mar 062014
 

Hier est paru un rapport sur la violence physique et sexuelles dont sont victimes les femmes majeures en Europe ; vous en avez ici un résumé.

Ce rapport accablant, terrifiant, l'est encore davantage parce qu'à aucun moment il ne nomme qui sont les auteurs de ces viol. Une recherche dans le précédent document vous fera apparaître quatre occurrences "homme". L'une concerne les droits de l'homme, l'autre les responsables politiques, l'autre est incluse dans l'expression "les hommes et les femmes" et la dernière indique que les hommes restreignent moins leurs déplacements.

Année après année on en est toujours au même moment. Les femmes sont agressées, les femmes sont violées, les femmes sont tuées. Toutes seules. Les rapports prétendument concourant à l'égalité entre les hommes et les femmes ont inventé les crimes et délits sans coupable. "On estime à 3,7 millions le nombre de femmes dans l’UE victimes de violence sexuelle au cours des 12  derniers mois précédant l’enquête, correspondant à 2 % des femmes âgées de 18 à 74 ans dans l’UE." 3.7 millions de victimes sans coupable. 3.7 millions de cas isolés. En évitant de dire qui viole, on ne fait pas qu'éviter de prononcer l'évidence ; on évite de résoudre le problème.

Le fait n'est pas anodin et surtout tend à se répéter et ce, pour une raison unique. On ne peut tout simplement pas aborder le fait que ce sont des hommes qui violent, frappent, tuent. On ne peut tout simplement pas dire qu'il y a une cause politique, structurelle, à ces violences.

Constatez le d'ailleurs. Lorsqu'une personne déclare avoir été victime d'un viol ou d'une agression, le doute est immédiat. Soit elle l'a provoquée, soit elle l'a cherchée, soit elle exagère les choses, soit elle masque une relation sexuelle ratée.
Les femmes sont considérées comme des êtres un peu fragiles, un peu futiles qui ne savent pas bien ce quelles veulent et se comportent comme de gentilles têtes de linotte (je ne comprends même pas qu'on leur laisse s'occuper des enfants, étourdies et têtes en l'air comme elles sont, il conviendrait davantage de les confier aux hommes qui me semblent bien plus pondérés) qui ne savent pas justement estimer une situation et ce qui arrive à leurs organes génitaux.
Les femmes sont également des êtres très romantiques, qui, incapables d'assumer qu'elles ont couché pour un soir, préfèrent transformer cela en viol. Enfin elles savent tellement mal jauger d'une situation que, pensez-donc, elles voient des viols partout. Nous serions tellement bêtes, tellement peu capables de faire la fameuse part des choses, qu'on voit très souvent un amical rapport sexuel comme un viol.
Mais il n'y a pas que cela. Croire en un viol, croire aux viols, croire dans les statistiques, croire aux chiffres (chiffres qui ne sont pas contestés pour d'autre pays ; si je sors le taux de viols au Soudan personne ne va aller m'expliquer qu'il y a exagération car on sait bien que là bas, chez ces gens là qui ne connaissent pas la démocratie, c'est un peu normal) implique à un moment où à un autre de voir l'autre versant ; les coupables et cela implique quand tant de femmes sont victimes de violence de se dire, a minima, que quelque chose cloche, qu'on n'est peut-être plus dans le cas isolé, mais face à un problème systémique.
Si on part du principe qu'il y a un problème de violence systémique, qu'il y a un problème à ce qu'autant de femmes sont violées par autant d'hommes, on ne va plus pouvoir dire qu'il s'agit de cas isolés, ni de "bah y'a un bite y'a un vagin ca rentre et puis l'homme est plus fort". Il va peut-être falloir se dire que le groupe hommes est élevé de manière problématique et que la virilité induit des comportements violents.

