avr 042013
 

Il y a eu cet article il y a trois ans qui m'a mise tellement, mais tellement en colère. Un enfant de 5 ans décide de se déguiser pour halloween en Daphné, personnage de Scoobidoo .  Déguisement qui pose visiblement beaucoup de problèmes aux mères de ces camarades qui tentèrent de culpabiliser la mère et l'enfant. Un enfant de 5 ans voit sa simple décision de se déguiser en un personnage féminin condamnée. Parce qu'un mâle n'a pas à endosser des costumes féminins, parce que ca pourrait le rendre homosexuel (WTF ?)

Suite à mon article sur les hommes et le féminisme, certains m'ont mailé pour me demander quoi faire, comme s'il n'était pas clair pour eux que le patriarcat avait des conséquences directes sur les hommes. Il faut dire que le rôle que les hommes sont censés adopter est valorisé et mis en avant dans nos sociétés. Travailler, gagner de l'argent, être solide, ne pas exprimer ses sentiments etc.

Alors en vrac :

- beaucoup de parents refusent que leurs enfants mâles jouent à des jouets dits féminins. Par peur de l'homosexualité. Décortiquons 5 minutes cette idée ; en quoi le fait de jouer avec quelque chose de féminin a-t-il quoi que ce soit à voir avec l'homosexualité ? Qu'est ce qu'un homosexuel a de particulièrement féminin ?
La majorité des enfants sera amené un jour à avoir des enfants et à faire le ménage. Il est donc logique qu'un enfant mâle joue à des jeux d'imitation. Il ne s'agit pas de forcer qui que ce soit à jouer à quoi que ce soit ; il faut simplement ne pas interdire certains jouets parce qu'ils sont "destinés aux filles".

- beaucoup de parents éduquent leur garçon dans l'idée que son agressivité est acceptable. L'étude de Condry et Condry montre un enfant, tour à tour habillé en fille puis en garçon. Lorsqu'il est en fille, les adultes observateurs la trouvent extrêmement agressive. Lorsqu'il est habillé en garçon, ils le trouvent plein de vie. Il ne s'agit évidemment pas d'interdire à un garçon d'être "agressif". Simplement on constate ensuite que
- beaucoup d'enfants mâles sont mis sous ritaline (aux USA)
- la majorité des collégiens punis sont des garçons
- 100 000 garçons sortent sans diplôme du système scolaire.
- la majorité des personnes qui commettent de délits/crimes sont des hommes.
donc peut-être faut il effectivement se demander si l'éducation donnée aux hommes est la bonne. Hommes soumis à une double contrainte ; d'un côté on leur enseigne qu'il faut être un homme (=être agressif) et de l'autre on condamne cette agressivité.

- l'expression des sentiments dits féminins. Je me souviens de cette mère de famille disant à son fils de 3 ans "ne pleure pas, tu n'es pas une fille" comme s'il y avait quelque chose de grave à pleurer, comme si c'était réservé aux filles. Beaucoup d'hommes ne se sentent pas tout à fait à l'aise avec l'expression de certains sentiments (c'est la même chose pour les femmes sauf que les sentiments ne sont pas les mêmes).

- le droit à ne pas adopter des comportements dits masculins. Sur mon ancien forum féministe, nous avions ouvert un topic où les hommes exprimaient ce qui les avait gêné au cours de leur vie en tant qu'homme. En vrac ; ne pas oser dire qu'ils détestent le porno face à leurs collègues masculins, siffler les filles (parce que leurs collègues le font), ne pas refuser de porter des lourdes charges face à leurs collègues féminines, ne pas oser dire qu'ils ont peur de rentrer seuls chez eux, ne pas refuser un verre d'alcool. (si vous êtes en train de penser que ces hommes là manquent de courage, vous êtes un-e imbécile).

- être dans l'impossibilité quasi totale de porter plainte si on a été victime d'une agression sexuelle ou d'un viol parce qu'un homme violé cela n'existe pas". Ce fait-divers a par exemple suscité des explosions de rire dans l'émission de radio de Laurent Ruquier. Cet article suscite des commentaires rigolards. Le viol commis par un homme entraînera, lui, des commentaires homophobes.

