fév 172014
 

La première est ici. Comme la question m'a été sérieusement posée, je préfère préciser à celles et ceux qui l'ignoreraient, que je n'ai pas le pouvoir ni l'envie de censurer un journal, je me contente donc de pointer ce que je trouve problématique, entre autres en matière de sexisme, dans Charlie-Hebdo.

La critique porte aujourd'hui sur le n° 1130.

Dans la fin d'un article consacré aux ABC de l'égalité, le chroniqueur s'adresse à NVB, avec comme toujours, la totale familiarité qu'on a face à une femme politique. Vous remarquerez que Peillon n'est pas appelé Vincent par exemple. Et bien evidemment (mais c'est de l'humour évidemment que vais je penser ?) on en profite pour charrier les initiatives entreprises en matière d 'égalité hommes/femmes avec une idée fortement originale ; les femmes ne veulent l’égalité que lorsque cela les arrange, idée qui n'avait pas été éructée depuis voyons... ah oui Zemmour. Le chroniqueur en profite pour souligner que cette initiative discrimine... les hommes.  Mazette quelle originalité dans la pensée ; on attend avec impatience l'antienne "il y a trop de femmes dans l'enseignement" (en oubliant soigneusement de noter que la quasi totalité des pontes de l'enseignement supérieur sont des hommes).
L'homme de gauche se caractérise toujours de la même façon ; il aime les féministes uniquement si elles pisssent là où il leur dit de faire ; sinon, ca l'emmerde et il se transforme vite en gros crétin sexiste.

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Vous noterez le dessin ; un garçon en tutu. POUHAHA qu'est ce qu'on se marre. C'est vrai qu'il n'est pas du tout caractéristique de la pensée réactionnaire de réduire les efforts pour étudier les rôles sociaux de sexe à ce genre de caricature.

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Malgré le fait qu'on ait tenté de bien nettoyer dans les coins, il demeure toujours cachés sous les plinthes, ces curieux animaux qui braillent que seule la lutte des classes est un combat digne. Ils se répandent encore, avec parfois de rares fulgurances, comme lorsqu'ils dessinent leurs personnages sous la forme de mecs blancs.

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Dans ce merveilleux article, l'auteur entend pourfendre l'atroce pensée féministe (sisi féministe je vous jure que des féministes ont dit cela on ne sait pas lesquelles mais peu importe, calomniez il en restera toujours quelque chose) disant que les femmes sont naturellement bonnes et gentilles. Scoop ; il existe des femmes pédophiles. Incroyable.  Demain, il existe des homosexuels très méchants vous l'aurez lu ici en premier. La petite phrase de fin est sans doute censée nous expliquer que l'auteur n'est pas comme ces connasses manichéennes de féministes.

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Petite obsession pour les "pédés" chez Charlie Hebdo (mais comme on est de gauche, on a le droit de parler de pédés vu qu'on est pas homophobe qu'on a des amis homos et puis merde à la fin elle nous les brise la féministe). Je vous jure que cela pose un peu question de vous voir penser sans cesse à l'homosexualité dans ces termes-là à propos de tout et rien. Personnellement, une médaille sur la poitrine d'un sportif ne me fait pas spécialement penser à l'homosexualité mais je dois être bizarre.

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Homosexuels que Charlie-Hebdo voit un peu comme dans les années 80. (on s'attend à tout moment à voir débouler Michel Leeb et ses lamentables imitations pour que le tableau soit complet). "Hihi viens vas-y on représente un pd cuir qui récite du Ronsard, c'est rigolo, c'est décalé".

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Comment fait-on quand on veut se moquer de quelqu'un qu'on déteste ? On le déguise en fille ; pensez-donc c'est tellement drôle et ridicule un homme habillé en femme. Comment ? Vous me dites que c'est ce que les réactionnaires passent leur temps à faire ? Impossible voyons on parle de Charlie hebdo, un peu de décence voyons.

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Vu le pouvoir de l'infante d'Espagne, on se demande bien ce que viennent faire ses démêlés judiciaires avec l'IVG, à moins, MAIS POUR LE RIRE EVIDEMMENT, de faire un dessin ou l'on traite les femmes de salopes. (souvenons nous des 343 - 343 point barre -  au passage).

