sept 182013
 

Je vous parlais dernièrement de l'instrumentalisation du féminisme par l'extrême-droite à des fins racistes ; ce weekend en a fait la parfaite démonstration et je crois important d'en parler. Samedi il était révélé dans la presse que Karine Lemarchand avait porté plainte pour coups et blessures contre son ex compagnon Lilian Thuram. Très rapidement, se créa sur twitter un topic de soutien à Thuram qui dégueulait de propos sexistes : on était en plein slut-shaming, le fait de blâmer la victime. Non moins rapidement l'extrême-droite se jeta sur l'affaire ; l'occasion était trop belle avec un militant noir de gauche accusé de violences sexistes.
Karine Lemarchand a depuis retiré sa plainte ; Thuram aura tout de même un rappel à la loi puisque dans ce genre d'affaires, on peut poursuivre sans plainte de la victime.

Avant de parler de cette histoire, je pense qu'il convient de parler des accusations de viols - qui sont des violences sexistes - face aux hommes noirs.  Comme je le disais antérieurement, un des stéréotypes très prégnants autour des hommes noirs est de supposer qu'ils ont une sexualité exacerbée, violente et agressive, spécialement évidemment envers les femmes blanches d'ailleurs. Cela a visiblement choqué certains d'entre vous de lire que King Kong illustre à merveille ce stéréotype ; pensiez vous vraiment qu'un film parlant d'un singe gigantesque et agressif qui enlève une blonde jeune femme blanche n'avait RIEN à voir avec les revendications des noirs de l'époque ?

Entre le XIXeme et le XXeme siècle il y eu 4742 noirs lynchés aux USA. En 1906 on accusa Ed Johnson, un homme noir, de viol sur une femme blanche, il fut lynché. On estima en 2000 que son procès ne lui avait laissé aucune chance. En 1921,  Aaron Birdsong  fut lynché pour avoir tenté de violer deux femmes. Le très jeune Emmett Till fut massacré pour avoir sifflé une femme blanche. La prétendue sexualité dévorante et bestialité des noirs, leur prétendue goût pour la violence, leur prétendue haine pour les blancs et spécialement les femmes blanches, ont servi de prétexte au lynchage. Chaque fois qu'il s'est agi d'exercer une violence étatique envers les noirs, le mythe du noir violeur a resurgi comme par enchantement. Rappelons par ailleurs que le viol était pour les blancs esclavagistes puis ségrégationnistes un moyen de violence et de contrôle des femmes noires. Le viol instrumentalisé pour justifier le lynchage des noirs fut employé à partir de la fin du XIXeme siècle ; la première vague de lynchage avait été justifiée par la peur d'une domination noire. Comme cette accusation ne fonctionnait plus, il fallait inventer autre chose ; le mythe du violeur noir.
Je cite le journaliste Thomas Nelson Page journaliste à la North American Review (dans Angela Davis Femmes , race et classe) qui dit "Le crime de lynchage ne cessera pas tant que n'auront pas diminué les viols et les crimes contre les femmes et les enfants. Et ces crimes, qui sont presque exclusivement l'apanage de la race noire, ne diminueront pas tant que les noirs eux-mêmes n'auront pas décidé d'y mettre fin".

Cette terrible accusation eut d'importants effets ; certains soutiens blancs de la cause noire se détournèrent d'eux, des militantes féministes corroborèrent ces accusations.
Dans les années 70 des féministes blanches comme Susan Browmiller ont continué à perpétuer certains de ces clichés.
Le mythe du violeur noir perdure puisque Davis nous rappelle qu'entre 1930 et 1967, sur le 455 hommes exécutés pour viol, 404 étaient noirs.
Il ne s'agit pas - j'en vois certains venir - de prétendre qu'aucun homme noir n'a jamais violé. Il s'agit de comprendre que le viol a servi de prétexte pour terroriser les hommes noirs (en les accusant d'être des violeurs) et les femmes noires (en les traitant de putes, en les violant ou en refusant de prendre leurs plaintes).

