avr 252012
 

Je rappellerais tout de même qu'on ne peut considérer Pétain sans parler des déportations qui ont mené à la mort de beaucoup (point que certains ont tendance à oublier). Allez voir un militaire valeureux en lui disant "Bravo tu es aussi courageux que Pétain", je doute qu'il veuille comprendre que vous parlez du Pétain de 1918 car il y a, au milieu, énorme, inoubliable, la collaboration et pire le fait que la France a devancé les desidetara allemands.

Cela va visiblement mieux en le disant, considérer que Sarkozy ne fait pas de moi sa soudaine admiratrice. (sisi) (je vous jure qu'on peut haïr Sarkozy sans penser que c'est Pétain).

Revenons maintenant aux mots choisis par NS et ses équipes de com' ainsi que ses petites phrases depuis quelques jours qui fait que, nombre d'entre vous, ne peuvent vous empêcher de parler de Pétain.

Je renvoie par exemple à ce texte ou à sa phrase sur le "vrai travail".

Sarkozy a parfaitement compris qu'il est en très mauvaise posture et risque de ne pas arriver à ratisser les voix du Front. Il y était arrivé en 2007 (enfin pas que, ceux ci avaient aussi voté banc) mais, comme je l'avais prévu, ces derniers ont préféré la copie à l'original.

Il est donc un peu tard pour tenter une campagne frontiste néanmoins ca ne fait pas de mal que d'essayer.

Mais surtout, ce qui marche le mieux avec les Le Pen, c'est la position de martyrs. MLP a toujours réussi - du moins au sein de son électorat putatif que je lis beaucoup - à renverser chaque attaque pour mieux passer pour une victime. J'ai toujours considéré qu'il devient dangereux de l'attaquer sur certains terrains car elle prend aussitôt une posture de victime qui réussit parfaitement auprès de son électorat ; les journalistes feraient mieux de la coincer sur l'économie. Souvenez vous par exemple de Fourest la coinçant sur les arabes et l'armée ou Field et la réunion avec des neo nazis en Autriche. On a cru voir Jeanne d'arc monter au bûcher.
J'ai toujours pensé que la stratégie des Le Pen est soigneusement établie ; Le Pen père sort ses petites phrases
1. pour convaincre l'arrière que le FN n'a pas changé (certains ont tiqué sur certaines positions de MLP)
2. faire du bruit médiatique et faire oublier l'inanité économique du programme de sa fille
3. dédiaboliser sa fille
4. la faire passer pour une victime (en ce sens le clip de la LICRA était d'une nullité...)

Ici donc à mon sens Sarkozy use des mêmes techniques.

Déjà on ne parle plus que de lui (et en même temps ses sbires focalisent les propositions de Hollande sur le vote des étrangers histoire de présenter Hollande comme un islamiste ; après Aubry la boucle se boucle). Depuis deux jours, TOUTE la sphère gauchiste parle de Sarkozy au lieu de scander "Hollande, Hollande". (parce qu'il va bien falloir le faire ; on est un paquer à aller voter à reculons ; je crains l'abstention de beaucoup).

Avec ses petites phrases qui font mouche, il est attaqué ; n'importe comment. Il ne reste plus qu'à envoyer une ou deux personnes - NKM au hasard - pour déplorer la bassesse de cette campagne qui ose l'ignoble. Là les électeurs frontistes pourront se dire que si NS est aussi malmené que leur héroïne c'est peut être parce qu'il lui ressemble un peu.

C'est la même stratégie que je dénonçais à propos de Lefebvre, remplacée par Morano ; on balance n'importe quoi, on se fait huer et on fait appliquer ce qu'on avait prévu au départ qui est complètement inadmissible mais semble soudain acceptable.

Le texte de Maxime sur le sujet.

 

TumblrPartager

  13 réponses sur “Sarkozy est-il comparable à Pétain ?”

  1. Personnellement, j'en suis arrivé à développer l'intime conviction qu'un certain nombre de politiques français pratiquent le trollage médiatique.

