août 242016
 

Dans son livre "Le harem et l'occident", la sociologue Fatima Mernissi soulignait, que, si pour elle, les femmes orientales subissent un enfermement spatial (image du harem), les femmes occidentales subissent l'enfermement dans une image, "le harem de la taille 38". Mernissi montrait ainsi les pressions insidieuses mais fortes, certes non inscrites dans la loi mais bien présentes, qui conduisent les femmes vivant en Occident, à adopter, à grands coups d'injonctions et de souffrances,  un corps conforme aux canons de beauté.

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août 032016
 

Les féministes sont très souvent accusées de dire que tout homme est un violeur.
Je suis toujours surprise de l'énergie à véhiculer des rumeurs autour des féministes, rumeurs que nous passons un temps assez considérable à démentir. Ce temps ne peut être consacré à une lutte active et c'est assez ironique lorsqu'on se rappelle que beaucoup de gens nous disent qu'on ne s'occupe pas "des vrais problèmes". Si vous cessiez peut-être d'inventer des rumeurs et des ragots, on perdrait un peu moins de temps. Mais bref. Comme j'ai constaté que cette idée se répand de plus en plus, essayons  une bonne fois pour toutes d'y répondre pour enfin passer à autre chose.

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juil 052016
 

Le génocide et l'ethnocide

En 1941, Churchill déclarait, deux mois après l'invasion de l'URSS : "L’agresseur se comporte avec une cruauté extraordinaire. Au fur et à mesure que les armées avancent, des districts entiers sont exterminés. Des dizaines de milliers d’exécutions – littéralement des dizaines de milliers– sont perpétrées par les unités de police allemandes. Nous sommes en présence d’un crime qui n’a pas de nom. ("We are in the presence of a crime without a name").
Le juriste juif polonais, Raphaël Lemkin, créa en 1943 le terme de "génocide" : "La guerre qui vient de se terminer a concentré notre attention sur le phénomène de destruction de populations entières, groupes nationaux, raciaux et religieux, tant du point de vue biologique que du point de vue culturel. (...)Tandis que la société cherche protection contre les crimes individuels, ou plutôt contre des crimes dirigés contre les individus, nous ne pouvons relever un sérieux effort en vue d'éviter et de punir le meurtre et la destruction de milliers d'êtres humains. Plus fort même, un nom adéquat pour le phénomène n'existait même pas.(...) L'expression "meurtre de masse" rendrait-elle le concept précis de ce phénomène ? Nous sommes d'avis que non, puisqu'elle n'inclut pas le motif du crime, plus spécialement encore lorsque le but final du crime repose sur des considérations raciales, nationales et religieuses. (...) Toutes ces considérations nous ont amenés à voir la nécessité de créer pour ce concept particulier un terme nouveau, à savoir le Génocide. Ce mot est formé de deux entités : "genos ", terme grec, d'un côté, signifiant race ou clan, et "cide " suffixe latin de l'autre comportant la notion de tuer. Ainsi. le terme "génocide", prendra rang dans la famille des termes tyrannicide, homicide, patricide".

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juin 092016
 

Ces derniers temps, que ce soient dans des séries ou des films, je me suis systématiquement retrouvée à  regarder des scènes où un homme quelconque dit à un garçon "tu prendras bien soin de ta mère" avec la merveilleuse variante "C'est maintenant toi le chef de famille".

[petit aparté pour les gens qui pourraient avoir l'idée saugrenue de me dire que "ce n'est pas un combat important et que je ne me préoccupe que de conneries". Vous allez immédiatement taper "viol" dans le moteur de recherche du blog, vous aurez de la lecture pour une semaine et vous penserez à vous excuser. Merci d'avance]

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juin 072016
 

Hier, Buzzfeed US a publié la lettre qu'une victime de viol a souhaité lire au violeur qui l'a agressée pendant le procès. Une twitta Queer becca m'a gentiment proposé de la traduire.
Elle a également été traduite par Buzzfeed France.

Je souhaitais voir cette lettre traduite car elle est importante ; non pas parce qu'elle représente l'ensemble des victimes de viols, non pas parce qu'elle permet de comprendre les traumatisme après un viol. Toutes les victimes sont différentes ; il serait absurde de penser qu'elles réagissent toutes de la même façon. Cette lettre est importante parce qu'elle illustre ce que nous appelons la culture du viol. Elle illustre ce que quasi toute victime - homme comme femme - a pu entendre à un moment de sa vie ; le déni, la minimisation et la culpabilisation. Ici c'est le violeur qui est essentiellement porteur des propos culpabilisants, parfois ca sera la police, la famille, le petit ami, les amis, les collègues.
Il serait dangereux de penser que le violeur tient ce genre de propos parce qu'il est un violeur ; avant de l'être, il est aussi un homme lambda, qui tient des propos d'homme lambda comme on peut en entendre chaque jour à propos de chaque affaire de viol.

Voilà je vous laisse avec ce texte. Merci encore à la traductrice qui a travaillé seule, vite et beaucoup.
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mai 232016
 

Dans un premier article, j'ai parlé du vocabulaire utilisé autour du sujet de la prostitution. J'ai ensuite parlé de l'invisibilité des femmes migrantes puis abordé la question de l'exploitation humaine et des réseaux prostitutionnels.

Je vais donc maintenant aborder la loi d'avril 2016 intitulée "Loi n° 2016-444 du 13 avril 2016 visant à renforcer la lutte contre le système prostitutionnel et à accompagner les personnes prostituées". 