En 1945, de nombreux GI violèrent des femmes en Europe ; dans What soldiers do, Mary Louise Roberts  montre que lorsque les gouvernement français demanda à l'arme américaine de juger ces crimes, il y eut 152 soldats arrêtés pour des viols commis entre juin et octobre 1944. Alors que les noirs ne représentent que 10% du contingent, ils représentaient 139 des accusés. Sur les 29 soldats exécutés pour viol entre 1944 et 45, 25 étaient noirs.

Avec cet historique, ce passé autour du viol,il  n'étonnera personne que les femmes afro-américaines en portent pas plainte lorsqu'elles sont victimes de viol. Ainsi aux USA, un rapport de la justice de 2003 souligne que pour chaque femme blanche qui porte plainte, , 5 ne le font pas. Ce chiffre monte à 15 pour les femmes noires. Les femmes noires savent très bien deux choses ; si toute femme aura droit à des accusations concernant son attitude si elle porte plainte pour viol, les femmes noires y auront encore plus droit puisque le stigmate de la putain leur colle à la peau.  Qui plus est les femmes noires savent très bien que leurs plaintes seront instrumentalisées contre les noirs en général (si leur violeur l'est). Dans ce contexte, porter plainte devient très complexe : comment porter plainte alors qu'on sait que notre plainte sera instrumentalisée ?

On ne peut pas étudier et parler de l'affaire Thuram/Lemarchand hors de ce contexte et sans tenir compte du fait que les deux protagonistes sont noirs. On ne peut pas penser que les milliers de twits sexistes la visant  et racistes, qui soulignaient que tous les hommes noirs étaient violents, n'ont pas consciemment ou non incité Karine Lemarchand à retirer sa plainte.
Dans "Des discours autorisés sur la violence faite aux femmes au pays de Johnny Hallyday", Delphy soulignait "Raciste car il fait des arabes et/ou des musulmans des individus naturellement programmés au sexisme. Sexiste car il vient alimenter l’idée, à la base de la pensée anti-féministe, que "la violence sexiste ne peut être qu’accidentelle chez nous parce que le patriarcat est localisé ailleurs".

C'est totalement ce qui se passe ici. L'extrême-droite n'en a jamais rien eu à faire des droits des femmes. Ils sont contre l'avortement, pour le retour des femmes au foyer, accusent de pute toutes les femmes aimant/désirant des hommes racisés, sont lesbophobes. Le féminisme est juste récemment - depuis une dizaine d'années me semble-t-il - devenu pour eux un véritable enjeu de lutte raciste.
A ce titre là les actes de Thuram - je les qualifie ainsi puisque le rappel à la loi qu'il va recevoir semble dire, si j'ai bien compris, que les coups ont bien été assénés - sont pain bénit pour eux puisqu'ils leur permettent de taper et sur Thuram et sur Taubira (pourquoi Taubira ? Elle est noire on vous dit).

J'ai lu sous la plume de féministes que Thuram était comparable à Cantat. Non Thuram n'est pas un Cantat. Si les victimes ont bien toutes deux été suspectées d'avoir cherché les coups, personne n'a dit de Cantat que sa violence était génétique ou du à son taux de mélanine. Personne ne parle du "blanc Cantat", comme on parle du "noir Thuram". Personne ne s'est servi de Cantat pour expliquer que tous les blancs sont violents.

L'extrême-droite nous instrumentalise. J'avoue que j'aimerais bien avoir une solution toute faite. Je voudrais ne pas avoir à écrire ce texte et plutôt tenter de déconstruire les discours sexistes qui ont servi à rendre Lemarchand responsable de ce qu'elle avait vécu. Je disais dans mon texte sur l'islam que les féministes vont désormais passer leur temps à dénoncer les discours racistes qui les instrumentalisent pendant que les musulmans et les racisés vont devoir justifier qu'ils ne sont pas des violeurs/cogneurs de femmes. Comment faire autrement ? Enfin - je vous vois toujours autant venir - non je n'excuse pas Thuram parce qu'il est noir. Je n'excuse rien du tout. Je ne tolère pas en revanche  que des merdes utilisent la violence contre les femmes pour tenir des propos racistes. Quoi qu'ait fait Thuram, rien ne justifie le traitement raciste qu'il a subi ce weekend (et ce qu'a subi Lemarchand ne le justifie pas non plus).

