août 032015
 

Naomi Wolf a montré dans "Quand la beauté fait mal. Enquête sur la dictature de la beauté" combien les femmes étaient soumises à des injonctions autour de leur physique, injonctions en général inatteignables ; il suffit d'ouvrir un magazine féminin pour s'en convaincre en regardant des minces mannequins blanches et blondes de 16 ans vanter le succès de crèmes anti rides et de produits anticellulite.

Ces injonctions conduisent donc en général les femmes à se dévaloriser quand elles ne les amènent pas à souffrir de différentes pathologies comme l'ont montré Susan Faludi et Mona Chollet en détaillant les maladies associées à des crèmes, des produits à injecter ou des opérations esthétiques ou à l'injonction d'être le plus mince possible. " [Les diktats esthétiques] contribuent à aggraver ce sentiment d'isolement dont souffrent les femmes des années quatre-vingts, car ils font de leur malaise un problème individuel, indépendant de toute pression sociale et curable si elles se conforment aux canons universels de la beauté en modifiant leur apparence physique" dit ainsi Faludi.
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juil 282015
 

L'islamophobie est selon la formule d'Abdellali Hajjat et Marwan Mohammed dans Islamophobie, Comment les élites françaises fabriquent le "problème musulman": "le processus social complexe de racialisation/altérisation appuyée sur le signe de l’appartenance (réelle ou supposée) à la religion musulmane."

Le racialisation consiste à considérer un groupe disparate et hétérogène de personnes comme un groupe homogène, aux mêmes caractéristiques sur la base d'un ou plusieurs éléments commun ou prétendument commun, comme par exemple la couleur de peau. L'islamophobie est une racialisation des musulmans dans le sens où elle considère qu'un groupe extrêmement hétérogène composé d'1,6 milliards de personnes est homogène dans sa façon d'être et sa façon de penser le monde. En clair, tous les musulmans du monde entier - et ceux supposés l'être, les fameux "musulmans d'apparence" - pensent la même chose, pratiquent l'islam de la même façon et ont la même façon d'envisager le monde.

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juil 222015
 

Hier, une jeune femme a eu  la très agréable surprise de constater que, dans le métro, un homme avait tranquillement sorti son pénis et était en train de se masturber en la regardant. Elle a eu le courage de le prendre en photo et de la publier sur facebook afin de montrer ce qui peut arriver à toute femme effectuant n'importe quel  trajet.
Cette photo m'a passablement marquée car il est assez rare de voir un agresseur sexuel en pleine action. On en parle, on donne leur nom, on dit ce qu'ils ont fait mais ils restent souvent dans l'esprit de beaucoup d'hommes comme des sortes de monstres, d'anormaux, qui n'ont rien à voir avec eux. La photo faisait la démonstration qu'un trentenaire bien habillé peut être un agresseur sexuel.
Ce qui frappe également dans cette photo est que nous sommes dans un lieu très fréquenté et qu'il se sent en totale impunité, ce qu'il est visiblement ; la jeune femme a appelé la police qui lui a signalé parfaitement connaitre ce personnage.  On est fort heureuse de savoir que la police le connait depuis un moment. Colette Guillaumin disait que même les kleptomanes se cachent pour accomplir leurs méfaits et force est de constater que les agresseurs sexuels n'en font pas autant car, comme elle le signale, les femmes sont une propriété collective dont les hommes peuvent au fond bien faire ce qu'ils veulent, il n'y aura jamais de véritable conséquence à leurs actes. Lorsqu'elle a présenté le plan contre le harcèlement dans les lieux  publics, Pascale Boistard a souligné que des publicitaires travailleraient sur des affiches pour dénoncer les agressions sexuelles, "pas forcément sur le ton de la morale". C'est vrai qu'il serait honteux de moraliser les agresseurs sexuels. Le fait est qu'au fond notre société n'est pas bien sûre qu'un homme qui vous met la main aux fesses n'est pas dans son bon droit ; alors il ne faut pas trop faire la morale aux hommes n'est-ce-pas.  Il faut y aller doucement et ne pas trop perturber leurs habitudes ; les femmes peuvent bien attendre un peu plus que la lumière se fasse sans moralisation. Comme nombre d'hommes me l'ont déjà dit ; "le problème est que les féministes veulent l'égalité trop rapidement".

