avr 092014
 

L'article a depuis été retiré mais vous pouvez le retrouver en cache ici et lire l'article de René Greusard sur le sujet.

Plusieurs points en préalable à cette analyse.
Qu'est ce que la culture du viol ? J'ai essayé d'en faire une définition courte : "culture dans laquelle les idées, les média, les coutumes, les pratiques sociales, les institutions normalisent, naturalisent et érotisent la violence sexuelle contre les femmes. La culture du viol blâme les victimes et déculpabilise les coupables. L'objectification sexuelle des femmes fait partie de la culture du viol. La culture du viol véhicule des mythes autour du viol (mythe de l'inconnu qui viole la nuit des jeunes femmes par exemple..), apprend aux femmes à avoir peur de ces mythes sans pour autant leur donner les moyens de se défendre (inhibition de l'agressivité féminine). Les mythes autour du viol visent à maintenir les femmes dans la peur." Elle est forcément parcellaire mais on m'avait demandé de résumer l'idée en quelques phrases courtes.

Il ne s 'agit pas de dire que quelqu'un qui a écouté, lu, regardé, une production culturelle ou journalistique, ou un-e ami-e tenant des propos de l'ordre de la culture du viol, va immédiatement se mettre à violer des femmes. Il s'agit simplement de comprendre que nous baignons tous et toutes dans une culture où des idées fausses, des préjugés, des mythes sont véhiculés autour du viol, que nous les véhiculons à notre tour. Tout ceci explique donc pourquoi aussi peu de victimes portent plainte, pourquoi on reporte la faute sur les victimes au lieu des coupables.
Il peut y avoir culture du viol sans viol ; une mère qui dirait à sa fille "ne sors pas habillée ainsi tu vas avoir des problèmes" alimente la culture du viol pourtant - dieu merci - sa fille ne va pas forcément être violée.
Il peut y avoir culture du viol et viol. Un violeur qui dirait que sa victime l'a bien cherché en s'habillant ainsi tient des propos de l'ordre de la culture du viol.

Donc que dit cet article.

On apprend qu'un homme a agressé sexuellement 3 mineures en quelques jours.
Dés  le chapeau le ton est donné "un homme qui ne supportait plus l’absence de rapports imposée par sa femme" puis même chanson au premier paragraphe "Accaparée par son enfant, il arrive que la mère délaisse le père."

Il n'est pas choquant pour moi de faire entendre ce que l'accusé a à dire ; ouvrir un article en disant "l'accusé a dit qui" me semble logique. C'st rapporter des faits lors d'un procès pour aussi dégueulasses qu'ils peuvent paraître ils sont  utiles à connaître. En revanche cela n'est pas ce qui est fait ici puisque le journaliste semble prendre partie et trouver normal, non pas qu'un homme agresse bien sûr, mais que la période post accouchement d'une femme soit une période un peu difficile pour un homme (sans se demander 5 minutes si elle ne l'est pas pour une femme).
Les choses sont d'emblée posées ; l'homme a agressé MAIS sa femme refusait des rapports sexuels. Notez d'ailleurs le vocabulaire "l'absence de rapports imposée". On parle de "rapports imposés" pour un viol, parler d'"absence de rapports imposée" me semble faire un parallèle a minima dangereux.
Nous est donc mis en tête que cet homme avait quelques excuses, voire que cela n'est pas totalement de sa faute. Forcément on peut être tenté de se dire - sinon pourquoi parler de sa femme - qu'elle est pour quelque chose dans cette affaire à ne rien faire d'autre que refuser des rapports sexuels à ce brave Jérôme.