J'ai hésité à mettre les twits qui vont suivre. Je trouve que c'est déjà assez que ces twits existent et cela me parait curieux et violent de les republier. Néanmoins j'ai l'impression que certains et certaines vivent un peu dans un monde merveilleux. (et surtout cela évitera qu'on m'accuse d'inventer le racisme que Thuram a subi). Si certain-e-s se sentent blessés ou agressé-e-s par ces twits, qu'ils/elles n'hésitent pas à le souligner.

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  26 réponses sur “Thuram et Lemarchand ; quand le racisme instrumentalise les violences sexistes”

  1. Très bien.
    pour appuyer ton propos, dans "Chasses à l'homme" de G. Chamayou, dans le chapitre consacré au lynchage des noirs aux Etats-Unis, l'auteur écrit que l'accusation de viol contre le lynché coïncide avec l'émergence de mouvements des droits des femmes dans les états du sud à la 2nde moitié du 19ème siècle. Ce qui permettait déjà d'opposer les 2 mouvements antiracistes et féministes, de dédouaner les hommes blancs et leur permettait de se présenter en "protecteurs de la civilisations, réaffirmant leur rôle social et familial de chefs et leur droit paternel à la propriété"

    • Les accusations de viol contre les noirs n'existaient pratiquement pas pendant les deux siècles environ qu'a duré l'esclavage aux EU; ce qui les fait apparaître, plutôt que le développement des mouvements féministes, c'est l'émancipation des esclaves suite à la guerre de Sécession.
      Le noir esclave n'était pas vu comme dangereux pour les femmes blanches; ce qui représente subitement un grave danger sexuel, c'est le noir qui devient --très théoriquement--l'égal des hommes blancs.

      • Oui, la crainte de la "réversibilité de la violence", comme le dit l'auteur du bouquin, et la volonté de remettre "les noirs à leur place" est centrale dans le lynchage mais transformer ainsi le "Noir" en agresseur sexuel typique permet de diviser les 2 mouvements.

  2. Je fait partie des gens qui vivent dans un monde "bisounours", et je sais le côté agaçant que ça peut avoir pour d'autres.
    Oui, il y a des gens racistes en France. Dans ma ville, récemment les bancs du parc en bas de chez moi étaient tagué de stupides "white power", et j'avais très honte.
    Je n'ai pas de doute que des gens soient capables des twits que tu nous rapporte.
    Et c'est très utile de le rapporter, et d'analyser les mécanismes du racisme, et du sexisme.
    Il ne faut pas nier non plus que le racisme, comme le sexisme, existent dans toute la société, à des degrés divers, plus ou moins de méchanceté, de bêtise, de naïveté etc...
    On peut prendre l'effet de loupe de quelques forums d'internet pour se dire que nous vivons toujours comme dans le Sud des Etats Unis des années 50, ou en Afrique du Sud. Et considérer que le type qui écrit le mot "macaque" sur Twitter ici aujourd'hui a la même psychologie que celui qui l'employait en régime d'apartheid.
    Sans remettre en cause tout l'intérêt de ta démarche, j'ai quand même envie de souligner que s'il est utile d'aller chercher les mécanismes du racisme dans les pires endroits où notre civilisation l'a exprimé ou l'exprime encore, je pense qu'il est utile aussi de dire que nous ne sommes pas dans la Louisiane des années 40.
    Je dis cela, mais je ne suis pas victime de racisme. Dans ma famille il y a un adolescent noir. Je crois qu'il vit très bien, au milieu de blancs qui l'aiment, et je crois qu'il a beaucoup d'ami-e-s et est assez heureux. Je ne doute pas qu'il soit confronté au racisme aussi, et qu'il ait à croiser de temps à autre des gens capables d'écrire que Thuram est un "macaque".
    Mais je préfère qu'il voie du côté du monde intelligent et prenne les propos de crétins pour ce qu'ils sont, des crétineries.
    Je suis du monde des "bisounours". Mais comme notre idéaliste ministre de la justice considère que les problèmes de délinquance doivent être réglés avec de la psychologie, je pense qu'il en est de même avec le sujet du racisme, où chaque chose doit être remis à sa place. En premier ces quelques twits, car nous ne savons rien au fond du profil psychologique de leurs auteurs.
    Voilà, désolé si c'est exprimé maladroitement.