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Riche moisson sexiste pour cette semaine.
Je devance :
- "mais tu ne rigoles de rien"
- "mais tu veux les interdire ou quoi ?"
- "on ne peut quand même nier que les féministes sont sectaires"
- "le problème avec le féminisme c'est" (oui moi je sais)

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  30 réponses sur “Charlie-Hebdo ; analyse critique (n°2)”

  1. C'est fou : en lisant la première ligne du premier article illustré, je me suis rendue compte qu'il y était écrit "Tour de France féminin" et "Coupe du monde". Cela n'a en fait rien d'étonnant mais je ne l'avais jamais remarqué avant : le sport est forcément masculin. Tellement que ça n'est même pas précisé, alors que les femmes le sont toujours. Basket féminin, handball féminin... jamais on n'a entendu Tour de France masculin.

    Et c'est moi où il y a un vieux relent d'exotisme dans le "ô ma Najat" (qui est à pleurer de désespoir) ?
    Cela dit, j'ai une explication quant au fait qu'on n'appelle jamais les hommes politiques par leur prénom : il y a bien trop d'hommes politiques. Comment saurait-on si l'on parle de François ou de François ? Et puis ces Jean-Luc, Jean-Marie, Jean-François, il y a de quoi s'emmêler les pinceaux.
    Alors qu'entre Roselyne et Rachida, c'est beaucoup plus simple. Et puis Kosciusko-Morizet et Vallaud-Belkacem, c'est long à écrire et chiant à prononcer. Ahlalala, toujours voir du sexisme là où on trouve des comportements parfaitement justifiés.
    (ceci est un sarcasme hein. je précise au cas où.)

    "L'égalité sexuelle c'est aussi ça, admettre que la pédophilie existe au féminin" : je... euh. what. Mais personne n'a jamais nié une chose pareille en fait ? Je ne vois pas très bien en quoi c'est un argument de quoi que ce soit... j'ai loupé l'épisode où les féministes brandissaient le casier judiciaire vierge de toutes les femelles de France ? (ça s'appelle vierge, c'est pas pour rien sûrement !).
    Et sinon demain, on admet que les poils existent au féminin ? ah non pardon, c'est moche.

    (par contre j'avoue, j'ai souri devant la bd du chaton u___u )

    • "poils" existe bien au féminin et s'écrit "poeles"(je sais pas comment on met le tréma sur le "e")
      et je me suis bien marré avec ta parenthèse sur le casier vierge
      amicalement,d'un vieux con qui se pense féministe

  2. Il n'y a rien de pire, pour la bêtise ou la haine, que de se voir citée, rien qui ne leur soit plus impitoyable que de les citer à comparaître. C'est que bêtise et haine témoignent alors contre elles-mêmes, et leurs auteurs et leurs amis sont révoltés de ce que l'on ose recourir à pareil procédé contre leurs propos.

    L'humour de Charlie Hebdo "prouve" laborieusement une chose: que les blagues misogynes et homophobes font rire les masculinistes de gauche qui les conçoivent. Lesquels rient d'autant mieux à leurs propres facéties qu'ils savent que ce rire rappelle à chacun et chacune sa place dans la hiérarchie hétérosexiste, et que la place des hommes virils et humanistes se trouve au sommet de cette hiérarchie. De là, ils dispensent généreusement aux inférieures leurs jugements définitifs sur ces luttes qu'elles mènent si mal, et malhonnêtement, en plus.
    Bien sûr, au sein de cette hiérarchie, les hommes de droite se trouvent eux un tout petit peu moins haut: il faut dire que, du haut de leurs privilèges, au lieu de faire comme leurs conscrits de gauche des blagues désopilantes certains d'entre eux osent ne pas afficher les moyens physiques de leur prétention à la force et la virilité. Il convient donc de leur signifier leur moindre masculinité, en les féminisant, c'est plus clair et en plus, c'est tellement rigolo et subversif d'habiller avec une robe un homme qu'on aime pas - après avoir dessiné un homosexuel moustachu en cuir, pour qu'on comprenne bien qu'on est tolérant et qu'on est pas homophobe comme à la tanif pour mous, non! mais que, quand même, ce serait pas un peu ridicule, un homme qui essaye d'être efféminé et d'aller contre sa nature?

