jan 022017
 

Voici le résumé du livre Le rose et le bleu La fabrique du féminin et du masculin de Scarlett Beauvalet-Boutouyrie et Emmanuelle Berthiaud. Ce livre m'a été offert par l'intermédiaire de ma wish list. Si mes résumés de livres féministes vous intéressent, je vous invite à y passer. Je ne peux malheureusement tous les acheter moi-même donc vous pouvez contribuer au blog de cette manière. Et si des éditeurs, éditrices ou auteur-es sont intéressé-es pour m'envoyer leurs livres, ils sont évidemment les bienvenu-es.

Le livre retrace en cinq chapitres l'histoire de la fabrication du masculin et du féminin.

Dans le chapitre 1, les auteures reviennent sur la nature des sexes. Platon considérait ainsi que les femmes étaient des mâles punis car ils étaient plus faibles. Les humains sont définis par une division des corps avec l'âme (dans le haut du corps) qui définit leur rationalité. Les femmes sont définies par leur utérus qui est bien loin de la tête.
Pour Aristote, l'homme est un principe moteur alors que la femme est un principe matériel. Les règles sont considérées comme une sorte de sperme en moins élaboré. La femme est considérée comme inférieure par nature ; elle doit donc avoir des droits inférieurs dans la société.

Pour Hippocrate les hommes sont comparables à un tissu dur alors que les femmes sont des étoffes lâches en laine. Il faut 30 jours pour un fœtus homme pour se former et 42 pour un fœtus femme. Le femmes sont des créatures incomplètes, dangereuse, à la sexualité exacerbée à cause de leur nature humide.

Pour Galien, l'âme est modifiée par le sec ou par l'humide. Ce dernier entraine la déraison. Les femmes sont humides.

De l'antiquité au XIVème siècle, la nature masculine est pérenne. C'est la virilité, la part la plus noble du masculin. L'homme doit avoir le teint hâlé, être musclé, poilu, dégager une odeur forte. L'homme est la charrue qui laboure la femme comme une terre fertile.

On considère que la femme a les mêmes organes génitaux que l'homme mais à l'envers. L'utérus est appelé matrice et a des sentiments propres. Il échappe à la volonté de la femme. Il est décrit comme un animal, incontrôlable. Il est responsable de la plupart des maladies des femmes.

A partir du XVIIIème siècle, on commence à avoir un culte pour la fécondité et l'amour maternel qu'on négligeait auparavant car la femme était considérée comme proche de l'animal. On pense que l'enfant évolue différemment selon la façon dont on l'a éduqué. Et c'est la fonction naturelle des femmes que de le faire.

Les femmes se marient plus tard donc on commence à s'intéresser à la puberté, cet âge intermédiaire. On parle là encore beaucoup de l'utérus auquel on associe beaucoup de maladies féminines.
La femme enceinte est vue comme une malade ; puisqu'elle n'est plus réglée, elle ne peut vider son trop plein d'humidité ce qui lui crée un déséquilibre des humeurs. Les femmes sont suspectées d'avoir des goûts dépravés lorsqu'elles sont enceintes. Les médecins interviennent donc de plus en plus dans les grossesses et surtout dans les accouchements.

Le chapitre 2 est consacré à la vie en société avec des statuts et des droits différents selon le genre.

Pour les juriste de l'Ancien Régime, le rôle des femmes est limité. Elles sont entre autres exclues de l'armée, des affaires. Les hommes sont faits pour commander, juger et administrer. On utilise souvent la comparaison suivante : l'Eglise est soumise au Christ comme la femme à l'époux. La femme doit donc être modeste.

En revanche, au Moyen-âge, l'incapacité juridique des femmes n'existe pas. La puissance paternelle est partagée équitablement entre hommes et femmes même si l'homme est supérieur.
C'est à partir du XVIème siècle que les droits des femmes régressent et que les juristes cherchent dans les textes anciens des justifications à l'infériorité des femmes. Les femmes ne peuvent par exemple plus diriger à la maison à la place du mari (même si dans les faits, il y a des exceptions). Le femmes deviennent peu à peu des mineures juridiques. Le mari a le "droit de correction" avec la limites de ne pas frapper trop fort (tuer sa femme est également puni). Jusqu'au XVIème siècle, le mari peut tuer la femme adultère. L'adultère des hommes est très longtemps vu comme acceptable contrairement à celui des femmes.

La veuve est vue comme dangereuse et doit être encadrée. On juge qu'elle devrait se retirer du monde et ne plus avoir de rapports sexuels, devenant en quelque sorte à nouveau vierge. Le veuvage est vu comme la possibilité d'un état saint.