L'auteur de l'article accrédite une thèse communément répandue ; un homme ne saurait se passer de rapports sexuels. Si sa femme les refuse, il prendra une maîtresse ou ira agresser des mineures car les hommes sont faits comme cela, l'absence de rapports les rend quasi dingues. On accrédite ici la thèse qu'un homme n'est qu'un pénis, mu par lui et incapable de raisonner par ailleurs. Souvenez vous des thèses idiotes autour des prêtres pédocriminels ; "s'ils violent c'est qu'ils sont célibataires". Cela ne tient pas compte du fait que l'immense majorité des pédocriminels ne sont pas célibataires et cela nous dit qu'un homme en manque de sexe fera n'importe quoi y compris violer des enfants. On est toujours sur le même vocabulaire "ce que leur femme leur refuse". Il n'est pas considéré ici qu'une femme puisse avoir des envies sexuelles à égalité avec son partenaire ; elle a à satisfaire ses besoins à lui peu importe qu'elle en ait ou pas. Peu importe que l'accouchement soit un moment particulier, peu importe qu'elle soit épuisée, peu importe qu'elle ait peut-être des points d'épisio, peu importe qu'elle n'ai tout simplement pas envie, voilà ce qu'il se passe quand une femme dit "non" à son mari, il va agresser. Dans tous les cas, et le journaliste ne semble pas envisager autre chose, un homme qui n'a pas de rapports sexuels souffre ; c'est forcément un problème car les hommes sont faits comme cela.

L'homme est appelé par son prénom: "Jérôme" et c'est un "papa" qui a connu "un moment fort". Comment dans ce contexte là ne pas plaindre notre pauvre Jérôme ? sa femme n'est définie que par rapport à lui et les victimes également. En personnalisant l'agresseur, en lui donnant un prénom, des motivations, on fait forcément basculer la sympathie ou du moins la compréhension de son côté.
Nous ne saurons d'ailleurs ce qu'il a réellement fait que par l'article de rue89 ; l'accusé a donc exhibé son pénis et touché les fesses d'adolescentes de 15 ans, par trois fois en quelques jours.

Ce genre de propos est très courant et on l'a tous et toutes entendu, voire véhiculé. Il ne s'agit pas de pointer le journaliste en particulier mais de faire la démonstration - puisqu'on me le demande souvent -  de ce qu'est la culture du viol.
Nous avons tous entendu de nombreuses fois que les hommes "ne pensent qu'au sexe" et que cela explique qu'ils violent par exemple tellement c'est quelque chose qui est incontrôlable en eux. Typiquement ce genre de propos doit être déconstruit et analysé.
On doit aussi analyser la menace qui pèse sur les femmes de manière inconsciente "si vous ne donnez pas ce qu'il veut à un homme, alors il violera (vous ou quelqu'un d'autre). On suppose beaucoup les féministes misandres mais, je ne cesse de le répéter c'est la société patriarcale qui est profondément misandre.  Supposer qu'un homme est tout entier réduit à son pénis qui le conduit à faire n'importe quoi, est complètement sexiste et cette idée doit être combattue. Reporter le viol commis sur une femme (la victime ou l'entourage féminin du coupable) est une idée communément employée dans la culture du viol. Elle doit également être analysée et combattue.

 

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  31 réponses sur “Quand l’Est Républicain alimente la culture du viol”

  1. Je viens de lire l'article de Rue89 et je pensais vous le signaler tellement le papier original est effectivement "hallucinant"... Je vois que vous avez été plus rapide que moi, merci pour ce billet.

    Le pire, c'est encore la réaction du "journaliste" :

    « J’ai l’impression que les gens lisent en diagonale. On parle d’agression sexuelle, ça n’est pas un viol. C’est un type qui a mis une main aux fesses de deux collégiennes et montré son sexe. »

    Puis :

    « Lisez mon article, on en reparle après. Là, j’ai beaucoup de travail. »

    Ben oui, après tout, "il n'y a pas mort d'homme" !

  2. Mais tout dans l'article est à hurler.
    Le coup de la "troisième voie illicite". Tu me dis "criminel", je pense à une agression sexuelle, tu me dis "pervers" je pense à un connard qui montre sa bite à des gamines. Tu me dis "illicite", je pense à quelqu'un qui glousse en marchant sur une pelouse interdite.
    Et "les demoiselles" ? Une demoiselle, c'est aussi une jeune femme en âge de se marier, en gros. Pas nécessairement la première chose à laquelle je pense quand on évoque une fille de 15 ans.
    Bref. Merci de m'aider à reprendre mon souffle.
    RHA.