Je vais devancer les commentaires ainsi cela vous évitera de vous répéter :
- "tu dois beaucoup détester les hommes"
- "oui enfin il y a des femmes qui violent hein"
- "tu es mal baisée"
- "oui enfin moi je n'arrive pas à choper des filles" (oui il y a toujours un homme qui vient nous expliquer ses problèmes sentimentaux sur un sujet sur le viol)
- "j'ai dit que les femmes en mini jupe cherchaient le viol, tu m'as traité de connard mais c'est parce que tu es misandre et que tu ne veux pas discuter avec des hommes de bonne volonté , ne t'étonne pas qu'on ne t'aide pas".
- "avec des extrémistes comme toi le féminisme va mal".
- "moi je n'ai violé personne".
- "tu parles de cas isolés"
- "tu peux me fournir une autre source pour ces chiffres car je pense que ce rapport a été rédigé par une féministe"
- "oui enfin qu'est ce qu'ils appellent viol dans ce rapport ?"
- "oui enfin moi j'ai une ex c'est une salope de menteuse donc ca prouve bien que".

 

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  47 réponses sur “Nier la violence sexuelle permet de nier la violence systémique”

  1. Entièrement d'accord avec le caractère systémique de la chose.
    Néanmoins tout cela me pose un problème : je n'arrive pas à identifier les comportements, les principes éducatifs, les réflexes que l'on enseigne aux enfants et qui les transforme en potentiels violeurs.

    Précisément.

    Parce que, jeune papa d'un petit garçon (fin' bon, à 20 jours, il n'est pas encore bien dangereux ^^), je me demande comment éviter ce genre de comportements (y compris le type de commentaires que tu cites).

    • je pense déjà qu'on pousse les jeunes garcons à la violence et ce dés le plus jeune âge, en inhibant la violence chez les filles. ca c'est un premier point qui explique la violence de manière générale (sur les femmes et entre hommes).
      Ca peut être tout bête, ca va être la fierté d'un parent à voir son gamin mâle faire les pires conneries possibles ou tu le punis mais.. tu termines d'un "oh ces garçons" mi complice mi fier.
      ca va être l'idée que la frustration, y compris sexuelle n'a pas à exister chez un homme et si elle existe, elle est un problème. on constate par ex que les mères prennent plus rapidement un bébé garcon que fille dans les bras s'il pleure. apparemment la frustration est pire chez un nouveau né mâle que femelle.
      ca va ensuite etre tout un tas de comportements associés à la sexualité où les parents considéreront normal que leur gamin ait envie de niquer tout ce qui passe ; on enseignera à une fille à ne pas trop boire pour ne pas être violée mais pas à un mec à ne pas boire (pour ne pas être violé/ne pas violer).

      tu peux lire ceci http://www.acontrario.net/2014/01/30/lutter-viol-education-garcons-culture-du-viol/

      • Une bonne piste semble aussi être d'arrêter d'utiliser le principe éducatif de "je ne veux pas savoir qui a commencé", car cela encourage l'idée que quand on est agressé-e, il ne faut pas se défendre et que si on se défend, on sera autant (voire davantage) puni que notre agresseur.

        Un commentaire extrêmement intéressant ici :
        http://lillydarma.tumblr.com/post/73822644929/teachers-are-often-unaware-of-the-gender

        Il s'agit d'un (ou une ? je ne sais pas) prof qui explique ne pas punir les filles qui se défendent contre les agressions/harcèlements qu'elles subissent de leur camarades - le résultat est que - Ô SURPRISE - les garçons les harcèlent moins...

        Extrait :

        "The girls figured out I won’t report them if they hit boys who are sexually harassing them, I’ll only report the boys. This led to an increase in how often girls got the last word and boys got smacked in my classes, and, also, to a DECREASE IN HOW OFTEN GIRLS GOT SEXUALLY HARASSED. The sexual harassers seem to have been depending on the sort of “equal blame” and “retaliation is never warranted” and “don’t hurt others’ feelings” perspectives so many schools try to instill in kids; the sexual harassers were usually the ones bringing me into the situation by saying, “Miss, she hit me! You should write her up!” Once they figured out I was only ever going to respond, “If you don’t treat girls like that, they won’t hit you,” the girls got more confident and the sexual harassers largely shut the fuck up."

        Je conseille de lire tout le post.

