jan 092014
 

Nous sommes désormais loin des gens "qui ne savent pas". Dans la majeure partie des cas, un propos sexiste, raciste ou homophobe - en particulier dans le domaine de l'humour - est justement prononcé pour créer un buzz tant il faut faire parler de soi à tout prix. Ainsi le buzz du quart d'heure est au sujet d'une marque de fringues (réelle ou non) qui s’appellerait Violparis. Il ne fait aucun doute que les créateurs le font en toute connaissance de cause afin qu'on parle d'eux ; ils nous remercient d'ailleurs de le faire sur leur page FB. Il y a d'ailleurs de sérieuses chances que cette marque soit un fake, juste faite pour faire parler.


Numericable, lorsqu'elle fait sa ridicule publicité sexiste a plusieurs objectifs ; faire rire les gens adeptes de Mars et vénus qui diront "c'est si vrai" en contemplant la pub, énerver les féministes qui lanceront un buzz autour de la pub, faire parler celles et ceux qui aiment regarder les féministes s'énerver. Ils sont donc, de trois manières différentes, réussi à faire qu'on parle d'eux.
Autre cas, bien différent évidemment, Minute. Minute est un journal d'extrême-droite, qui, s'il a un - trop grand - lectorat, reste quand même une lecture confidentielle.  Les réseaux sociaux ont permis à l'extrême droite de diffuser tranquillement les unes ; mécaniquement cela a entraîné l'indignation de gens qui ont également relayé la une sur Taubira pour la dénoncer. Les journaux se sont évidemment emparés du buzz et tous le numéro de Minute concerné a été introuvable très rapidement tant des gens se sont précipités pour l'acheter "ne serait-ce que pour voir".

Nous nous heurtons donc ici à plusieurs problèmes :

Il est très difficile de dire "qu'il ne faut pas en parler". Il est compliqué d'expliquer à un-e noir-e qu'il ne doit pas relayer la couverture de Minute car il leur fait de la publicité ; s'il se sent légitiment heurté et blessé par cette une, pourquoi ne la dénoncerait-il pas ?
Il est compliqué d'expliquer à des juifs/enfants de déportés dont je suis qu'ils ne doivent pas faire de la pub à Dieudonné ou Soral ; il y a un moment où la souffrance est telle (je parle pour moi tout du moins) que son expression peut soulager et être utile.

J'ai un temps pensé qu'il ne faut dénoncer que ce qui n'est pas explicitement raciste, sexiste, homophobe. Mais comment définir l'explicite ? Pour moi la publicité de Numericable est explicitement sexiste mais elle ne l'est pas pour beaucoup. D'autres n'ont toujours pas compris - ou voulu comprendre- que la Une de Minute était raciste ; et je ne parle pas ici de gens d'extrême-droite.

Judith Butler dans Le pouvoir des mots. Politique du performatif dit "les projets de réglementation du discours de haine finissent invariablement par le citer longuement". En clair, lorsqu'on dénonce un discours raciste on est obligé de le dire pour montrer qu'il est raciste. Lorsque je veux signaler que le mot "bougnoule" est un mot raciste, vous constatez que je suis obligée de l'écrire et que je lui donne une existence. Pour dénoncer la pub de Numericable, Minute ou que sais-je, je suis bien obligée de répéter le discours qu'ils ont eu. Je réitère donc -même pour le prononcer - un discours sexiste ou raciste.
C'est par exemple tout mon problème dans ma pratique professionnelle - je vous en ai déjà parlé - je voudrais parfois vous montrer quels types de commentaires on peut lire. J'ai déjà pensé copier quelques 10 commentaires sur les 500 reçus sur un article sur les rom ; mais comment le faire sans redire la violence ? Cela n'et pas possible.

