dit non ? Il suffit de leur remettre le pied à l'étrier.

Ces quatre scènes constituent des viols, mais, pour beaucoup d'entre nous ce seront des dérapages, des filles chiantes, des filles indécises, une baise ratée, une tentative. Combien de femmes ont vécu ces situations sans réaliser qu'elles ont été violées ? Combien d'hommes ont accompli ces actes sans se douter qu'ils violaient ?

Il faut ensuite se dire que s'il y a 50 000 viols par an a minima, il y a sans doute beaucoup, beaucoup, beaucoup de violeurs en liberté. Nos frères. Nos fils. Nos cousins. Nos pères. Nos mecs. Nos amis. Nos ex. Nos voisins. Si on veut lutter contre le viol, il faut nommer les violeurs en essayant de rappeler aux hommes qui ne manqueront pas de venir hurler à l'amalgame que leur déni empêche toute lutte efficace. Tout le monde est très d'accord pour lutter contre le viol si on en reste à l'inconnu moche du parking ; beaucoup moins quand on commence à parler des vrais coupables.

Comment en arrive-t-on au viol, comment on en arrive à un crime aussi sexo-spécifique où l'immense majorité des violeurs sont des hommes (98%).
On parle beaucoup de la frustration sexuelles des hommes, de leur misère ; j'ai cherché des définitions ; je n'en ai trouvé aucune tellement cela semble aller de soi que les hommes sont frustrés sexuellement.
Les futurs hommes sont élevés dans l'idée que la frustration, y compris sexuelle, est mauvaise et qu'elle doit à tout prix être jugulée. A tout prix. Il a des besoins et de la violence qu'on naturalise mais que jamais on ne remet en question. Les femmes sont élevés dans l'idée que leurs désirs ou leurs absences de désir n'existent pas ; être une pute est mal, être une vierge est mal.

On en revient toujours à la même chose ; les stéréotypes de genre.
Élever un garçon dans l'idée que sa violence est normale, que c'est un "vrai petit homme" que "boys will be boys" lorsqu'ils commettent un acte violent, une violence sexiste, une violence de genre.
Élever un garçon dans l'idée qu'il doit baiser, le plus possible, sans savoir s'il en a envie ou pas parce que les garçons sont ainsi.
Elever les garçons dans l'idée qu'il faut insister car elles finissent toujours par dire oui.
Convaincre les garçons qu'ils souffriront de misère sexuelle s'ils ne baisent pas.
Menacer les femmes de viol si elles ne satisfont pas - payées, gratuitement - la misère sexuelle des garçons.
Traiter un mec de pédé parce qu'il n'a pas baisé une fille ivre morte.
Traiter un mec de tapette qui a respecté le consentement d'une fille.

Elever les filles dans l'idée que le viol est horrible.
Elever les filles dans l'idée que le viol est horrible mais n'arrive qu'aux putes.
Elever les filles dans l'idée qu'elles risquent le viol à chaque coin de rue et qu'elles seront ensuite des putes.
Elever les filles dans l'idée qu'il faut refuser et attendre qu'ils insistent ; cela te donne de la valeur.
Leur expliquer que leur désir est sale.
Leur expliquer que leur non désir frustre les garçons.
Leur expliquer que leur désir a conduit les garçons à les violer.
Leur expliquer que leur non désir a conduit les garçons à violer.

Il n'y a pas 50 façons de diminuer le nombre de viols ; il faut élever différemment de ce qu'on le fait à l'heure actuelle garçons et filles. On pourrait se dire qu'il s'agit d'erreurs de la nature, de monstres, de fous, de responsabilités individuelles s'il y avait quelques viols par an. Au bout d'un certain nombre, on peut peut-être, péniblement, se dire qu'il y a peut-être des raisons sociales et que peut-être la façon d'élever les garçons en conduit certains, beaucoup, à ne pas respecter le consentement des femmes.

Lutter contre le viol ? Nos fils adolescents, violeurs potentiels. Notre refus de l’admettre, et de les élever autrement.

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