juin 192013
 

Il y a quelques temps j'ai lu un commentaire sur un sujet sur le viol, commentaire dont j'ai beaucoup de mal à me remettre. Je ne linke pas et me contente de vous narrer l'histoire (pour ne pas que vous alliez pourrir le blog de la copine en fait).
En clair l'homme a conscience d'avoir violé minimum deux fois ; l'une fois lors de l'état semi comateux d'une fille. L'autre fois lorsqu'il a vu que la résignation de sa femme n'était pas du consentement. Le discours est classique : chaque homme peut être un violeur (mais rires), j'ai violé (peut-être plus de deux fois je ne sais pas) MAIS je ne recommencerais plus car j'ai deux filles. Comme il dit il projette dans des "victimes abstraites", des femmes qu'il a aimées et ainsi le viol le dégoûte (visiblement en revanche l'amour qu'il avait pour sa femme n'a pas suffi à ne pas la violer ?).

Mais comme il dit, il est maintenant immunisé car il a deux filles et a lu le blog de ma copine qui l'a amené à réfléchir.

Et donc que faire avec cela ?

Je suis au passage TRES surprise de certaines réactions sur twitter où, pour certains vous l'avez trouvé "courageux". Merde. MERDE. Etre courageux c'est témoigner qu'on a été violé-e (note ne pas témoigner ne signifie pas qu'on ne l'est pas hein :) ) . Poster anonymement qu'on a violé n'a RIEN de courageux. Poster qu'on ne violera plus n'a RIEN de courageux. Si on en est à la distribution de cookies face à de tels comportements c'est plus que problématique (chose que la blogueuse qui lui a répondu n'a évidemment pas faite). Passons sur le fait que ce type nous explique qu'il souffre (mais bien sûr), qu'i lest bien malheureux et autre annerie de gens qui passent leur temps à penser à leur souffrance au lieu de celles qu'ils ont infligées.

Il y a entre 50 000 et 75 000 viols par an. On connait à peu près les victimes car il y a des études, elles parlent via le biais d'enquêtes. Comme seulement 10% d'entre elles portent plainte et que seulement 10% de ces plaintes aboutissent à une condamnation, on a peu d'éléments sur les violeurs.  Je pense même que n'est représenté en cour d'assises qu'un type de violeur bien particulier, très loin de ce qu'on sait du violeur (connu de la victime etc).

De deux choses l'une. Soit 50 000 nouveaux hommes violent  chaque année (et on est davantage dans la merde qu'on ne le pensait), soit les violeurs multirécidivent ; il ne peut en être autrement. Je tends à penser que les violeurs sont multirécidivistes ; ce qui, oui, irait à l'encontre des statistiques sur le viol mais, qui, comme je l'expliquais au dessus, sont fondées sur un type de violeur bien particulier.
Je pense que le profil de ce type au dessus est typiquement le profil lambda du mec qui a violé. Celui ci en a pris conscience (j'avoue que j'en ai un peu rien à foutre, je trouve que c'est une immense violence un mec  qui vient dire qu'il a violé sur un article où une femme parle de son viol), sa prise de conscience est toute relative il "s'est conduit en violeur" (et "n'est pas un violeur") et "commet des forfaits". Je ne sais pas à quel point il y a prise en compte des viols , je pense qu'il n'y en a aucune car l'idée du viol est tellement soumise à de idées reçues (le violeur dans un parking, les yeux exorbités) que la plupart des violeurs n'ont aucune idée qu'ils en sont. Il suffit au passage de parler un peu avec des avocats, des éducateurs, des policiers pour voir que les violeurs arrêtés et condamnés ne comprennent d'ailleurs souvent pas du tout pourquoi ils le sont.

Néanmoins on fait quoi avec cela sérieusement ? On connait toutes et tous des victimes de viol.  Où sont les violeurs ? Evidemment vous allez me répliquer que personne ne va censément se dire violeur. Sauf que des études nous ont montré que si on interroge un groupe d'hommes lambda en leur posant des questions sans prononcer le mot "viol", un pourcentage dira que oui il pourrait adopter des conduites qui sont des viols.

On a beaucoup parlé de viol ici ces derniers temps (trop bien que de bons moments on a passés). Il y a bien un moment où il va tout de même falloir faire quelque chose de toutes les discussions qu'on a eues, des réflexions posées. Il y a 50 000 viols par an, avec des victimes identifiées et zero violeur (ou alors le monstre de la télé).

Je pose la question simplement ; que fait-on. Vous êtes nombreux, très nombreux à me dire qu'il y a des priorisations de combat et que des choses sont importantes, d'autres non. Ok le viol c'est important; Donc on fait quoi. Quelles méthodes d'éducation, quelle méthodes de prévention, faut-il punir (pourquoi je sens que ce volet va vous passionner) et si oui, comment ? Je renvoie au lien déjà donné où un test a été donné à des étudiants ; première piste.

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  55 réponses sur “Où sont les violeurs ?”

  1. Je me demande si « se conduire en violeur » n’est pas plus porteur qu’ « être un violeur ». Se conduire en violeur, c’est implicitement affirmer que tout le monde peut être un violeur ; que le risque est présent, que la société y pousse, et qu’il est du devoir de chacun de veiller à ce que la question du consentement sois respectée.

    Alors qu’ « être un violeur » c’est une définition, une essence. Être un violeur ce n’est être qu’un violeur, exclusivement un violeur. Et comme ceux qui violent sont convaincus d’être des mecs biens, des mecs polis, des gens gentils et attentionnés, ils ne peuvent pas « être des violeurs ». Par contre, ils seraient, je crois, plus susceptibles d’admettre qu’ils se sont conduits en violeurs et donc qu’ils ont violé.

    Alors oui, c’est beaucoup se préoccuper de gens qui sont coupables. Mais après tout, personnellement, j’ai envie qu’on s’occupe des coupables. Pour éviter la récidive, d’abord, puisqu’on sait qu’un criminel/délinquant bien suivi et donc auquel on accorde de l’attention est un criminel/délinquant qui récidive beaucoup moins.

    Par contre je ne sais pas quoi penser de ton affirmation sur les violeurs récidivistes. Les stats te contredisent comme tu le reconnais, et je vois mal quelles questions poser pour évacuer ce biais.

  2. Comme toujours, tu poses de bonnes questions et là, tu poses une question que je me pose moi même en ce moment : comment on sort de ça. De cette culture du viol, de cette violence omniprésente. Qu'est ce qu'on fait. Est ce qu'on parle d'ailleurs aussi de victimes et d'agresseurs pour ne pas dire que des hommes violents des femmes (mais aussi des hommes) pour ne pas trop choquer ?(oui parce qu'il parait que ca se fait pas de dire que des hommes peuvent violer etc) Je crois que déjà ce genre de texte que tu écris contribue à poser des réflexions intéressantes parce qu'il engendre des questions. Malheureusement, je vois bien que les réponses ne me satisfont pas. Les campagnes de prévention sont vite oubliées. Le mouvement de la Slutwalk zappe peut être parfois un peu la notion de consentement au détriment d'une sexualité libre et à tout prix. Peut être qu'on devrait tout recommencer sur la notion de consentement, le redire encore et toujours. Peut être qu'on devrait aller expliquer ça dans les lycées, collèges, plutôt que de donner des préservatif et de dire "allez y, amusez vous". Peut être que la société a clairement oublié ça ou ne veux juste pas l'admettre que le consentement est la base d'un rapport sexuel.

  3. Déjà avoir une conversation sérieuse avec ses amis sur la notion de consentement pour pouvoir identifier et résonner certain peut être utile (à petite échelle), à plus grande échelle un cours la dessus au collège,au lycée ET à l'université. Pour que les précoces et ceux un peu en retard puissent vraiment comprendre de quoi on parle : j'étais tellement tardive la dessus que au collège j'avais rien compris aux discussions de ce genre (sur les mst principalement) j'estime donc que pour moi, ça m'a juste fait peur, puisque j'apprenais l'existence de pratique en même temps que les maladies qui allaient avec.

    Après à long terme, bien éduquer son fils et sa fille la dessus, pour qu'ils comprennent ce qu'est le consentement. Ce qui est bien et ce qui est mal tout ça.

  4. Deux pistes à explorer:
    - prévenir (limiter ?) l'accès des enfants à toute manifestation de l'hypersexualisation de la société actuelle qui, dans leur esprit, "chosifie" l'autre ;
    - éduquer les enfants dans l'idée que "Non, c'est non !" (ils savent très bien ce que ça veut dire) et qu'on ne fait pas autrui ce qu'on ne voudrait jamais subir ;
    - accorder un plus de place de place au discours des hommes violés.

  5. [...] Où sont les violeurs ? Il y a quelques temps j’ai lu un commentaire sur un sujet sur le viol, commentaire dont j’ai beaucoup de mal à me remettre. [...]

