jan 282014
 

Cela faisait longtemps que j'attendais ces manifestations des extrêmes-droites ; je me dis depuis bientôt 5 ans qu'il n'est pas possible que ce que je lis, ce que je vois, n'ait aucune conséquence sinon dans les urnes du moins dans la rue.

J'en vois certains, étonnés qu'on hurle "Juif la France n'est pas à toi" comme je les ai vus étonnés des bananes jetées à Taubira (malaise national ; serions nous racistes ? ah non pas nous c'est eux les tondus là bas dans le coin"). Je note en revanche que nous ne sommes pas plus émus que cela quand une musulmane a perdu son fœtus suite à une agression islamophobe.

En France et sans doute ailleurs, on sait fort bien jouer à la mise en concurrence des souffrances et surtout on sait opposer des minorités.

Notez que je ne dis pas que les dites minorités n'ont aucune responsabilité là dedans ; l'instrumentalisation a ses limites. On a opposé féminisme et islam ; les unes ont du passer leur temps à prouver qu'elles n’étaient pas islamophobes pendant que les autres devaient prouver qu'ils n'était pas sexistes pendant ce temps ni les unes ni les autres ne se préoccupaient de leurs droits. Il faut dire que les musulmans en sont encore à devoir justifier qu'ils peuvent être victimes de racisme, c'est dire que le chemin sera long.
Là on oppose juifs à versus le reste du monde ; pendant ce temps certaines extrêmes-droites se font leur beurre sur ces haines avec leur discours habituel "les arabes font rien qu'à piquer le pain des français, pain qu'en  plus les juifs détiennent".

Si on fait le compte des ces 30 dernières années, les droites et extrêmes-droites manifestent peu ; d'un cela n'est pas dans leur culture politique et surtout elles ont beau brailler qu'on est gouverné par les rouges depuis 30 ans (ah ce monde où Chirac est vu comme de gauche), il faut bien dire que toute satisfaction leur a été donnée par les gouvernement successifs.  Or depuis quasi un an, on les voit sortir quasi tous les mois au fameux prétexte du mariage pour tous qui cache à mon sens bien d'autres choses.

Il est certain que l'élection d'un président qu'ils pensent socialiste  leur a fichu un sacré coup ; pour moi, mais mon opinion est biaisée par mon job, on s'acheminait vers un second tour Sarkozy- Le Pen avec une forte abstention au second tour, un Sarkozy qui passe de justesse bref la Géhenne.
Il est également certain que la nomination d'une femme noire en a traumatisés plus d'un et que le mariage pour tous les a achevés.

Pour autant il me semble qu'on se tromperait à s'arrêter à ces éléments. Il est vrai qu'il ne fait pas bon, dans ce pays, à remuer "les vieilles histoires" et parler shoah, colonisation ou esclavage dans ce qui constitue les actuels DOM vous vaut en général un regard exaspéré. Ne parlons même pas de l'islamophobie d'état dans les colonies.
Il est gravissime qu'on n'arrive toujours pas à contextualiser un acte antisémite, un acte raciste, un acte homophobe, un acte sexiste.
Les propos racistes autour de Taubira ont été isolés, attribués à une minorité de tarés absolument pas représentatifs de la société française. Les propos antisémites sont tantôt attribués aux "jeunes arabes de banlieue" soit à Dieudonné (interrogeons nous 5 mn sur le fait que Soral n'ai jamais été inquiété ces dernières semaines) ; on met un grand voile sur notre glorieuse histoire antisémite et les quelques dizaines d'intellectuels français, qui ont produit les textes antisémites les plus ignobles.
Ainsi nous n'arrivons pas à comprendre et admettre qu'il y a un continuum entre la discrimination à l'embauche et ce dont est victime Taubira. Ainsi nous refusons de comprendre que les petits actes du quotidien rapportés par les uns et les autres et dont nous nous sommes tous rendus coupables à un moment ou à un autre, entretiennent les discriminations. Comment mais qu'ai je à voir avec une banane ? Qu'ai je à voir avec quelqu'un qui hurle "juif le pays n'est pas à toi". Il est beaucoup plus facile pour moi de penser que c'est un salaud d'extrême-droite avec qui je n'ai evidemment rien à voir que de penser que le problème est plus complexe. Il est plus simple de se dire que l'extrême-droite est née ex nihilo, que la pensée antisémite ou la pensée raciste sont de vagues concepts dont on a vaguement entendu parler mais sur lesquels il ne faut surtout pas revenir.
Pire nous continuons à dire et prétendre que le racisme et l'antisémitisme ne peuvent être ni de gauche, ni républicains.
Il importe de comprendre, urgemment, rapidement, comment on est en arrivé là, et pas en pointant les extrêmes-droites qui ne surfent que ce qui est déjà installé dans la société française.  Pour arriver à ce qu'une banane soit tendue à Taubira, il faut un climat social qui le permettre, climat qui ne date ni d'hier, ni d'il y a dix ans, ni même d'il y a 30 ans.
Pour arriver à ce qu'on scande des slogans antisémites dans la rue, il faut également un climat ; contrairement à ce que beaucoup pensent, on ne parle pas trop de la Shoah. On en parle mal. Parler Shoah, nous évite de parler de Vichy ; "c'est pas nous c'est les nazis, on n'avait pas le choix".
Pour arriver à ce que des gens pensent très sincèrement que le mariage pour tous va détruire la civilisation, il faut également un climat qu'on gagnerait à comprendre; qu'est ce qui fait que l'homophobie est tolérée, comprise ?
Et encore je me dis que sur ces sujets là on accepte, de temps à autres, d'écouter celles et ceux qui nous alertent ; sur le racisme anti rom ou sur l'islamophobie, on reste d'une surdité exemplaire.

Je travaille depuis dix ans dans une société chargée de la modération de sites Internet ; cela ne me permet pas une vision représentative de la société française mais cela m'a permis de constater plusieurs choses :
- le travail remarquable des extrêmes-droites qui ont compris il y a 10 ou 12 ans ce que pouvait leur apporter Internet en termes de militantisme, de travail de sape et de contagion.
Comment est ce qu'on en arrive à de ce que des dizaines de gens totalement normaux, sans doute sympathiques, qui adorent leur voisin Mohamed,  postent par paquets de 500 qu'il faut passer un camp rom au Zyklon B ? Et croyez moi que j'ai lu cela des milliers de fois. C'est l'effarante banalité du mal.
- les cabinets en communication des politiques de tout bord qui ont bien compris qu'exprimer publiquement ce qui se dit sur les réseaux sociaux est a minimum un moyen de rester présent sur l'échiquier politique quitte à attiser le racisme.
- qu'à partir du moment où on est persuadé d'être dans "le camp du bien", on s'autorise à peu près tout face aux adversaires politiques ; en témoignent les réactions ultra sexistes autour de Boutin par exemple ou celles et ceux qui passent leu temps à dire que les homophobes sont des homosexuels refoulés.
- le racisme - au sens le plus large - est payant politiquement parce qu'il sera toujours beaucoup plus facile de résumer une situation donnée par un "c'est la faute des ..."  que par une explication complexe.