    • J'ai lu attentivement ton commentaire, et même si je comprends le propos, j'ai l'impression que tu demandes des circonstances atténuantes à ces tweets. Comme on le dit souvent "cela explique, mais ne justifie pas", quand bien même la psychologie ou tout traumatisme ait joué un impact chez ces gens, cela ne justifiera jamais qu'on réduise un homme à sa couleur, et donc qu'on le traite en conséquence.

      • Ben les tweets eux mêmes, je les trouve effroyables, mais, peut-être à tort, je ne crois pas à la sincérité de leurs auteurs. Je crois qu'ils disent ça pour se rendre intéressants, ... choquer, adopter des attitudes détestables pour être regardés. C'est de la psy bon marché, je n'y connais rien.
        Mais ce qui me fait dire ça est par exemple les tags dont je parle dans mon premier commentaire. "White power". Les gens qui ont écrit ça sont dans un jeu de rôle, ils transposent le guerre raciale américaine dans une petite ville d'Auvergne (sinon ils ne l'aurait pas écrit an anglais).
        Je ne crois pas qu'on emploie le mot "macaque" de la même manière dans un régime d'apartheid, je crois que celui qui emploie ce mot à propos de Thuram est dans la provocation.
        Ceci dit, le fait qu'il soit de la provocation n'en est pas moins blessant, j'imagine, et il me choque énormément.

    • ali, je pense comprendre ce que tu veux dire, mais ce ne sont pas juste des crétineries. Ce sont des propos racistes, et ils ont un impact.

      Pour rebondir concernant l'adolescent noir dans ta famille : comme tu le dis très bien toi même, tu *crois* qu'il vit très bien. Mais en réalité, tu n'en sais rien. Tu ne sais pas ce que le racisme, qui est toujours présent, pas seulement sur internet, et de différentes façons, a comme impact sur lui. Peut-être que lui-même n'en a pas conscience.
      Je me permets de souligner ce point car je suis métisse, j'ai grandi dans une famille et un environnement blanc, j'ai été aimée, choyée, traitée comme n'importe quel autre membre de la famille... et pourtant, j'ai intériorisé le racisme pendant mon enfance, pour ne m'en rendre compte que récemment. (je me permets de mettre un lien vers un texte que j'ai écrit à ce propos il y a peu : http://msdreydful.wordpress.com/2013/09/09/pfr-racisme-et-definition-de-soi/)

      Le racisme, c'est tout un système, il faut bien le comprendre. Ce ne sont pas juste des cas isolés ici et là.

      • Bonjour, j'ai lu ton texte, et ça m'a fait penser aussi au film de Donald Sirk.