  3. (Ouhlà, j'ai voulu utiliser le HTML, c'est un gros échec.
    Pouf pouf, revoici le message plus lisible j'espère.)

    Rien que le titre d'ailleurs est très révélateur : "Le « prédateur » sexuel était frustré ".

    Les guillemets sont très parlants : ce qui est sous-entendu ici, c'est "celui-que-certains-et-certaines-voudraient-qualifier-de-prédateur était en réalité un-pauvre-mec-malheureux-et-frustré". Cet emploi de guillemets pour montrer qu'on trouve quand même que l'utilisation de certains mots est un peu fort de café, un peu exagéré, un peu trop péjorative, se retrouve d'ailleurs parfois avec l'expression culture du viol :

    "Accusé d'encourager "la culture du viol", l'humoriste Rémi Gaillard réplique" : http://www.francetvinfo.fr/internet/accuse-d-encourager-la-culture-du-viol-l-humoriste-remi-gaillard-replique_565645.html

    "« Culture du viol » : l’Université d’Ottawa lance un groupe d’étude" : http://www.ledevoir.com/societe/actualites-en-societe/401861/culture-du-viol-le-president-de-l-universite-d-ottawa-lance-un-groupe-d-etude

    "« Culture du viol » : Disney World accusé" : http://rue89.nouvelobs.com/2013/06/26/culture-viol-les-reseaux-sociaux-contre-disney-243696

    Cette pratique qu'on appelle "scare quotes" en anglais (http://en.wikipedia.org/wiki/Scare_quotes) devrait trouver un nom en français, tant il est régulièrement utilisé par la presse française.

    Je n'avais même pas relevé le fait que ses victimes n'étaient jamais nommées, c'est quand même atterrant que même lorsque la mère d'une des victimes est citée, elle n'est présentée que comme "la maman de l’une des demoiselles". Peut-on faire plus réducteur, plus infantilisant ? La mamounette de la charmante créature, tant qu'on y est ?

  4. Merci pour l'article. Je n'avais pas réalisé le fait que l'agresseur est "personnalisé", par l'emploi du prénom etc. Comme quoi même quand on est affûté sur ce genre de problème, il y a encore des choses qui échappent... Tant elles sont habituelles.

    C'est difficile de sensibiliser les gens à ce genre de problématique. Dès qu'on évoque la culture du viol, la reaction des gens (je l'ai eue récemment concernant la vidéo de R Gaillard) : "mais les gens ne vont pas se mettre à violer des filles parce qu'ils auront vu cette vidéo !". Procédé classique en réalité : exagérer le propos pour le ridiculiser, le discréditer...

    Concernant les articles de presse, souvent j'entends/je lis "mais l'article rapporte des faits, c'est entièrement factuel". Souvent c'est faux ("il est frustré" n'étant pas un fait mais un avis), d'autre part, ça n'empêche pas la partialité. Exemple : il n'a plus de rapport sexuels est un fait, il a montré son sexe à des ados est un fait. Or un seul des deux faits est rapporté...

    Voilà pour mes petites réflexions. Sinon j'ai eu du mal à saisir la dernière phrase, peut-être que ce serait plus clair comme ceci :
    "Reporter la responsabilité du viol commis"

  5. En plus de tout ce que vous avez cité, je relève encore ceci: "Face à ce schéma classique, deux types d’option s’offrent généralement aux hommes. Il y a ceux qui prennent leur mal en patience et ceux qui décident d’aller chercher auprès d’une maîtresse ce que leur femme leur refuse. "

    La troisième voie est pourtant très simple: s'investir auprès du bébé comme la mère, se lever la nuit, le changer, essuyer son vomi, apaiser ses pleurs, le promener, le changer, lui parler, le bercer, en plus de toutes les autres tâches domestiques. Rien de tel pour que la libido du monsieur devienne exactement la même que celle de la madame. Mais bon, l'égalité dans le couple, le journaliste ne connais pas non plus.