    1) on balance une phrase bien choquante, un effet d'annonce aussi ahurissant que choquant...
    2) on attend le concert des réactions ahuries, scandalisée, l'effet buzz, les commentaires sous les articles de journaux en ligne qu'on lit pas, sur FB qu'on lit pas, sur des vidéo youtube dont on se fout...
    3) ...Et pendant que tout le monde focalise sur un truc, on fait passer en douce d'autres trucs moins susceptibles de faire le buzz ou on masque l'absence pathétique de projet sur des sujets qui nécessiteraient bien qu'on s'en préoccupe.

    C'est la seule raison que je voyais à certaines propositions totalement stupéfiantes, genre "parrainez un enfant juif mort" ou "salut à Guy Moquet". Où alors l'amateurisme total, c'est possible aussi.

    Brr...

  2. Non je ne crois pas du tout à l'amateurisme et totalement au trollage qui permet de faire oublier le vote de certaines lois.

  3. Donc ta position Valerie c'est "Don't feed the troll".
    C'est trop tard. Car médiatiquement il a été plus que nourri.
    Mais là il a franchi la ligne.
    Ça n'est plus ses lieutenants qui tiennent des propos scandaleux, c'est lui.
    Et si ca n'est pas Pétain, en prenant des éléments de langage du FN, il a parlé comme lui.

  4. jesaispluu ; je te rappelle entre autres le discours de Dakar. Cela fait TRES longtemps qu'il a franchi la ligne.

  5. D'un côté on a MLP qui la joue douce comme un agneau et qui veut montrer un FN "fréquentable": Papa c'est l'ancienne génération, Fifille fait des sourires.
    Et de l'autre on a NS qui décomplexe à droite toute avec les propos d'Hortefeux ou de Guéant (qui ne sont jamais des dérapages, ils savent parfaitement ce qu'ils disent) ou ses propres propos.

  6. Surement pas Pétain, mais peut-être Hindenburg...

  7. Valérie : "Cela fait TRES longtemps qu’il a franchi la ligne."

    Certes, mais ça fait aussi très longtemps que les comparaisons au régime de Vichy et aux "heures les plus sombres de notre histoire" sont ressorties régulièrement, et pas que sous Sarko.

    Alors, d’un côté je suis évidemment d’accord avec l’analyse de CSP : aucun gouvernement depuis Vichy n’a envoyé des gens à la mort par wagons entiers. Comme il dit, les mots ont un sens, et il est inexact, voire contre-productif de faire la comparaison. Mais bon, encore une fois rien de très nouveau, depuis au moins le fameux « CRS=SS », c’est un réflexe quasi-pavlovien à gauche d’appeler à la lutte contre les fascismes en réponse à des propositions, attitudes ou déclarations de ce type. Dans une certaine mesure, j’imagine très bien que ce soit volontaire de la part de la droite d’ailleurs : on sait qu’en appuyant sur tel bouton, c’est telle réaction qui se produira. C’est pratique.

    Mais si dans l’imagerie historique, Pétain est associé à « complicité de génocide », pour moi, « fascisme » est associé aux bastonnades et à l’huile de ricin que les chemises noires réservaient aux opposants dans l’Italie des années 20. Or personne ne viendra te taper sur la tronche si tu n’adhères pas aux valeurs individualistes et consuméristes de l’idéologie libérale actuelle, et CSP utilise malgré tout très souvent l’expression de « libéral-fasciste ». Et comme d’autres commentateurs l’ont relevé, ses articles appellent souvent à utiliser les méthodes de l’adversaire, qui lui ne se prive pas de dire « gauche=communisme=goulag ».

    Je partage donc son agacement devant de l’indignation à pas cher, mais j’ai un peu du mal à voir dans son discours où est la limite entre le « c’est la guerre, arrêtons la branlette intellectuelle, rendons coup pour coup et soyons aussi outranciers que nos adversaires/ennemis » et le « arrêtons ces amalgames, c’est n’importe-quoi et pas efficace ».