  6. Tout le "mérite" du commentaire de ce type est, à mon sens, de montrer la réalité dégueulasse comme ce qu'elle est : les pires violeurs n'ont généralement même pas conscience de ce qu'ils font. Certes ils se disent bien que bon, cette fille complètement saoule, elle est peut-être pas d'accord, elle dirait peut-être non si elle était plus consciente, mais du coup ben c'est pas grave. Et puis cette autre fille, finalement, si elle a dit oui après 2h de demandes insistantes, c'est peut-être qu'elle était pas totalement contre, non ?

    Comme tu le dis les violeurs jugés et condamnés ne sont pas représentatifs. Pour un violeur réellement conscient de ses actes et qui se fait condamner, combien d'hommes qui sont techniquement des violeurs mais n'ont aucune conscience de cela ? Le nombre de connards que j'ai croisé en soirée qui se tapaient dans le dos à l'idée de "baiser" une nana qui ne trouvait plus le nord dans la salle de bain, avaient-ils conscience d'être des violeurs ? J'en doute fortement. Ils s'imaginent sans doute être des tombeurs, des dieux du plumard qui collectionnent les conquêtes, et conservent bien en tête le mythe du violeur avec un couteau au fond d'un parking la nuit.

    Peut-être que le commentaire de ce gars amènera certaines personnes à comprendre qu'effectivement le violeur est souvent monsieur tout le monde et qu'elles en ont peut-être vu de très près sans les soupçonner, comme c'est mon cas... Après, pas question de lui jeter des fleurs. Je n'ai pas eu l'impression qu'il cherchait une quelconque absolution, et son commentaire ne diminue en rien le fait qu'il soit bel et bien un violeur. J'aurais tendance à estimer que le fait qu'il le comprenne est déjà un pas en avant, mais c'est parfaitement discutable j'en conviens.

  7. Bonjour,

    Comme c'est tres bien indiqué il faut deja decrire la notion de consentement, nombreuse sont les affaires de "faux" viol également et clairement c'est un sujet obscur pour beaucoup. Je connais par exemple une personne accusée de viol juste par "vengeance".
    Je vous avouerais que c'est plutot complexe comme sujet au final du fait que le consentement soit en partie un sentiment et qu'il peut etre donc libre de jugement et facilement modifiable, il est sur que les comportements sont de plus en plus bisard. Je repense a une emission ou des enfants de 11 à 13 ans etait impliqué dans un "viol" la petite de 11 ans a etait surprise entrain de pratiquer une fellation a un des 2 garcons, elle a indiqué y etre forcé hors suite a l'enquete il c'est averé que la petite avait dit en premier lieu "leche moi la chatte" à 11 ans, oui le probleme d'education est bien la.

  8. J'ai lu le commentaire en question dans cet article, et je dois avouer que j'ai trouvé comme Dam que c'était un premier pas.

    Ce n'est pas idéal, notamment la prise de conscience à partir de ses filles pose question. Mais il a fouillé dans ses souvenirs, et il a remis en question son comportement.

    Il faut éduquer au consentement en même temps qu'éduquer à la sexualité. Y a qu'à voir les parallèles que certains font entre homosexualité et pédophilie ou zoophilie pour se rendre compte qu'ils n'ont rien compris à cette notion de consentement.

  9. "il c’est averé que la petite avait dit en premier lieu « leche moi la chatte »"
    Ah parce que quand on a dit ça, on peut ensuite nous forcer à faire une fellation, c'est pas un viol ?
    Enfin je ne connais pas l'affaire, mais c'est raconté bizarrement.

    " éduquer les enfants dans l’idée que « Non, c’est non ! » "
    Et davantage, parce que l'absence de non, il faut en parler aussi, ce n'est pas synonyme de consentement.

    Je n'ai que 22 ans, c'est à dire que mon collège et lycée ne remontent pas à très très loin. Je n'ai eu d'éducation sexuelle qu'en fin de lycée, rien avant, et on a uniquement parlé d'IST et de reproduction. Je pense que c'est un gros problème.
    C'est le féminisme qui m'a fait découvrir que le viol c'était pas que dans un parking souterrain avec une arme.
    Vu la misogynie dans laquelle on baigne dès tout jeune, ne pas avoir d'éducation sur le consentement et sur ce qu'est un viol explique probablement en grande partie la situation.

  10. Ce texte est vraiment très intéressant. Personne n'a de réponses toutes faites à ces questions, mais je pense, comme beaucoup d'autres, que ça passe en premier par l'éducation. L'éducation au consentement, à la parole avant, pendant, après l'acte.
    Mais bien sûr, comme on baigne dans la culture du viol, il faut aussi la déraciner. On sait tou-te-s combien c'est difficile et une lutte de chaque instant, mais amha, c'est un des moyens de faire comprendre aux violeurs qu'ils en sont.

  11. Je rebondis sur le premier commentaire. Pourquoi "se conduire en violeur" ? Parce que pour tout le monde, le violeur c'est ce mec qui surgit d'un buisson, armé d'un couteau. Pas d'arme, pas de coup = pas de viol, pour le commun des mortels. L'éducation doit alors faire comprendre aux gens (tant aux victimes qu'aux violeurs, parce que perso, mon viol, je l'ai pas vécu comme tel jusqu'à ce que je me rendes compte que mon consentement était important même avec un copain, je sentais que c'était bizarre, malsain, mais je n'ai pas mis de mot dessus pendant des mois) que le viol, ça commence à l'absence de consentement enthousiaste, point.
    Et rabâcher l'idée que les gens sont des êtres humains, qu'il faut les respecter AVANT d'avoir des mômes soit même. Le type de ces commentaires est le dernier des sacs à merde, et lire son texte m'a donné envie de gerber. "Oui le viol c'est pas bien, je le sais parce que maintenant j'ai deux filles" ? Connard.

  12. "Parce que pour tout le monde, le violeur c’est ce mec qui surgit d’un buisson, armé d’un couteau."
    je réagis juste à ceci pour le moment. Est ce que vous pouvez dire d'où cette idée vous vient ? (elle est courant hein et en effet pour beaucoup de gens c'est tout fait cela).
    doit on commencer par déconstruire cela ?
    si oui pourquoi cette image vous apparait quand vous pensez au viol selon vous ?

  13. @valérie

    Je pense que le fait que les médias se "faits-diversisent" joue beaucoup. J'ai lu je ne sais plus ou qu'il y avait 50% d'homicides en moins et 73% de faits-divers en plus dans les JT depuis je sais plus quand. On nous parle de tueries, de tournantes, de serial-killers qui sont parfois des serial-violeurs. De crimes atroces qui se doublent d'un viol, ou du "violeur des parkings", de pédophilie ou d'inceste. L'agression sexuelle et le viol ""simple"" en sont quasiment absents, ou alors ils sont une annexe se crimes plus larges.

    En somme, médiatiquement, le crime, donc le viol, n'existe que lorsqu'il est "extra-ordinaire". Et donc le viol ordinaire est absent des écrans... Et des mentalités.

  14. La récidive des statistiques est une définition bien précise. Il s' agit d'une condamnation pour des faits identiques ou assimilés au regard de la loi à une première condamnation. Dans ce cas cela implique donc des victimes qui portent plainte, un violeur identifié puis condamné comme tel. Le décalage entre le nombre de viols commis et le nombre de condamnations permet de prendre du recul face aux statistiques concernant la récidive légale.

  15. Personnellement, cette image me vient en partie de ma mère, qui s'inquiétait quand je sortais le soir et qui disait imaginer "des psychopathes à tous les coins de rues". Mais je pense que cette figure du psychopathe au coin de la rue doit se retrouver un peu partout vu que c'est celle qu'elle avait aussi en tête du coup, et que pour elle c'était LE risque, qu'elle voyait improbable, rare, mais LE risque quand même.
    Peut-être parce que c'est ce qui fait le plus peur, dans l'idée, et que la bande de copains chez qui on va passer la soirée, elle n'est pas effrayante au départ, c'est pas là qu'on va localiser le danger du coup parce qu'on va avoir un tas d'images sympa à y associer.

    Dans les médias, les films, etc, on voit aussi essentiellement ce viol là. Récemment là, je regardais la série Friday Night Lights, on voit une lycéenne (forcément celle qui a des mauvaises notes, boit, fait la fête) se faire agresser par un inconnu qui déboule dans un parking en pleine nuit. Alors que c'est une série sur le football américain au lycée, il y avait bien d'autres choses à dire sur le sujet du viol (après la série nous colle en plus tout un arc narratif sur la souffrance d'un joueur à qui la victime s'est confiée...).

  16. Je crois que le lieu commun sur le viol (combo inconnu + parking/ruelle sombre + nuit + arme) vient du fait que c'est le seul viol d'adultes réellement représentés dans les médias, les films et les séries télé policières notamment.
    Pour les enfants, la notion de viol par un proche est beaucoup plus présente je trouve, parce que les affaire sont souvent très médiatisées, et pas seulement quand il s'agit d'un monstre type Dutroux. On a beaucoup parlé des cas de pédophilie perpétrés par des éducateurs en tous genre, profs, curés, animateurs, proches des parents, et des cas d'inceste.