- les enfants. Tant qu'un homme qui prend un congé pour garder son gamin malade sera vu comme un extra-terrestre marié avec une mauvaise mère, on ne s'en sortira pas. Tant qu'un homme qui s'occupe d'enfants, sera vu comme un pédophile en puissance, on n'avancera pas.

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  23 réponses sur “Laisse la Daphnee qui est en toi s’exprimer”

  1. [...] the Codes: Understanding the System The Guy's Guide to Being a Feminist Ally in Video Gaming Laisse la Daphnee qui est en toi s’exprimer [French] L'homme est-il l'avenir du féminisme ? | Rue69 Raising the volume on what men think [...]

  2. [...] compagnons de route ou faux amis? | Érudit | Recherches féministes v21 n1 2008, p. 149-169 | Laisse la Daphnee qui est en toi s’exprimer Il y a eu cet article il y a trois ans qui m’a mise tellement, mais tellement en colère. Un [...]

  3. Article interessant.

    Dans un premier temps je ne suis pas d'accord avec le début :

    On est dans une société qui quitte de plus en plus le patriarcat pour se tourner vers le matriarcat. La liste est longue, mais avec le féminisme qui se radicalise, on de donne de plus en plus la part belle aux femmes et l'image de l'homme est de plus en plus négative.(je peux detailler plus tard si vous le voulez). Bref, en ce qui me concerne, je ne verrai pas dans le déguisement une crainte que l'enfant devienne homosexuelle mais plutot le changement brutale et la perte de son identité sexuelle. Ce n'est pas tout à fait la même chose. Le "choc" provoque l'agressivité chez l'enfant qui ne possède plus ses points de repères. Pour éviter ce choc il faudrait (mais ce serait aussi dangereux que peu réalisable) donner une éducation purement asexuée à l'enfant. Certains essayent de le faire comme en témoignent cet article : http://www.lefigaro.fr/actualite-france/2013/02/17/01016-20130217ARTFIG00185-pop-6ans-l-enfant-suedois-sans-sexe.php

    En bref,je pense qu'une ouverture à l'homosexualité ne peut se réaliser que si elle est progressive. L'enfant, si i décide une fois de se déguiser, va chercher tout simplement ses marques, et peut revenir tout à fait plus tard à un déguisement et comportement masculin. A la rigueur si il ne se déguise plus qu'en fille et adopte d'autres attitudes contraire à son sexe, alors dans ce cas on peut envisager un passage vers l'homosexualité. Mais dans le cas d'un changement brutale, cest la peur des parents + le traumatisme de l'enfant qui va provoquer des tensions.

    Ensuite je tenais à dire que je salue particulièrement la fin de votre article. Cest tellement rare aujourd'hui d'entendre dire (et particulièrement par une féministe) qu'un homme qui élève ses enfants n'est pas un pédophile. Croyez moi, c'est vraiment peu fréquent, suffisamment pour que je le remarque. Merci à vous pour ça.

  4. "On est dans une société qui quitte de plus en plus le patriarcat pour se tourner vers le matriarcat."
    gné ?
    je pense que tu as une définition un peu curieuse du matriarcat.

    " la rigueur si il ne se déguise plus qu’en fille et adopte d’autres attitudes contraire à son sexe, alors dans ce cas on peut envisager un passage vers l’homosexualité."
    mais en quoi se déguiser en fille, fait que tu es homo ?
    en quoi des attitudes contraires à ton sexe fait que tu es homo ?
    je sais me servir d'une perceuse, je suis lesbienne c'est ca ?