Nous pouvons continuer à nous dire que ces manifestations répétées des extrêmes-droites ne sont le fait que de quelques agités, nous pouvons continuer à nous dire qu'il n'y a aucun risque (et oui le risque en tant que femme blanche athée est peu élevé pour moi) et on peut continuer à le dire jusqu'à ce qu'on soit les derniers. Là il sera un peu trop tard.

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  32 réponses sur “Et puis il ne resta que moi”

  1. Je ne sais pas comment tu fais pour ne pas être fatiguée après dix ans à ce rythme, je suis impressionné. Pour ma part j'ai lâché l'affaire depuis longtemps sur le net. Ca fait 11/12 ans et j'ai du lâcher le fil il y a 2/3 ans environ.

    J'étais surtout sensible au sexisme et au racisme. Même des notions de base de respect et de parole publique sur le sujet ne sont pas compris par des gens scolarisés et à priori ouverts d'esprits, même lorsqu'une spécialiste du droit sur le sujet nous avait expliqué l'attitude à minima sur ce type de propos.

    Aussitôt entendus, aussitôt oubliés par la majorité des gens :(

    Chapeau bas Georgette de la Crêpe du Courage !

    • Ça ne fait que quelques semaines que je me suis embarquée dans tout ça, même si je ne fais pas grand-chose pour le moment (essayer de convaincre l'homme que oui les femmes se font harceler est déjà un travail épuisant...), et j'en ai déjà marre. Je ne vais pas lâcher, je vais m'impliquer plus, me documenter plus, mais en attendant je me demande comment vous pouvez avoir autant de force.
      Je vous salue bien bas.

  2. Toujours accuser les extrêmes sans se poser de questions et se remettre en cause ;)

  3. Bonjour,

    Merci pour la réflexion. Il est en effet facile de se dire que "le mal c'est l'autre" pour ne pas voir sa propre responsabilité dans la construction des extrêmes. Il s'est passé en France une incroyable libération de la parole raciste, antisémite, homophobe, sexiste, qui a été déclenchée par un élément particulier (Mariage pour Tous) mais dont l'ampleur ne saurait être simplement apparue du jour au lendemain et ne peut être rejetée sur quelques figures caricaturales.

    Quant à cette certitude d'être dans le "camp du bien" pour se permettre des débordements d'une violence inouïe contre l'autre, je me rappelle m'en être fait la réflexion il y a quelques temps à propos de Charlie Hebdo qui, se mettant en scène comme journal libertaire et irrévérencieux, se permet des violences haineuses symboliques extrêmes collectivement plutôt bien acceptées (en plus des violences racistes je veux dire, sont plus souvent mises en avant): par exemple, comment ce fait-il qu'il soit acceptable que pour tourner au ridicule des personnes (ou des groupes), Charlie Hebdo choisisse toujours la même mise en scène: la pénétration? Faites le tour des unes de Charlie Hebdo, l'humilé est toujours le pénétré, celui qui se fait "baiser". En insinuant qu'être le pénétré c'est être l'humilié, c'est-à-dire qu'être mis à la place de la femme ou de l'homosexuel "passif" (terme débile, je sais, mais vous voyez où je veux en venir je pense), Charlie Hebdo est donc systématiquement homophobe et sexiste, sans que cette imagerie soit jamais remise en question. Le lectorat de Charlie Hebdo ne se prévaut pourtant pas d'être d'extrême-droite...

    Comment se fait-il que cette dimension violente échappe constamment au débat? Comment se fait-il qu'il y ait toujours un fond collectif irréductible oppressif? N'est-ce pas le moment de remettre en question de manière un peu plus profonde l'héritage historiquement construit des oppressions qui dépasse les supposées appartenances politiques au lieu de prétendre que c'est dû au chômage, à la crise ou je ne sais quoi?

    • noussa ; "Comment se fait-il qu'il y ait toujours un fond collectif irréductible oppressif?" je tends à penser que tant qu'il y a dualité (les hommes/les femmes) (homo/hétéro (ou comme tu l'as dit pénétrant/pénétré) (les blancs/tous les autres), il y a forcément oppression.
      peut-être aussi qu'un état a besoin pour se construire, se souder etc, de s'appuyer sur des mythes (la République par exemple et son liberté égalité fraternité) et qu'il faut du temps pour les remettre en cause.
      peut etre enfin hypothèse optimiste qu'on assiste aux dernier soubrsauts du cadavre reactionnaire devant un monde qui change vers plus d'égalité ?

  4. "en témoignent les réactions ultra sexistes autour de Boutin par exemple ou celles et ceux qui passent leu temps à dire que les homophobes sont des homosexuels refoulés" --> oui merci !! Parce qu'on peut très bien critiquer Boutin ou les Hommen sans sortir des arguments misogynes ou homophobes (d'ailleurs c'est assez paradoxal de dire que les Hommen sont des homosexuels refoulés, puisqu'on entretient le climat homophobe pour lequel ils militent).

    Sinon moi ces manifs d'extrême-droite me font vraiment peur, et pourtant je ne suis pas la personne la plus "à risque" (blanche, hétéro, athée...). Et encore, c'est normal que ce genre de personnes me fassent flipper parce que je suis assez jeune et je n'ai vraiment pris conscience du racisme, du sexisme, de l'homophobie, transphobie etc. qu'il y a 1 an ou 2. Avant, pour moi, ça n'existait même pas (ou alors si, mais il y a trèèès longtemps et maintenant la société n'était plus raciste ou sexiste). Et donc voir surgir ce genre de guignols ça me fait bizarre (pléonasme) mais je m'étonne des gens de la génération d'avant (40-50-60 ans) s'étonner de la montée de l'extrême-droite, du racisme, de l'homophobie (mais là aussi comme tu l'as dis on s'indigne pour Taubira, et à raison, mais on se contrefout des agressions islamophobes)... Il n'y a pas si longtemps que ça Le Pen père était passé au 2e tour des présidentielles avec 20% des voix. Donc je trouve ça un peu bizarre de s'étonner face à la montée du FN et de rejeter la faute sur les extrêmes parce qu'après tout en France il me semble que plus de la moitié de la population ne fait pas partie de ces "extrêmes" là (intégristes, nazis et tout ce qu'on veut). S'il n'y avait que les extrêmes pour voter pour le FN je pense que Marine Le Pen ne serait pas aussi populaire.

    Désolée j'ai l'impression que mon post fait un peu brouillon. Mais bon pour résumer, je suis bien d'accord avec toi.