Vous le constatez ce billet invite plus à la discussion qu'à une réelle conclusion de ma part.
On sait que des marques, des journaux, des individus (Elfassi pour ne parler que de lui, tiens), jouent sciemment avec des contenus sexistes, homophobes, racistes pour qu'on parle d'eux. Les dénoncer leur accorde un public qu'ils n'avaient pas et nous obligent en plus à répéter leur discours. Ne pas le faire fait qu'on ne montre pas en quoi tel journal est islamophobe, telle publicité sexiste. Nul doute que la pub de Numericable n'aurait pas eu le quart de la notoriété si aucune féministe n'avait réagi, entraînant l'ARPP à examiner cette publicité ; pour autant aurions du nous taire ? Rajoutons que nous sommes, comme beaucoup, entraînés dans un flot interompu d'informations/réactions où nous sur-réagissons sans doute pas toujours de la bonne façon.

J'ai ici mélangé beaucoup de choses ; de la publicité aux discours dit-humoristiques mais je crois que la réflexion peut être menée conjointement sur ces différents supports.

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  20 réponses sur “Faut-il dénoncer les contenus sexistes ? ou L’effet Streisand”

  1. En étant radical, il faut exclure la question du "doit on en parler" pour plutôt se demander "comment en parler".

    La vérité, même quant elle est moche, est préférable à l'illusion que tout va bien. Oui il y'a des gens qui ont des propos immondes, oui ils utilisent les médias comme caisse de résonance. Somme nous totalement désarmé contre eux ? je ne le pense pas.

    Certes ils ont pour eux la force de frappe massive que sont les propos qui buzzent, recraché aussitôt qu'ils sont entendu par les journaleux en mal de scoop, mais cette force est (comme souvent) aussi leur faiblesse. Cette information torrentielle rentre aussi vite qu'elle ne sort et finalement ce qui subsiste, c'est un conglomérat d'idée flou, tellement flou qu'il est possible de le démonter en pièce pour convaincre que ce n'est que de la connerie.

    Parce qu'au final il faut aussi laisser les gens penser, ne pas leur énoncer les choses comme une vérité toute faite, mais simplement les laisser faire le parcours mentale en leur donnant le plus honnêtement possible des clés pour comprendre. Il faut accepter qu'ils soient parfois totalement conscient et convaincu de certains propos, car si c'est le cas alors ce n'est pas la répétition des termes qui leur à laver le cerveau, mais c'est simplement qu'au fond d'eux ils ont cette idéologie.

    Fournir des clés de compréhension, c'est donner des opportunités, et quand bien même vous y ajouter des éléments idéologiquement "nocif" vous pouvez préparer vos interlocuteurs à les recevoir.

    C'est un peu comme une vaccination : on prend un argument qu'on affaiblit avant de l’inoculer. Il ne fera plus autant d'effet, et les gens en seront protéger lorsqu'ils y seront confronté.

  2. Hé bien si on est pas dans un débat d'actualité... en la matière, il me semble que le post d'Odieux connard au sujet de l'antisémitisme est assez adapté.
    http://odieuxconnard.files.wordpress.com/2014/01/extrc3aame-final-2.jpg
    A l'heure d'internet, twitter et Cie, il me semble qu'on ne peut plus se contenter de dénoncer. D'accord avec Flashou, il faut expliquer/argumenter/démontrer et pas se contenter de dire que ce n'est pas bien, sinon c'est contreproductif.

    • j'ai beaucoup de mal avec le post d'odieux connard je t'avoue et ce pour deux raisons :
      - de base ce type est anti féministe ca ne m'incite pas à lire sa prose
      - ca n'est pas à lui de décider si une classe opprimée doit ou non dénoncer ses oppressions
      - non discuter n'est pas toujours utile ; j'ai passé des heures de ma vie à discuter avec des négationnistes, des néo nazis et ca n'a servi à rien. mais rien.
      - il est à un doigt de dire que l'antisémitisme est du à ceux qui s'en plaignent ; il inverse la charge des choses.