    • Effectivement cette phrase m'avait choquée mais je ne savais pas exactement dire pourquoi... En fait la vie de "Jérôme" tourne autour de son pénis ! En tout cas, c'est ce que nous dit cet article.
      La fâme doit s'occuper de papa + bébé sinon elle ne remplit pas ses devoirs. Le papa c'est comme un enfant avec des besoins sexuels en plus.

      • Bien dit ! Et puis l'expression même "prendre son mal en patience" : franchement, celle qui doit surtout "prendre son mal en patience" dans cette histoire, c'est la femme ! Et pourtant, elle, elle n'est bien sûr pas "frustrée"...

  6. "l'absence de rapports imposée" . C'est vrai que c'est cocasse ça comme phrase. Comme si on pouvais imposer une absence de rapport XD. En fait elle se refusait à lui mais en aucun cas il était privé de rapports sexuels. Rien n’empêche un homme ou une femme de sortir et de coucher avec la première personne qui le veut bien. Si vraiment ça urgeait tant ( et il est vrai que des fois ça picote, mais pas au point de violer des gens) la logique aurait été d'aller voir ailleurs.
    La vérité c'est qu'il voulait coucher avec elle, sans doute parce qu'il estimé être dans son bon droit en l’exigent puisqu'il est marié avec. D'où le caractère profondément malsain de l’exclusivité sexuelle alliée à la conjugalité. D’ailleurs on peut se poser la question, l'exclusivité sexuelle, et par la même le mariage, cela ne fait-il pas également parti de la culture du viol? En effet, se donner l'un à l'autre, s'est déjà s'objétiser, rien que l'utilisation du terme "son" époux, ou "sa" femme, marque cette objétisation.

    Cela dit l'utilisation de ce "mythe" du besoin sexuel irrépressible n'est pas du à une volonté d'excuser mais de comprendre l'origine du délit/crime. C'est comme lorsqu'on dit qu'un gamin de banlieue à volé à l’arrachè un sac à main et que c'est du à sa pauvreté et à son exclusion, la pauvreté heureusement n'induit pas systématique la violence et elle n'excuse rien, par contre elle explique, elle donne des clés de compréhension.

    • Franchement, si vous voyez la relation conjugale sous l'unique angle du sexe, c'est que vous devez être passé à côté de quelque chose.

      Pour le reste, ce n'est pas un prétendu "besoin sexuel irrépressible" qui permet de comprendre l'origine du délit/crime. Celui-ci n'est pas motivé par une quelconque pulsion "naturelle", mais bien par un conditionnement social qui inculque aux hommes, de façon explicite ou implicite, qu'ils ont des "besoins" à assouvir et que les femmes sont là pour les satisfaire.

  7. Je parlais plus précisément d'une relation conjugale de type maritale, effectivement toute conjugalité n'induit pas un mariage préalable ni même de relation sexuelle (le mariage non plus n'induit pas de relation sexuelle aujourd'hui, il me semble que la jurisprudence est allée dans ce sens mais je n'en suis pas sur).
    La pression mise sur les enfants et adolescents et puis les adultes pour qu'ils forment des couples (qu'ils se rangent deux par deux en fait), avec l'idée d'une exclusivité sexuelle, surtout dans le cadre donc du mariage, qui grave dans le marbre l'idée que l'on est censé avoir des relations sexuelles avec une personne précise. Cette idée de l'obligation relieuse/quasi légale/sociale de l'exclusivité est de fait une ingérence de l'autre ( le marié ou la mariée ainsi que la société voire la loi) dans notre droit à disposer de notre corps. Devons nous encourager une pratique qui consiste à se déposséder de ce droit? La relation de couple tout comme le mariage participe de cette culture et ne sont pas les seules modalité des relations sociales possibles.
    Je crois que l'idée d'une direction de la sexualité, vers une personne, dans un certains cadre ect est au cœur de la culture du viol.
    On nous éduque des l’enfance à avoir UN ou UNE copain-ine- . Le terme "avoir" dans "as-tu une copine?" ne pose t-il pas problème? L'appartenance sexuelle exclusive orchestrée par la société ne pose t-elle pas question?