Il est important de garder en tête que sur les 30 à 40 000 personnes qui se prostituent en France, 90% sont des femmes étrangères dont la plupart sont sans papier.  On ne peut donc étudier la question de la prostitution, et les lois votées, sans connaître la position de la France quant à l'immigration. Chacun-e aura pu constater les conditions dans lesquelles vivent certain-es demandeurs d'asile et migrants. Nous sommes également bien informé-es quant au respect de la France de la convention de Genève puisque nous faisons retenir en Turquie ou ailleurs des potentiels demandeurs d'asile. Nous renvoyons également chez eux des gens dont la vie est en danger, des malades, des mineur-es. Nous continuons à pratiquer des tests osseux pour déterminer l'âge de certain-es alors qu'il a été prouvé maintes et maintes fois que ces tests ne sont pas fiables. Des migrant-es en danger de mort dans leur pays se voient refuser des demandes d'asile. La Cimade montre que depuis la réforme du droit d'asile et son entrée en vigueur en Ile de France en novembre, il est plus compliqué de déposer une demande d'asile. Le tribunal administratif de Paris a condamné de nombreuses fois la Plateforme d’accueil des demandeurs d’asile pour violation du droit d'asile. On enferme régulièrement en centre de rétention des personnes, dans des buts fort mal définis.
Je pourrais multiplier les liens sur le sujet mais cela suffit à démontrer une chose. Les droits des étrangers sont régulièrement bafoués en France et il faudrait être sacrément naïf pour penser qu'être prostituée (et même victime d'exploitation) va changer quelque chose quant à la position française sur l'immigration.

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mai 172016
 

Ce livre, Africaines et diplômées à l’époque coloniale (1918-1957) de Pascale Barthélémy, m' a été offert par l’intermédiaire de ma wish list :) merci mille fois !

L'auteure travaille sur les femmes africaines vivant dans l'AOF c'est à dire la fédération d'Afrique Occidentale française, qui comprenait en 1895 les pays et régions suivantes ; la Côte d'Ivoire, le Dahomey (Bénin), la Guinée, la Haute-Volta, La Mauritanie (à partir de 1920), le Niger (1922), le Soudan français et le Sénégal.
Il y eut environ un millier de femmes formées par la France pour devenir sages-femmes, infirmières-visiteuses ou institutrices. Pascale Barthélémy en a rencontré 88.
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mai 092016
 

Ce matin une femme politique qualifiait un homme, accusé d'agressions et de harcèlements sexuels, de "dragueur réputé lourd".

Nous avons énormément de mal à bien nommer les choses en matière d'agressions sexuelles parce que nos définitions ne prennent jamais en compte une chose ; le fait de ne pas tenir compte du consentement de la victime.
Pour beaucoup d'entre nous, dépasser ses limites, insister, pousser un peu fait partie du "jeu de la séduction" et de l'attitude de certains hommes. Nous avons intégré que certains hommes insistent, c'est comme ça. Et certains hommes ont intégré qu'à force d'insister, ils obtiendront parfois ce qu'ils veulent. On perd toujours à ce "jeu" là ; prenez à la rigolade l'agression pensant ainsi apaiser les choses, vous serez une salope. Repoussez vivement l'agresseur, vous savez une mal baisée qui ne  connait pas la rigolade. L'agression sexuelle est, dans l'esprit de beaucoup, ce qu'est une agression physique, un acte forcément violent, impliquant des poings ou un couteau, qui se passe davantage sur un parvis de cathédrale allemande que dans le salon feutré d'un parti politique. L'agression sexuelle du racisé pauvre contre la drague lourde du chefaillon de parti politique.
Les hommes sont un peu lourds, nous apprend-on ; comme si l'insistance en matière sexuelle venait avec la socialisation masculine. "Si on ne peut plus rigoler" entend-on souvent.
Rigoler, drague lourde, les mots sont légions pour qualifier les agressions sexuelles. Le consentement féminin ne compte pas. Il suffisait de dire non, va-t-on entendre, sans penser qu'on n'a déjà pas à entendre ce genre de phrases dites, répétées et insistantes qui non, n'ont pas à faire partie d'une relation entre hommes et femmes. On me répondra que je veux interdire la drague, ce qui fera une énième fois, l'amalgame entre drague et agressions sexuelle. Insister pour obtenir ce qu'on veut d'une femme est une plaisanterie  connue de tous, un jeu masculin qui se joue seul.

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mai 032016
 

Voici le résumé de Georges Vigarello - Les métamorphoses du gras : Histoire de l'obésité qui raconte la perception de l'obésité au cours des siècles, et ce à partir du Moyen-âge. Il est difficile de savoir qui est considéré gros ou très gros avant le XIXème siècle dans la mesure où l'on ne se pèse pas.

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mai 022016
 

Voici le résumé du livre de Serge Tcherkézoff Tahiti - 1768 Jeunes filles en pleurs, la face cachée des premiers contacts et la naissance du mythe occidental

 

Avant de commencer le résumé de ce livre, quelques remarques préliminaires.

Le sujet du livre est la déconstruction des mythes (racistes et sexistes) autour des femmes tahitiennes. Il montre comment, en quelques récits hâtifs et ethnocentrés de colonisateurs, on a construit tout un mythe de liberté sexuelle voire de lubricité des femmes tahitiennes.
On a souvent tendance à voir l'autre au prisme de ses propres valeurs, de sa propre culture, en interprétant un geste comme ayant partout le même sens.
Ce livre devrait être lu par tout-e ethnologue et tou-e sociologue. Sa lecture incitera chacun-e à se méfier de ce qu'il croit voir et des conclusions qu'il en tire trop hâtivement.

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