        Et je sais que certain-e-s vont dire que cela encourage à avoir recours à la violence - mais il y a une différence entre se défendre et attaquer - et tous les enfants le comprennent très vite.

        • Ce post est excellent, et il livre une très bonne illustration de pourquoi les plaintes pour agressions sexuelles/viols sont bien moindres que le taux d'agression sexuelles/viols dans nos sociétés : parce que la victime est considérée comme tout aussi coupable que l'agresseur (voire davantage).

        • Pourquoi pas, mais qu'en est-il des filles qui ne se défendent pas (n'en ont pas le réflexe, ou pas les moyens) ? J'ai des souvenirs de harcèlement à l'école du fait de garçons plus forts que moi physiquement et plus habitués à la bagarre, tandis que j'avais (j'ai) un handicap qui limitait ma possibilité de défense. Je me suis battue plusieurs fois mais le plus souvent j'ai perdu. Est-ce que ce n'est pas enseigner à de telles filles que c'est leur faute si elles se font harceler ?

          • De toute façon, toute action visant à arrêter les violences faites aux femmes présente toujours un risque de culpabilisation des victimes si on n'y prend pas garde. Mais dire qu'une personne qui se défend ne sera pas punie ne signifie pas qu'une personne qui ne se défend pas est responsable de ce qui lui arrive. J'aurais tendance à penser que l'idée même qu'une personne qui se défend n'est pas en tort donne à la victime l'assurance qu'elle n'a justement pas à être blâmée pour ce qui lui arrive. Mais la formulation est évidemment délicate, et il ne faut pas que ça devienne du "débrouillez-vous toutes seules"...

            Et effectivement, ce genre de mesure n'est pas suffisant dans le cas où la personne n'a pas les moyens de se défendre ni ne réussit à le faire de façon efficace (aucune mesure ne peut couvrir tous les cas de toute façon). Je ne sais vraiment pas ce qu'on peut faire dans de tels cas, mais je pense que faire savoir aux victimes qu'elles ont légitimement le droit de se défendre, par QUELQUE moyen que ce soit (soit une défense immédiate, soit en parler à quelqu'un), et si cela n'aggrave pas leur problème (c'est-à-dire si en parler à quelqu'un ne fait pas qu'avertir les harceleurs que leur victime a parlé sans effets positifs, si la personne n'est pas confrontée à du victim-blaming en bonus, etc), alors on pourrait avancer.

    • Un truc tout bête, c'est se poser régulièrement la question "est-ce que je me comporterais de la même façon si mon fils était une fille?".

      (et inversement)

      • L'idée est intéressante mais il faut avouer que je manque de recul : c'est mon premier gamin et je me vois mal admettre facilement que j'aurai (sciemment) une éducation sexiste.

        Je veux bien en faire un deuxième pour avoir une fille et une base de comparaison mais les statistiques ... ^^

      • Très juste, je ne saisis pas pourquoi j'ai mis aussi longtemps à le voir comme ca, mais c'est effectivement ainsi que j'élève ma fille.

    • Bonjour,
      Je suis tombée sur cet article aujourd'hui, qui traite justement l'éducation des garçons et ce qu'il conviendrait de changer. C'est un article coup de gueule, on le sent bien, mais il pose de nombreux points intéressants et propose pas mal de pistes à suivre..
      http://www.acontrario.net/2014/01/30/lutter-viol-education-garcons-culture-du-viol/

    • Bonjour ,

      Peut-être pouvez vous lire aussi des choses sur la déconstruction de la virilité. Les garçons sont élevés dans l'idée que la femme est un objet, qu'elle ne mérite pas de respect et peu-être source de honte (de façon très grossière hein). En opposition on éduque les hommes à rejeter tout ce qui pourrait les rapprocher d'une certaine féminité (d'où la haine vis à vis de l'homosexualité par exemple). Mais ces idées apportent aussi leur lot de difficulté pour les garçons qui se sentent obligés d'être "masculins", de rejeter tout ce qui a trait aux sentiments, au fait de demander de l'aide aussi (geste qui devient humiliant).
      Il faut leur apprendre à accepter leurs émotions (amour, colère) et les laisser s'exprimer sainement (dans le dialogue). Vous pouvez aussi vous renseigner sur l'intelligence émotionnelle, qui renvoie entre autres à l'idée de savoir se mettre à la place de l'autre, comprendre ses sentiments. Idée qui rapproche de la tolérance et de l'écoute de l'autre.