Les droits des femmes évoluent après 1789, les femmes sont représentées par un procureur aux assemblées de leur ordre (tout au moins pour les femmes du clergé et de la noblesse). En 1791, le mariage est laïcisé. En 1792, loi sur le divorce.

Ces avancées sont remises en cause par le code civil de 1800-1804. Les femmes mariées ne peuvent pas disposer de leurs bien ni les gérer sans l'autorisation de leur époux. Elles ne peuvent signer des contrats sur les bien possédés en commun. Elles n'ont le droit de signer aucun acte juridique. La femme célibataire inquiète comme en témoigne la figure de la grisette.

Jusqu'au milieu du XIXème siècle, on tolère la violence masculine. On considérera ensuite qu'elle doit être maîtrisée.

Les femmes sont moins punies au niveau judiciaire que les hommes si elles commettent des délits sauf si elles transgressent les rôles féminins (prostitution, infanticide).

En 1881, elles peuvent avoir un livret sans l'autorisation de leur mari. En 1907, les femmes mariées peuvent disposer de leur salaire. En 1884, elles peuvent demander le divorce sous certaines conditions. En 1938, elles n'ont plus d'incapacité civile. En 1944, elles disposent de la totalité de leurs droits civils.

Le chapitre 3 est consacré à l'éducation. Selon la pensée catholique, l'enfant est une cire molle et une créature imparfaite marquée par le péché originel.

A partir du XVIIIème siècle, on commence à réfléchir à l'éducation des femmes car pour certains penseurs comme Erasme les éduquer les conduit à la vertu. On leur enseigne donc le travail domestique, l'écriture  et la lecture. Cette dernière est en effet importante pour lire la Bible.

Dés le XVIème siècle, après le Concile de Trente, il existe de petites classes mais il est obligatoire de séparer filles et garçons. Les filles en pâtissent souvent et n'ont pas de classe. On y apprend surtout à lire. Il n'y a pas vraiment d'établissement scolaire entre ces petites écoles et l'université.
A l'époque moderne, il y a, en France, 26 universités.

Il y en a moins au XVIIème siècle car apparaissent les collèges humanistes.

Les filles sont éduquées dans des couvents.

Rousseau va changer les méthodes d'éducation tout au moins pour les garçons. Il conseillera de les éduquer de manière plus libre ; il restera conservateur quant à l'éducation des filles.

La révolution, qui fait fermer les couvents, fait régresser l'éducation des filles.

Napoléon créera 3 établissements pour les filles dont les pères ont eu la légion d'honneur après la Révolution. L'éducation est calquée sur celles des couvents car l'Eglise a la mains sur ses établissements.

A la fin du XIXème siècle, il y a 250 collèges et 83 lycées en 1870.

En 1882, on crée l'éducation morale républicaine.

Au milieu du XIXème siècle, on s'intéresse aux jeunes enfants entre 3 et 6 ans. En 1826, on crée des salles d'asile pour les enfants entre 2 et 6 ans ; ces asiles sont réservés aux enfants pauvres afin que leur mère puisse travailler. Ils deviennent des écoles maternelles à la fin du XIXème siècle.

En 1833, la loi Guizot oblige à ce que les communes de plus de 500 habitants aient des écoles de garçons. Une loi de 1850 oblige les communes de plus de 800 habitants à avoir des écoles de filles. Vers 1860, l'alphabétisation des filles est à peu près équivalente à celle des garçons. La loi Ferry de 181-1882 rend l'instruction primaire gratuite et obligatoire entre 6 et 13 ans. Le programme scolaire reflète une éducation différente selon les sexes.

Les féministes au XIXème siècle s'appuient sur le rôle traditionnel des femmes pour demander davantage d'instruction pour les filles.

En 1880, on crée des lycées pour femmes. En 1924, on crée des enseignements dans ces lycées afin que les femme puissent passer le bac. Dans le dernier tiers du XXIème siècle, les universités s'ouvrent aux femmes. En 1866, la première femme rentre en médecine. En 1884, c'est en droit et en 1893 en pharmacie. En 1933, on commence à regrouper les enfants par tranches d'âge et non plus par sexe. L'éducation des filles connaît une régression sous Vichy. La mixité est possible dés 1957 et imposée en 1975.

champaigne

 Philippe de Champaigne - Les enfants de Habert de Montmor (1649). Les deux fils les plus âgés (à gauche) sont habillés comme des adultes. La fille au milieu est en bleu. Les deux jumeaux à droite sont en rose.