    Dès qu'il s'agit d'adultes, c'est majoritairement le schéma inconnu blablabla qui est repris, je pense à des séries télé comme New York Unité Spéciale par exemple.
    Et c'est aussi ces procès-là qui sont médiatisés dans la vraie vie j'ai l'impression, parce que l'accusé colle parfaitement avec les clichés, multi-récidiviste, pervers, etc etc. On en revient d'ailleurs à la remarque sur "être un violeur / se comporter comme un violeur". Quand on parle de violeurs collant aux clichés, ils sont présentés comme ayant toutes les caractéristiques d'un violeur "par essence".
    Dès que ça sort du cadre, on entend les doutes sur la parole de la victime, ou on parle de complot dès que ça touche à une personnalité (cf DSK, ou Tron). Donc la presse elle-même n'aide pas à déconstruire les clichés, et je pense que ça dédouane les autres violeurs, du type du commentateur que tu évoques. Ils se disent "je ne suis pas comme ça, moi", parce que pour eux, leur acte n'est pas un viol. De même que beaucoup de victimes ont du mal à mettre le mot viol sur ce qu'elles ont subi (cf commentaire de Anon).

    Par ailleurs, c'est aussi contre les ruelles sombres la nuit qu'on met les jeunes filles en garde lors de leurs premières sorties, et on ne les avertit pas du copain qui les ramènera en voiture et sera lourdement insistant, ou de la bande de meilleurs potes qui abusent de la copine au bord du coma éthylique... Le cliché s'autoentretient du coup.

    Je pense qu'il faudrait effectivement déconstruire sérieusement ce cliché, pour que les victimes se reconnaissent comme telles, que les violeurs prennent conscience de leur acte, et que le public dans son ensemble arrête de mettre en doute la parole des victimes dès qu'elle sort de leur conception étriquée et fictive du viol.
    Pour cela, je pense qu'il faut aussi, pour reprendre ce que dit Greg, parler de "se comporter en violeur", "avoir commis un viol", et pas d' "être un violeur", pour sortir de l'idée qu'il y a d'un côté des hommes naturellement violeurs, et d'autres qui par nature ne le seraient pas. Ça permet d'introduire la notion du culturel, du comportement acquis par l'éducation (et du fait qu'on peut renverser la vapeur).

    Un autre écueil est qu'il y a un côté confortable au scénario de l'inconnu la nuit. Ça fait peur aux femmes, donc elles sortent moins, ce qui en arrange certains. Et surtout, ça préserve la paix des familles... Beaucoup de gens préfèrent croire que leur fille / nièce / cousine ment en accusant le cousin ou l'oncle, que de se prendre en pleine poire que oui, le cousin adoré a bien violé Unetelle...

    Mon commentaire se base uniquement sur mon ressenti, il faudrait étudier la question sérieusement du traitement médiatique des viols, et pas seulement des cas impliquant des personnalités. Ça a peut-être déjà été fait, dans ce cas-là, je suis preneuse de sources !

  17. La question du consentement dans l'acte sexuel est très récent. Jusqu'à il y a peu, notre société considérait que la sexualité licite était celle effectuée dans le mariage (le viol conjugal n'ayant été reconnu comme un viol qu'à partir des années 1990), et la sexualité illicite était celle hors mariage.

    Avant ça, pour qu'il y ait viol, il fallait qu'il y ait des traces de violence, il fallait que la victime se soit débattue.

    Actuellement, même le consentement en matière sexuelle n'est pas totalement intégré dans notre société, ni protégé par la loi. En droit, si le consentement était réellement protégé, une personne qui empêcherait deux autres personnes consentantes d'avoir des relations sexuelles, drevrait pouvoir être condamné. Ce n'est pas le cas. Et il y a même des féministes qui estiment qu'une femme ne peut pas être consentante à un rapport sexuel en échange d'argent.

    Donc ce n'est pas étonnant que notre imaginaire collectif construit à partir de mythes ancien le viol soit d'abord le fait d'un inconnu armé sur un parking désert. Le grand méchant loup. Pas le prince charmant.

  18. @Valerie
    Personnellement, l'image me vient de ma famille (surtout ma grand mère, qui depuis mes 8-9 ans me prévient à chaque fois que je sors que je dois faire très attention, mais elle me demande aussi de faire attention à "tous les copains chez qui tu vas".), et également des médias. Toutes les histoires de "elle est sortie tard le soir et a été agressée" etc, relayée tant par les infos (ils ne parlent pas des viols les plus courants) que par les films, les séries, les livres etc. Je crois n'avoir jamais vu/lu une histoire comportant un viol par une connaissance (sauf récemment, genre dans les deux dernières années niveau série, même si ça reste largement minoritaire). Pour moi, les viols "de tous les jours" ne sont tout bonnement jamais montrés. Au point que j'ai considéré mon viol comme "normal" pendant longtemps, parce que je n'avais jamais vu une telle affaire médiatisée, à part pour entendre dire "c'est une fausse accusation, elle est folle, elle est hystérique, elle fait ça pour se venger" (notamment sur le net). Et du coup, j'ai toujours eu peur de sortir le soir, mais pas de mes amis, alors qu'au final c'est de ce côté-là qu'il y a eu problème.
    Je ne tiens pas particulièrement à ce qu'on augmente le nombre de viols dans les produits culturels, mais je pense qu'on ferait bien de commencer par modifier les histoires de viol existantes. Genre non, telle femme de telle série ne se fera pas agresser par tel mec qui surgit d'une ruelle sombre, mais par une connaissance. Ensuite, apprendre systématiquement le consentement lors des interventions faites au collège. On ne m'a parlé que de MST et contraception. Le consentement est totalement absent de tout ce qui est éducation sexuelle. Je ne peux pas vérifier maintenant, mais je pense qu'en ligne (tous les sites destinés aux ados qui se posent des questions etc), c'est pareil, pour les filles et les garçons. Le seul speech que j'ai eu sur le consentement, c'était au cas où un "vieux monsieur qui propose des bonbons" essayait de me toucher. Rien d'autre. En sachant que nos médias regorgent d'images de femmes qui finissent par dire oui après un non, pour moi c'est probablement le premier truc à travailler.

  19. Pour les jeunes que j'ai chez moi (JF 13 à 21 ans) très clairement le "viol" c'est d'abord effectivement "le parking" "la rue noire isolée" "le bois la nuit" avec couteau et violence. Le groupe avec lequel on sort est perçu comme une sécurité quelque soit le degré d'alcoolisation des membres "d'ailleurs tu sais maman on est tous -cochez la bonne case- bien élevé, respectueux, pas idiots".
    Le viol c'est comme dans les films, comme les infos à la télé et "de toute manière puisqu'on se ballade, qu'on fait nos soirées en groupe on risque rien".
    Garçons comme filles ils se méfient de l'étranger au groupe, pas des proches. Cela me semble encore plus vrai à 16 ans qu'à 21.
    Quand ils sont en couple c’est encore plus compliqué en tout cas avec les jeunes qui passent ici ; je parle des plus âgés parce que les ados de 16 ans c’est parfois difficile de discuter avec eux ; ils semblent estimer que globalement leur copain/copine lorsqu’il dit non, ben peut être qu’il va changer d’avis, on sait jamais, donc ça vaut la peine de solliciter une nouvelle fois « mais on respecte hein ! On va forcer personne, vous voyez le mal partout ».
    Alors je ne sais pas comment on fait. A part répéter, encore et encore.

    J’aimerais bien savoir, moi aussi, dans les collèges et les lycées que fréquentent les jeunes que vous connaissez, si il y a réellement une « éducation à la sexualité » qui en soit une. Chez nous y’a que dalle. L’utilisation d’un préservatif, les TP on les a fait à la maison. La notion de consentement à un rapport sexuel on l’a abordé à la maison : mais c’est à l’école qu’ils passent le plus de temps et l’effet de groupe est important.
    Je me suis pointée au collège il y a quelques temps avec un petit livre « Santé Sexu’elles » éditées par AIDES paraît qu’on pouvait pas le diffuser au collège cela n’aurait pas plu à tous les parents ! Pareil avec la fédé des parents.
    Au lycée on trouve à l’infirmerie de multiples brochures mais rien sur »non » c’est «

    Les copains de mon neveu et lui même (15 ans et demi) parlent souvent des (et aux) filles de manière assez leste ; lorsque ça se passe devant nous on intervient pour rappeler que les filles ne sont pas des « objets » qu’on jauge et qu’on juge et on tente d’expliquer : ils se taisent mais de toute manière au sein du groupe de garçons il est de bon ton de montrer qu’on sait y faire avec les filles. Pourtant je suis convaincue que ce sont ces attitudes qui doivent être remises en cause très jeune parce qu’elles entretiennent ces comportements susceptibles de conduire au viol.
    Et je crois bien que l’école a un vrai boulot à faire, parce que nous parents on passe souvent pour des c… aux yeux de nos gamins. Et quand le prof parle il arrive qu’on admette plus facilement ce qu’il dit.
    Bon ben voilà , j’espère que je suis pas trop hors-sujet .