      • Et on peut rajouter qu'il est bien dupe (ou malhonnête) de croire que "Ouais ta gueule passe moi le sel" peut éviter de propager un discours haineux.
        Le meilleur exemple auquel je peux penser est la transphobie : cette discrimination est totalement inexistante des débats et des medias, pourtant elle bat son plein et les trans' en bavent sévèrement (bonjour l'euphémisme vu la violence qu'ils subissent socialement, pour trouver du travail, voire les agressions basées uniquement là desuss). Les trans' souffrent justement qu'ils sont totalement invisibilisés et même si ça donnait de la visibilité à leurs oppresseurs, je pense qu'une société plus sensible à la transphobie ne serait pas un mal.

        Donc c'est un peu facile de dire "en parlez pas, tout ira mieux". En fait c'est même totalement con. ><

      • Bon peut être... bêtement je n'ai pas creusé car j'ai bien aimé son dessin. Cela dit, si il est antiféministe comme ma mère, je veux bien tenter de le convaincre moi. Classe opprimée... pas sûr non plus que ce soit son propos, il est juste "dans le débat public", auquel tout le monde participe.
        A deux doigt de dire que l'antisémitisme est du à ceux qui s'en plaignent : pas d'accord non plus (c'est pour Yorgl aussi) : il ne dit pas de ne pas en parler, il dit juste qu'il ne suffit pas de dire "bouh c'est pas bien" mais bien d'argumenter. Les bons sentiments ne fonctionnent plus, c'est un fait, merci GW Bush et Sarkozy.
        Après discuter, utile ou pas, c'est un vrai débat. Je ne pense pas que le public soit directement les gros cons, mais ceux qui se laissent influencer.

        • Bon effectivement c'est vraiment un très très gros conn***
          toutes mes excuses pour ce lien
          même si je persiste sur l'inefficacité des bons sentiments

      • Moi je ne suis qu'à moitié d'accord, dans le sens où je pense qu'il faut discuter et argumenter, mais il faut être pragmatique et choisir les gens qu'on essaie de convaincre.
        On fera jamais changer Faurisson d'avis sur les chambres à gaz, le cerveau de ce mec s'est fossilisé il y a 50 piges et ne changera plus. On est plus dans le rationnel, mais dans la pathologie mentale, celle qui fait que tant de gens arrivent à se mentir à eux même pour se construire un petit monde fantasmatique duquel ils ne ressortiront jamais.

        Il faut juste arrêter de prêcher pour les convertis et pour les inconvertibles, mais il y a une zone grise, chez les plus jeunes notamment, où la pédagogie s'impose pour tout un tas de sujets.

        Et c'est en celà qu'un grand coup de pied médiatique dans la fourmilière peut être utile, j'en ai ma claque d'en parler mais c'est dur de pas revenir à l'actu, je n'ai jamais vu dieudonné autant critiqué qu'en ce moment non par les médias, mais PAR LES GENS, et c'est super positif, et ca fait beaucoup de bien.
        Parce que sans vouloir me jeter de fleurs ca fait des années que je me sentais hyper seul dans ce combat sur le web, j'y ai perdu des potes, et je sais que dans ma génération du moins, pleins de gens en avait plein le cul de lui de soral et de leur clique mais n'osait pas l'ouvrir parce qu'ils avaient peur eux aussi de perdre des potes.
        Donc si la polémique renforce les convictions, c'est aussi voire surtout celles d'une majorité trop silencieuse, et si les médias et les politiques font de la merde avec, c'est pas grave, l'important c'est que ca bouge du côté du peuple aussi.

  3. Bonjour,
    Tout d’abord merci pour ce questionnement plein d’à-propos.
    D’une certaine manière, vous nous invitez à faire ce « pas de côté » qui permet parfois de mieux voir ce qui se passe, réellement, sans être emporté par la dynamique que l’on souhaite analyser (ou dénoncer).
    Et le recours à Judith Butler m’a fait trouver ceci chez Hannah Arendt, qui pourrait apporter une pierre à la construction de la réflexion commune initiée :
    « Une crise nous force à revenir aux questions elles-mêmes et requiert de nous des réponses, nouvelles ou anciennes, mais en tout cas des jugements directs. Une crise ne devient catastrophique que si nous y répondons par des idées toutes faites, c’est-à-dire par des préjugés. Non seulement une telle attitude rend la crise plus aiguë mais encore elle nous fait passer à côté de cette expérience de la réalité et de cette occasion de réfléchir qu’elle fournit. »
    Hannah Arendt, La crise de la culture (p. 225).