    Pour finir je n'ai pas dit que le "prétendue besoin sexuel" permet de comprendre, j'ai dit qu'il était utilisé par le journaliste en vue de comprendre ( et non pas en vue d'excuser comme le sous-entendait la critique) ce qui n'est pas pareil. Le journaliste est ignorant et pas malhonnête c'est la différence.

    • Hum non, même inconsciemment, le "journaliste" tend bien à excuser l'agresseur et à minimiser ses actes. En premier lieu, cet homme est appelé par son prénom ("Jérôme"), ce qui permet de favoriser l'identification et l'empathie. Par opposition, les victimes ne sont, quand à elles, jamais nommées.

      Ensuite, le titre de l'article résume bien son propos : ce "Jérôme" est un faux "Prédateur" (d'où l'emploi des guillemets), parce que lui, il a une bonne raison d'agresser : il est "frustré". Autre chose qui n'a rien d'anodin, la première phrase du texte : "Jérôme vient d'être papa". L'agresseur a un nom et, en outre, il est père, de fraîche date. Et Dieu sait qu'il s'agit d'un moment aussi "fort" que "délicat" "dans la vie d'un homme".

      Ceci explique donc sans nul doute les conneries qu'il a pu commettre... Pardon, qu'il a "été amené" à commettre, si on suit la logique du journaliste jusqu'au bout. Au fond, c'est un brave type ce Jérôme, et c'est lui la victime dans cette histoire.

      Ce n'est peut-être pas ce que le "journaliste" a voulu dire (et encore, permettez-moi d'en douter), mais c'est bien ce que son article amène à penser.

      Et on touche là l'essence de la culture du viol : son caractère automatique, inconscient. Le "journaliste", en écrivant son papier, n'a certainement pas eu l'intention de faire l'apologie des agressions sexuelles. Mais il a traitée cette affaire de la façon dont la société lui a appris à le faire, en reprenant à son compte les mythes autour du viol.

      Et c'est en cela que ce monsieur est non-seulement ignorant, mais encore profondément malhonnête. Parce que le travail d'un journaliste, normalement, c'est justement de maitriser son sujet, de remettre en question les idées préconçues, de réfléchir et d'apprendre. Certes, le fait divers n'est pas vraiment du genre à faire l'honneur de la presse, mais il devrait être possible de le traiter de façon un minimum professionnelle. Donc être totalement ignorant de la réalité des agressions sexuelles et quand même choisir de faire un papier dessus, qui plus est en racontant une belle histoire, j'appelle ça de la malhonnêteté, tout simplement.

      Malhonnêteté dont il fait également preuve en prenant de haut ceux qui osent critiquer son glorieux torchon, alors même que son journal a publiquement désavoué celui-ci.

  8. Le journal aurait pu ne pas le publier du tout, il n'y a pas de chef de rédaction à l'Est Républicain ?

    Pauvre Jérôme, qui vient d'être papa, ça n'est bien sûr pas un moment particulier dans la vie d'une femme, seulement dans la vie d'un homme, c'est tellement éprouvant émotionnellement pour un homme de voir sa femme accoucher, il a pété un câble, c'est pas bien grave. Et puis les donzelles étaient surement habillées de manière affriolante, il n'a pas pu résister, pauvre type. Snif, je vais pleurer.

    Plus sérieusement, si tous les mecs célibataires, en manque d'amour, ou les jeunes papas dont la femme ne s'est pas encore remise de l'accouchement (ce qui peut prendre 6 mois sans qu'il faille s'inquiéter et consulter un sexologue) tournaient violeurs ou même seulement exhibitionnistes, j'en connaîtrais un paquet. Et est-ce valable pour les femmes aussi ? Ah bah non, nous, quand on est en manque, on a les canards de bain roses à étoiles violettes et autres Hello Kitty (oui, j'ai lu un peu les archives).