    Charlie Hebdo n'est plus guère qu'une opération de fausse conscience républicaine, très banalement masculiniste et raciste. La lutte, que mènent celleux qui les subissent, pour la fin des rapports de domination, et donc l'intelligence de ces rapports n'intéresse plus guère ses rédacteurs que très accessoirement; et seulement dans la mesure où leur entreprise de ravaudage de la vieille hémiplégie politicienne peut instrumenter femmes, homosexuels et racisés, et leurs luttes.
    Elle ne le fait jamais qu'au seul profit de ce chiffon en lambeaux qui fait l'identité de Charlie hebdo comme de ses pauvres lecteurs: pouvoir se satisfaire de se dire républicains face aux fascistes qui menacent la république, "de gauche" face aux républicains de droite, et par dessus le marché, si subversifs et tellement drôles face aux déplorables et incessantes jérémiades des femmes, racisé-e-s, lesbiennes et homosexuels .

    On peine à imaginer objectif plus misérable.

    Mais écrire des articles comme le vôtre, et un commentaire comme le mien, c'est, sinon menacer la Liberté de la Presse de répéter et renforcer crassement hiérarchies, clichés et stéréotypes en s'appuyant sur eux; au moins blasphémer et outrager sa Sainte, Masculine et Libérale Cause!

    • Martin, vous êtes génial. Vous avez au moins une archive de vos commentaires ?

      • Votre réaction me fait plaisir, bien sûr.

        Mais le plus important - prendre la peine de mettre en évidence, malgré le caractère peu ragoûtant du matériau, le grossier et banal masculinisme teinté de racisme qui officie à Charlie Hebdo sous le prétexte de l'humour - a ici été fait par l'auteure du blog. C'est elle qu'il convient de remercier.

        Bien sûr, je me dois pour ma part de créditer aussi les contributeurs de l'hebdo eux-mêmes - lesquels gesticulent tout de même depuis plus de vingt ans pour signaler, sans grand résultat, aux amateurs de critique que leur ambulance intellectuelle et républicaine de gauche est en panne.
        C'est dire si l'exercice de faire aujourd'hui un carton dessus, malgré le peu de difficulté qu'il implique, ne me semble pas dénué d'enjeu. (c'est d'ailleurs, et fort heureusement, un exercice pratiqué depuis longtemps par d'autres que moi)

  3. Merci pour ces deux billets qui mettent bien le doigt sur ce qui coince. Je me souviens plus jeune avoir eu un exemplaire du dit magazine entre les mains, et quelque chose me gênait déjà, sans que je puisse précisément le formuler. Depuis je me suis mise à lire des blogs comme le tien, et je sais mieux expliquer pourquoi certains types d'"humours" me laissent ce sentiment de malaise.

  4. Je suis assez d'accord avec votre article, mais faut juste m'expliquer en quoi le "maurice et patapon" est insultant envers les homosexuels.

    • C'est l'utilisation du terme pédé (à plusieurs reprises en plus) qui est insultant envers les personnes homosexuelles.

    • pédé est une insulte. les mots ont un sens et il convient de manier les insultes avec précaution même si c'est par dérision ou pour se moquer de ceux qui les emploient.
      aux états-unis pour dire le mot "nègre" on dit "the n word". cela peut sembler ridicule et précautionneux mais cet usage montre qu'une chose a très bien été comprise ; employer un mot raciste/homophobe/what ever, quel que soit l'usage qu'on veut en faire, fige le mot.
      que je dise "pd" pour dénoncer les homophobes ou "pd" parce que je suis homophobe ne change pas les chsoes, j'ai utilisé un mot homophobe et je lui donne une existence, une réalité.
      vous pouvez lire à ce sujet Butler Le pouvoir des mots Politique du performatif.

      • Ce qui serait bien, ce serait que vous (ou d'autres personnes ayant vos convictions) fassent des journaux à la charlie, histoire que les lecteurtrices puissent avoir le choix.
        Malheureusement, sans doute pour des raisons financières, ou d'organisation, j'ai toujours le sentiment qu'il est très difficile de passer la dénonciation et de lancer des projets plus concrets (dans tous les domaines: on trouve beaucoup de blogs écolos par ex, mais il est toujours difficile de rentrer dans une démarche concrête: les obstacles sont nombreux) et c'est un manque il me semble. Les projets concrets, quoique souvent imparfait, ont un impact très grand sur les gens et sur soi-même. Se former, exercer un métier, réaliser soi-même un objet, sont des tâches beaucoup plus satisfaisantes pour soi que d'être dans la réaction. Les médias sociaux sont une plaie à ce niveau d'ailleurs. Moi-même, par ce commentaire, perd l'occasion de réaliser quelque chose de concret.