        Oui oui, le genre de propos qu'on peut lire sur ces twits ont un impact, je n'en doute pas.
        Je suis d'accord que de décrire le racisme, le dénoncer, permet sans doute aux gens qui en sont victimes de ne pas se sentir seuls.
        Mon propos est de dire qu'il faut bien mettre chaque chose à sa place et relativiser (au sens strict du terme, ce n'est rien nier du tout comme on me le répond souvent souvent).
        Je n'ai pas envie de plonger mon neveu dans un monde binaire où il y a les bons et les méchants et où en définitive on fait sans cesse référence à la couleur des gens, que ce soit ou non pour la bonne cause.
        On ne peut pas nier l'existence du racisme et une certaine forme d'apartheid (là ou je vis les gens se mélangent peu, et c'est bien triste). Mais les liens affectifs font disparaitre assez vite ces notions de différence de couleur. Je préfère nourrir ce monde là (que certains qualifient de "monde merveilleux", ou de "bisounours", sous entendu d' irresponsables...).
        Quand quelqu'un est victime de maladie, certes, l'information sur la maladie et la souffrance du malade est utile, mais il vaut mieux lui parler de la vie si on veut qu'il s'en sorte.
        Mon propos est de dire qu'il ne faut pas donner plus d'importance à ces twits qu'ils n'en ont, comme mon médecin ne me dit pas chaque fois que je vais le voir que je finirai surement avec un cancer.
        C'est aussi comme les média qui insistent sur l'insécurité.
        Je n'ai pas envie que mon petit neveu vive dans l'obsession qu'il y a un raciste à chaque coin de rue.

        • Je comprends complètement.
          Ce que j'essayais de dire, c'est que même si ces tweets semblent être des manifestations minoritaires, ils font partie d'un système global, même s'ils font partie d'une frange qui tire vers l'extrême en terme de violence des propos.

          Ce n'est pas vivre dans un monde binaire que de dire que la société fait régulièrement référence à la couleur des gens, quand ils ne sont pas blancs. C'est le cas, même si ce n'est pas pour y accoler quelque chose de négatif. On va parler "d'un grand noir", quand pour un blanc on ne précisera pas sa couleur, par exemple. Tout comme on me demande régulièrement "d'où je viens", réclamant une justification de ma couleur quand je dis "de Paris" ou que je dis que ma famille est de l'Aveyron. Ça ne veut pas dire que les gens sont mauvais, ça veut juste dire que oui, quand on n'est pas blanc, on est régulièrement renvoyé à sa couleur de peau.

          Oui, je suis d'accord avec toi, pas la peine d'imaginer un vilain raciste à tous les coins de rue, mais avoir conscience qu'un propos raciste, c'est pas uniquement se faire traiter de sale nègre, c'est pas mal non plus. Aujourd'hui, je réalise que je peux un peu changer le monde en disant ne serait-ce que "Je ne suis pas d'accord avec ce que tu dis" quand quelqu'un me dit que les personnes qui ont cambriolé mon appart sont forcément des arabes, ou que les noirs sont magouilleurs. Je vis pas dans un monde plus sombre pour autant : je sais ce qui existe, je fais la part des choses, j'essaie d'agir en conséquence à ma petite échelle, même si ça me demande des efforts. Mais c'est pas une obsession, et je suis pas devenue parano pour autant ;)

  3. Pour l'extrême droite, c'est typiquement le "oh mon dieu, protégeons nos femmes bien françaises bien blanches contre ces barbares d'étrangers !". Il y'a eu exactement les mêmes réactions lorsque Sophie Peeters avait mis sur le net sa vidéo sur le harcèlement de rue. "C'est les arabes qui harcèlent" "c'est les étrangers". Au passage, ça permet de se dire "non, je ne suis pas comme ces vilains étrangers, je respecte les femmes". Et oui, c'est bien le seul moment où l'ED s'occupe des femmes. En instrumentalisant les violences contre elles pour dire que les étrangers sont maléfiques etc etc. On passera sur la notion d'étranger, qui, pour eux, rime avec "pas blanc".
    @Ali Oui, on ne vit pas en Louisiane dans les années 40. Heureusement. Toujours est-il que la situation n'est pas toute rose pour autant. Je suis blanche, une partie de ma famille est noire, ma mère est métisse. Y'a peu, elle a eu droit à un "ils font chier tous ces putains d'étrangers". Première fois de ma vie que je me suis rendue compte de ça : ma mère subit des insultes raciales, moi non. Et elle n'est que métisse. Je ne vis pas ça, je ne m'en rends pas compte. Je t'encourage à aller sur twitter et à suivre des féministes noires, qui notent toutes les micro-agressions ou agressions tout court dont elles sont victimes. C'est TRES régulier, c'est violent, c'est rabaissant au possible. Des tonnes de gens sont racistes. Des tas de gens le sont ouvertement. Et malgré le fait qu'on soit en 2013, il existe encore de fortes discriminations sur la couleur de peau. Nier ces discriminations c'est un peu chier dans la bouche de toutes les personnes qui s'entendent dire "retourne dans ton pays sale arabe/africain". Sinon, en blog, je connais que http://msdreydful.wordpress.com/ . Si quelqu'un en connaît d'autres traitant beaucoup du racisme...