  20. Une très grande partie des viols qui ont lieu peuvent être évité par un non ferme. Rapport au nombre de viols commis sans même que la victime ne dise non (phénomène de sidération). Donc à mon sens, c'est pas les garçons qu'il faut éduquer en premier, mais les filles. De simples jeu de rôle aide concrètement des femmes à être active lors des agressions et même en amont.
    La vitesse au dessus, c'est les cours de self defense. Un mec normal qui s'est fait détruire la tronche une fois ne recommence pas. Ne reste que les psychopathes.

  21. bon, plein de fautes -_-

  22. Pour rebondir sur le commentaire de Mwana Muke, j'ai l'impression que y a un effort de la société pour dépolitiser le sexe, qui passe par l'espèce de "brouillard" qui entoure le consentement.

    J'ai le souvenir de l'histoire d'un village en Afrique où les femmes avaient organisées une grève du sexe pour pousser leur mari à demander la construction d'une pompe à eau au coeur dudit village, évitant ainsi à ces femmes de pénibles allez et retour à une source assez éloignée.
    Si je ne m'abuse ça avait marché, mais le plus important à mes yeux c'est que cette histoire s'est retrouvée dans la rubrique "insolite" du site où je l'avais lu. Et c'est loin d'être la seule fois qu'une grève du sexe se retrouve dans les rubriques "lol" de la presse.

    Est-ce qu'on raille les grèves de la faim ? Bien au contraire, ces dernières bénéficient d'un traitement dramatique dans la presse ; et si elles peuvent mal se terminer, je pense qu'une grève du sexe dans un contexte de culture du viol peut aboutir à des conséquences tragiques.

    On peut également réfléchir sur la présence systématique de la prostitution dans les conflits modernes. Du bordel mobile de campagne des poilus, à l'espèce de Disneyland du sexe des GIs organisé lors de la guerre du Vietnam, les militaires ont jouer les proxénètes pour les soldats.

  23. @La sorcière du logis Excuse moi ? Eduquer d'abord les filles, plutôt que les garçons ? Tu sais le nombre de fois où j'ai dit "non, je veux pas", et que ça a été ignoré ? Le seul truc qui l'a arrêté (et encore, j'ai dû le finir à la main) c'est parce que je me suis mise à pleurer : j'avais saigné tellement il avait forcé. Et non, je n'étais pas vierge. Alors oui, il faut apprendre le consentement aux filles. Mais D'ABORD, il faut apprendre à respecter le consentement aux mecs. Des filles qui disent non, tu crois que y'en a combien, sur les milliers qui sont violées chaque année ? Des centaines. Des milliers. Et ce refus n'est pas respecté. Merci d'arrêter de trouver des excuses à ces sacs à merde de violeurs.

  24. Bon, ça ne va pas être super construit (ni constructif) comme commentaire mais moi ce mot de "consentement" me gêne. Il induit que le scenario suggéré est que l'homme *propose* et que la fille *accepte* ou non.

    Il suppose aussi que la fille – dans ce scénario – pourrait être dégagée de toute pression à consentir, alors que c'est souvent beaucoup plus compliqué que ça, surtout pour les jeunes / inexpérimentés. Parce qu'on est élevées dans l'idée que les hommes ont des pulsions sexuelles, alors c'est pas trop gentil de ta part de le laisser en plan avec sa pulsion incontrôlable tu vois ? Alors elle consent.

    (Je parle du viol pas-dans-une-rue-sombre)

  25. Désolée, je parle en qualiticienne : Quand en agissant sur 10% des causes on résout 90% des cas, il me semble que c'est la première chose à faire.

    Il y a plusieurs types de viols :

    La majorité des scénario. La victime ne dit pas non, parce qu'elle est tétanisée, n'est pas prête à répondre à la situation. On lui a expliqué toute sa vie que les filles bien ne se faisaient pas violer et que les filles sont gentilles et polies. Le violeur pense qu'il ne fait rien de mal, voir que l'absence de non est un oui.

    Ensuite vient le viol où la victime dit clairement non, le mec s'en fiche.

    Enfin, reste le cas plus rare où le violeur est un psychopathe avec une arme.

    Je pense qu'il faut qu'on apprenne aux filles que la majorité d'entre elles seront confrontées un jour à la tentative de relation sexuelle en absence de consentement. Et que si elles sont préparées, elle auront les outils pour s'en sortir.

    Je pense qu'on arrêtera d'avoir des femmes victimes, le jour où on arrêtera de traiter la femme comme une potentielle victime. J'aimerais que le fait de violer une femme soit un acte extrêmement dangereux pour un homme. Que même le fait d'essayer l'expose à de graves blessures.

    Et si je dis ça, c'est parce que je sais ce que c'est de se demander pendant des années pourquoi on n'a rien fait. Ou pourquoi on l'a pas tabassé pour ce qu'il avait essayé de faire.

  26. [...] culture < aliceetcaetera Où sont les violeurs ? Il y a quelques temps j’ai lu un commentaire sur un sujet sur le viol, commentaire dont j’ai [...]

  27. La sorcière du logis : je ne suis pas sûre de voir où tu veux en venir. La victime tétanisée s'en sortirait si elle disait non ? Tu es sûre de savoir ce qu'est la sidération ?
    Puis si l'homme prend de la terreur pure pour du consentement, il me semble que le problème est quand même bien de son côté, hein...

  28. @Sorcière du logis
    Ce que je n'apprécie absolument pas dans tes commentaires, c'est le sous-entendu "oui d'accord y'a des mecs qui violent, mais beaucoup de viols seraient évités si les filles faisaient ça". Ce qui suit ne change rien au fait que ça fait encore une fois peser la responsabilité sur le dos de la victime. Le plus gros problème, ce sont les mecs qui refusent le consentement, ou qui refusent de voir l'absence de consentement. Une fille tétanisée de peur ? Pas de consentement, POINT. On a pas à apprendre à se défendre (et qu'est-ce qu'on va dire aux femmes qui n'ont pas les moyens de se défendre ? Pendant des années j'ai souffert de problèmes de tension, j'étais susceptible de m'évanouir, et la moindre agitation me faisait faire des chutes de tension qui me laissaient dans l'incapacité de bouger, voire parler...et je ne souffre ni de maladie mentale, ni d'autre handicap physique qui pourrait donner un avantage certain à un violeur potentiel. On leur dit quoi, aux femmes et hommes qui ont un handicap, qui ne peuvent pas se défendre ?) pour éviter un viol. On évite d'ailleurs pas un viol. Ce sont les violeurs qui doivent arrêter de violer. Les efforts qu'on fait déjà pour éviter le viol, je crois qu'ils sont assez énormes : ne pas rentrer tard, ne pas marcher seule dans la rue, ne pas trop boire, ne pas se retrouver seule avec un inconnu ou une connaissance, garder ses clés dans sa main en cas d'agression, surveiller systématiquement son verre, et j'en passe. Est-ce que je dois en faire plus, est-ce que je dois apprendre les arts martiaux pour diminuer le nombre de viols, ou est-ce qu'on doit s'adresser en priorité aux gens qui violent, à ton avis ?
    Et comme je le disais plus haut, de toute façon, beaucoup de gens considèrent qu'une femme qui dit non dit "à toi de me convaincre". Alors avant de venir me dire qu'on doit apprendre à dire non, autant déconstruire les stéréotypes. Oui, on est considérées, et on nous pousse à nous considérer nous-même comme victimes potentielles. Non, on ne provoque pas, volontairement ou non, un viol. Et non, jusqu'à ce que je sois violée, je ne me considérais pas comme une victime potentielle. J'ai été violée quand même. Et je n'ai pas à me considérer responsable de ce qu'un connard m'a fait subir.

  29. Il y aura un problème tant que les mecs se percevront en prédateurs sexuels et les filles en jolies fleurs qui doivent attendre de se faire délicatement cueillir.
    Il faut apprendre aux filles à dire non, mais aussi à dire oui, et il faut apprendre aux mecs que ce n'est pas une honte de se la mettre derrière l'oreille mais une fierté de savoir se maitriser.

  30. @Anon : Tu as été violée. Comme un tiers des femmes aux états unis et je ne connais pas la proportion en France.
    Comme tu ne sais pas lire entre les lignes, je vais le dire en gros, en gras et en très fort :

    J'ai été agressée sexuellement. A plusieurs occasions. Et ma soeur jumelle a été violée, plusieurs fois, et ma soeur cadette aussi, et ma mère aussi. C'est bon ?

    Arrête de te prendre pour la victime qui a le droit de témoigner et d'insulter toutes celles qui ne savent pas, parce que figures-toi que t'es pas seule.