  4. Article plein de vérité. Certes réagir c'est alimenter la polémique et faire du buzz. Mais ne pas réagir c'est les laisser exister voire se développer en toute impunité. Car ils existeront avec ou sans leurs détracteurs.
    Personnellement je préfère réagir au risque d'accroître leur notoriété, au moins ca aura pour effet de détériorer leur image et peut être même de réveiller quelques consciences...
    Dans une société où la concurrence est omniprésente, l'image occupe une place primordiale. Aujourd'hui, je sais que je ne m'abonnerai pas à Numericable, chose que j'envisageais avant ce dérapage.

  5. Aux USA on peut condamner sans exprimer à proprement parler : le "n-word", c'est un mot que n'ont pas le droit de dire les Blanc-he-s sans risquer d'être offensant-e-s. Mais Butler a raison, ça reste dans la tête tout le temps que dure la discussion pour expliquer pourquoi et comment c'est offensant...

  6. C'est marrant, je discutais de ça dernièrement avec un mec non-féministe, et non-impliqué de manière générale, quelle que soit l'oppression considérée. Il me disait grosso modo "bouh tu fais de la pub aux sexistes, t'es un peu coconne de pas y avoir pensé hein, heureusement que je suis là pour te le dire". Je sais pas si c'est récurrent mais bon dieu, qu'est-ce que ça m'insupporte. Mais je vais pas reprendre tout ce qui me gêne dans cet attitude, tu le résumes bien dans ta réponse à xenomorf.

    Je me pose cette question de l'effet Streisand et je me demande (sans avoir de réponse) si ce n'est pas un mal pour un bien. Ok, on y perd sur certains aspects : on donne de la visibilité à des contenus problématiques et on aide indirectement ceux qui les produisent à se financer. Et ça entretien le truc : la recherche du buzz (donc la production de contenus merdiques) n'aurait pas de sens s'il n'y avait pas dénonciation.
    Mais d'un autre côté, est-ce que le bad buzz ne leur fait pas beaucoup de tort aussi ? Est-ce que ceux qui achètent Minute "pour voir ce qu'il y a dedans" sont convaincus par leur lecture ou est-ce qu'ils en ressortent en se disant "non mais c'est abusé de tenir des propos pareils" ? Est-ce qu'ils répéteront l'opération à d'autres occasions ou bien est-ce qu'ils se diront que y a de meilleures façons de dépenser son argent ? Est-ce que ça ne contribue pas à faire comprendre que tel problème existe toujours ? Est-ce que ça ne permet pas, aussi, de visibiliser les luttes (pas toujours positivement, certes) ? Est-ce que, à la longue, on infuse pas certaines idées à la société par ce biais-là ?
    Et est-ce que le "buzz pour vendre" ne serait pas finalement un procédé assez ponctuel dans l'Histoire de l'humanité, quelque chose qui serait en train d'évoluer et qui perdrait peu à peu de son intérêt pour ceux qui le mettent en place ? Je veux dire, rien que le fait qu'on entende (de plus en plus ?) parler de l'effet Streisand, que des gens commencent à se dire "non je veux pas leur faire du clic", que des marques soient boycottées par certains groupes, que des médias de qualité refusent de jouer le jeu du buzz (et réfléchissent à leurs financements) etc. est-ce que tout ça n'est pas plutôt bon signe ?
    Mais peut-être que je me plante dans mon analyse, c'est très possible aussi. A l'heure actuelle, je ne sais pas si le jeu en vaut la chandelle. Je ne suis pas sûre que ce soit "mesurable" d'ailleurs. Je vais peut-être essayer d'adopter une position intermédiaire... j'y réfléchis.