  4. J'aime bien lire ce genre d'article (enfin, on se comprend, j'aimerais encore mieux ne pas avoir à), parce qu'à force de ne pas savoir choisir entre la peste et le choléra, je finis par me dire que je dois avoir atteint mes limites qui m'empêchent de vraiment comprendre la situation, et que la solution existe mais c'est moi qui suis trop bouchée pour la voir. Quand des gens intelligents se sentent visiblement eux aussi coincés entre le damned if you do et le damned if you don't, je me sens du coup un peu moins conne.
    Merci Valérie.

  5. [...] Thuram et Lemarchand ; quand le racisme instrumentalise les violences sexistes » Crêpe Georgette [...]

  6. Bonjour Valérie, merci pour l'article comme toujours... Juste une coquille que j'ai relevée en lisant l'article de Marie-Louise Roberts : ce sont 29 soldats, et non 39, qui ont été exécutés pour viol entre 1944 et 1945, dont 25 noirs... ça ne fait que 4 qui n'étaient pas noirs donc! La différence me semblait importante...

  7. [...] Thuram et Lemarchand ; quand le racisme instrumentalise les violences sexistes » Crêpe Georgette [...]

  8. Il me semble que le FBI avait tenté de monter un dossier contre Martin Luther King en lui attribuant une sexualité exacerbée et des relations extra-conjugales...

  9. Truc qui n'a rien à voir, mais que je trouve intéressant sur la place de la femme:
    http://www.lemonde.fr/proche-orient/article/2013/09/20/des-tunisiennes-partiraient-en-syrie-pour-le-djihad-du-sexe_3481428_3218.html

    En gros, et si l'article est bien informé, des femmes tunisiennes iraient en Syrie pour soutenir les djihadistes de façon disons, intime. L'image et la façon dont c'est décrit sont très particulières: vous avez là de quoi causer.

  10. Sur le racisme, on subit je pense tous un choc quand on comprend que les autres nous voient de façon totalement différente de ce que l'on ressent soi-même. J'ai eu le souci dans ma lointaine jeunesse, où on m'a plusieurs fois pris pour un vilain pas blanc. Sur le moment ça fait un choc, mais je pense qu'on peut passer par dessus, tant que ce n'est pas quotidien. En tout cas c'est ce que j'ai fait: de temps en temps, je tombe encore sur un c*n, dans ce cas je fais état de mes origines alsaciennes ou ardennaises (ou équivalent, j'entends garder ici un anonymat de bon aloi), que l'on me croit ou non ne me concerne pas.

    • J'ajoute que c'est beaucoup plus dur pour les personnes franchement noires, parce que les remarques sont beaucoup plus fréquentes. J'ai un ami dans ce cas là, et je ne sais que lui dire très souvent. Il a la chance d'avoir pas mal d'humour, ce qui lui permet de mettre à distance et donc de vivre avec et malgré la bêtise ambiante. Heureusement pour lui, il tombe souvent sur des gens ordinaires (dans le langage poétique qui prévaut ici des "mâles blancs cis") qui peuvent réagir pour déminer certaines situations avec le doigté nécessaires pour éviter les vexations diverses. La dernière fois c'était quand une fonctionnaire "genrisée" (ie, une dame) prétendait qu'il aurait dû se souvenir de tous les détails de sa vie amoureuse des dix dernières années... ça a été le machisme au secours de l'anti-racisme, un grand moment de philosophie.