  5. Bonjour et merci pour cet article.

    Je commencerais par dire que je suis assez d'accord avec la trame de l'article, en substance "c'est pas moi, c'est las autres". Je ne peux qu'applaudir et suis même d'accord avec toi lorsque tu parles de ne pas ôter toute responsabilité aux minorités, "l'instrumentalisation a ses limites", je ne peux qu'approuver.

    Mais c'est en s'attaquant au contexte que démarrent nos divergences d'opinions.
    J'ose imaginer que ce billet est la conséquence de la manifestation du 26 (Jour de Colère), voici mes impressions à ce sujet :
    1/ Le fait que certains collectifs soient d'extrême droite n'en fait pas une manif d'extrême droite, tous étaient représentés et unis dans le sentiment de ras-le-bol (justifié ou non), chacun d'ailleurs prêchant pour sa paroisse
    2/ Les minorités se foutent du Front National ! Cela peut paraître difficile à comprendre, mais réellement; les minorités se foutent du Front National, du moins aujourd'hui, et la raison en est simple : Qu'est-ce que le FN nous ferait subir que nous ne subissons pas déjà ?
    - Discrimination à l'embauche : check !
    - Racisme latent : check !
    - Durcissement des politiques d'immigration : check !
    - Durcissement des conditions de renouvellement des cartes de séjour : check !
    - Discrimination au logement : check !
    and last but not least, ce que l'on croyait réservé au Front National....
    - Vote de lois visant une religion ou une population donnée : check !

    Alors oui, je peux comprendre que pour des militants de gauche, le FN soit l'incarnation de Mephisto, mais pour nous à vrai dire, cela ne nous fait plus ni chaud ni froid! Je pense d'ailleurs que l'explication réside dans les faits. Les français de souche européenne qui militent à gauche n'ont pas expérimenté ce genre de discrimination, qui pourtant les révolte et l'incarnation en serait le FN ou les extrêmes droites, car cela pour eux est encore de l'ordre du fantasme...

    Mais nous (minorités), nous savons depuis longtemps, qu'en ce qui concerne les politiques, il ne faut jamais juger un livre à sa couverture, et parfois même lorsque ce livre a été édité dans nos rangs (Amara/NPNS - Begag/Villepin - Taubira/Cahuzac - Yade/Sarkozy...)
    Alors les extrêmes droites pour nous, c'est un peu comme l'histoire du loup qu'on raconte aux gamines pour leur faire peur quand on veut les garder vierges, ms lorsque la gamine grandit et vu le loup, elle se demanda pourquoi finalement faire tt un foin de qqch d'aussi banal. C'est notre cas avec le FN, lui ou un autre, droite au gauche, même politique raciste (cf Valls et les Roms, Valls et l'Islam...)
    => Je rejoins en certains points ici ton article : ce n'est pas le parti pour lequel j'ai voté le problème, can't be, non non, c'est les extrêmes droites ! Recul / responsabilité politique : zéro !

    Au cours de ton texte tu nous dis :
    "Il est vrai qu'il ne fait pas bon, dans ce pays, à remuer "les vieilles histoires" et parler shoah, colonisation ou esclavage dans ce qui constitue les actuels DOM vous vaut en général un regard exaspéré"
    => Je dirais que malgré toi, tu as mis là le doigts sur ce qui poussent des jeunes issus des minorités à se pointer à ce genre de manifs ! Tout au long de ma scolarité, j'ai eu presque chaque année depuis la primaire un cours sur la seconde guerre mondiale, Hitler, la Shoah et Vichy, allant jusqu'à nous montrer des documentaires extrêmement choquants pour des ados de 13 ou 14 ans.
    La colonisation? A peine 2 semaines en 1ère L, dans les grandes lignes, sans aucune mention de torture, de guerre contre des civils...
    L'esclavage? Idem
    La guerre d'Indochine? Idem, allez peut-être 2 cours de plus, mais c'est bien grâce aux amerloques qui se sont sentis de débarquer au Vietnam !
    Voilà ce qui cristallise la colère des minorités et qui les pousse à descendre dans la rue au risque de se frotter à des personnes d'extrême droite : le 2 poids, 2 mesures ! La sensation que nous ne sommes pas reconnus au même titres que d'autres minorités, que ce soit du point de vue, légal, politique, ou culturel.

    La preuve, et je ne dis pas que tu le fasses à propos, mais les mots sont là : à plusieurs reprises, tu sépares racisme et antisémitisme : "Pire nous continuons à dire et prétendre que le racisme et l'antisémitisme ne peuvent être ni de gauche, ni républicains."
    Pourquoi cette distinction? Certes, elle est employé par la LICRA, mais jusqu'à la fin des années 70, la LICRA était la LICA (CQFD)
    Cette distinction, qu'en entend dans la bouche de beaucoup de gens, que tient-elle à démontrer? Qu'il y aurait un racisme ordinaire ET un racisme contre les juifs (pire/mieux?), que les juifs ne s'inscriraient pas dans la boucle classique du racisme? Qu'un affront à leur égard aurait un autre sens?

    En démontrant que nous sommes tous dans le même sac, tu entretiens les disparités!

    Plus loin tu écris : "Pour arriver à ce qu'on scande des slogans antisémites dans la rue, il faut également un climat ; contrairement à ce que beaucoup pensent, on ne parle pas trop de la Shoah. On en parle mal. Parler Shoah, nous évite de parler de Vichy ; "c'est pas nous c'est les nazis, on n'avait pas le choix"."
    Je suis d'accord avec toi sur la fin de ta proposition mais pas le début, tu affirmes : "on ne parle pas trop de la Shoah. On en parle mal. " mais tu ne nous donne pas de repères. Le mot "trop" s'emploie en référence à qqch. Dire qu'on parle trop ou trop peu, qu'on est trop gros ou trop petit, n'a de sens qu'à travers un élément de comparaison, or tu ne nous le fournis pas.

    Si je me base sur un élément de comparaison objectif : les programmes scolaires de l'école républicaine et laïque, alors oui, je dirais qu'on parle TROP de la Shoah, PAR RAPPORT au traitement qui est fait de l'Histoire des autres peuples liés à la France. Si je prends le critère objectif de la législation, je dirais qu'on en parle TROP PAR RAPPORT au cas qui est fait des autres souffrances (Gayssot vs Haïti, refus de rémunérer les descendants d'esclave, torture en Algérie et j'en passe)
    Tu le dis presque à demi-mots plus loin : "Et encore je me dis que sur ces sujets là on accepte, de temps à autres, d'écouter celles et ceux qui nous alertent ; sur le racisme anti rom ou sur l'islamophobie, on reste d'une surdité exemplaire."
    Voilà encore une raison qui pousse des personnes de 2ème ou 3ème génération d'immigrés à descendre dans la rue aux côtés des frontistes.