  7. [...] Nous sommes désormais loin des gens "qui ne savent pas".  [...]

  8. il y a autre chose qui est complexe c'est la question de l'interdiction.
    censurer l'expression, est-ce la bonne solution? où sont les limites? et comment on fait aprés? est-ce qu'on surveille chaque personne qui a des propos antisémites, racistes, sexistes?
    .

    d'une façon générale, quand faire parler de soi à tout prix est un but absolu, dans la pub, le spectacle ou la politique, il n'y a plus d'éthique, seulement des étiquettes et des tickets à vendre.

    cette technique provocatrice a bien marché avec Le Pen, et d'autant qu'ensuite est venue la blonde Marine qui rassure alors que le fond reste le même. Quelle super stratégie! mais fallait-il interdire Le Front National?

  9. Il me semble qu'on est dans la question de la dénonciation, du montrer du doigt. Qui montre qui à qui ?
    1/ En principe (de justice), la "délatio" est un devoir citoyen : une société qui ne dénonce pas les traîtres se délite rapidement.
    2/ Dans la réalité, ce principe est peu applicable quand le pouvoir sociétal abuse de son pouvoir, contre les citoyens. Les occupants (point Godwin ? Pas loin...) réclament la délation des citoyens résistants contre l'occupation, mais c'est le pouvoir qui est illégitime. Or, qui peut dire que le pouvoir est légitime ? Un certain consensus social, notamment électoral ou démocratique...ou encore traditionnel........
    3/ à l'ère du débat social sans filtre, il n'y a pas de police de la pensée. Horreur ? Non : Dans la tribu 'primitive', les sages écartent les idées délirantes (cfr la palabre, au début de la bio de MAndela Un long chemin vers la liberté). Dans la société bourgeoise, les éditorialistes filtrent les idées et disent "ce qu'il faut penser" ; les classes laborieuses et dangereuses pensent autrement, mais cela n'apparait que dans un mouvement social "inattendu' (sic), trouvant les conditions pour hurler sa présence. Aujourd'hui, toute pensée s'affiche sans filtre, et nos appels aux principes (des sages ou des bourgeois ou des autres...) font donc écho malgré nous à la pensée 'incriminée'..
    4/ Car la pensée régnante, spécialement celle qui fait foule, est celle du grand complot, du lynchage, celle du traître ou du coupable absolu. Elle est située au delà de tout principe. Principe de justice, de non-délire, etc. Principe de faire société (Je me doute que ce point fait hurler).
    5/ Comment faire exister les pensées qui se construisent dans "l'autrement" silencieusement? Vous lisez les étiquettes à la poursuite des ingrédients toxiques, vous voulez un produit local, bio, sain ? Vous pensez comme des milliers de consommateurs (riches...), mais les maîtres de l'économie de consommation vous répondent par des leurres. Souvent la pensée d'un autre principe social est interdite d'existence médiatique et est attaquée par la dominante sociale, dénonciatrice.
    6/ Ma réponse est : vous perdez votre temps à dénoncer !'intrus, comme le papillon de nuit qui va à l'ampoule. Vous n'avez aucune force contre lui dont la pensée facile est reçue majoritairement. Vous lui donnez votre voix, votre énergie. Et vous vous donnez bonne conscience uniquement, pour que votre propre pensée reste cohérente, pour votre autosatisfaction. Stop, no way. La dénonciation non reçue est contre-productive. Discussion : oui, la personne aggressée dans son identité, en souffrance, peut s'exprimer à partir de sa souffrance, de son "moi je". Mais aucun argument rationnel n'est utile. (Je pense aux éoliennes, au nucléaire, au gaz de schiste, au climat : jeu de massacre actuel, sans discussion possible).
    7/ Construire un autre rapport de force sur votre pensée (vous n'êtes pas seul), renforcer des comportements 'autres' doit être votre travail de pionnier.

    Bon, j'ai écrit cela avec un ton péremptoire sûrement. Je ne suis pas loin de 'Odieux connard' sans doute. J'ai perdu de vue ma question d'origine : qui dénonce à qui ?