        Par exemple, olympe propose d'aller écrire des articles de wikipedia: ça a l'avantage de ne pas coûter d'argent (ou peu) car c'est en ligne, mais l'impact potentiel est néanmoins fort, car il s'agit de proposer des objets (textes) nouveaux, donc d'élargir la culture, au lieu d'enlever quelque chose qui existe. Fonder un journal d'humour propre et respecteux, par opposition à l'humour sale et méchant de Charlie serait je crois un élément fort de construction de l'égalité réelle. Choron, Cavanna et cie y sont arrivés dans les années 70, ça doit être possible aujourd'hui, non? Il y a bien plus de dessinatrice aujourd'hui qu'à l'époque par ex. Et les coûts de publication ont plutôt baissé, en faisant ça via le web.

        • Sans même aborder le douteux credo sur le "choix" à donner aux pauvres lecteurs et lectrices obligés de lire Charlie, faute d'hebdo un peu plus enclin à accepter de prendre en compte les points de vue des infériorisé-e-s, votre commentaire en mode yfaut yaka a tout de même quelque chose de profondément désobligeant.

          Il me semble que ce qui pose problème, spécifiquement à gauche, et en particulier chez Charlie, c'est cette espèce de facilité qui voudrait que quiconque se dit "de gauche" devienne magiquement le meilleur allié des femmes, homosexuels et racisés.
          Notre citoyen se satisfait alors de rester dans la seule dénonciation opportune, et la pure réaction, vis à vis des grands méchants racistes homophobes et misogynes réactionnaires de droite: certains font même un hebdo pour ça, sans jamais, par ailleurs, se sentir tenus de devoir interroger concrètement, même imparfaitement, leur propre masculinisme, leur propre racisme.
          Il me semble que ce qui pose problème, c'est que les féministes et les racisés qui osent déconstruire là où ellils se trouvent le racisme et le masculinisme qui farcissent aussi les têtes citoyennes de gauche, surtout lorsque ces dernières croient faire du "second degré", se voient aussitôt reprocher d'être dépourvues d'humour, pas intégrés, excessivement susceptibles, etc. Reproches caractéristiques d'une attitude de privilégiés conscients de leurs privilèges, et de ce que, le rapport de forces leur étant favorables, il peuvent se permettre, comme d'habitude, de dénigrer et mépriser à leur guise les infériorisé-e-s.

          Enfin, il me semble que, comme le dit un vieil adage révolutionnaire, "tout ce qui existe mérite de disparaître", et que sans aller jusqu'à parler de révolution, cette pauvre chose qui reflète et façonne en permanence les rapports de domination, que l'on nomme Culture, n'a certainement rien de ce fétiche intouchable que l'on brandit souvent à gauche: et par exemple, entendre et lire un petit peu moins d'étalage complaisant de mépris et de haine des infériorisé-e-s constituerait une forme d'appauvrissement de cette culture assez peu regrettable, surtout pour qui prétend lutter contre les rapports de domination.

          Il se pourrait qu'un tel changement demande aux géniaux créateurs qui enrichissent tellement la Culture en réalisant Charlie Hebdo, et à tous leurs amis républicains de gauche, de renoncer à ce si original et si précieux humour de fin de banquet qui les caractérise, comme à leurs sympathiques et confortables certitudes sur le sens tellement subversif des propos qui les font rire.
          Mais voilà qui tombe plutôt bien: plus d'un militant antiraciste, plus d'une militante féministe ont déjà fait remarquer que la fin du système de rapports de domination qui infériorisait des pans entiers de l'humanité, passait aussi par un effort personnel, de la part de ceux qui se trouvent y être les privilégiés, et en être les agents, de remise en question et de critique de leur propre position comme de la conscience qu'ils en ont,.
          La lutte contre le masculinisme et le racisme n'engage pas que les féministes et les militant-e-s lesbiennes, homosexuels, les indigènes de la république, les militants anticoloniaux. Elle demande aux hommes blancs hétéros comme moi d'interroger la part qu'ils prennent dans ces rapports de domination. A ce sujet, ceux des hommes blancs hétéros qui se disent citoyens et de gauche n'ont pas plus de droit à l'irresponsabilité que quiconque, et encore moins celui d'attendre des femmes, homo et racisés d'assumer, lors de leurs luttes, une quelconque espèce de contribution exotique au pluralisme de l'offre culturelle libérale.