  2. Ce qui m'a sidéré c'est cet "expert" interrogé sur le pourquoi les femmes "nordiques" déclaraient plus de viols que celles "du sud" répond que comme l'égalité est plus avancée dans ces pays là... CA PERTURBE LES HOMMES. Pauvres petites créatures que notre émancipation OBLIGE à nous agresser.
    Il me semble qu'une proposition de réponse était, comme l'égalité est plus avancée, les femmes dénoncent plus. M'enfin je suis pas experte moi.

    • Oui. Ou une autre réponse est que dans les pays moins égalitaires, certaines comportements ne sont pas identifiés comme violences mais comme "naturels" ou culturellement admis. Je pense notamment aux commentaires sur le physique des femmes dans la rue ou à la drague lourde dans les boites de nuit.

      • Je suis assez d'accord. Je pense que les Etats scandinaves, bien plus avancés (et ce n'est pas que sur le papier, ça n'a tellement rien à voir de se balader à Helsinki plutôt qu'à Paris..) sont moins indulgents, ou disons plus lucides face aux crimes sexuels, et donc les identifient et les dénoncent davantage.

  3. Je ne sais plus quoi faire...
    Plus je m'intéresse au féminisme, plus je gratte sur les échelons de domination et tout ce qui en découle, plus je me sens déprimé.
    Je voudrais juste un monde simplement égalitaire...
    Pas me rouler en boule à chaque fois que je trouve une nouvelle et évidente preuve.
    ...
    Pardon pour mes chouineries.

    • Je ressens la même chose.

    • Suggestion : redresse-toi et participe au changement en luttant contre le sexisme ? Ça t'occupera, crois-moi !

      Et dis-toi que les femmes aussi ont envie de se rouler en boule quand elles voient les chiffres, mais pour d'autres raisons, et que dans ce contexte, il y a peut-être un soupçon d'indécence à venir parler de ta souffrance.

      • Je suis une femme, je le fais déjà, et c'est à vomir. Par exemple, j'ai porté plainte pour abus sexuels. Je ne sais pas si j'ai été plus traumatisée par les abus sexuels en question ou le comportement de la police, et le sentiment d'injustice et d'insécurité totales qui en a découlé.

        Il y a quelques jours, sur un forum, j'ai posté un lien vers ce blog. Je me suis faite traitée d'extrémiste et d'hystérique. J'ai signalé : apparemment trop de posts, je me suis faite bannir pour 2 jours pour avoir signalé le fait de me faire traiter d'hystérique. Je devrais plutot "tolérer la contradiction".

        • désolée pour ta plainte ; c'est souvent aussi traumatique que le viol lui même.

        • J'aurais, moi aussi, aimé qu'on me prévienne des difficultés d'une plainte. On devrait faire un genre de prospectus préventif, pour pouvoir s'y préparer psychologiquement ?

          • je ne sais pas (je suis franche). si on explique ce qui peut se passer, encore moins de femmes iront porter plainte. (je suis d'une cynique franchise).

          • on est en train d'en discuter sur twitter avec d'autres gens et des femmes trouvent le truc intéressant.
            je ne sais pas si tu as vu que j'ai monté une assoc avec d'autres féministes (dechainees.fr) si tu veux nous en parler par mail et eventuellement qu'on bosse ensemble sur le truc ?

          • Je rejoints Valérie. J'ai laissé tombé la plainte (avec des preuves). Par contre, je penses qu'il est important que les victimes portent plainte, et que la police fasse son travail de protection et de répression des crimes et délits. Donc, il faut améliorer les choses, mais niveau police et/ou procédure.