  9. Je ne sais pas si c'est une bonne stratégie que de prendre la pensée patriarcale à son propre piège. Ca peut se discuter. En revanche, je pense que ça peut être efficace. Par exemple, ça ferait sans doute réfléchir le journaliste (s'il en est capable) que de s'entendre dire: "Et si c'étaient tes gamines à toi qui s'étaient fait tripoter par lui, tu serais toujours aussi compréhensif avec ce pôv'Jérôme ?"

  10. Ah mais j'avais pas vu le lien pour lire l'article du coup je commentais que l'article du blog, oui c'est vrai que vu comme c'est formulé c'est assez naze, je pense que le journaliste croit sincèrement néanmoins à ce rapport de cause à effet entre frustration sexuelle pour cause d'accouchement et le viol. C'est néanmoins surtout le ton badin, je trouve, qui est ahurissant. On a l'impression qu'il s'imagine que la famille va dire "ah mais oui mais c'est bien sur! Ça explique tout, en fait, sa bonne femme viens d'accoucher, d'aaacord on comprend mieux" en lisant l'article. Non mais en plus c'est des adolescentes qu'il est allé cherché et pour commettre des "agressions sexuelles" autrement dit rien qui puisse pallier à l frustration d'un rapport sexuel, a mon avis il est un peu pervers le type, ça arrive, une maison de repos lui ferai du bien.

  11. Légende sous la photo de l'article: "l'agresseur sexuel avait ciblé les abords du lycée cuvier parce qu'il savait "qu'il y avait la de très belles jeunes filles" rapporte l'avocate de la partie civile".......
    en gros l'avocate justifie les actes de son client: ben oui il y a des jeunes filles et TRÈS belles en plus, alors c'est normal, pauvre Jérôme, il est seul, perdu, délaissé... Il a bien le droit d'aller les voir et les tripoter ces TRÈS belles jeunes filles........vraiment c'est pas sa faute à Jérôme....
    Immonde.

  12. En cas de frustration sexuelle, un cinq contre un, ça fait du bien.

  13. christophe thill, je suis bien d'accord avec toi, sauf sur un point: les jeunes filles ne se sont pas fait tripoter, elles ont été tripotées, il les a tripotées.
    A mon sens, la culture du viol est aussi là: se faire, c'est quelque chose qu'on se fait à soi même, je me fait coiffer , je me fait un sandwich, je ne regarde pas où je mets les pieds je me fait une entorse... je suis responsable de mes actes.
    Dire qu'elles se sont fait tripoter, c'est dire qu'elles sont responsables de ce qui leur est arrivé. Je sais bien que ce n'est pas ton propos, mais c'est triste de voir que la voie passive n'est plus utilisée, elle avait un rôle important dans le langage, mettre la responsabilité à sa place et pas sur les victimes.

    • Ce n'est pas la première fois que j'entends cette correction, je vais profiter de ton message : pour le coup, je trouve "elle a été tripotée" (violée, battue, etc) encore pire dans la formulation parce qu'il sonne déterministe. "Elle a passé la nuit chez un copain et elle a été violée", pour moi on pourrait rajouter "c'est comme ça, ça arrive". Je ne sais pas, c'est juste moi ?

  14. on dit aussi "se faire tuer", "se faire mordre", "se faire prendre en flagrant délit", "se faire agresser", "se faire racketter" .... pas de notion de responsabilité dans cette formule. Faire est un verbe à tout faire ....

  15. Le problème n'est pas "faire", mais "se faire". Voie passive, bon sang de bonsoir, passive. L’acteur de l'agression est Jérôme, si on dit "se faire", les actrices deviennent les ados.
    Oui, tout le monde dit "se faire", "se faire morde", "se faire tuer" et c'est bien là le problème que je soulève. Mais ce n'est pas le lieu pour un cours de français.