    Alors oui, je suis d'accord avec ton article qui pousse à la responsabilité de chacun face à ce qui gangreine notre "vivre ensemble" (expression politicarde ahaha). Mais je crois que si l'on fait la démarche d'ouvrir les yeux il ne faut pas les fermer au milieu du chemin.

    Dire qu'il y a une montée des extrêmes aujourd'hui c'est bien, mais essayer de disséquer cette masse de mécontentement sans forcément les étiqueter extrême droite car facile à critiquer c'est mieux. Et j'ai l'impression que dans ton article tu fais un peu ce que tu dénonces.
    Ne pas tout mettre sur le dos de l'extrême droite, nous avons des responsabilité, MAIS, lorsque des gens descendent dans la rue et que je ne comprends pas forcément leur revendication, ils sont tous d'extrême droite !

    Alors oui, il y avait des Hommens et ce genre d'urluberlus réac, mais il y avait aussi d'autres personnes, dont bcp issues des minorités, qui manifestaient typiquement contre ce genre de distinctions : "racisme ET antisémitisme"

    • Bien j'ai du fort mal m'exprimer dans ce texte.
      Je ne parle pas à un seul instant du FN.
      Je dis qu'à force de voir les racismes (je vais plutôt employer cette expression même si elle mériterait plus de détail) uniquement le fait de l'extrême droite on oublie qu'ils sont représentés dans tous les courants politiques. Qu'à force de s'arrêter sur ce qui semble le plus choquant (la banane par ex), on oublie ce qui semble moins l'être (les lois sur le voile votées par des gens qui ne sont pas à l'extreme droite).
      Il y a le racisme qui n'en est pas (interdire le voile quasi partout) et le vrai racisme des vrais méchants (la banane).
      je tente donc dans ce texte - mais mal apparemment - de démontrer que tant que nous ne serons pas capable de voir que le racisme n'est pas que le fait de l'extreme-droite alors on peut perdre tout espoir de le voir juguler.
      pour rappel j'emploie "minorités" au sens politique du terme , celles et ceux qui n'ont pas en droit ou de fait des droits égaux à ceux d'un groupe dominant. cela inclut donc les femmes, les homosexuel-les, les trans. et pas seulement les gens issus de l'immigration.
      sur la shoah j'ai dit ce que j'avais à dire.

    • Bonjour,

      pour la distinction entre "racisme et antisémitisme" : ça m'interpelle aussi, mais pas pour la même raison. Le mot "raciste" désigne les personnes discriminant d'autres personnes en fonction de caractéristiques physiques héréditaires, comme la couleur de peau. Initialement, le mot antisémitisme désigne la même chose, mais envers les personnes issues de peuples sémites (incluant donc les Arabes). Il a dérivé en "envers les personnes pratiquant la religion juive", ou anti-juif. Par conséquent, j'interprète l'expression "raciste et antisémite" comme désignant les personnes discriminant les personnes sur des critères religieux ou de caractéristiques physiques. Pourquoi réduire les problèmes de discrimination religieuses aux Juifs ? Je pense qu'il faudrait un mot pour désigner les personnes discriminant d'autres personnes en vue de leur religion tout court, ce serait pratique.

      Par rapport au fait que la Shoah fait partie des programmes scolaires, qui omettent le colonialisme, les camps de Japonais aux USA pendant la seconde guerre mondiale, les massacres au Rwanda ect :
      j'ai l'impression que le problème n'est pas tant l'identité des victimes touchées (les Japonais sont plutôt bien vus aujourd'hui, et je t'assure que l'antisémitisme se sent en tant que Juive en France) mais l'identité des bourreaux : pour la Shoah, les méchants sont Hitler et les Allemands en général, la France est aux côtés des opprimés, forcée à participer au massacre, à cause des méchants-on évite d’ailleurs de parler trop de la collaboration-. Pour le colonialisme, il est difficile de pointer du doigt un grand méchant qui ne soit pas la France derrière lequel se cacher, donc on évite le sujet dans le programme scolaire. Je vois ça comme un problème d'égo national très mal placé.

      • non. il y a un terme désignant les juifs dénigrés par rapport à leur religion c'est la judéophobie ; ainsi le film de mel Gibson est plus judéophobe qu'antisémite.
        sinon : http://www.phdn.org/antisem/antisemitismelemot.html

        • Soit, mais cela n'explique la distinction que tu fais dans l'article, au contraire cela ravive la question, si antisémitisme est bien dirigé contre les juifs et pas tous les peuples sémites, pourquoi distinguer racisme et antisémitisme?
          Pourquoi ne pas parler du racisme en général (incluant les juifs)?

          • Le terme "antisémite" a été crée par ceux qui définissaient eux-mêmes leur aversion pour les juifs d'Europe comme de l'antisémitisme. Ils n'en avaient strictement rien à cirer des arabes, l'objet de leur haine et de leur propagande c'était (déjà) le complot juif mondial.
            L'antisémitisme c'était un update de la judéophobie, un nouveau terme pseudo-scientifique hype dans un monde en plein délire racialiste, où on cherchait à prouver que les juifs et les chrétiens étaient biologiquement différents, les uns sémites, les autres, aryens.
            De la jolie novlangue pour faire croire qu'on a une pensée super moderne et qu'on est pas juste un vieux réac, exactement comme l'antisionisme aujourd'hui en somme.

            Je sais plus combien de milliers de fois j'ai expliqué ca, mais parfois j'ai l'impression que c'est comme vider l'océan à la petite cuillère, le web me désespère, et maintenant ca déborde dans la rue.
            Ils préparent des voyages sur Mars, ca tombe bien, je sais plus quoi faire à part changer de planète.

          • j'aurais plutot du parler de négrophobie, romophobie, arabophobie et antisémitisme en effet. pour mo,ntrer que tous sont différents et obéissent à des préjugés différents.

          • Et j'oubliais, bien sur que si la colonisation et l'esclavage sont étudiés en cours.
            Partout je lis qu'on entends parler que de la Shoah à l'école, ce n'est absolument pas en accord avec mes souvenirs, alors j'ai vérifié dans mes vieux manuels qui trainent au grenier, et ca n'a fait que confirmer.

            Par contre j'ai un souvenir de cours d'Histoire totalement détachés de toute idéologie, on parle des faits mais très peu des causes profondes.
            Les révolutionnaires aimaient pas le Roi, un Prince autrichien s'est fait buté, Hitler voulait de l'espace vital... C'est un peu court !
            Et c'est un gros problème qui explique peut-être l'effroyable naïveté que je constate chez pleins de jeunes qui prennent tout à la légère, convaincus que les idées des uns et des autres n'ont pas d'importance et n'auront pas de conséquences.
            C'est ce qui me pousse à penser qu'il serait temps aussi que l'Éducation Nationale prenne en compte le fait que les idées aussi ont une Histoire, et qu'il serait temps d'intégrer une approche historique sur le racisme, l'antisémitisme, le sexisme et j'en passe.
            C'est quand même le minimum pour une école qui se réclame de notre République et de sa devise.
            Tiens, même la République, on apprends à peine ce que c'est... Les méchants dans Star Wars c'est ca ?

