mai 032016
 

Voici le résumé de Georges Vigarello - Les métamorphoses du gras : Histoire de l'obésité qui raconte la perception de l'obésité au cours des siècles, et ce à partir du Moyen-âge. Il est difficile de savoir qui est considéré gros ou très gros avant le XIXème siècle dans la mesure où l'on ne se pèse pas.


Moyen-âge :
Au milieu du XIVème, celui qui est gros a du prestige dans un monde où la faim sévit. La grosseur et la grandeur témoignent d'un vigueur au combat et d'une grande force. Dans les romans médiévaux sont mis en avant les interminables repas. L'ours, animal gros, grand, fort mais aussi agile et rapide est un animal prestigieux. Le gros est donc rarement injurié au Moyen-âge. C'est un peu différent pour le très gros à qui on reproche sa gloutonnerie et son avidité qui sont des péchés. Même si l'on n'est pas capable d'estimer le poids du "très gros", cela désigne celui qui a du mal à se mouvoir, à monter à cheval, à faire la guerre.
La perception du corps évolue puisque les techniques de combat évoluent ; le chevalier doit à la fois être fort et agile. Va donc se substituer à l'image de l'ours celle du lion. Pour les femmes c'est vers la fin du XIIIème siècle qu'on commence à donner de l'importance à la finesse de la taille.
Il n'y a pas d'image de la grosseur dans l'iconographie médiévale avant le XVème siècle ; les personnages sont à peu près tous semblables . On commence à dessiner des hommes gros à partir du XVème siècle.
Il n'y a pas de jugement esthétique ; uniquement un jugement moral et de santé.
On commence à établir un système de classe sociale où les hommes du peuple sont représentés comme gros, lourdauds, alors que les nobles sont vus plus fins.
Epoque moderne :
A partir du XVIème siècle, on commence à juger le gros qui serait lent, fainéant, voire inintelligent. Alors que le Moyen-âge jugeait la gloutonnerie, la modernité juge la mollesse, la paresse. A cette époque, le chevalier fait place au courtisan qui n'a pas besoin d'être fort.
Commence à apparaître un langage méprisant les hommes gros.
La maigreur n'est pas plus acceptée car elle rappelle la mort, la famine, la peste, la stérilité féminine et serait synonyme de la mélancolie.
On tend deplus en plus aux XVIème et XVIIème siècles à représenter le gros en peinture (ex Rubens).
Il reste difficile de déterminer qui est vu comme gros. Le mot "embonpoint" (sens positif) qui apparait au XVIème siècle montre combien il est difficile de comprendre qui est considéré comme gros sans mesures chiffrées. Ainsi la marquise de Sévigné dans une lettre se désespère de voir sa fille "maigre" et souhaite la voir devenir "grasse" mais pas "grosse".
L'esthétique féminine reste une esthétique du haut du corps ; on ne s'intéresse pas à la grosseur du bas du corps.
On commence à voir apparaître des régimes et des vêtements censés serrer le corps jugé trop gros ; sangles, lacets etc. Le corset se généralise.
Le XIXème siècle :
Le corps masculin tolère des grosseurs, pas le corps féminin ; la taille féminine doit être fine et étranglée alors que celle de l'homme peut varier. On a une nouvelle esthétique avec l'apparition du bourgeois ; son ventre symbolise son opulence financière.
La critique du gros porte sur l'impuissance, la stérilité, le manque vital. Les médecins commencent à donner des moyennes de taille et des poids pour les hommes et les femmes.
Apparaît le mot "obésité" qui définit une maladie. On insiste sur le pathologique face aux personnes "très grosses". Les régimes du XIXème siècle portent sur l'idée de tonifier le gros, car on redoute l'affaissement. On utilise entre autres les bains froids et l'électricité.
Le chiffre autour du poids s'installe au début du XIXème siècles. Dés le 2eme tiers du siècle, on associe taille et poids. On commence à faire des typologies des personnes grosses ; les hommes grossissent au niveau du ventre et les femmes sur l'ensemble du corps. L'homme ventru est vu positivement s'il n'a pas l'air "affaissé". Mais cela peut aussi être vue comme un défaut ; la fatuité.
La rondeur est vue comme plus spécifiquement féminine car l'inactivité est vue comme un défaut typiquement féminin) et l'on commence à opérer des classements. Par exemple les prostituées souvent vues comme "naturellement" paresseuses seraient plus grosses que les autres femmes.
L'homme jeune doit être mince, à la taille étranglé, avec un torse bombé. On accentue son apparence avec  une ampleur de veste démesurée et du rembourrage artificiel. L'homme mûr peut avoir du ventre. La femme doit être mince et fragile même si on constate qu'elle grossit en vieillissant.
Vers la seconde moitié du XIXème siècle, on juge de plus en plus sévèrement la femme grosse. Le mot embonpoint ne désigne plus quelque chose de positif ; il annonce la grosseur. Les nouveaux loisirs comme la baignade où l'on se dénude, la multiplication de miroirs en pied, l'évolution des robes qui moulent désormais le bas du corps poussent à davantage de pressions pour être mince.
Une critique sociale dénonce le gros comme celui qui est riche et qui exploite le peuple, maigre.
A cette époque l'obésité est associée à la dégénérescence.
On voit apparaître le thermalisme et de plus en plus de publicités pour des régimes amincissants.
XXème siècle :
La minceur est capitale mais aussi la musculature.
Chez l'homme l'apparition du veston croisé favorise un corps mince. Les femmes doivent être minces, élancées à cause des vêtements aux lignes étroites et sans taille. Le très gros devient monstrueux. Dés les années 20, les publications se multiplient autour de l'idée de maigrir et l'on évoque la cellulite qui inquiète. Les pathologies et thérapies associées au poids se multiplient. On commence à évoquer la souffrance des obèses en public en raison de l'ostracisme subi.
Epoque contemporaine :
Le constat s'inverse. Grâce aux statistiques, on constate que les gros ne sont pas les plus riches. L'obésité est vue comme un mal, un fléau, une épidémie. On voit apparaître des jugements face à elle (2005 deux ados gagnent en justice à NY contre McDonald's pour leur prise de poids).
L'obèse est vu comme quelqu'un incapable de se maîtriser et sans volonté alors qu'auparavant on le voyait comme celui qui "abuse". Les souffrances autour de l'obésité sont évoquées.

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