  5. Content de pouvoir commenter à nouveau ;-)
    Même si les mots sont difficiles à manier sur ce thème, les comportements "contraires à son sexe" doivent sûrement être lus comme "contraire à ce qu'on attend généralement d'un enfant de ce sexe".
    Je n'en connais pas assez sur l'homosexualité, et je ne sais toujours pas si on peut considérer celle-ci (ou toute autre orientation sexuelle) comme innée ou acquise.
    Pour en revenir à l'article, j'ai souffert longtemps, et encore aujourd'hui, de voir assimiler une certaine sensibilité à un comportement "féminin". D'ailleurs, il se trouve que je suis hétéroqexuel, mais le regard des gens sur cette sensibilité qu'ils qualifiaient de "féminine" m'a longtemps troublé.
    Concrètement, il faut donc contribuer autant que possible à une transition, dont on ne sait pas où elle nous mènera, qui défait les stéréotypes sexués, à la lumière des plus récentes avancées en sciences (yc sc. humaines). Il faudra toutefois un certain temps avant qu'une (possible) avancée sociétale sur ce point se traduise par une véritable simplification pour le traitement des cas individuels.

  6. FoceJaker > tu as installé le wifi en haut de ta grue ??

  7. ...Un matriarcat ? Ah mais il est très protecteur envers ses minorités masculines, ce matriarcat. Vous avez regardé la composition du Sénat, du Parlement avant de parler de matriarcat ?

  8. Oh, pas besoin d'attendre cet âge-là, on voit des gens dire très sérieusement qu'on ne peut pas habiller un nourrisson en rose parce que c'est un garçon.

  9. "beaucoup de parents refusent que leurs enfants mâles jouent à des jouets dits féminins. Par peur de l’homosexualité. Décortiquons 5 minutes cette idée ; en quoi le fait de jouer avec quelque chose de féminin a-t-il quoi que ce soit à voir avec l’homosexualité ? Qu’est ce qu’un homosexuel a de particulièrement féminin ?"
    Je suis totalement d'accord avec ça mais j'ajouterai quand même que "et alors? même si ça faisait de lui un homo, est-ce que ça serait grave? bah non!"

  10. "On est dans une société qui quitte de plus en plus le patriarcat pour se tourner vers le matriarcat. La liste est longue, mais avec le féminisme qui se radicalise, on de donne de plus en plus la part belle aux femmes et l’image de l’homme est de plus en plus négative."

    Je me suis étranglée avec ma salade.

  11. Les hommes "faibles", ou "déconstruits" sans le vouloir sont méprisés tout au long de leur vie autant par les hommes machistes, que les femmes machistes ou féministes. Enfin, pour être plus juste, chacun-e de ces catégories les trouve sympathiques, mais n'a pas envie de composer avec eux (idem pour les femmes féministes qui ont les idées, mais qui ne sont pas capables d'une véritable "déconstruction"). On trouve l'équivalent bien sur chez les femmes, celles qui auront passé leur vie seules parce que convenables pour personne.
    Ni à l'un, ni à l'autre, on à le droit de dire "oui, mais vous appartenez quand même à une classe de privilégié-e". Ca ne veut rien dire, les gens malheureux n'appartiennent pas à la classe des privilégiés.

  12. [...] Laisse la Daphnee qui est en toi s’exprimer Il y a eu cet article il y a trois ans qui m’a mise tellement, mais tellement en colère. Psst Ce matin, twit matinal « Ce qu’il y a de bien avec le retour des beaux jours, c’est que désormais, c’est dans la rue qu’on croise des jolies courbes . » Avant de commencer, il est important de savoir d'où je parle : Je suis un homme, blanc, hétéro et physiquement valide, j'ai un toit et mes parents peuvent encore me soutenir financièrement. [...]

  13. Je vais rebondir sur l'histoire des jouets pour enfants, en racontant un peu ma life.
    Personnellement, j'ai mis longtemps à comprendre que "les filles et les garçons sont différents", tout simplement parce que ma mère ne m'a jamais appris ça.

    J'ai un grand frère, qui est l'aîné, une grande sœur, et moi je suis la plus petite. Eh bah, mon grand frère, il jouait aux Barbies. Et y'a même pas l'excuse de prendre nos jouets, non, non, c'était ses Barbies à lui, que ma mère lui avait acheté parce qu'il le voulait. Et puis ma soeur est arrivée, ils ont joué ensemble aux Barbies, tout comme ils jouaient aux Lego ou aux voitures. Mais ma sœur s'est vite désintéressée aux poupées pour préférer les dinosaures. Et je suis venue au monde, et mon frère était tout content de pouvoir jouer à Supergirl avec moi et nos Barbies. Oui, parce que en plus de préférer les Barbies aux Action-man, il préférait le personnage de Supergirl à celui de Superman.