          • Je n'ai jamais dit que la colonisation n'était pas enseignée !
            J'ai dit qu'elle était mal enseignée, que le volume des cours était restreint et que le traitement du sujet était complètement biaisé, allant jusqu'à des ellipses (torture, FLN...)

          • Bonjour,

            Pour commencer, je dois dire que je suis ravie de trouver un débat qui parle vraiment du problème de fond avec des arguments judicieux, et non pas de raccourcis abrutis de surface. Merci à l'auteur et aux commentaires intelligents pour ça, ça fait plaisir.

            Après bien sûr je suis parfaitement d'accord avec la thèse de l'article : le climat de discrimination ambiant n'est pas un résultat d'un groupe de tarés mais une suite logique pour qui a vraiment creusé le sujet...

            Je vais tout de même essayer d'apporter ma pierre à l'édifice sur la question très pertinente de la distinction entre le racisme et l'antisémitisme.

            Je ne crois pas avoir la science infuse et serais ouverte à toute réaction, si tant est qu'elle est basée sur des arguments pertinents, mais je pense que la base de ce problème est : le gaullisme! Alors qu'on ne me jette pas la pierre pour m'attaquer au fondement de la Vème République, mais c'est un fait. Après la 2ème Guerre Mondiale, la France se réveille victorieuse mais délabrée et constatant et découvrant les horreurs qu'elle a commise. De Gaulle, et les gaullistes surtout, en fin politique se retrouve avec la mission de rebâtir le moral et la prestance de la France. Il faut dire que c'était un militaire, donc ni un tendre ni un subtil, donc sa vision de la France très IIIème République (logique vu son éducation) était sa priorité et rien n'allait se mettre en travers de sa route. Les Américains et les Anglais voyaient d'ailleurs en lui un dictateur en puissance. Tout a été fait pour redresser le moral de la France. Et pour cela, il fallait repousser toute responsabilité, parce que hein c'était pas le bon moment, et se tenir en victime résistante gentille et forte.
            De là s'est découlé des programmes de manuels scolaires visant à supprimer toute idée qui voulait dire que la France était en partie responsable. On ne parle pas de Vichy, on ne parle pas du Vel' d'Hiv'.
            Il faudra attendre Chirac, le premier président qui n'ai pas fait la Guerre pour qu'on commence à dépoussiérer les tabous.
            D'ailleurs, moi au collège (il y a une bonne dizaine d'années maintenant) j'ai été vraiment marquée voire choquée par le terrifiant film Nuit et Brouillard. J'ai vu les Rescapés de Soubibor, et un intervenant nous a parlé des Forces de la France Libre. Mais la question de Vichy? Pas trop.
            L'antisémitisme, quoique fut son sens à la base, renvoie maintenant à la haine des juifs. C'est ainsi. On insiste énormément dessus parce que la Shoah était un massacre d'une ampleur indescriptible et toujours autant indescriptible. Il faut en parler. Il faut en parler à l'école, pour dire plus jamais. Pour dire, réagissez contre la haine, simplement à votre niveau. Auquel cas, les conséquences seraient dramatiques.

            Quand au cas du racisme, c'est une notion qui est venue après la Shoah. C'est venu avec les Guerres d'Indépendance. Indochine, Haïti, mais surtout l'Algérie! Et là aussi le gaullisme est sacrément impliqué. Je n'ai pas encore réussi à comprendre tous les tenants et aboutissants de cette guerre. Elle est bien trop compliquée. Car l'Algérie ce n'est pas une colonie, c'était un département. Et ça change beaucoup de chose. Entre le gouvernement socialiste de Guy Mollet qui a déclenché les hostilités et le gouvernement de De Gaulle qui a simplement abandonné le peuple à son sort, sans parler des tortures et horreurs en tout genre,... et puis les algériens n'étaient pas cleans non plus d'ailleurs. C'était mensonge sur mensonge, et énorme cafouillage qu'on(le gouvernement De Gaulle) a eu vite fait de balayer sous les tapis.
            Et tout comme après la 2GM, les français ont eu vite d'oublier les "Événements d'Algérie" comme on les a appelé jusqu'en 1995. Ne pas en parler. Surtout ne pas briser le tabou. Mon grand-père qui y était commence à peine à évoquer les horreurs qu'il a vu, et probablement du faire.
            Alors c'est pas demain la veille qu'on va commencer à parler de tout ça dans les manuels d'école, bien qu'il le faudrait.

            Bien sur, lorsqu'on pense aux programmes scolaires, on doit penser à l'Histoire à partir de la 3ème jusqu'à la Terminale. les idéologies, c'est difficile à comprendre avant d'avoir un certain niveau de maturité.
            La naïveté chez les jeunes (je précise que j'ai 22ans) c'est assez naturel lorsqu'on manque d'expérience pour approfondir sa pensée. L'Education peut(doit) aider les élèves à se préparer à affronter le monde (mon prof d'Histoire nous répétait sans cesse "Continuité/Rupture" et "Esprit Critique") mais qu'ils aient déjà une base de connaissance solide pour ancrer des raisonnements, une bonne culture générale. J'avais des idées au lycée et je faisais partie des rares qui s'intéressait de près à l'actualité mais c'est surtout pendant ma période étudiante, en étant directement confrontée au monde, que j'ai approfondi mon mode de pensée.

    • "l'Histoire des autres peuples liés à la France": tout est là en fait. Les Français juifs en 1940 ne faisaient pas partie d'un "peuple lié à la France", ils étaient *complètement* français, que ce soit en droit (depuis la Révolution), ou historiquement (avec une présence de la religion juive qui remonte au Moyen-Âge). Et surtout ils ne se doutaient pas une seconde qu'on puisse les considérer autre chose que français (il y a eu l'affaire Dreyfus certes, mais Dreyfus était aussi alsacien, ce qui pour le coup pouvait faire douter de sa loyauté, même si c'était stupide de penser ça puisqu'il avait choisi la France, m'enfin).

      Ce qui fait que le génocide des juifs pendant la seconde Guerre Mondiale est complètement différent de tout ce qui s'est passé avant, c'est que des pays se sont donc retournés contre leurs propres citoyens, qui souvent ne se considéraient même pas comme une communauté (mariages mixtes, différents degrés de pratique religieuse etc.).