    • oui enfin tu es en train de dire "je les rassure je leur dis que je ne suis pas noir"... le pb n'est pas que tu sois noir ou pas mais qu'ils soient racistes.
      et un-e noir-e n'a en effet pas la possibilité de dire (et aucune raison de le faire evidemment) "non mais en fait je ne sis pas noir".

      • Je ne suis pas là pour corriger la bêtise de mes contemporains, tant qu'elle ne me rend pas la vie impossible.

        J'ai beaucoup plus souffert d'être considéré comme un "intello" dans ma jeunesse, que d'être pris pour un auvergnat par quelques personnes un peu renfermées sur leurs certitudes. Mais encore une fois, je ne suis pas suffisamment concerné pour que ce soit invivable. Et la société évolue beaucoup et dans le bon sens malgré tout par rapport à ça il me semble.

        • Merci Valérie pour cet article, comme toujours très intéressant.

          Tchaf à écrit :
          "Je ne suis pas là pour corriger la bêtise de mes contemporains, tant qu'elle ne me rend pas la vie impossible."

          Cette phrase me fait un peu halluciner.

          Donc tu reconnais la bêtise de tes contemporains, mais tu estime que ce n'est pas ton boulot de la corriger, parce que tu n'es pas directement concerné par leurs propos ?
          Il serait donc normal de ne pas réagir à ce genre de propos tant que ça insulte les autres mais pas nous ? Ce n'est pas vraiment l'idée que je me fais d'un monde civilisé...

          Pardonnes-moi mon ton un peu sec, mais je pense qu'à partir du moment ou l'on vit dans une société qui prétend rejeter les discriminations, il est du devoir de tout le monde de réagir à de tels comportements. Ne pas le faire, c'est les cautionner, tout simplement.
          D'autant plus que, en tant que non membre de la population opprimée, tu es d'autant mieux placé pour être écouté, parce que tu ne peux pas être traité d'égocentrisme en le faisant...

          Après, oui, on a le droit de ne pas vouloir chercher les histoires, on a le droit d'avoir peur que l'autre réagisse mal, droit de décider de se préserver en tant qu'individu là où on pourrait défendre une communauté. Tant qu'on évite de déguiser cela sous un argument fataliste et égoïste.

          Surtout si c'est pour dire ensuite "c'est cool les choses changent". Car si c'est le cas, ce n'est clairement pas grâce à toi.

  11. Ne peut-on pas résumer une bonne partie du racisme/sexisme/antisémitisme par : « le fait d'attribuer à l'appartenance à une classe de population [noirs/femmes/juifs] des comportements que, par ailleurs, on attribuerait à un accident, au caractère personnel du coupable, si celle-ci appartenait au groupe dominant » ?

    D'ailleurs, ça se généralise bien à toutes sortes de préjugés : face à des comportements similaires, attribuer la défaillance du coupable "mainstream" à un accident isolé, à une faute personnelle de caractère, tandis que pour le couple non "mainstream" on dira que la défaillance est due à sa nature profonde. (Observez, par exemple, comment les médias expliquent qu'une erreur de journaliste est un dérapage isolé, tandis qu'une erreur publiée par un non-journaliste sur Internet est due au médium.)

    • C'est vrai, c'est la différence entre un être humain à part entière, et celui qui est n'est considéré que comme un élément, parmi d'autres, d'un groupe, d'autant plus insignifiant que le groupe est dévalorisé.

      • Oui c'est ramener un individu (avec, justement, son individualité) à quelques signes distinctifs grossiers. C'est un peu comme si l'on rencontrait un italien et qu'on estimait que l'entièreté de son comportement est dictée par le fait d'être italien. Ou, pire, d'attribuer un éventuel problème rencontré avec lui au fait d'être italien.

        D'ailleurs, il y a 60 ans, on traitait ainsi les "ritals" non?

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