Le chapitre 4 est consacré à l'apparence.
Au XVIème siècle, le corps des hommes est considéré comme idéal, car reflétant la beauté de Dieu. Il représente un plaisir esthétique pur non dénaturé par le désir, comme celui des femmes.
A la Renaissance, apparaît le nu. On redécouvre la culture antique donc on exploite des thèmes mythologiques qui permettent de représenter des corps nus. La nudité n'est en revanche pas représentée dans les espaces sacrés.
Apparaissent beaucoup de nus féminins au XVIIIème siècle avec des peintres comme Boucher et Fragonard.

On commence à définir la beauté féminine au XVIème siècle mais elle fait peur.

C'est à partir du XVIème siècle que les jupes et les robes sont désormais réservées aux femmes. Le corps est contraint pour les hommes et les femmes. Les enfants quel que soit leur sexe, sont emmaillotés comme des momies jusqu'à 8 mois environ afin qu'ils soient droits. On les libère peu à peu afin qu'ils marchent. Ils sont habillés en blanc avec, dans certaines régions, un ruban bleu pour les filles (bleu = renoncement aux valeurs terrestres et couleur de la Vierge) et rose ou rouge pour les garçons (couleurs qui symbolisent le pouvoir et la guerre). Les enfants portent des robes jusqu'à 7 ans environ.

Aux XVIème et XVIIème siècles, les hommes et les femmes de l'aristocratie portent des cosmétiques ; du blanc pour le teint, du noir, du rouge et du bleu (pour dessiner les veines). C'est au XVIIIème siècle que les hommes commencent à ne plus porter de cosmétiques. Le blanc n'est plus à la mode chez les femmes et l'on commence à chercher le naturel et davantage d'hygiène.

A partir de la Révolution, l'habit noir est idéal pour les hommes de la bourgeoisie. Vers 1820 le pantalon s'impose face à la culotte. Au XIXème siècle, le vêtement des hommes des clases sociales supérieures est sobre à l'extérieur et luxueux à l'intérieur ; c'est l'inverse pour les femmes. Une ordonnance de police du 16 brumaire an IX interdit le pantalon aux femmes.  Jusqu'à la fin du XIXème siècle, lorsque la nudité féminine est représentée elle est sans poil.

En 1860, les très jeunes enfants portent tous une robe avec un col rond pour les garçons et un décolleté et des manches bouffantes pour les filles. S'impose ensuite le costume marin avec des couleurs pastels : le bleu ciel pâle pour les garçons et le rose pâle pour les filles.

Pendant les années folles, la silhouette des femmes est en L, filiforme. Dans les années 30, le teint blanc n'est plus à la mode, le hâle représente la santé.  On fait davantage attention à ses cheveux puisqu'on porte moins de chapeau.

Dans les années 60, la mode est davantage unisexe chez les adolescents.

Le chapitre 5 est intitulé "Jeux de rôles, enjeux de pouvoir". Au XVIème siècle, on considère que les jeux pour enfants sont frivoles. Certains philosophes comme Érasme leur montrent de l'intérêt dans le but où ils peuvent faciliter l'apprentissage. Le mot "jouet" apparait vers 1530 à partir du moment où on commence à distinguer les jouets des filles de ceux des garçons. Pour les plus jeunes, quel que soit le sexe, il y a des hochets, des poupées, des figurines et des ménagères. Les garçons ont des armes, recréent des bataille et vont à la chasse.
Au XIXème siècle, il y a de plus en plus de jouets. Les jeux de guerre et qui font du bruit sont réservés aux garçons. L'ours naît dans la première moitié du XXème siècle et il est le seul jouet pour garçon face auquel il peut montrer sa sensibilité. Les toupies et les balles sont réservées aux garçons.  Très longtemps la poupée a été considérée comme un jouet frivole. Puis on considère qu'elle peut servir comme jouet d'imitation pour apprendre son futur rôle de mère. Les jeux de fille aident à reproduire leur rôle futur. Il y a peu de jouets pour garçons qui leur serviront dans leur rôles ultérieurs paternels.

La couture est une activité féminine par excellence qui symbolise la vertu. Les femmes doivent toujours être occupées car l'oisiveté est un vice. Le femmes font beaucoup de travaux d'aiguille avec des fils rouges (comme la marquette où l'on brode son nom, l'alphabet et les chiffres). Il y a une symbolique forte des menstruations et de la virginité.

Apparaît en 1950 la Barbie, la première poupée représentant une femme. Le cheval devient une activité quasi exclusivement féminine. Il existe à partir des années 80-90 des armes pour filles mais elles sont roses ou violettes.