    Maintenant je te raconte la plus petite de toutes ces agressions : Un type qui mettait une main aux fesses à toutes les filles qui rentrait en permanence. Je n'avais pas d'autre choix que de passer devant lui, je l'ai fait en me jurant que je me laisserais pas faire. Et devine quoi ? J'ai rien fait. J'ai fermé ma bouche et je suis passé, j'ai eu ma main aux fesses. J'avais douze ans et ce n'était qu'une des nombreuses fois où je n'ai pas su comment faire pour réagir.

    Tu crois que ce mec aurait tripoté méthodiquement toutes les filles qui passaient par là si l'une d'entre elle (moi ou n'importe laquelle des autres qui savait qu'elle allait s'en prendre une) lui avait mis son poing dans la tronche ?

    Je dis pas que ces filles étaient fautives. Je dis que si on les avait éduqué à réagir comme un mec quand un inconnu lui met la main aux fesses(tu m'as touché, tu vas mourir), ça ne serait pas arrivé.

    Alors on a le choix : Soit on décide de lutter contre une pornographie pro-viol, des média pro-viol, des siècles de mentalité pro-viol. Soit on fait des bêtes jeu de rôle où les filles s'entrainent à hurler dès que la limite est franchie. Ça marche, pour moi ça a marché. Et la vitesse au dessus c'est d'apprendre à cogner. Et ça marche encore plus. Cet article a déjà pas mal tourné, mais moi il me met encore du baume au coeur quand je le lis. Je me sens pas coupable de pas avoir su comment me défendre, je me dis que c'est possible de se défendre : http://www.madmoizelle.com/agression-mais-ca-va-134439

    Et oui, je sais que ça résoudra pas tous les cas. Mais ça en empêchera énormément.

  31. Greg ; je suis evidemment d'accord avec toi. j'ai juste beaucoup de mal à trouver "courageux" un mec qui dit anonymement derrière un écran qu'il a violé.

    Un lecteur anonyme : Tu dis "accorder un plus de place de place au discours des hommes violés".
    est ce que tu as l'impression qu'il n'y a pas de place ? dans le mouvement féministe ou en général ? qu'aimerais tu proposer pour pallier ceci ?

    la sorcière du logis. ta première phrase sur ce blog est "Une très grande partie des viols qui ont lieu peuvent être évité par un non ferme."
    c'est violent; que tu aies été violée ou pas c'est violent et Anon te le dit de manière certes cash mais pas insultante comme tu le sous-entends.
    ce genre de propos "arrête de te prendre pour la victime qui a le droit de témoigner et d’insulter toutes celles qui ne savent pas, parce que figures-toi que t’es pas seule." est lamentable.
    Personne ne t'a nulle part empêché de témoigner mais on a le droit de trouver que ce que tu dis semble faire porter une part de responsabilité aux victimes (même si ca n'est evidemment pas ton intention).

    et dans ces cas là peut-être qu'on s'est mal exprimé et ca n'est pas les autres qui ont un souci.
    ceci dit (vraiment calmez vous de part et d'autre ;) ) .

    sur le propos général.
    - je partage ton avis, il faut apprendre aux femmes à dire non (et à dire oui comme le dit resh). en bref il faut apprendre de manière globale aux femmes à savoir quand elles ont envie ou pas. BEAUCOUP de femmes (sans parler de viol ici) disent oui "pour ne pas faire de la peine", parce qu'elles ont peur de passer pour des connes ou je ne sais quoi. d'autres se disent que puisqu'elles sont chez le mec, il est trop tard pour reculer. tout ceci s'inscrit dans une logique globale.
    est ce que ca changerait fondamentalement les choses ? dur à dire. je ne partage pas l'avis de la sorcière à ce sujet. je pense que beaucoup de mecs prendraient très mal un non.
    néanmoins dans une demarche globale de réappropriation du desir (donc ici plus question de viol) cette question est importante.
    ce que tu dis est ce que dit despentes. si on mettait des coups de pied dans les couilles des violeurs - si ils étaient persuadés qu'ils vont s'en prendre un - alors ils ne tenteraient pas.
    et je ne suis pas du tout sure de cela. pas du tout.
    si l'agression n'est pas sexuelle, je n'ai personnellement pas de mal à répliquer et à me défendre. cette agressivité a parfois produit davantage de rage chez l'agresseur qui ne supportait pas qu'une fille le frappe.

    je ne dis pas que tu te trompes mais je doute sur "la très grande partie des viols qui n'auraient pas lieu". n'auraient ils pas lieu, se passeraient ils avec davantage de violence physique ?

    l'article que tu cites est un cas particulier ; c'est "le violeur du parking".
    est ce applicable à une connaissance ? à un proche ? bref au violeur lambda ?

    resh ; tu as vu ceci : http://www.metronews.fr/blog/ovidie/2013/06/13/il-refuse-dabuser-dune-jeune-fille-ivre-et-craint-detre-gay/
    tant qu'on en sera là...

    anon "Et comme je le disais plus haut, de toute façon, beaucoup de gens considèrent qu’une femme qui dit non dit « à toi de me convaincre »."
    oui.
    mais (et je vais te faire hurler) je pense que certaines femmes jouent ce jeu. des femmes disent non en pensant oui (j'ai souvenir d'une fille vexée - est ce quelqu'un qui l'a raconté ici ? - car le mec s'était arrêté quand elle avait dit "non") et c'est evidemment ce que le patriarcat apprend aux femmes ; à ne pas connaitre leurs désirs, à minauder, à dire "oui" alors qu'elles pensent non et à dire "non" quand elles pensent "oui". je ne pense pas comme dworkin qu'une femme est trop embringuée dans des rapports de domination sexiste pour pouvoir formuler un consentement/non consentement valable mais je pense qu'il y a un énorme travail là dessus à faire.

    Kozlika : ma réponse va être méga constructive. tu as raison. (ouéééééé) et tu soulèves de super questions et je n'ai aucune réponse.

    (je ne réponds pas à tout le monde étant un peu fatiguée mais je vous ai evidemment lu attentivement.:) ).

  32. Désolée. La premier commentaire a été rédigé avec une main et une moitié de cerveau. Je reconnais que c'était pas du tout habile. Et désolée aussi pour la réponse ultra agressive à Anon.

    Pour répondre à tes questions :
    On a un cas où on a observé à grande échelle (celle d'une ville), ce qui se passe quand les femmes apprennent à se défendre (la mairie avait payé une formation pour apprendre aux femmes à tirer à l'arme à feu, c'était aux USA). Voilà le résultat :

    Le nombre d'agressions sexuelles a chuté MAIS il s'est concentré et radicalisé sur les zones où les femmes n'avaient pas appris.

    Si j’interprète bien : Le mec lambda-violeur a réussi à garder sa braguette fermée (vous voyez, quand vous faites un effort). Seuls les tarés psychopathes ont continué en cherchant un coin moins craignos.

    Très mauvais pour les plus faibles donc. Mais salvateur pour la masse.

    Pour l'idée de réapprendre le oui, j'ai été scotchée de voir que j'étais aussi en mode "j'ai commencé, je dois finir, même si j'ai pas envie". On s'auto-viole toute seule dans le couple en fait -_- (et quand on leur dit qu'on n'en avait pas vraiment envie et que c'était pour leur faire plaisir, ils sont pas contents en plus)

  33. Attends, je ne comprends pas bien.
    Le taux de viols déclarés (10% donc vu que c'est une constante dans les pays industrialisés) a baissé dans la ville que tu cites c'est cela ?
    Or, comme je l'ai dit au dessus, je pense que la majorité des viols déclarés sont des cas de type "violeurs du parking à couteau" et pas "mec chez qui je suis allée et je me considère comme trop fautive pour porter plainte".
    Je veux donc bien comprendre que dans le cas de violeurs de parking, se défendre fonctionne.
    J'aimerais quand même bien voir l'étude si tu l'as. Apprendre à tirer est une chose, apprendre à tirer sur un humain une autre.
    despentes avait un couteau quand elle a été violée, elle ne l'a pas sorti. et pourtant planter quelqu'un qui est sur vous ne nécessite pas d'apprentissage. simplement
    1. la peur de mourir quand on va etre violée prend souvent le pas
    2. planter quelqu'un, y compris un violeur, est un acte lourd. c'est pour cela que je suis un peu étonnée de ce cas ; les femmes ont toutes sorti leur flingue et tiré sur les violeurs ? y compris sur ceux qui leur avaient sauté dessus au débotté ? aucune n'a été prise de panique et sidérée ?

    je vois mal comment cela fonctionnerait auprès de raymond, copain de bureau que j'ai invité chez moi et qui m'a sauté dessus après le dessert. Cas le plus fréquent donc.

    "Très mauvais pour les plus faibles donc. Mais salvateur pour la masse."
    franchement.. gaffe à ton vocabulaire... il n'est pas question de faiblesse...