  16. Je préfère aussi "il l'a tripotée...", ça remet bien la responsabilité là où elle doit être.

  17. Ce n'est pas une question de responsabilité, c'est une question de sujet du propos.

    Si je rentre chez moi et que la porte est fracturée je vais dire "j'ai été cambriolé" ou "je me suis fait cambriolé", et pas "quelqu'un a cambriolé mon appartement".

    On peut faire un débat grammatical sur l usage de faire, mais il n y a aucun sous-entendu sur le sens de la responsabilité dans les formules passives.

    • Honnêtement, qu'en savez-vous ?

      La langue est une construction sociale, pas un phénomène naturel et objectif. Il parait donc difficile d'imaginer qu'elle ait pu être épargnée par la domination patriarcale.

  18. "Je me suis fait cambrioler", c'est de la domination patriarcale ?

    Où la même expression, employée exactement de la même manière, aurait un sens particulier impliquant responsabilité de la victime dès lors que celle ci est une femme, et seulement dans ce cas là ?

    Effectivement je n en sais rien, c'est juste absurde, et ne repose sur rien.

    • Ce que je veux dire, c'est que l'on a pas forcément raison quand on dit que la formule passive (ou toute autre tournure de langage) est sexiste, mais vous non plus quand vous dites qu'elle ne l'est pas.

  19. Mon objection reste la même quand c'est un homme qu'on agresse. On l'agresse, il ne se fait pas agresser. La tournure passive, par son appellation même, dit bien ce qu'elle veut dire : passive, pas active dans l'action, mais passive. La souris est mangée par le chat. Souris est certes le sujet grammatical de la phrase, mais qui est le sujet du verbe manger ? le chat. Et qu'est-ce qu'un sujet ? une personne ou un animal, ou une chose qui fait l'action décrite par le verbe. Donc, quand on dit que quelqu'un "se fait agresser" la dite personne est à la fois sujet grammatical et acteur de l'action, car c'est une phrase à la voie active. Donc, utiliser l'expression "se fait", à la place d'une tournure passive, ou d'une tournure active mettant l'agresseur comme sujet, inconsciemment met la victime de l'agression comme responsable de ce qui lui arrive. Et ça participe à la culture du viol.
    Je tiens à souligner le inconsciemment car je ne prétend pas que tous les gens qui utilisent cette expression cherchent à culpabiliser les victimes, mais sans s'en rendre compte, tel est quand même le résultat.

  20. Je comprends bien ce que vous dites. Et on pourrait en débattre sur des expressions qui sont purement employées dans des cas de figures spécifiquement genrés, mais la le "se faire" est employé à toutes les sauces, quelque soit le sexe du sujet de l'élément subi.

  21. [...] L'article a depuis été retiré mais vous pouvez le retrouver en cache ici et lire l'article de René Greusard sur le sujet.Plusieurs points en préalable à cette analyse. Qu'est ce que la culture du viol ? J'ai essayé d'en faire une définition courte : "culture dans laquelle les idées, les média, les coutumes, les pratiques sociales, les institutions normalisent, naturalisent et érotisent la violence sexuelle contre les femmes. La culture du viol blâme les victimes et déculpabilise les coupables. L'objectification sexuelle des femmes fait partie de la culture du viol. La culture du viol véhicule des mythes autour du viol (mythe de l'inconnu qui viole la nuit des jeunes femmes par exemple..), apprend aux femmes à avoir peur de ces mythes sans pour autant leur donner les moyens de se défendre (inhibition de l'agressivité féminine). Les mythes autour du viol visent à maintenir les femmes dans la peur." Elle est forcément parcellaire mais on m'avait demandé de résumer l'idée en quelques phrases courtes. ...  [...]

  22. Assertion très péremptoire. "il s'est fait renversé par une voiture", je ne vois pas comment, même inconsciemment il peut y avoir inversion de la culpabilité, et encore moins culture du viol.

    Notez, que quand le sujet est à l origine de l événement produit par une tierce personne, on dit souvent "faire faire". Il s'est fait faire une coupe de cheveux...

    Bref, on les coupe en quatre la...

  23. Bled et Grévisse sont mes amis.

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