    L'article ne renvoie-t-il pas à notre "société du spectacle" où tout participe au spectacle, y compris nos dénonciations individuelles (mais aussi nos pétitions, etc.) ? à une espèce de manipulation généralisée, dont les buzzs sont des techniques conscientes mais limitées ? Toute manif (ou contre manif) ne songe-t-elle qu'aux images média ? Il faut alors sortir de cette logique, construire un autre rapport de force. Je conclus en disant : les fumeurs sont expulsés devant les portes des bâtiments, les chauffeurs sont attentifs aux piétons, les sacs de caisse ont disparu. Rien de cela n'était attendu par les médias, c'est venu en sourdine, par une conjonction de forces et d'intérêts.

    • La délation est par définition immorale, contrairement à la dénonciation.
      Mais fatalement tout ceux qui se font dénoncer viennent parler de délation et ca entretiens l'amalgame.

  10. Salut Valérie, je suis tombé sur cet excellent article que tu as du déjà sûrement lire :
    http://www.psmag.com/navigation/health-and-behavior/women-arent-welcome-internet-72170/

    Et franchement ma compréhension de l'anglais est suffisante pour le lire. Mais il aborde beaucoup de notions concernant la vie sur les média sociaux que je pratique peu à vrai dire et me dépasse.

    Parallèlement, une vidéo m'a marqué cet hiver, celle de AngryJoeShow :
    http://youtu.be/voVpvKlntDM?t=24m34s

    A 24m34s donc, où ce youtubeur fait une relative bonne critique du shitstorm concernant Feminist Frequency que je connais grâce à toi. J'ignorai l’existence de ce shitstorm trouvant ses vidéos très bien faites et factuelles. Mais j'aurai du m'en douter ...

    Et sur un sujet sans lien avec les thématiques féministes, et dans les bas fond du net, j'ai observé une mécanique dans les commentaires sur ce site.
    http://www.minutebuzz.com/actu--methamphetamine-drogue-avant-apres-photo-42144/

    Le premier commentaire qui a été le plus liké est celui qui répond à la bêtise des autres commentaires. Et même si il est rapidement suivi d'un troll, son message simple est très utile.

    J'ai eu l'impression de regarder un écosystème de la connerie. Les commentaires stupides des bas du front qui pensent que la drogue ou l'exclusion c'est pour les autres, ont finalement engendré un bon message. Et celui-ci est bien utile pour le lecteur moyen qui aurait pu quitter la page avec les mêmes idées que les trolls ou idiots qui les ont exprimées.

    Ainsi j'en viens à penser que l'auteur de "Why Women Aren’t Welcome on the Internet" a raison. Ignorer ou supporter les trolls/pervers/débiles qui attaquent en permanence la moindre femme publique est une erreur.
    Le classique "don't feed the troll" n'est pas une bonne stratégie. Même si il est important de se rappeler de la futilité de s'impliquer trop émotionnellement à combattre la bêtise. Il est absolument important de ne pas l'ignorer et de l'UTILISER.
    Les harceleurs dégueulasses qui s'attaquent à Anita Sarkeesian ou d'autres sont au final ... utile à la cause féministe. Car leur présence "virtuelle" traduit complètement la réalité du traitement subit par les femmes dans "la vraie vie".
    Paradoxalement grâce à eux le youtubeur Angry Show parle des thématiques féministes dans le jeux video ...
    Pas de shitstorm = pas de coup de gueule de sa part.
    Les trolls sont l'occasion de montrer au grand jour les abjectes pensées machistes qui persistent partout dans notre société.
    L'effet Streisant se vie pour les victimes de ce harcèlement car elles aimeraient évidement que celui-ci cesse. Comme l'on aimerai que les situations de harcèlement cessent aussi dans la "vraie vie".
    (remarque : il faudrait sortir aussi très vite de cette distinction "vie réelle" et "vie online" car elles sont aujourd'hui complètement imbriqué comme le dit si bien le premier article que j'ai cité).