  34. J'ai été violée à plusieurs reprises mais je n'ai réalisé que c'était le cas que récemment, près de 2 ans après l'arrêt de ces viols. Et pour mon violeur (et ça me fait du bien de l'écrire ainsi, ça remet les choses en place), aujourd'hui encore je crains qu'il ne voit pas où est le souci, ni en quoi l'absence de consentement poserait un problème, tout au plus il s'est montré un peu embêté des séquelles physiques. Il faut dire que c'était mon mari...
    Tout cela pour dire que je crains que pour notre génération, ce soit déjà fichu, mais peut être que l'on peut éduquer nos enfants différemment, de façon à ce qu'une femme aie réellement le droit de décider elle même de ses limites. Parce qu'interdire quelque chose dont on n'a même pas conscience que cela soit un viol, cela ne sert à rien, il faut que chacun, homme et femme soit capable de voir les limites pour les respecter/faire respecter (et je m'excuse si ma pensée n'est pas encore très claire sur le sujet, j'ai du mal à raisonner sur quelque chose qui me touche de façon aussi intime)

  35. @Valerie Je sais malheureusement bien que certaines filles jouent de ça. Ca me désole, parce que ça entretient cette idée...et effectivement, apprendre à dire non quand on a pas envie, c'est pas facile. Parce que ça entraîne souvent des supplications (pour ma part, j'ai pas connu les menaces, c'est déjà ça...) "allez je finis vite" "s'il te plaît" "tu vois bien que je bande, allez" etc. Et personnellement je ne pourrais probablement pas envoyer mon poing en travers de la gueule de quelqu'un avec qui je sortais, à l'époque. Surtout vu ma taille, et la sienne (grosso modo, quasiment le double de mon poing, 3ocm de plus : même s'il était pas violent, jamais je ne l'aurais frappé de peur qu'il le devienne).
    Question "violeur de parking", bah j'en ai un dans ma ville depuis quelques mois. 5 ou 7 agressions ayant fini en viol, presque une vingtaine d'agressions au total. Il se balade avec un cutter, la nuit. Et il a défiguré certaines de ses victimes. Je doute franchement qu'un poing en travers de la gueule suffise à l'arrêter. (Et à mon avis, le fait de répondre violemment encouragerait ptet même ce genre de tarés à être encore plus violents.)
    Et comme je le disais, tout le monde ne peut pas apprendre à se défendre. Donc je continue à mettre l'éducation côté violeurs potentiels avant apprendre à se défendre. Mais je rajoute que pour les calmer un peu plus, faut aussi que l'Etat juge correctement les violeurs, les envoie en taule systématiquement et pour longtemps. Y'a pas longtemps (grâce à twitter, ptet bien le tien, Valérie, je sais plus), j'ai regardé un reportage de France 2 sur des flics de Paris. Affaire de viol, la victime affirmait avoir invité un mec chez elle et qu'il l'avait ensuite violée. Jusqu'ici, ça va. Mais là, surprise : la femme avait bu, et elle avait envoyé des sms à son agresseur après le viol. Réaction des policiers, un homme et une femme ? "Ah oui bah non, elle lui a envoyé des sms, elle a pas été violée". La femme a carrément monté tout un scénario ULTRA CREDIBLE, en prenant en compte la version de l'agresseur présumé (il aurait "perdu connaissance" et se serait réveillé avec des traces de griffure) : la victime aurait invité le mec, l'aurait drogué pour pouvoir se frotter sur lui pour jouir, désinhibée par l'alcool. Carrément. Ouais. A cause de deux ou trois sms, elle est passée de victime à agresseur, et les marques de défense sur le mec sont devenues des preuves de violence de sa part. Et tout ça avant de rajouter "de toute façon on a 50% de fausses accusations de viol". Ca m'a franchement choquée, et confortée dans l'idée que j'ai bien fait de ne pas porter plainte, pour ne pas vivre ça. Chaque histoire de fausses accusations, fictionnelle ou réelle, fout la trouille, et ravive cette idée que c'était pas vraiment un viol, que ce sera pas pris au sérieux, etc.

  36. Les plus faibles, c'est principalement : insécurité financière, handicap, âge (ados et enfants et personnes âgées). Malheureusement faire partie de ces catégories augmentent drastiquement le risque d'être victime de violences sexuelles.

    Dire que se défendre augmente l'agressivité des violeurs est encore une fois faire porter la faute sur la victime : Elle s'est pas défendu = elle s'est peut être pas fait violer en fin de compte.
    Elle s'est défendue = elle aurait pu se faire tuer l'insensée, elle a pensé aux suivantes ?

    Ma sœur a fait un cours de self défense mixte de deux heures où le prof disait clairement qu'il n'en avait rien à faire que quelqu'un se fasse casser le nez pendant la séance. Donc imaginez deux heures de baston, de vrai, avec des garçons dans le tas. Elle a été sidérée de se rendre compte que même quand on avait six adversaires, qu'on était à terre, qu'on mesurait 1m60, il y avait un moyen de s'en sortir. Le cas de l'arme blanche a été abordé avec des conseils très particuliers (genre comment désarmer, garder ses distances, fuir) Alors imagine quand il s'agit d'un seul collègue par exemple.

    Le phénomène de sidération est le résultat d'une éducation qui nous interdit de nous battre et où on culpabilise les filles qui se battent.

  37. @La Sorcière et Anon: l'un n'empêche pas l'autre.

    Il faut à la fois agir sur les hommes pour leur apprendre à repecter le non concentement des femmes, et sur les femmes pour leur apprendre à affirmer leur consentement ou leur non consentement.

    A partir du moment où on est capable de dire non, et de l'affirmer aussi fort que nécessaire, peu importe que l'homme vienne avec des suppliques. D'ailleurs d'expérience, quand le non est suffisamment affirmé, les hommes n'insistent pas. En plus, cette capacité à dire "non" sert non seulement pour éviter les viols, mais aussi dans la vie en général envers toute personne pénible.

  38. J'ai lu ton article ainsi que celui de Yes Means Yes en lien, mais pas tous les commentaires donc je vais peut-être répéter des choses déjà dites.
    Je voulais juste témoigner de ma vision du viol avant d'être investie dans la cause féministe.
    J'avais comme beaucoup cette vision du violeur qui surgit de derrière un buisson. Je l'ai eue très jeune car je me souviens avoir fermé à plusieurs reprises la voiture de l'intérieur quand mes parents m'y laissaient pour aller faire quelques courses (j'avais moins de 10 ans). Et je sais que j'avais déjà honte d'être potentiellement violée car ma soeur s'était moquée du fait que je ferme les portes et je n'avais pas osé dire pourquoi.

    Je me souviens aussi de deux occurrences de scènes de viol dans des fictions, et les deux par un inconnu. Une dans un téléfilm français (désolée je ne retrouve pas le titre) dans le scénario duquel une ado est violée. L'avantage de ce téléfilm était de montrer l'évolution de l'ado qui pense au départ que sa tenue et son maquillage ont provoqué les faits, et finit par rencontrer le criminel et comprend que le problème vient de lui et non d'elle ou sa tenue.
    Et la deuxième fois c'est le viol d'un petit garçon dans Le Policier des Bibliothèques de Stephen King.

    Côté éducation j'ai été je crois sensibilisée à ce risque "extérieur", mais pas du tout au risque venant d'un proche.
    On ne m'a pas du tout appris à dire non au contraire, et je pense que c'est un trou dans mon éducation (ma soeur a le même souci), peut-être même quelque chose de transmis plus ou moins consciemment par ma mère.

    Donc si j'avais une fille, je l'aiderais à prendre conscience de son droit à refuser ce qui lui déplaît. Ne pas être avenante à tout prix. Ne pas avoir peur de décevoir les attentes de l'autre (je ne parle pas que de sexe).
    Mais j'ai un garçon et je ne sais pas trop comment j'aborderai le sujet. Pour l'instant j'essaie de rassembler des bouquins non sexistes pour les petits, et plus tard j'essaierai de lui fournir une petite filmographie, car étant petite ça avait eu une grande influence sur ma façon de voir les choses. Je me dis que c'est un moyen moins direct et peut-être plus efficace que le tête-à-tête parent/ado en pleine puberté.

  39. @La sorcière du logis Une victime se défendant ne s'attire pas des coups dans la tête, non. Mais un agresseur potentiel peut devenir encore plus violent. Dans le cas des viols où l'agresseur est un fou armé, personnellement je "préfèrerais" ne pas risquer de me prendre de coups de couteau. Et quand bien même ça n'augmente pas sa violence, voir quelqu'un avec une arme (ou tout simplement bien plus costaud), ça fout la trouille, qu'on ait pris des cours ou non. Cours qui sont, je présume, souvent payants, et encore une fois, réservés aux gens qui ont la possibilité de se défendre. Pour ma part, je reprends gentiment le sport après des années d'inactivité (traitement pour une scoliose qui a provoqué de nombreuses séquelles), je suis incapable de courir plus de 50m, les mouvements rapides, le stress, la pression me font faire des chutes de tension => strictement incapable de me défendre physiquement (le seul truc de défense que j'ai, c'est une gazeuse). Et je suis pas la plus mal lotie sur ce plan. Mais je fais partie de la population "faible" selon ton exemple. Et je n'ai absolument pas l'intention d'être considérée comme une cible de choix par des tarés...