      Alors que dans le cas de la traite négrière ou de la colonisation, il n'y a pas cette notion de trahison d'une partie des citoyens par l'État qui était censé les protéger (comme tous les autres citoyens) et dans lequel ils plaçaient une confiance souvent totale, de trahison par ses propres concitoyens, avec lesquels ils s'étaient battu pendant la première guerre (dans les mêmes régiments, contrairement aux engagés des colonies, qui ne pouvaient donc pas être dupes de ce que les autres soldats pensaient probablement d'eux...), avec lesquels ils travaillaient tous les jours, avec lesquels ils étaient amis en somme. L'esclavage et la colonisation n'en restent cependant pas moins horribles dans les faits hein.

      Mais je pense vraiment que c'est cette notion de trahison qui explique la place prépondérante du génocide des juifs d'Europe dans les programmes. Il s'agit d'apprendre à se méfier des gens qui cherchent à monter des Français contre d'autres Français, sous prétexte que ces derniers seraient protestants, ou que leurs grands-parents viendraient du Cambodge. Ce genre de trucs. Donc ça concerne tout le monde (et peut-être qu'on insiste pas assez sur ça), mais surtout les gens qui vivent ce genre de situations, toutes proportions gardées, aujourd'hui. La situation actuelle des Français issus de l'immigration ressemble en fait beaucoup plus à celles des Européens juifs avant la seconde guerre mondiale qu'à celle des habitants autochtones des colonies.... Vous ne trouvez pas ?

      • Ca dépends, il y a une différence fondamentale entre penser que tu domines l'autre et penser qu'il cherche à te dominer.
        Le mépris envers les musulmans c'est très ancien, mais ce qu'on appelle "islamophobie" avec cette idée d'un complot insidieux des musulmans pour imposer leur religion et prendre le pouvoir ca me semble assez nouveau, et effectivement très proche de l'antisémitisme.

        Mais au final c'est que de la rhétorique, on accuse l'autre des pires intention pour pouvoir jouer les oppressés qui ne font que se défendre. On voit bien ca avec le racisme anti-blanc, qui ne fait que reprendre cette vieille propagande sur les juifs qui haïssent les goys.

        Après faut dire une chose aussi, en France contrairement à l'Allemagne la majorité des juifs sont séfarades, beaucoup viennent d'Algérie.
        Parce qu'en 1870, on leur a filé la citoyenneté française, contrairement aux musulmans. Ca a crée des rancœur là bas, mais aussi ici, puisque 15 ans plus tard Drumont connaissait un grand succès avec ses écrits antisémites, 25 ans plus tard débutait l'affaire Dreyfus, et 28 ans plus tard, le livre de Herzl, lançant le mouvement sioniste.
        C'est pourtant surtout pendant la guerre d'Algérie que beaucoup de juifs sont venus en France, en même temps que beaucoup de musulmans, seulement voilà, en terme d'accueil et d'intégration ca ne s'est pas exactement passé pareil pour les 2, et tout ca a encore de lourdes conséquences aujourd'hui.

        • en fait l'islamophobie n'est pas récente. l'historien que j'ai entendu à l'institut du monde arabe nous a bien montré que ca remonte au moyen-âge et bien sûr ; toute la période coloniale est islamophobe.

          • en même temps la judéophobie ça remonte à loin aussi... jusqu'aux égyptiens antiques. Et pour les chrétiens, les juifs étaient surtout coupables du supplice du Christ... Du côté musulman, Mahomet considérait que les juifs étaient musulmans, qu'ils devaient donc obligatoirement se convertir à l'islam, au quel cas ils rejetaient la loi du Prophète. Et puisqu'il leur était interdit de vivre à la campagne, ils se sont installés en villes, et puisqu'il leur était interdit d'exercer des métiers de chrétiens, ils ont exercé ceux qui étaient interdit aux chrétiens soient le commerce, l'artisanat, les banques, et ils se sont enrichis les bougres!

            L'antijudaïsme, l'antisémitisme, la judéophobie, et quoi qu'on l'appelle, c'est vraiment qu'un tas d'âneries. Tu me diras l'islamophobie, c'est pas vraiment mieux dans le genre.

  6. Bonjour,
    Saine colère.
    Je (vous) propose donc de (re)lire deux textes, l’un extrait de Racisme, mode d’emploi (Rokhaya Diallo, 2011), judicieusement intitulé À quoi sert le racisme ? (bonne question, non ?) ;
    le second, Le racisme dans le discours des élites, a été écrit par Teun A. van Dijk en 2005. Pour (vous) donner envie :
    « La plupart des études consacrées au racisme se focalisent sur la discrimination et l’exclusion, ou bien sur les préjugés et l’idéologie, mais ils ont tendance à ignorer le rôle fondamental joué par le langage dans la reproduction du racisme. Le débat et les mesures politiques, quel que soit leur objet, s’engagent sous forme d’écrits et de paroles, depuis les lois et la réglementation, les débats parlementaires, les délibérations du gouvernement et jusqu’aux programmes et à la propagande des partis. Les médias eux aussi opèrent de façon largement discursive, et cela inclut les images, les films et le multimédia. Cela vaut également pour la police et la justice, l’éducation et la recherche scientifique. Cela signifie que les élites symboliques sont d’abord des élites discursives. Elles exercent leur pouvoir par le verbe. Comment le racisme pourrait-il exister sans l’écrit et la parole ? »
    Euh, j’en ai d’autres, par exemple sur « notre glorieuse histoire antisémite et les quelques dizaines d’intellectuels français, qui ont produit les textes antisémites les plus ignobles ».Mais je ne voudrais pas abuser.

  7. simplement merci pour cet article et ton site en general qui est super !

  8. Merci pour cet article, ne voir quasiment aucune information sur la manif de dimanche dans les journaux télévisés m'a fait peur, me fait toujours peur, maintenant je me sens un tout petit peu mieux. Merci