        • tu crois vraiment que hara-kiri était un journal propre et respectueux??? avec "le journal bête et méchant" comme devise?
          c'était au contraire la preuve qu'on pouvait faire des blagues limite obscènes sur les homos, les noirs, les arabes, les juifs et les cathos,ET les femmes sans être ni homophobes, ni racistes, ni machistes, mais ils ont fait hurler les féministes de leur époque, et si quelqu'un voulait refaire un Hara-Kiri aujourd'hui il se retrouverait avec un procès dès le premier numéro.
          C'est justement ce que j'aime chez Hara-Kiri : ils se moquaient de tout, même de ce dont "on ne doit pas se moquer"
          et pour moi ces bd de Charlie hebdo n'ont rien de choquant, certaines sont même marrantes, par rapport à ce dont des mecs VRAIMENT sexistes sont capables

      • Hé bien c'est là que je me dis qu'il y a encore du boulot (enfin, sur moi surtout, pour le reste il me suffit d'ouvrir les yeux/le journal/la télé/la porte) : cette bd m'a amusée et je n'ai pas compris ce qui y était gênant. J'ai supposé que c'était la répétition, le fait que les homosexuel·le·es étaient mentionné·e·s dans toutes les bds du magazine qui était gênant.

        Je n'ai absolument pas tiqué sur le mot "pédé".
        C'est un mot que je n'emploierais pas moi-même (il est rare que j'utilise l'argot/la grossièreté de toute façon), mais dans le contexte de la bd il a sonné pour moi comme un mot grossier (comme on dirait chiottes pour toilettes) et pas une insulte. Et je me rends bien compte maintenant que oui, j'aurais dû tiquer.

        Pas facile, de se déshabituer de choses aussi bien engrainées...

        • Personnellement, ce qui m'a mis la puce à l'oreille, c'est que alors qu'il est dit "juifs", "communistes", "tziganes" pour les catégories associées, il est dit pour les homosexuels, "pédés".

          Si la phrase avaient été "les youpins, les cocos, les manouches et les pédés", ça aurait été caché dans un nuage d'insultes. Là, "pédés" tend à ressortir. Pourquoi est-ce l'insulte qui est utilisé dès qu'il s'agit des homosexuels ? Pourquoi ne pas l'avoir étendu aux autres catégories ?

          Comme quoi une blague qui n'est pas si mal en soit est non seulement gâchée par l'homophobie ordinaire, mais elle permet aussi de mettre au jour cette homophobie ordinaire, de gens qui se croit permis et dans leur bon droit d'apostropher les homosexuels par une insulte.

          • Je crois que cette complaisance tient au fait que l'insulte "pédé" est réclamée dans les milieux LGBT radicaux (qui s'appellent aussi trans-pédé-gouine, TPG). Donc si un jour tu as entendu un gay radical (et même pas radical, en fait) dire "pédé", ben tu penses que ça se dit. Non, ça se dit quand ça se réclame pour soi, ça ne se dit pas pour les autres. Alors le/la journaliste qui pense pouvoir dire ça parce qu'il a côtoyé de loin des personnes qui réclament ce mot, et qui l'utilise dans le mainstream sans penser que 96 % de ses lecteurices le liront différemment, ben c'est quelqu'un-e qui oublie que les mots, qui les dit et qui les reçoit, ça a un sens... (Et moi, perso, je dis "pédé" dans le milieu et "gay" en-dehors, parce que ce ne serait pas le même mot.)

            Ça me fait penser à une scène de Treme, la série de David Simon qui se passe à la Nouvelle Orléans. Un des protagonistes est un mec très cool, qui est à fond dans l'esprit afro-américain du quartier, un zicos qui explose de coolitude. Tellement cool qu'il est blanc mais il l'a oublié, c'est un détail, alors il dit le "n word", "nigger", à un Noir et quand celui-ci lui demande des comptes il lui explique qu'il EST l'esprit du Treme, alors lui il a le droit. Ça finit avec un poing bien mérité dans sa gueule.