    Enfin, comme toi, je trouve hallucinant à quel point la gauche se focalise sur Sarkozy au lieu de soutenir Hollande, même avec une pince à linge sur le nez. Cette fixette est sans doute le meilleur moyen pour qu’on s’en reprenne pour 5 ans…

  8. Personnellement, cette histoire de dénonciation du "point godwin" me gonfle au plus haut point. A mon avis, 90 % des gens qui font un rapprochement entre une certaine droite et Pétain ou le fascisme, le nazisme etc... veulent dire que cette droite va dans ce sens là... et ne veut pas dire que Sarkozy ou Guéant = Hitler... personne n'est assez bête dans ce pays pour le penser.
    Du côté de la droite, on ne se gène pas d'associer l'envie d'égalité au goulag et à "100 millions de morts". Les droits de l'homme c'est à peut près le' programme de la Corée du Nord pour bon nombre de lecteurs du Figaro.
    Alors j'ai l'impression qu'on mâche le travail du beauf moyen de Neuilly ou Chamalières (moi je suis auvergnat) à vouloir préciser que "non, c'est scandaleux que nos collègues gauchistes fassent l'amalgame entre Sarkozy et le fascisme".
    Pour moi c'est contre productif, de la perte de temps, et con. Et je ne me prétend pas autant "gauchiste " que CSP.

  9. Toute société digne de ce nom se doit d'avoir un ennemi suprême. D'ailleurs le monde à toujours eut besoin de mettre un nom sur le mal absolu, l’extrême négatif, l'essence de la méchanceté. C'est indispensable parce que c'est à partir de ce point zéro qu'on peut constituer une échelle de valeurs.

    C'est pourquoi il à toujours existé un Diable, un Loki, ou autre salopard cosmique pour incarner ce mal.

    Soucis des ages moderne : plus personne n'a peur du Diable. Et puis merde : il faut un peu dépoussiérer le concept !

    Dieu merci (si je puis dire) la 2eme guerre mondiale nous à offert sur un plateau une série de croquemitaine pour servir de "ultimate bad guy", les 2 tête d'affiches revenant le plus souvent étant Staline et Hitler, avec cependant une belle avance pour le chancelier du Reich, grâce aux succès de ses campagnes marketing agressives sur le marché européen.

    La société occidentale avait enfin trouver un nouveau nom à l'infamie suprême, et pouvait en habiller ses opposants à loisir pour signifier de façon claire à la face du monde "Regardez ce type ! il est méchant !" sans forcement passer pour un gamin pleurnichard.

    Avantage et inconvénient de ce qu'on appellera plus tard le syndrome Godwin, l'argument a tendance à s'auto-annuler. Car tout comme Satan où Miquiztlitecuhtli (oui je me la raconte...) la figure d'Hitler a tellement été utilisé que maintenant l'injure tourne à la parodie, au gimmick, de la même façon d'ailleurs que l'indignation qui y fait suite (je ne pense pas que suite à ce genre d'attaque, un homme politique ait vu son petit coeur d'enfant se briser dans sa poitrine de tristesse).

    Bref, Pétain, Hitler, John Roméro, dès qu'un nom est un peu frappé d'infamie, zou on le colle a coté de celui d'un "gars-de-chez-Nico-en-face" et l'affaire est faite. Basse manoeuvre réthorique sans fondement, sans pertinence, et sans effet hormis celui de tirer vers le bas un débat qui n'en avait pas besoin et qui va finir par creuser le sol à force de tomber bas.

    Tout cela me ramène une fois encore à vous citer Desproges :

    "Aujourd'hui encore, Adolf Hitler est détesté d'une foule de gens. Mais demandez-leur si c'est le peintre ou l'écrivain qu'ils n'aiment pas, ils resteront cois."

    Merci à lui pour tant de pragmatisme.

  10. Si Sarkozy n'_est_ certes pas Pétain, pour diverses raisons autant personnelles que politiques et historiques, il ne se gêne néanmoins pas pour aller s'en _inspirer_, pas depuis hier et notamment pour ce 1er mai. Depuis cinq ans Sarkozy nous fait cheminer vers un Vichy version 2.0 à la sauce de ceux pour qui il travaille : MEDEF etc. Il ne s'agit très certainement pas d'amateurisme là non plus.

    Donc, je ne trouve pas déplacée la réaction dénonciatrice qui se manifeste dans le titre de l'Humanité que CSP critique, et je trouve l'article de ce dernier plutôt aberrant et à la limite du sectarisme.

  11. Je voulais signaler le billet d'Alain Garrigou sur le sujet http://blog.mondediplo.net/2012-04-30-La-reference-a-Philippe-Petain

  12. @trazeris Je voulais signaler ce même article, que je trouve très pertinent aussi.

Désolé, les commentaire sont désactivés pour l'instant.