          • Le but n'est pas de les effrayer, même s'il y a de quoi avoir peur. En fait, ce serait plutôt une sorte de préparation psychologique...Je ne sais pas si votre proposition s'adressait à moi, en tout cas ça me plairait beaucoup ! Je vais consulter le site.

        • Merci Valérie.

          Honnêtement, on m'avait prévenue. On m'avait dit que c'était moins pires dans les centres pour mineur(e)s (où j'ai déposé la plainte). Mais c'était bien pire que ce à quoi je m'attendais. Si j'avais su, je ne pense pas que j'aurai porté plainte, en tout cas pas sans avocat même pour le dépôt.

          Je pense qu'on devrait encourager les gens à porter plainte, interdire le fait de poursuivre les plaignants pour "diffamation" (ça ne m'est pas arrivé... heureusement), et former les policiers pour ces types de plaintes, dans le but de ne pas aggraver les dommages psychologiques et qu'ils ne propagent pas les mythes relatifs aux viols.

      • Je réponds à Mamie Caro. Non, mais t'es sérieuse à répondre comme ça aux gens ? C'est dingue ce comportement incroyable que les gens s'autorisent à avoir sur le net. Cette femme, Seven, explique très honnêtement son sentiment d'impuissance en tant que féministe et sa tristesse de voir s'ajouter chaque jour des évidences sur les discriminations liées au sexe, elle le tourne même un peu en dérision en parlant de "chouinerie". Je ne supporte vraiment plus ce ton péremptoire. Pour peu, je t'insulterai. Mais je garde bien tout ça dans ma tête, car je ne te connais pas et je suis sur le web.

        • En fait, c'est un homme. D'où l'ironie de la réponse.

          • Ah oui, donc bien évidemment, suis-je bête, vraiment, il doit juste bien fermer sa boucher. J'oubliais, un homme doit se taire. Je suis une femme, féministe radicale même. Je ne supporte pas qu'on rabroue des gens de cette manière juste parce que soit-disant ce sont des males-tears. Mince, les mecs aussi peuvent avoir de l'empathie, partager du désespoir, non ? J'entends bien qu'ils ne ressentent et ne vivent pas les mêmes choses que nous. Mais cette manière condescendante de répondre me fout vraiment la nausée. On avance pas comme ça, on reste à la surface. Ras-le-bol des agressions permanentes envers toutes celles et ceux qui ont le malheur de venir partager parfois leur sentiment de découragement !

          • Je pense que vous avez mal compris. Il s'agissait simplement de rappeler à cet homme qu'il était bon de se sentir concerné, mais que venir raconter aux femmes à quel point leur propre oppression l'angoissait était peut-être un peu puéril, voilà tout.
            Il est inutile d'adopter ce ton agressif face à un commentaire qui ne l'état pas.

        • OK, je suis vraiment curieuse de savoir ce qui était le plus atrocement agressif dans mes propos : suggérer à cet homme d'être actif contre le sexisme comme solution contre la déprime ou bien parler "d'un soupçon d'indécence" à évoquer sa déprime ?

          En tout cas, rassurez-vous, personnellement je vis très bien votre ton agressif à mon encontre (merci à Marguerite au passage). Entendre quelqu'un me répondre "pour un peu je t'insulterai" parce que j'ai été un peu sarcastique dans ma réponse à un commentateur, ça me laisse rêveuse plutôt qu'énervée.

          Bonne soirée à tout le monde.

    • De fait, commencer de prendre conscience de ce qu'est effectivement le monde dans lequel nous vivons - raciste, sexiste, hétérosexiste, industriel, capitaliste, marchand, hiérarchique, férocement inégalitaire (liste non exhaustive) - et du fait que nous y avons grandi, de ce que notre humanité, celle que nous concevons, s'y est élaborée, cela passe par le fait, inconfortable, dérangeant, douloureux, de réaliser que même si nous en éprouvons de la révolte, du dégoût, de la colère, nous en sommes pleinement partie prenante. Nous sommes plus ou moins racistes, sexistes, nous contribuons à tout cela.
      Comme le dit très bien l'auteure, tous ces méfaits ne surviennent pas tous seuls, et s'ils sont possibles, c'est parce que des êtres humains, ici essentiellement des hommes, en sont les auteurs, c'est parce que l'écrasante majorité des êtres humains qui vivent aujourd'hui sont plus ou moins les agents de systèmes de rapports de domination au sein desquels ils s'inscrivent.
      Si les femmes ont l'égalité à gagner, dans le même temps, en tant qu'hommes, nous avons la virilité, le masculinisme à déconstruire, et nos privilèges de dominants à perdre.