A partir des années 2000 on commence à classer les jouets par univers et plus par sexe.

Les lieux sont divisés par sexe. Cuisine et chambres sont réservées aux femmes. Leur sont interdits surtout en période de règles la cave et le saloir car les règles ont un pouvoir putréfiant.

Dans les sociétés rurales, il y a quelques lieux de socialisation mixte comme les veillées et les lieux où l'on danse. Le lavoir est un lieu de socialisation féminine.

Au XVIIIème siècle, il existe de nombreux lieux de socialisation masculines pour les classes sociales les plus hautes ; l'académie, le salon, le club, le cabinet de lecture. On voit naître les salons pour femmes.

A partir du XIXème siècle, l'église devient un haut lieu de socialisation féminine avec l'importance de la communion dans la vie d'une femme.

Il existe beaucoup de lieux quasi exclusivement masculins ; la caserne, l'espace public, les lieux de vote, les grèves, la Bourse, les transports publics, les clubs, les cafés, les estaminets.

Le tabac et l'alcool sont des rites d'apprentissage des hommes.

Avec les deux guerres mondiales, les rôles de femmes évoluent même si leur rôle a été mésestimé en ce qui concerna la résistance.

A partir des années 30, les classes populaires ont de plus en plus de loisirs comme la boxe ou l'haltérophilie pour les hommes. On voit aussi apparaître le football, le cyclisme et le rugby. La danse reste un loisir mixte et très prisé.

A partir des années 80, le sport devient une activité aussi pratique par les hommes que par les femmes même si on constate toujours des différences sexuées selon le sport pratiqué.

Depuis les année 70, les femmes ont beaucoup plus d'activités culturelles comme la lecture.

En matière de sexualité. A l'époque moderne et au XIXème siècle, on constate que les milieux populaires, notamment ruraux, ont une plus grande connaissance de la sexualité que les milieux bourgeois. Il existe des pratiques d'attente du mariage malgré les tentatives de l'église pour les empêcher ; baisers, masturbations, etc.

Chez les classes sociales bourgeoises, les filles sont soigneusement tenues, surtout à partir du XIXème siècle, à l'écart de la connaissance de la sexualité. Les garçons, eux, doivent en être informés. Il y a des pratiques entre garçons qui seraient aujourd'hui qualifiées d'homosexuelles. Elles sont admises car transitoires et parce qu'il ne peut y avoir de sexualité hétérosexuelle précoce. Les garçons peuvent perdre leur pucelage avec 3 figures du XIXème siècle ; la grisette, la prostituée, la servante.
Dans le couple la sexualité est très encadrée et on doit se garder de pratiques hors reproduction.

La prostitution est considérée comme "un mal nécessaire" à la société.

Au XIXème siècle, on commence à pratiquer de plus en plus le coït interrompu ce qui amène à dissocier sexualité et reproduction. On voit de plus en plus apparaître de mariages d'amour et moins de mariage arrangé. A la Belle Epoque, se développe la pratique du flirt. Une femme sur cinq à la Belle Epoque et un tiers dans l'entre deux guerres perd sa virginité avant le mariage. A la fin du XIXème siècle, le coït rapide et brutal est mal vu ; on applique dans le lit conjugal ce qu'on a appris avec les prostituées.

"L'invention" de l'homosexualité date du XIXème siècle (le mot "homosexuel" est inventé en 1869). Il y a tout au long de l'histoire beaucoup de pratiques homosexuelles qui ont été documentées, spécialement à la Renaissance avec la redécouverte de l'Antiquité.

Dans la théorie, la sodomie est punie de mort mais pas dans la pratique. Il y a un tournant au XVIIIème siècle où on ne considère plus la sodomie comme un vice aristocratique mais une pratique liée à un penchant personnel. Dans le code pénal de 1791, on n'en parle plus mais on demeure convaincu que les homosexuels doivent demeurer invisibles.

Il y a tolérance pour les pratiques homosexuelles féminines qu'on voit d'un œil amusé car supposées procurer peu de plaisir.

L'homosexualité est décriminalisée dans le Code pénal de 18910 mais on continue à les poursuivre pour d'autres délits. La médecine s'intéresse beaucoup aux homosexuels et les étudie. Elle les voit comme porteurs de caractéristiques féminines. Certains médecins pensent que les homosexuels auraient un utérus rudimentaire.

Dans les années 50-60, le flirt  s'impose dans toutes les couches de la société. 1967 : la contraception est autorisée. 1975 : c'est au tour de l'IVG.

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