  9. Merci pour cette colère bienvenue.

    En vous lisant, j'ai repensé aux écrits d'Albert Memmi (il y a plus de trois décennies, on pouvait lire sous sa plume, bien que par ailleurs aujourd'hui datée sous bien des aspects:
    « en chacun, ou presque, il y a un raciste qui s'ignore, ou qui s'ignore à peine, ou qui ne s'ignore pas du tout" "pour commencer, prendre conscience du racisme. Pas seulement pour les autres, mais en nous mêmes, individuellement et collectivement. Le dénoncer chez les autres est facile, commode et, ajoutons-nous, contradictoire: ce serait demander à autrui d'abandonner son agressivité, sans renoncer à la nôtre. Déceler le racisme d'abord en nous, pour le combattre dans nos propres conduites est la meilleure voie pour obtenir, éventuellement, sa rémission chez les autres. C'est une propédeutique et le prix à payer d'avance. » - in Le Racisme, 1982)
    J"ai repensé aux écrits de James Baldwin (« les gens qui imaginent que l’Histoire les flatte (comme elle le fait, en effet, puisque c’est eux qui l’ont écrit) sont empalés sur celle-ci comme un papillon sur une aiguille et deviennent incapables de se voir ou de se changer eux-mêmes ou le monde. », in "La culpabilité de l'homme blanc", par exemple).
    J'ai repensé à toutes celleux qui s'efforcent de rappeler, contre l'antiracisme complaisant blanc et européano-centré que le racisme est essentiellement un fait social, au sein desquels une partie de la population est racisée, et qu'il existe des rapports sociaux de domination de race, que ces rapports sont institutionnalisés.
    J'ai repensé à des sites comme Les indigènes du Royaume, Les indigènes de la République, Etat d'exception, qui n'ont de cesse de dire les rapports de domination de race du point de vue de ceux qui les subissent, j'ai repensé à la haine et aux calomnies que leurs auteurs subissent de la part de nombre d'antiracistes autoproclamés, de la part de ces antiracistes abstraits qui pensent toujours mieux savoir que les racisés ce qu'est le racisme et comment le combattre, de la part de ces antiracistes abstraits qui ne savent pas - c'est l'ignorance que les rapports de domination de race leur ont enseigné -, qu'il y a un point de vue noir, juif, musulman, colonisé, racisé, sur l'histoire des rapports de domination de race et leur état actuel, et que ce regard n'est pas le même que celui d'un blanc, même "antiraciste".
    J'ai repensé à tous ces antiracistes qui n'imaginent même pas que, comme l'écrivit il y a quelques années Thiers-Vidal à propos des hommes qui souhaitent soutenir le combat féministe, celui qui se trouve privilégié, qui se trouve occuper une position de dominant au sein de rapports sociaux de domination, et souhaite aider les infériorisé-e-s, et souhaite combattre ces rapports sociaux de domination qui lui profitent, celui-là doit accepter de rendre des comptes à celleux qui les subissent.
    En vous lisant, j'ai repensé aux écrits de Maria-Rosa Plummelle-Uribe, à la manière dont elle montre le prototype de l'extermination des juifs d'europe au sein du colonialisme européen, à la manière dont elle nous donne des outils pour penser la confusion actuelle sur l'antisémitisme, sur les rapports de domination de race en France, sur le caractère intrinsèquement colonial de l'Etat d'Israel, pour penser la fausse conscience européenne et son épouvantable histoire.

    L'écrasante responsabilité historique européenne, qui se trouve à l'origine de ces rapports de domination constitue une très inconfortable tache aveugle, qu'il est tentant, pour beaucoup de racistes qui s'ignorent, de maintenir hors du champ de leur conscience, en se focalisant à plaisir sur la minorité de racistes qui ne s'ignorent pas du tout, ou sur les égarés qui divaguent en leur compagnie.

    Mon commentaire n'évoque guère les nervis et les tristes excités de la manif de dimanche. Il me semble plus important de contribuer, comme vous l'avez vous-même fait, à faire éprouver un peu de doute et d'inconfort à quiconque serait tenté de se rassurer sur lui-même en imaginant pouvoir se satisfaire de "combattre" l'agglomérat de groupuscules qui a défilé dimanche. L'indigence de l'antiracisme blanc et autosatisfait, incapable de se remettre en question, me paraît plus à craindre encore que les gesticulations des nationauds, réactionnaires, et autres excités de la supériorité blanche. Combattre cette indigence, en la contraignant à regarder aussi ailleurs que vers ces très spectaculaires manifestations de racisme, en la contraignant à se regarder elle-même et à cesser de rendre n'importe qui d'autre responsable de ses insuffisances, me semble autrement plus urgent, et pertinent.

  10. Bonjour
    Etant professeur d'histoire au collège, j'aimerais juste préciser que le rôle de l'enseignant est majeur dans l'enseignement des divers événements et périodes évoqués ici.
    Même sur peu d'heures d'enseignement, nous pouvons absolument dégager les problématiques de domination lorsque nous étudions la colonisation et la décolonisation. Les différentes traites sont évoquées.
    Le génocide juif et tzigane ne laisse pas oublier la déportation des homosexuels dans les camps de concentration nazis. L'antisémitisme latent en Europe est bien entendu présenté etc.
    Oui, on parle de la torture pendant la guerre d'Algérie. Cependant l'enseignement de l'histoire ne vise pas à faire un concours de souffrances des minorités, mais bien à présenter certains rapports de domination et de violence sociale et de les expliquer. Cela est prévu par les programmes et cela est fait par les enseignants.
    Charge à nous également de veiller à ce que chacun, quelle que soit son origine, se sente écouté, respecté et entendu au sein de la classe.

  11. Pas le temps de lire les commentaires (je le ferai plus tard), mais le titre de ton post et la fin du texte m'ont fait fortement penser à se poème de Martin Niemöller (sans doute est-ce intentionnel ?) que je partage pour ceux qui ne connaissent pas :

    "Quand ils sont venus chercher les communistes,
    Je n'ai rien dit, Je n'étais pas communiste.

    Quand ils sont venus chercher les syndicalistes,
    Je n'ai rien dit, Je n'étais pas syndicaliste.

    Quand ils sont venus chercher les juifs,
    Je n'ai pas protesté, Je n'étais pas juif.

    Quand ils sont venus chercher les catholiques,
    Je n'ai pas protesté, Je n'étais pas catholique.

    Puis ils sont venus me chercher,
    Et il ne restait personne pour protester."

    Et une dernière pour la route : "Tout ce qu'il faut pour que le mal triomphe, c'est que les braves gens ne fassent rien" Edmund Burke

  12. valerie: Merci beaucoup de cet article pertinent.

    shnappie : Ce que les minorités risqueraient de plus si le FN, ou d'autres fascistoïdes, venait au pouvoir ? Notamment d'aller en prison juste pour être "différentes". D'être déportées même. Les camps et les triangles reloaded, quoi. Et ceci n'est pas pas un délire, le Borgne du FN, entre autres, a tenu assez de discours explicites en ce sens. C'est précisément pour ça que moi, multiminoritaire, je me bats très activement contre tous ces fascismes naissants (pas que celui du FN). Et je me bats aussi contre le défaitisme périlleux que tu décris, qui est à mon avis une grave erreur.

  13. Tellement de choses à dire et pourtant, restons concis, mais je vais être un peu confus tant certaines des choses que j'ai vues dans les retours médiatiques (indépendants ou non) de la manifestation de dimanche me donnent la nausée.

    Je suis d'accord avec l'idée de continuité, il y a un cheminement, plus ou moins évident. Le mariage pour tous, les insultes, Dieudonné, Soral, Bourges, Derville, le genre, l'IVG, l'Espagne, l'affaire des sms viraux, et point d'orgue dimanche : le jour de colère. Tout est lié, à mon avis. Et contrairement aux minimisations que j'entends autour de moi lorsque j'en parle ("ça leur passera, ce ne sont que des franges minoritaires") ça ne fait que persister et maintenant visiblement s'amplifier. Mais j'ai l'impression de crier au loup, parfois. Voir d'emmerder le monde.