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fév 242015
 

Ce qu'il est convenu d'appeler, dans un clair euphémisme, les "affaires DSK" nous auront permis d'étudier l'attitude de la société française face aux violences sexuelles. Sur les réseaux sociaux, les très nombreuses personnes à avoir pris la défense de DSK ne l'ont pas fait parce qu'il était présumé innocent, ou parce qu'il n'y avait pas assez de preuves pour le condamner mais parce que, forcément, les victimes présumées mentaient, étaient trop moches ou trop jolies, trop peu crédibles, trop vengeresses.
En tant que militantes féministes, nous sommes quotidiennement renvoyées à une incompréhension générale face à nos combats contre les violences sexuelles. Parler par exemple de "culture du viol" nous renvoie - au mieux - à une incrédulité du plus grand nombre qui seraient tous et toutes totalement contre le viol et ne comprendraient absolument pas qu'on puisse oser évoquer une tolérance générale envers les violences sexuelles.

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fév 112015
 

Les femmes, tout au long de leur vie, sont amenées à prendre grand soin de ce qu'il y a entre leurs jambes.  Elles sont éduquées très tôt à apprendre que les hommes veulent du sexe, par à peu près tous les moyens possibles et qu'il faut s'en préserver à tout prix.

Ainsi elles sont éduquées dés leur plus jeune âge à avoir peur du monde extérieur et à faire attention aux fameux prédateurs ; elles apprennent à avoir une peur panique des violences sexuelles et l'on n'hésite pas parfois à leur apprendre qu'il vaudrait mieux mourir que d'être violées, que la mort serait préférable à la souillure.
Ainsi elles sont éduquées à considérer leur virginité comme un trésor à préserver à tout prix. Il ne faudrait pas la donner à n'importe qui, sans qu'on sache bien définir le n'importe qui, ni n'importe quand, ni n'importe où. Les termes ne sont d'ailleurs pas anodins ; on "perd" sa virginité comme s'il y avait quelque chose à regretter ou à vouloir retrouver.
Ainsi les femmes sont éduquées à se laisser désirer car on ne désire que ce qui est rare. Elles ne doivent surtout pas coucher avec trop d'hommes, sans qu'on sache exactement ce que ce "trop d'hommes" signifie, elles en seraient salies et ne vaudraient plus grand chose.
Ainsi les femmes ne doivent pas être violées mais la responsabilité de leur viol leur ait couramment mise entre les mains ; sont-elles sorties ? Sont-elles jolies ? Ont-elles bu ?

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jan 292015
 

Voici l'intégralité du journal satirique français L'assiette au beurre du 18 septembre 1909, intitulée "Féminisme et féministes". Grâce à ce journal on peut constater deux choses.

L'humour n'est pas universel ou intemporel ; certaines références du journal ne nous sont pas familières, à nous, lecteurs et lectrices du XXIème siècle.

Moquer le physique ou la sexualité des féministes était déjà de mise en 1909 ; ce constat amènera peut-être certains à relativiser leur humour qu'ils considèrent si original et politiquement incorrect.

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déc 012014
 

Les associations féministes, souvent essentiellement composées de femmes, sont assez peu soumises à l'accusation de communautarisme.
Il faut dire que nous sommes perçues comme assez peu dangereuses, entre les accusations folkloriques d'hystérie et une perception fantasmée de nos activités, à mi chemin entre le macramé et l'écriture de magazines féminins.
Les féministes seraient au fond, pour le pouvoir dominant, d'aimables pétroleuses qui auraient quelques petites activités qui les occupent ce qui évite qu'elles ne s'ennuient.
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nov 252014
 

[descriptions explicites de scènes de viol]

On demande souvent aux féministes comment diminuer le nombre de viols, quelles mesures elles préconisent (sachant que la méthode la plus rapide est l'extinction du genre masculin mais vous allez pinailler).