            Avec Charlie, on a clairement un Blanc bien coolos, libéral-libertaire, qui se lâche de beaufitude et de mépris parce qu'il pense avoir fait ses preuves. Bon, ça fait depuis 1999 que dans ses colonnes on demande le bombardement des pays de merde qui n'ont pas choisi les bons dirigeants, mais je crois que c'est sur cette confiance aveugle en soi que Charlie donne à manger aux beaufs. En croyant ne pas en être.

  5. Je suis d'accord avec l'article, par contre la BD avec l'infante d'Espagne, je ne vois pas en quoi c'est sexiste. Ce n'est pas l'auteur qui traite les femmes qui vont aller avorter en France de salopes, puisque c'est le personnage dessiné de l'infante qui parle. En fait je le vois plutôt comme une dénonciation de toutes ces personnes qui traitent de salopes les femmes qui avortent, tandis que quand une membre de la famille royale détourne de l'argent là ils ne disent plus rien. Dans le dessin l'infante essaie de "justifier" sa fraude fiscale, mais au final elle en devient complètement ridicule parce qu'elle sort un argument complètement bidon qui n'a aucun rapport avec ce qu'elle a fait ("moi je fais de la fraude fiscale, mais moi au moins je ne suis pas comme toutes ces salopes qui avortent!"). Peut-être que je me trompe, mais en voyant le dessin je le vois plutôt comme "la famille royale fait des magouilles incroyables mais on préfère taxer les femmes qui veulent avorter de criminelles" Mais ce n'est que mon ressenti :)

    • Je suis d'accord avec clarybulle. Je ne goûte pas Charlie Hebdo (ça doit faire au moins dix ans que je ne l'ai pas lu), mais je trouve que c'est un procès d'intention que de prendre chaque trait d'humour de leur part pour du premier degré. Après, les textes cités sont particulièrement mauvais.

      (même remarque pour le dessin de Zemmour, qui il me semble se moque des obsesions de Zemmour, non des hommes habillés "en femmes" en général)

  6. [...] La première est ici. Comme la question m'a été sérieusement posée, je préfère préciser à celles et ceux qui l'ignoreraient, que je n'ai pas le pouvoir ni l'envie de censurer un journal, je me contente donc de pointer ce que je trouve problématique, entre autres en matière de sexisme, dans Charlie-Hebdo. ...  [...]

  7. Bravo pour ce décryptage.
    Sur le traitement scandaleux des musulmans dans Charlie Hebdo il faut lire l'excellente analyse d'Olivier Cyran dans Article11 : http://www.article11.info/?Charlie-Hebdo-pas-raciste-Si-vous

  8. 100% d'accord avec l'article. Par contre en ce qui me concerne, je ne considère pas Charlie Hebdo comme un journal de gauche.

    Il se revendique peut être comme tel (avec des sourires gênés j'imagine), mais le PS aussi, et le PS est autant "de gauche" que le dernier Pape en date.

    Charlie Hebdo est plutôt un journal de centre droit avec des relents bruns, ils ne se gênent carrément pas pour être racistes (voir les caricatures sur les arabes et les noirs repiquées chez un gros faf néérlandais).

    Enfin bref, ca n'enlève rien à cette impeccable démonstration.

  9. Je reste un peu dubitatif face à ce genre de critique. CH entretient sa réputation pour son goût de la provoque et ils ne font évidemment pas toujours dans la dentelle. Je ne lis plus depuis longtemps mais pour d'autres raisons que celles évoquées dans l'article. Il n'empêche qu'il s'agit en général d'un humour au second degré qui s'en remet aussi à l'intelligence des lecteurs pour l'interpréter avec la distance nécessaire. Ce n'est certes pas toujours réussi et parfois un peu limite mais cette idée d'auto-censure avec sa mise à l'index de mots à proscrire me fait un peu froid dans le dos par sa tendance inquisitoriale.

    • Vive la liberté d'expression pour l'humour beauf maquillé en provoc' faussement subversive (qu'on soit clair c'est juste facile, bête et méchant, et surtout sélectif), mais ne va pas utiliser cette même liberté d''expression pour en critiquer le contenu (quel contenu ?) sinon ça pourrait faire "froid dans le dos par sa tendance inquisitoriale" ?