  40. Si tu as le temps Anon, y a une vidéo intéressante (10 minutes). Ça montre qu'on peut rapidement apprendre et que c'est possible pour tout le monde : https://www.youtube.com/watch?v=WkoviTS_mPA

  41. @La sorcière du logis D'accord, j'ai mes deux bras mes deux jambes. Mais je tombe dans les vapes. C'est pas que je rechigne à l'idée d'apprendre le self defense (j'aurais même adoré pratiquer un sport de combat), c'est tout bonnement que je n'ai pas une pression suffisante pour faire des trucs physiques. Y'a encore 3 ou 4 ans je pouvais à peine marcher, je reprends les choses doucement...

  42. Je comprends ce que tu veux dire, que si on veut être "équitable" avec les victimes, ça passera par l'éducation des hommes, parce que certaines femmes n'auront pas l'occasion de se défendre. Désolée.

  43. Je n'ai pas de réponse concernant le viol (ou, du moins, rien de plus pertinent que ce qui a déjà été avancé et débattu).

    Par contre, suite à la lecture de la BD autobiographique d'Olivier Ka : _Pourquoi j'ai tué Pierre_, j'ai découvert l'Ange Bleu, .
    Je cite leur site web : "L'Ange Bleu a pour but d'organiser une activité nationale pour développer la prévention de la maltraitance sexuelle d'enfants et l'information concernant la pédophilie, en relation avec les institutions concernées"
    Je ne les ai jamais contactés, et je vous laisse vous faire votre propre opinion. Je vous la signale parce qu'elle semble peu connue, quoiqu'une page récente signale une surcharge d'appels :
    http://www.ange-bleu.com/article.php?type=rapports&origine=etudes&id=394
    Dernier lien : une étude collective : http://www.ange-bleu.com/etudes.php

    Le reste est vraiment trop lourd pour être posé dans un comm' bref... :-(

  44. Cela fait quelques jours que j'ouvre de plus en plus les yeux sur le sexisme et les violences sexuelles.
    J'ai commencé mes pérégrinations avec un article sur le sexisme dans le milieu des jeux-vidéo (par Mar_Lard), puis divers articles mis en lien.
    Je n'ignorais pas toutes ces "choses", mais je n'y faisais guère plus attention (sans les trouvais normale pour autant, pas du tout)*.
    Il est vrai que je m’intéresse peu à l'actualité des fait-divers, car cela fait un moment déjà que j'ai compris qu'il y a ceux qui mérite la médiatisation, et il y a les autres.
    Mais cette série d'article m'a appris ce qu'était la culture du viol et mis en évidence ce propos.
    Je vis comme vous dans cette société qui accepte la femme objet, qui la sexualise à outrance, et je dois dire que ça m'affole encore plus maintenant. Car déjà avant, malgré le plaisir pour mon regard, je ne voyais pas l'utilité de la nudité pour certaines pubs (s'il n'y avait que ça...).
    Je comprends maintenant que notre société accepte ceci, et s'en est inquiétant.
    De plus, maintenant on sait, on connait (on: les gens en général) ces faits, qu'un viol est souvent perpétré par un proche, que même marié la relation peut devenir un viol si elle est non voulu/consenti, mais je crois qu'on n'assimile pas ça.
    On ne veut pas imaginer que que cet(te) ami(e) a forcé quelqu'un, que ce membre de la famille nous a trompés, d'avoir pensé tout le bien d'eux et finalement de voir qu'ils ont fait un acte horrible. On préfère se dire que ça n'arrive qu'aux autres, et que le plus dangereux finalement, c'est dans la rue que ça se passe.

    Comme plusieurs d'entre vous le disent, je pense qu'il est nécessaire d'éduquer dans ce sens là. Il faut que l'on comprenne le mal qu'il y a abuser d'une personne parce qu'elle est soûle, que le fait que ses amis, sa communauté trouvent amusant et sans gravité des paroles et gestes n'en allège pas le poids subit par les victimes.

    *Je reviens rapidement sur le fait que je n'y fais guère plus attention, par cette phrase, je veux dire que je n'ai pas été confronté directement à ces violences. J'ai 25 ans, et j'y ai été peu exposé. J'ai tardé à beaucoup de choses (faire la fête, avoir une copine, etc.), c'est surement la raison principale de cette non-exposition.

    Il y a certainement d'autres choses que j'aurais voulu dire, mais là, je ne sais plus où aller dans mes propos.
    Donc je termine en donnant le lien d'un livre qui pourrait peut-être vous intéresser (je ne l'ai pas encore lu, mais j'ai cru comprendre qu'il pouvait être utile aux femmes sans porter sur l'aspect physique de la défense):
    http://www.editions-zones.fr/spip.php?page=lyberplayer&id_article=60

  45. Tout ceci me fait réfléchir. Donc toutes les fois où j'ai fait l'étoile de mer en attendant qu'il finisse parce qu'il fallait bien y passer tous les soirs, la question se posait même pas, dés la première fois en fait quand j'ai cessé de repousser le moment en question sans pour autant sauter de joie à l'idée d'y passer... C'est juste que je n'imaginais pas pouvoir refuser, après tout, j'étais en couple, ça signifiait un consentement automatique de ma part...
    Je ne me souviens pas avoir jamais dit "non", juste cédé devant l'insistance, et ensuite, pour les copains suivants, j'avais intégré que c'était plus rapide de me laisser faire même si j'avais pas envie, ça faisait gagner du temps sur la corvée puisque de toute façon c'est comme ça quand t'es en couple, tu dois y passer tous les jours, on te demande même pas si t'as envie, c'est une évidence.
    Autant mes parents m'ont toujours mise en garde sur les violences conjugales, partir au premier coup, toujours garder une indépendance financière, autant je n'ai aucun souvenir de mises en gardes sur ce sujet là, sur le fait que rien n'est obligatoire dans un couple. Mais je crois que c'est quelque chose que j'essaierai de transmettre à ma fille (et aux hypothétiques autres enfants que j'aurai ensuite).

  46. @Poulpy : alors mon ressenti rejoint le tien, ça me laisse penser qu'il y a quelque chose à transmettre aux jeunes filles, qui nous a manqué.

  47. Cette vidéo tourne sur FB http://www.youtube.com/watch?v=7-Bb7hN2Zko&feature=share

    Pour moi, on y voit clairement un viol conjugal... et je n'ai pas ri du tout. En revanche, tous les commentaires (d'hommes comme de femmes) montrent que tout le monde a bien rigolé et que c'était très drôle (moui, la conclusion misogyne aussi).
    Du coup, j'ai commenté pour demander si ça ne les gênait vraiment pas de rire d'un viol. Et là, surprise ! C'est à moi de démontrer que c'est un viol et pas une pratique (supposée) courante du couple.
    Donc je me demande si le problème du viol n'est pas que, la plupart du temps, même quand on a de vrais éléments sous les yeux (dans le cas de la vidéo : surprise, contrainte et raison évidente de ne pas vouloir s'envoyer en l'air en public), on ne fait pas forcément le lien entre la situation exposée et notre propre conception du "viol" (avec violence, ruelle sombre... la définition varie d'une personne à l'autre).
    En fait, j'ai l'impression que le problème c'est qu'un rapport imposé à une femme semble par défaut normal et consenti...

  48. Ce qui me choque le plus depuis que je lis et relis des sujets sur le viol, c'est à quel point tous ces lieux communs sont ancrés dans notre société et à quel point il est difficile de s'en défaire.

    Je savais que la plupart des viols étaient commis par quelqu'un que l'on connait, mais je pense que je ne l'avais jamais assimilé et que je n'y avais jamais, surtout, réfléchi.

    Sans vouloir comparer en quoi que se soit, parce que c'est tout simplement incomparable, j'ai réalisé à une plus petite échelle que lorsque je me faisais harceler dans la rue, les gens me plaignait seulement dans le cas ou je répondais à leur question "mais il était pas français ?" par "oui".
    En revanche si j'ai le malheur de répondre non, les réponses sont toujours les mêmes : "sûrement que tu l'as imaginé" ou "c'était un compliment faut pas s'enflammer". Comme si le harcèlement de rue n'était commis que par un seul type de personne et qu'un jeune homme en costard cravate ne pouvait décemment pas me traiter de salope en pleine rue...
    Tout de suite l'agression est minimisée et on reporte son attention sur la victime en la faisant culpabiliser.

    Après avoir lu toutes ces choses, je me demande maintenant moi aussi ce qui peut-être fait et comment.