    Mais le seul moyen de les attaquer c'est d'en parler.
    L'effet Streisant joue dans notre intérêt tant que l'on garde notre capacité à faire comprendre au plus grand nombre le caractère abjecte des idées défendues par certains.
    De la même façon le point Goldwin est d'une grande utilité.
    Les adversaires les plus gênants sont, au contraire, les plus modérés. Ceux qui, par exemple, masquaient hypocritement leur homophobie en défendant le pacs (après l'avoir combattu ...) pour faire perdurer les inégalités entre couple hétéro et homo.
    Grâce à la magie d'internet et l'anonymat on a finalement la réalité des pensées machistes et pas leur version policées/hypocrites … et c'est tant mieux ! C'est d'une grande violence et il faut se garder d'y répondre par la violence évidement sinon on devient aussi leur outil. Qui a déterré le rapport sur l'intégration ? Qui a fait naître la polémique ? Ses adversaires ! Ils n'ont pas eu peur de l'effet Streisand et bah nous non plus !

  11. [...] Dans la majeure partie des cas, un propos sexiste, raciste ou homophobe - en particulier dans le domaine de l'humour - est justement prononcé pour créer un buzz tant il faut faire parler de soi à tout prix.  [...]

  12. Salut,
    J'ai souvent été face à ce même problème en voulant parler d'enjeux de domination ou bien d'oppression, et cela ne m'amenait finalement qu'à me blesser moi-même, ou à blesser la personne en face car je parlais d'agression,de harcèlement, etc.
    En face, chez certains pro-féministes, quel enthousiasme! Ils parlaient sans fin d'insultes et d'agression, en les nommant mais ce n'était jamais un problème pour eux! (je suppose, si ça ne fait pas partie de ta vie). Facile! ça m'a rendue très en colère, parce qu'en plus ils étaient très fiers d'en parler sans vérifier comment allait les concernées.
    Pour contrer ça, nous avons fini par voir qu'il était possible de parler de modèles d'empowerment, d'évènement joyeux et puissants, en lien avec ces problèmes et qui les résolvaient en partie.

    Puisqu'il s'agit toujours de buzz, au final tout le monde est au courant, pas la peine de trop se fatiguer à en parler, alors on peut parler d'une autre histoire, en lien parce qu'elle est trop coole :une meuf black qui fait des trucs trop cool, contre Minute, ou une histoire super méchante ^^ sur l'autodéfense, pour Violparis.
    C'est comme ça que je construis mes conversation maintenant.

  13. Je crois qu'il y a ici un double challenge :

    - D'une part, éviter de faire de la publicité à des marques qui tiennent des discours problématiques.
    - D'autre part, éviter d'infliger aux lecteurs la violence de ces propos.

    Je pense qu'il est possible de mettre à profit la technique pour minimiser les effets d'un buzz potentiel :

    - Une marque met en ligne une publicité sur Youtube : réuploader la publicité ailleurs. Faire un commentaire soit à partir de ce reupload, soit à partir de screencaps.
    - Ne pas faire de link back. Ne pas tagger les noms des marques. Pratiquer l'anti-seo.
    - Se concentrer sur les détails qui posent problème : au lieu d'obliger le lecteur à regarder un infomercial de 12 minutes, un gif set peut parfois faire l'affaire.

    Pour ce qui est de la violence imposée aux lecteurs, c'est plus délicat. Certains blogs censurent les mots qui peuvent être jugés comme offensants avec des astérisques. Il est, je crois, plus facile de lire 50 fois p*** que de lire 50 fois pédé. Mais je ne saurais pas dire si c'est une vraie solution.
    Je trouve aussi que l'utilisation de spoiler tags autour d'une image ou d'un propos violent, à l'instar des trigger warnings, peut parfois aider : il ne s'agit pas tant de cacher l'information, mais plutôt d'indiquer au lecteur qu'avant de cliquer il devrait se préparer psychologiquement à faire face à un contenu potentiellement choquant.

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