    Maintenant, je me retrouve face des questionnements. Comment faire face à tout ça ? Comment faire en sortes qu'un jour je n'ai pas à me réveiller en me disant que j'ai tout vu, que j'étais là, mais que je n'ai rien fait pour faire barrage aux bandes de fous qui ont déferlé dans les rues Dimanche 26 ? Je n'ai pas du tout envie de connaître ce goût du regret de n'avoir pas ne serait-ce que réagi.

    Des fascistes défilent dans les rues bras tendus, au son de "Juif, Licra, on en veut pas". Alors je me dis, ok, réfléchir, penser tout ça, pourquoi, comment et qui. Faire référence à l'histoire, à la politique, la contestation catholique lors de la loi Savary de 83, l'Espagne sous Franco, les guerres de bandes skins contre chasseurs de skins dans les années 80-90, le FN, la crise. Tout ce qu'on veut, on peut y réfléchir.

    Mais l'action ? Je me pose (encore !) des questions : s'indigner sur twitter ? Minimiser les faits ? Les antifas étaient absents dimanche. Il n'y avait, face à ces gens, aucun contre-pouvoir crédible. Je lis des commentaires sur des blogs. L'auteur déverse un flot d'insultes à Bourges. Un type lui répond dans les commentaires qu'il est saoulant quand il parle de sujets de société.

    Voilà, il y a un problème là aussi. Ca fait chier le monde quand on dit qu'une bande de fafs défile tranquillement bras tendu dans les rues et qu'il faut combattre ça ou qu'une illuminée CSP++ se compare de manière obscène à des SDF. Il faut accuser quoi ? Qui ? Est-on à ce point bouffé par l'entertainment ?

    Je refuse simplement, comme je l'ai dit, de me dire plus tard dans ma vie que j'ai laissé ces gens faire alors que ça s'est passé sous mes yeux. Je vais me faire des ennemi(e)s, mais je crois sincèrement qu'à un moment, la solution pacifique et la négociation n'ont plus cours parce qu'elles ne servent plus à rien face à certains esprits. Eduquer ? Oui, toujours, évidemment, mais ça se compte en générations, pour changer une simple idée. Barjot, elle, a réouvert la boîte de Pandore de l'homophobie en quelques semaines, avec tout ce qui a pu s'ensuivre de discours "décomplexés" et d'agressions physiques. La haine va bien plus vite que l'éducation.

    Je m'arrête là, parce que finalement je n'ai que des questions. Mais j'ai quand même envie de sortir la batte de base-ball. Je me dis juste qu'on a une responsabilité là-dedans, pas dans le pourquoi et comment tout ça arrive, c'est pas le moment d'accuser. Mais dans ce qu'on peut faire pour aller contre ces gens. Bref.

  14. Bah, le mal est profond et ne date pas du siècle dernier. On a buté du cathare, du protestant, du musulman et du juif par le passé. Je passerais sur les petits massacres régionaux dont on sait qu'il est encore bien vivace chez certains.. Le Royaume de France, puis la France s'est bâtie à coup de violence sur les uns et les autres. Avec un dominateur et des dominés.

    On a centralisé un pouvoir autour d'une ville et également, d'un concept en faisant fi de toutes les différences et en les gommant. ou en tentant de les gommer. Comme tout pouvoir démocratique se doit de le faire. Pour unir. On a trouvé un ou plusieurs ennemis communs pour fédérer. Le roi, puis les autres pays.

    il y a un très bon ouvrage qui s'appelle La France réédité assez régulièrement puisque très utile pour les concours de la fonction publique. Ce qui est amusant avec cet ouvrage, c'est son découpage "paris province", "religions catholique et les autres". ect, ect.

    En partant de là, les gens qui sont dans la rue ne sont qu'un reflet de ces manifestations sporadiques de cet esprit français. On peut effectivement se dire qu'ils sont catho", "borgne", "salaud", "facistes", "musulman". On peut se dire aussi qu'on leur laisse un peu trop s'exprimer.

    "L'arbre qui tombe fait plus de bruit que que la forêt qui pousse."

    Le commun des mortels est parasité par un discours guerrier. L'enfer, c'est les autres et les autres, c'est le mal. L'altérité est aujourd'hui quelque chose qui dérange beaucoup. Ou qui trouve un écho suffisamment puissant pour qu'on en parle sans cesse.

    Voir la polémique sur le genre, dont quelques personnes sont chauffées à blanc depuis des mois sur les sites et autres blogs.

    Associons cela à une certaine paranoïa, théorie du complot et autres élements totalement subjectifs et on en arrive à discuter avec des gens qui recrachent tout sans penser par eux-mêmes. C'est peut-être le véritable echec de l'école républicaine. Peut-être.

  15. On est bord d'un gouffre, déjà visité par le passé, mais on y retourne gaiement.

    J'ai bien vu comment les gens font facilement deux poids deux mesures dès qu'il y a de l'arabe en jeu. L'affaire Farid de la Morlette est un exemple parfaitement édifiant, par exemple.

    Voilà le cas d'un homme qui jette un chat contre un mur : 250 000 signature pour demander que sont cas soit puni de façon exemplaire. Les gens sont-ils vraiment offusqués qu'on fasse du mal aux bébêtes ? Parallèlement, le cas du restaurateur d'Angers qui jette de la soude caustique à un chat n'a soulevé presqu'aucune protestation (tous deux ont été d'ailleurs jugés la même semaine), en tous les cas ça n'a absolument pas mobilisé 250 000 personnes... Le crime à l'encontre d'une petit animal sans défense est pourtant exactement le même. La vraie différence de traitement de l'affaire par l'opinion publique réside en réalité en un seul fait : le restaurateur n'était pas un "arabe" issu d'une téci de Marseille.

    C'était d'ailleurs très intéressant de voir comment l'extrême droite a essayé de récupérer le mouvement contre Farid de la Morlette ; j'ai fait une série de billet dessus sur mon blog Lune de Male Daumon.

  16. "shnapple " vous vous demandez ce que le fn pourrais vous faire que l'on ne vous face déjà..Ben regardez comment les minorités et les immigrés sont traité en Allemagne, Espagne, Grèce, Angleterre, Algérie, Mali, Chine, Vénézuela, Brésil, Australie, Autriche, Maroc, Togo, Japon, Luxembourg, Danemark (qui est un pays formidable mais loin de l'idéal de tolérance qu'on lui attribut) ;
    Voila, les extrêmes risques de ramener la France au stade d'évolution des autres nations qui sont beaucoup plus restrictives que nous et moins tolérante tout simplement, et en ce qui me concerne je me dis que ma famille ne s'est pas gouré en immigrant en France...ne lui donnons pas tord!

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