      Et en tant que blancs, hétéros, etc., il y en a bien d'autres à déblayer, et tous non pas "devant notre porte", mais dans notre propre maison - dans notre tête, dans notre conscience.

      Bien des activistes fantasment spectaculairement de "changer le monde" pour ne pas avoir à considérer trop profondément en quoi ils sont eux-même le produit de ce monde, pour ne pas avoir à considérer qu'ils en portent l'empreinte, qu'ils le veuillent, que cela leur plaise, ou non, qu'ils se trouvent le constituer et y contribuer, et qu'espérer commencer de mettre fin à leur contribution demandera d'inconfortables remises en question. C'est une illusion assez commune, me semble-t-il, en tout cas c'en est une dont j'ai été la dupe complaisante un temps.
      M'atteler à la tâche de connaître ce dont je suis moi-même fait, admettre que la fin des inégalités de genre suppose, pour moi qui n'y suis pas infériorisé, de prendre conscience non seulement de l'infériorité qui y est faite aux femmes, aux non-blanc-he-s, aux gays et lesbiennes, mais aussi des privilèges qui y sont les miens, qui y sont invisibles, qui y sont présentés comme la norme, l'universel; me défaire, me déprendre enfin de rôles qu'en tant qu'homme, j'ai appris à jouer pour mon bénéfice, est déjà une ambition considérable, qui a en plus pour elle la pertinence.
      Il y a là amplement de quoi se retrousser les manches et se fatiguer les neurones, et tout de suite.

      Permettez que je vous recommande, en complément de vos lectures et discussions féministes, celle de Léo Thiers-Vidal et de John Stoltenberg, et de ne pas ménager vos propres réflexions.

      • On a des enquêtes de victimisation sur la proportion de femmes/hommes/enfants violés. Y a t il des enquêtes de ``victimisation'' sur sur la proportion de femmes/hommes/enfants violeurs disponibles ?

        • sur les hommes lorsqu'on leur pose un flot des questions qui ne comportent pas le mot viol ex "coucheriez vous avec une femme dans un coma éthylique dont vous ne savez pas si elle est consentante ," on arrive a environ 15% de gens qui disent qu'ils commettraient des actes qui sont des viols (étude américaine).

  4. "Lorsqu'une personne déclare avoir été victime d'un viol ou d'une agression, le doute est immédiat. Soit elle l'a provoquée, soit elle l'a cherchée, soit elle exagère les choses, soit elle masque une relation sexuelle ratée."

    Soit le crime est rejeté sur un "autre" auquel on refuse de s'identifier : le fou, l'immigré, le jeune de banlieue, ou comme tu le dis à propos du Soudan, l'étranger (mais on n'est pas raciste, c'est "juste" sa culture qui est attaquée. et il n'y paraîtra plus.) Le thème des violences faites aux femmes est abordé spontanément par les médias s'il s'agit de défendre une intervention militaire post-coloniale.

  5. Le rapport fait clairement le lien entre reconnaissance du viol et avancée des égalité
    "Les sociétés plus ouvertes à l’égalité étant plus susceptibles d’aborder et de traiter
    ouvertement ces incidents."'

  6. Merci pour cet article. Je déplorais la façon dont était accueilli ce rapport par les médias (encore et toujours illustré avec une photo de FEMME avec des bleus sur le visage, à l'approche de la journée des Droits de la FEMME, qui parle de violence faite aux FEMMES). Mais maintenant je comprends mieux.