      Parce que ce vocabulaire, le choix de mots à thème "dictatorial", avoir recours au rabaissement ("qui s'en remet aussi à l'intelligence des lecteurs" oui parce que les "chichiteux" sont des cons eux même pas besoin d'argumenter) pour un billet de blog concernant une presse à grand tirage donc bénéficiant d'une visibilité sans commune mesure au sien, c'est surtout pas pour dire en filigrane de "la fermer", non surtout pas.

      Parce que l'humour d'entre-soi aux détriment des autres, pour peu que ça remet pas en cause son petit monde, vaut bien quelques indignations.

      ---> http://uneheuredepeine.blogspot.co.uk/2012/08/lhumour-est-une-chose-trop-serieuse.html && http://uneheuredepeine.blogspot.co.uk/2012/08/pour-etre-laissee-des-rigolos.html

  10. Un journal féministe/humoristique? L'humour est à ce point colonisé par le machisme que ce sera difficile de se faufiler entre les icebergs. Mais ça vaudrait la peine de s'y coller.

    • Oui, vite une charlotte hebdo ! Putain, on va se marrer !

      • Charlie Hebdo ayant été nommé ainsi en l'honneur de Charlie Brown, la version féminine devrait s'appeler Lucy Hebdo.
        Le risque étant qu'elle passe pas mal de son temps à psychanalyser Charlie et à le faire tourner en bourrique.

  11. Pour avoir lu dans les commentaires des appels à créer des alternatives à Charlie Hebdo,
    on peut se rabattre sur CQFD, qui a justement été fondé (entre autres) par un ancien de Charlie, Olivier Cyran (cité aussi dans les commentaires précédents).
    http://cqfd-journal.org/

  12. Cela fait 20 ans que je trouve Charlie Hebdo (le nouveau de Val; je suis trop jeune pour avoir lu l'ancien, ce n'était pas de mon âge) très beauf. L'humour pipicaca (ah les mouches qui tournent autour des politiciens qu'on n'aime pas) débouche vite sur des plaisanteries sur le physique, des vannes sexistes faciles, ou sur des moqueries gratuites sur quiconque ne pense pas pile comme le rédacteur de l'article.

    Alors bien évidemment, les gens de "gauche" qui bouffent du curé et de l'imam trouvaient ça drôle, mais en fait c'était pas très marrant.

    Je m'étonne qu'il ait fallu tant d'années pour qu'on en vienne à critiquer ouvertement ce canard; c'était déjà très mauvais vers 1995. C'est sans doute lié à la dérive droitière de Val, qui n'a plus fait mystère de ses ambitions, sans parler du split avec Siné. Mais Siné aussi, c'est très beauf (et Siné vieillissant ne fait plus mystère de ses opinions sur les musulmans et les juifs..).

    • petit inde ; beauf ne veut rien dire et sert juste à dépolitiser ce qu'on dénonce à savoir le racisme et le sexisme chez CH.

      • Le "beauf" est le type content de lui-même, sûr de son bon droit, et en même temps grossier et vulgaire; terme popularisé par Cabu, un des piliers historiques de Charlie. Le beauf est certes raciste et sexiste, mais c'est plus que cela.

        Charlie Hebdo, c'est la facilité, d'un bout à l'autre. C'est vraiment facile de s'adresser à un lectorat pour lui dire ce qu'il attend, et se moquer de ceux qu'il n'aime pas. Le lectorat de Charlie n'aime pas les religieux, on va donc lui montré des curés pédophiles qui sodomisent des petits garçons et des imams dingues. Il est sûr de son bon droit de français "de gauche" civilisé, on va donc se moquer des pays qui le seraient moins.

        Et quoi de plus facile que de faire des blagues sexistes, racistes ou de se moquer des homosexuels? Comme on est "de gauche", on a tout les droits, et puis Val ou Charb a bien un ami homo quelque part...

        Ce qui est surprenant, c'est que ça ait tenu aussi longtemps. Bon ok certains chroniqueurs relevaient un peu le niveau...

  13. [...] Charlie-Hebdo ; analyse critique (n°2) [...]

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