    De mon côté, je crois qu'il ne faut pas arrêter de parler de ces réalités autour de soi et ne pas hésiter également à faire prendre conscience aux autres que ce n'est pas parce que tu l'imagines comme ça que d'autres choses n'arrivent jamais ou que ça en est plus acceptable (je n'en parlais jamais auparavant de peur d'être taxée de "relou" ou piiiiire "feministe")(les clichés avaient la peau dure chez moi aussi et je préférais rire bêtement plutôt que de m'imposer quand j'étais scandalisée).
    J'essaye donc d'en parler un maximum autour de moi, de faire réagir, de poser des questions. Je sais que ça n'est pas forcément grand chose mais peut-être (sûrement même) que je changerai la façon de se comporter d'un de mes potes ou que je bousculerai un peu ses idées reçues...

    Moi j'en parle parce que je suis très sensible à ce sujet, mais quelqu'un qui ne réalise pas ne peut pas se lancer dans de telles conversation. Alors je veux bien en parler autour de moi, comme vous toutes d'ailleurs, mais si je suis la seule, je vais aller nulle part. Alors comment on fait prendre conscience aux gens... ?
    On ouvre des espaces de paroles, on médiatise les paroles des victimes, on lance des buzz sur le net pour faire bouger les choses ?
    On modère davantage les pubs (American Apparel par exemple tiens...), les clips afin de faire réaliser que nous ne sommes pas des objets disponibles comme certaines marques/chanteurs le sous-entendent (ou ne le sous-entendent pas d'ailleurs) ?
    On en discute également dans les écoles, sans plus de distinction filles/garçons ("oui mais heureusement qu'on était séparés des garçons pendant le cours d'éducation sexuelle parce que beuuuurk j'aurai eu trop la honte qu'ils sachent que je porte des serviettes quand j'ai mes règles").
    Comment on fait comprendre qu'une fille a le droit de dire non, qu'un garçon doit le respecter ? (tout ça passe par l'attribution des types de jeux dès l'enfance bien entendu mais pas que) (et je viens de comprendre l'enjeu du madame/mademoiselle qui me paraissait pourtant pas si terrible au départ)(donc merci à toutes les personnes telles que toi qui écrivent des articles documentés qui font prendre conscience d'un sexisme quotidien certain et qui permettent de libérer la parole de gens comme moi).
    Enfin, on créé des amendes face aux harceleurs des rues/augmente les peines pour agressions sexuelles ?

    J'ai essayé de retrouver l'article qui expliquait qu'au Mexique les viols s'étaient déplacés à l'extérieur de la ville suite à l'armement des femmes de la ville (quelqu'un le mentionnait plus haut), mais je n'ai rien réussi à retrouver.

    Enfin et je sais pas ce qu'on peut en faire, mais peut-on prendre exemple sur la Suède :
    http://www.liberation.fr/monde/0101564572-la-suede-malade-de-ses-viols ?

  49. Ouch ! Quelle discussion ! Et que de questionnements dans ma pauvre tête. Je ne peux répondre à rien en particulier, juste livrer quelques idées / ressentis / commentaires en vrac :

    - D'abord cette histoire que les femmes sont éduquées à minauder, à "résister" pour donner à l'homme l'impression qu'il les a fait céder... Je l'ai constaté à de très nombreuses reprises (même moi il m'est arrivé de le faire, sans m'en rendre compte, pourtant je suis contre) (ah, ce fameux "que faut-il que je fasse pour que tu cèdes ?") (récemment, depuis que j'ai commencé à m'interroger sur le féminisme, le viol, tout ça, j'ai pu répondre simplement, avec fierté "rien, je n'ai pas envie, c'est tout").
    Et ça me choque. POURQUOI ça devrait forcément être l'homme qui a envie, la femme qui résiste puis finit par céder sous ses ardeurs ?? Pourquoi cette idée de conquête, de victoire ?

    - En plus, je n'ai pas un seul exemple de la même situation en sens inverse, et ça me chiffonne. Parce que ça montre bien que tout cela ne va quasi que dans un seul sens...

    - J'ai envie de hurler contre certaines femmes (j'en connais plusieurs) qui ne font elles-mêmes pas la différence. Qui ont bu et/ou fumé, qui couchent, qui s'en foutent. Du coup ce n'est pas un viol mais ce n'est même pas vraiment une relation consentie non plus. C'est un cas entre-deux, bizarre et qui, moi, me dérange. On DOIT baiser si on est en soirée ensemble et qu'on a bu et qu'on est jeunes et baisables tous les deux ?? Pourquoi ?

    - Je suis une femme, je fais attention à moi, je ne rentre pas trop tard, je ne passe pas dans les quartiers chauds, je ne m'habille pas provoc'... et ça me GONFLE. Je m'interdis tout cela, même simplement de porter une jupe courte et légère alors qu'il fait 35°C, simplement par peur que mon corps soit malmené. Ce n'est PAS NORMAL, je sais que vous le savez mais plus j'y pense et plus ça m'énerve.
    Contrairement à ce que disait je ne sais plus qui : Il ne faut pas que les femmes apprennent à se défendre. C'est prendre le problème dans le mauvais sens. Il faudrait QU'UNE FEMME PUISSE ALLER N'IMPORTE OÙ, MÊME HABILLEE COURT OU SEXY SANS CRAINDRE POUR SON VENTRE (ou pire, pour sa vie, en plus). C'est tout.
    Ce sont les violeurs qu'il faut faire disparaître de notre société... pas les mini-jupes, ni les femmes, ni les ruelles sombres !!

    - Cependant, je pense qu'éduquer les femmes aussi est très important. Pour éviter par exemple les cas comme je disais plus haut de femmes qui ne sont ni vraiment consentantes ni vraiment violées, des femmes qui n'ont simplement plus de respect de leur corps. Il FAUT que les femmes apprennent à VOULOIR le sexe, et aussi à le REFUSER. Et aussi qu'elles apprennent que même si elles n'ont pas formellement refusé, elles peuvent n'avoir pas consenti...

    - Bien sûr, le principal reste pour moi d'éduquer surtout les hommes pour éviter qu'ils deviennent des violeurs... Pour qu'ils voient une femme d'abord comme un être humain, pas comme un corps. Que les seins ou les fesses appartiennent à sa porteuse et ne soient pas simplement des "atouts" pour les charmer. Qu'ils apprennent à mettre leur désir en veilleuse. Qu'ils sachent que ne pas baiser n'est pas une honte, qu'ils n'ont AUCUNE obligation à être des tombeurs. Qu'ils sachent qu'un homme qui dit non est possible, et même louable (on devrait les féliciter quand ils le font, d'ailleurs).

    ... Malheureusement, on n'est pas rendu(e)s. C'est toute la société qu'il faudrait revoir, toute la pub, toute l'éducation, tous les films ! Mais c'est chaque goutte qui fera avancer le schmilblick, c'est ce que je me dis à chaque fois...

    Petit test cinématographique pour finir...
    Quand vous voyez un film, posez-vous les questions suivantes : Est-ce qu'au moins un des personnages principaux est une femme ? Si oui, est-elle concernée par une relation amoureuse ou sexuelle avec un homme ou non ? S'il y a un 2ème personnage féminin, est-ce que ces deux femmes parlent ensemble plus de 2 mn ? Enfin, si oui, parlent-elles d'autre chose que d'un homme (dans un contexte amoureux, s'il s'agit des problèmes de santé de leur père, c'est différent) ?

  50. Bonjour Emilie. Ton commentaire est très intéressant, et le test cinématographique est parlant.
    Je voudrai juste apporter une petite nuance, qui n'invalide pas du tout ce que tu dis, mais au contraire, selon moi, prouve que ces rôles sont une comédie peu naturelle.
    Quand on leur laisse le champ libre, certaines femmes ont le rôle actif et se mettent elles mêmes en position de "harceleuses" (dans ce sens là, ce n'est en général qu'une comédie assez respectueuse hein...rien à voir avec le harcèlement violent qu'on peut voir souvent dans l'autre sens).
    Quand l'homme est quelqu'un "d'inhibé" (je met entre parenthèse, car finalement, peut-être que ce qu'on à l'habitude de désigner comme pathologique chez certains hommes ne l'est pas), ça lui arrive. Ca n'empêche que la plupart du temps, une fois que l'homme à cédé, la femme attend plus ou moins de lui qu'il prenne son rôle de dominant... elle se sent un peu coupable d'inverser les rôles (et l'homme aussi... dans tout homme "faible" il y a aussi tout de même un conditionnement machiste).

  51. "... Malheureusement, on n'est pas rendu(e)s. C'est toute la société qu'il faudrait revoir, toute la pub, toute l'éducation, tous les films ! Mais c'est chaque goutte qui fera avancer le schmilblick, c'est ce que je me dis à chaque fois..."

    Oui, chaque goutte fait avancer le schmilblick et il ne faut pas être trop pessimistes. Car je pense que se sentir coupable de ne pas jouer le rôle attendu ne veut pas dire qu'on l'accepte vraiment, et qu'on ne construit pas en parallèle sa liberté.
    J'imagine que dans la vie des plus jeunes, les circonstances pour transgresser les règles sont de plus en plus fréquentes, et quand on à conscience de la manière dont la société fonctionne, on saute plus facilement sur l'occasion de prendre sa liberté.

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