    J'ai lu sur le racisme que c'était mal vu de mettre le dominant dans une position inconfortable et que ça faisait partie des mécanismes de l'oppression je pense que c'est un peu pareil. On peut parler de viol (et encore) mais pas de violeurs.

  7. [...] Hier est paru un rapport sur la violence physique et sexuelles dont sont victimes les femmes majeures en Europe ; vous en avez ici un résumé. De rapport accablant, terrifiant, l'est encore davantage pour moi parce qu'à aucun moment il ne nomme qui sont les auteurs de ces viol;.Une recherche dans le précédent document vous [...]  [...]

  8. "Nier la violence sexuelle permet de nier la violence systémique". Tout est dit.
    Et il est amusant de constater que l'étude est à l'image des commentaires de celle-ci qu'on trouve sur tous les sites d'actu. Mais pourquoi tout ce déni ?

    En tant qu'homme, issu d'une famille de féministe depuis 4 générations, j'ai du mal à le comprendre.
    Je ne suis pas assez "connecté" avec tous ces hommes qui sont dans l'incapacité d'ouvrir les yeux sur la réalité.
    Pourtant cette lutte contre le déni est mon quotidien, si j'ose dire. Puisque je parle du féminisme avec des hommes évidement. C'est un long processus et pour ça je dois souvent : rassurer, éduquer, écouter leur souffrance d'homme (que j'utilise ensuite pour les motiver vers le changement), etc ... Car il y a bien une angoisse qui existe, un malaise.

    Pourquoi avons nous tant de mal à admettre que notre société est viciée à ce niveau, alors que sur tant de sujet, il est tellement facile de faire verser quelqu'un dans la logique antisystème ?
    Peut-être parce que l'introspection dont parle Martin Scriblerus est plus immédiate quand il s'agit du féminisme, qui nous concerne tous directement et concrètement dans nos comportements ?

  9. [...] Nier la violence sexuelle permet de nier la violence systémique [...]

  10. ""oui enfin qu'est ce qu'ils appellent viol dans ce rapport ?""

    Soupir... J'ai vu certains chiffres issus de ce rapport repris dans d'autres forums ces derniers jours et à chaque fois on a droit à "mais on ne peut pas comparer la perception de ce que sont les "violences" pour une suédoise et pour une roumaine" (nationalités prises au pif, je me souviens plus exactement mais vous voyez l'idée). Et... c'est tout en fait: on commente sur la crédibilité de l'étude uniquement, moi je veux bien, je peux entendre: effectivement il me semble qu'on ne parle pas des mêmes actes donc ça tend à montrer que les victimes sont moins nombreuses dans les pays les moins avancés sur le plan du féminisme ce qui est faux: ça les gens sont d'accord pour le dire: "il y a des pays pour lesquels les femmes sous estiment les actes qui sont des violences, donc ça ne reflète pas la réalité". Mais du coup on a dans le même temps l'idée que les suédoises par exemple surestiment: qu'elles noircissent le tableau. D'un côté des pauvres victimes aliénées qui ne sont pas conscientes d'avoir subi des actes de violence, de l'autre des "féminazies" qui exagèrent et mentent. Voilà: c'est ce que j'ai interprété des commentaires sur d'autres sites reprenant l'info. (je suis pas sûre d'avoir été bien claire).

  11. [...] Hier est paru un rapport sur la violence physique et sexuelles dont sont victimes les femmes majeures en Europe ; vous en avez ici un résumé.Ce rapport accablant, terrifiant, l'est encore davantage pour moi parce qu'à aucun moment il ne nomme qui sont les auteurs de ces viol. Une recherche dans le précédent document vous fera apparaître quatre occurrences "homme". L'une concerne les droits de l'homme, l'autre les responsables politiques, l'autre est incluse dans l'expression "les hommes et les femmes" et la dernière indique que les hommes restreignent moins leurs déplacements. ...  [...]