Si tout le monde s'accorde à être contre le viol, ce même monde devient d'un coup beaucoup moins prolixe quand il s'agit de définir le viol. Pour la majorité d'entre nous, un viol est commis par un type très moche sur une jolie fille qui garait sa voiture dans un parking. Là on est tous d'accord que c'est un viol et qu'il faut le punir.

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nov 202014
 

Je vais résumer L’Anatomie politique 2. Usage, déréliction et résilience des femmes de Nicole-Claude Mathieu.

Il s'agit d'une compilation d'articles de Nicole-Claude Mathieu sur des sujets divers ; le résumé aura donc un côté très décousu.

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nov 192014
 

Après avoir étudié l'impact des mythes sur le viol et démontré leur présence dans la presse, il parait nécessaire de proposer un exemple de charte journalistique à l'instar de la charte espagnole sur les violences conjugales.

Une charte de ce type a été proposée par Jessica Valenti  dans The nation.

Voici donc une proposition de charte française à destination de la presse à propos des violences sexuelles.

- Les titres de articles parlent de viols et de violences sexuelles devront être neutres et ne pas tomber dans le sensationnalisme, ou prendre partie pour le violeur.

- Si le procès n'a pas eu lieu avec un verdict de culpabilité, la victime doit être appelée "la victime présumée" et le coupable" l'agresseur présumé" ou "le violeur présumé". La victime ne doit pas être présentée comme "celle qui accuse", "l'accusatrice", "celle par qui le scandale arrive" ou tout autre terme laissant entendre qu'elle ment.

- Aucune justification au viol ne sera cherchée comme l'alcool (qui est un critère aggravant et non atténuant pour le violeur), la drogue, la tenue de la victime, ses heures de sortie, les lieux qu'elle a pu fréquenter, sa vie sexuelle, son état psychologique, sa profession.

- La santé mentale de la victime  présumée n'a pas non plus à être évoquée sauf si elle constitue un critère pertinent dans le procès. Elle doit être évoquée de façon neutre  et sans sensationnalisme.

- Dans tous les cas, aucun témoignage positif ne devra être recueilli sur l’agresseur présumé. Evoquer ses loisirs, sa carrière, son physique, s'ils n'ont rien à voir avec l'affaire, n'ont pas à être évoqués et donneront simplement un sentiment de proximité avec le violeur et par là même tendent à lui trouver des excuses.

- Si l'article souhaite évoquer la version du violeur présumé, il devra le faire en utilisant systématiquement des guillemets et en conservant un équilibre avec celle de la victime présumée.

- Il n'est nul besoin de préciser la nationalité ou les origines du violeur présumé ou de la victime présumée.

- Il n'est nul besoin de préciser que le violeur présumé est père de famille sauf si cela a quelque chose à voir avec le viol

- Les termes sensationnalistes tels que "martyr, calvaire, horreur" sont inutiles et donnent la fausse impression que les viols sont des actes commis par des monstres isolés ce qui évite de nous interroger sur leur importance en tant que fait social.

- Un viol n'est pas un "scandale" ou "une affaire sexuelle". Il doit être décrit comme un viol et pas comme du sexe. Aucune confusion ne doit être entretenue entre un viol et du sexe.

- L'identité des victimes devra être protégée au maximum et aucune information pouvant leur porter préjudice ne devra être donnée.

- Les conseils aux femmes devront être évités d'autant qu'ils ne correspondent à aucune réalité statistique ; les viols sont rarement commis par des inconnus dans des espaces isolés.

- Si le journaliste souhaite faire appel à un-e expert-e, il devra s'assurer des connaissances de celui-ci quant au sujet traité.

- Le viol n'est pas un fait-divers mais un fait social qui doit être étudié comme tel. On évitera donc de publier des détails morbides et racoleurs ou des photos d'illustration racoleuses.

L'article devra toujours intégrer le numéro de téléphone gratuit d’aide aux victimes [Violence femmes info 3919] ou tout type d’informations qui pourrait être utile aux femmes.