jan 202017
 

Au dire de beaucoup, les féministes ont une rare propension à se tromper de combat, à ne pas différencier ce qui est important de ce qui ne l'est pas, à confondre l'accessoire et le nécessaire, à exagérer et au final à desservir leur cause. Nous devrions ainsi nous consacrer aux seuls combats que sont les violences sexuelles et conjugales.
Etonnamment, lorsque nous choisissons d'en parler, il semble que là encore cela ne soit pas de la bonne façon. Ainsi à chaque affaire médiatisée de violence sexuelle, il se trouve quelqu'un pour nous montrer qu'on n'a encore une fois pas tout à fait compris ce qu'il s'est réellement passé, qu'on se trompe de combat ou qu'on ne comprend décidément rien à ce qu'est un viol. C'est ainsi qu'Eric Mettout, directeur adjoint de la rédaction de L'Express consacre généreusement un article entier à nous expliquer à quel point nous sommes dans l'erreur face à Roman Polanski.

Eric Mettout nous explique tout d'abord les excellentes raisons qui ont fait fuir Roman Polanski au lieu de faire face à la justice. Cela serait, je cite "le climat dans lequel, à l'époque, se serait déroulé ce procès, on comprend qu'il ait hésité à s'y rendre comme le mouton à l'abattoir". Il ne m'avait pas semblé que les Etats-Unis de la fin des années 70 (ou d'un quelconque autre lieu ou moment soit-dit en passant), réservaient des peines particulièrement iniques et injustes aux criminels sexuels.  Je serais donc curieuse de voir quels jugements ou quelle politique pénale ont pu laisser penser à Eric Mettout que les criminels sexuels étaient injustement traités. Je serais en ce cas tout à fait d'accord pour que nous lancions conjointement une pétition en leur faveur pour des traitements plus dignes et plus humains.

Eric Mettout prend ensuite soin de nous expliquer que Roman Polanski a reconnu les "relations sexuelles illégales" (le fait d'avoir des rapports sexuels avec une mineure) mais pas le viol ce qui constitue selon lui une preuve irréfutable qu'il n'y a pas eu viol. Alors, en effet, si on doit se fier à la parole des violeurs présumés pour juger de leurs actes, je pense que nous pouvons dorénavant dire que le viol a définitivement disparu de nos contrées et nous en féliciter.

Faisons néanmoins un bref rappel des faits.
En 1977 Roman Polanski a 43 ans.  La victime, Samantha Geimer, a 13 ans.
Il est une star mondialement connue, réalisateur entre autres de Rosemary's baby et de Chinatown.
Une jeune fille de 13 ans face à un homme de 43 ans est-elle apte à donner un consentement sexuel valable : la réponse est non.
Une jeune fille de 13 ans face à un homme mondialement connu, célébré et admiré, qui est donc en position d'autorité, est-elle apte à donner un consentement sexuel valable : la réponse est non.
Une jeune fille de 13 ans (et cela vaut aussi pour n'importe qui) qu'on drogue au qaalude  est-elle apte à donner un consentement sexuel valable : la réponse est non.
Une jeune fille de 13 ans à qui on fait consommer de l'alcool est-elle apte à donner un consentement sexuel valable : la réponse est non.

Pour toutes ces raisons, il y a bien eu viol de Samantha Geimer par Roman Polanski en 1977.

Est ce que Polanski gêne ? Ce qui gêne  c'est les moyens déployés, affaires après affaires, pour défendre des hommes accusés de violences sexuelles. Ce qui gêne c'est  de qualifier le viol d'une adolescente qu'on a préalablement droguée de "pas glorieux". Ce qui gêne c'est d'au fond constater que tant qu'un homme a du talent, de l'entregent, une sacrée liberté de ton ou que sais-je, il se trouvera toujours un autre homme pour le défendre, l'excuser ou minimiser ses actes.

"Les amis mâles de la libération des femmes - que d’aucunes appellent avec l’impertinence, pire, l’ingratitude, qui caractérisent les enfants gâtées, nos « souteneurs » - ont révélé à maintes reprises que leur compréhension s’arrêtait là où la véritable libération commence. Comment, dans les conditions décrites plus haut, peuvent-ils, sans forfaiture, se déclarer nos "alliés" ?
Ils ne le déclarent pas longtemps d’ailleurs. Il n’en faut pas beaucoup pour qu’on s’aperçoive que la bienveillance affichée par laquelle ils prétendent se distinguer des autres hommes recouvre le même mépris que l’hostilité déclarée du grand nombre."

Christine Delphy, Nos amis et nous

Un article (en anglais) explique la procédure du plaider coupable de Roman Polanski. Il a plaidé coupable pour "Unlawful Sexual Intercourse" et l'article nous explique que c'est un synonyme de "statutory rape" (rape signifie viol en anglais). Cela veut dire qu'il a plaidé coupable pour avoir eu des relations sexuelles avec quelqu'un qu'il savait être en âge de ne pas consentir. Un viol donc.
Cet article (également en anglais) montre que, contrairement à ce qu'Eric Mettout affirme, il y avait en 1977 une vague forte de sympathie pour le comportement de Roman Polanski : "In one article by The Associated Press, published in The Times on Sept. 20, 1977, Judge Rittenband scolded Mr. Polanski for taking advantage of his victim even as he was “noting the teenage girl ‘looks older than her years’ and was sexually experienced.".

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