  12. Vous avez raison de dire qu'on ne peut pas aborder le fait que ce sont les hommes qui violent. On ne le peut pas car ce rapport s'appuie sur une enquête (que je ne connaissais pas avant de le lire mais qui me semble de qualité) qui ne permet pas de dire qui viole.
    L'approche choisie pour l'enquête est une approche victimation, on demande à des femmes choisies au hasard si elles ont été victimes de violences sexuelles. Sous réserve que l'enquête soit bien faite c'est le meilleur moyen d'avoir des chiffres sur le nombre de viols, on peut repérer des viols qui ne sont pas comptabilisés par les chiffres de la police et de la gendarmerie car non-déclarés.
    Cela implique une enquête difficile pour les enquêteurs/trices et pour les femmes interrogées. On doit lister une série de violences, dont des violences sexuelles, et demander à l'interrogée si elle en a été victime, "avez vous été harcelée sexuellement sur internet ?", "avez-vous été frappée par votre mari ?", "avez-vous été forcée d'avoir des relations sexuelles ?".
    On peut supposer que la plupart des victimes de violences, et a fortiori de viol, connaissent le sexe de leur agresseur mais il est difficile de le leur demander sans rendre l'enquête difficile. Après avoir appris que la femme qu'il a en face de lui a été violée, l'enquêteur devrait lui demander si elle l'a été par un homme ou par une femme, si elle en est sûre, si elle n'a été violée qu'une fois, que par une seule personne, si elle peut lister par sexe ses violeurs. Les questions posées sont déjà délicates, elles en deviendraient obscènes.
    Les seuls chiffres que l'ont peut obtenir sur les violeurs ne concernent que les violeurs condamnés. Ils sont donc moins précis (bien-sûr avec 99% d'homme parmi les violeurs reconnus par la justice il est évident qu'il y a un problème) et ne sont pas obtenus par l'enquête sur laquelle porte le rapport.

    @Anna : Sur la comparaison entre plusieurs pays qui n'ont pas la même définition (juridique ou courante) du viol, je suis presque certain que le questionnaire de l'enquête n'utilise pas le terme "viol" (malheureusement ambigu) et décrivent les actes (en parlant de "sexualité forcée" par exemple).
    Pour donner un exemple, le questionnaire de la Police Nationale (http://www.sosfemmes.com/violences/documents/questionnaire_violences_delegation_victimes_0108.pdf) à destination des victimes de violences dans le couple n'utilise jamais le mot "viol.

  13. Il faut absolument lire, et faire lire au plus de monde possible, l'article d'Annick Cojean sur le viol des Syriennes, le viol comme arme de destruction massive, paru dans Le Monde du jeudi 6 mars.

  14. SJ: "Vous avez raison de dire qu'on ne peut pas aborder le fait que ce sont les hommes qui violent. On ne le peut pas car ce rapport s'appuie sur une enquête (que je ne connaissais pas avant de le lire mais qui me semble de qualité) qui ne permet pas de dire qui viole."

    Ah oui, évidemment, on s'interroge. Comment savoir en effet si les femmes sont violées par des animaux, des robots ou des extra-terrestres?
    Le viol des femmes dans l'immense majorité des cas, est commis par des hommes.
    Mais ça évidemment, toutes les esquives sont bonnes pour ne pas le dire.

  15. SJ : comment ça peut être plus difficile de demander le sexe de la personne qui l'a violentée une fois qu'elle a admis avoir subi des violences que demander à une femme si elle a été vioentlée ?? Ajouter simplement "était-ce par un homme ou par une femme ?" n'est pas franchement la question la plus difficile, non.
    Sauf si on n'a pas envie de savoir la réponse bien sûr.

    Evidemment, ça ne suffira pas à savoir quel pourcentage d'hommes commettent des violences contre les femmes (puisqu'on ne saura pas si le même homme a violenté une ou plusieurs victimes). Mais déjà, ça change l'angle de l'étude.

  16. Campagne anti-viol pas trop stupide, qui s'adresse aux agresseurs potentiels (au lieu de stigmatiser les victimes, comme c'est habituellement le cas) :

    http://www.wecanstopit.co.uk/

  17. [...] Nier la violence sexuelle permet de nier la violence systémique [...]

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