    Quand je suis arrivée en primaire, j'avais dit au détour d'une discution que mon frère aimait jouer aux Barbies, et je ne comprenais absolument pas pourquoi ça faisait rire. Je n'avais jamais compris qu'il y avait des jouets "pour les filles" et d'autres "pour les garçons". Un jouet est un jouet, quoi.

    C'était le petit témoignage d'une fille qui découvre le sexisme depuis peu. Je reste choquée par l'histoire du garçon qui ne PEUT PAS se déguiser en Daphné. Je ne comprends pas. Vraiment.

  14. l'explication est surement que les parents projettent leurs peurs et craintes sur leurs enfants.
    D'une manière générale, les enfants réagiront comme leurs parents les auront éduqués à le faire, en bien ou en mal.

  15. C'est à se demander si les gens comprennent ce que se déguiser veut dire. Se déguiser, c'est endosser une personnalité différente, pour le jeu, pour la transgression ou pour le rêve.

    Reprocher à un garçon de se déguiser en fille, c'est comme avoir peur qu'un enfant déguisé en pirate ne comprenne pas la différence entre le Bien et le Mal ou qu'un enfant déguisé en fée ne sache pas faire la différence entre le rêve et la réalité...

  16. [...] Laisse la Daphnee qui est en toi s’exprimer Si vous emmer­dez les luttes fémi­nis­tes, alors vous êtes des enne­mis poli­ti­ques, dites-le clai­re­ment. [...]

  17. un petit témoignage indirect. Mon neveu adorait, jusqu'à ses 11 ans, de déguiser. Et adorait porter de longues étoffes, se faire des jupes, se mettre des colliers dans les cheveux... Sa mère laissait faire, son père était fou de rage à l'idée de voir son fils se déguiser comme une fille. Les parents se sont séparés, et, lorsque son fils a commencé son premier flirt avec une jeune fille (plus âgée que lui), son père a tout fait pour leur permettre d'avoir des relations sexuelles, ce qui fait que mon neveu a eu son premier rapport à 13 ans... Je ne sais toujours pas dans quelle mesure le père a eu besoin de se rassurer sur l'orientation sexuelle de son fils, puisqu'il ne pouvait supporter l'idée qu'il puisse être homo...

  18. [...] Laisse la Daphnee qui est en toi s’exprimer Ogresses, sorcières, lécheuses de guillotine, viragos, Amazones, harpies, émeutières, pétroleuses… Au cinéma, dans la littérature et dans les médias, lorsque les femmes sont mises en scène comme des êtres violents, c'est pour les taxer d'«hystériques», autrement dit pour les mettre à l'asile. On ne met pas les aliénées en prison. Dans l'imaginaire collectif, la violence masculine est rationnelle, parce qu'elle s'inscrit dans une logique de défense du territoire: le mâle tue pour protéger sa femelle ou son pays. La femelle, en revanche, semble ne tuer que sous l'effet d'une folie utérine, emportée par ses hormones et ses instincts déséquilibrés… La frustration probablement. On imagine, en général, qu'une tueuse est une "mal-baisée", pire une "frigide desaxée", histoire à la fois de l'excuser (la pauvre) et de la classer au rayon des "irresponsables". [...]

  19. [...] sociaux, et auquel il est sommé de se conformer le plus possible (comme l’indique cet article de l’auteure du blog Crêpe Georgette) lui passe bien sûr totalement au-dessus de la tête. [...]

  20. [...] article paru dans Crêpe Georgette (ajout du 5 avril [...]

  21. [...] article paru dans Crêpe Georgette (ajout du 5 avril [...]

  22. [...] nous intéressons-nous à cela ? Lire cet article d’une blogueuse qui résume plutôt bien les [...]

  23. [...] compléter ! Laisse la Daphnée qui est en toi s’exprimer, article de Valérie paru sur [...]

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