fév 042016
 

La préface du livre de bell hooks Ne suis-je pas une femme? est de Amandine Gay qui retrace le parcours de femmes noires activistes comme Sojourner Truth, une militante noire américaine, qui, en 1851, prononça le discours Ain't I a woman à une Convention des femmes à Akron en Ohio.

Elle évoque aussi Paulette Nardal, une martiniquaise, qui, en 1920 à Paris fut la première femme noire à étudier à la Sorbonne. Elle fonda des salons littéraires pour mettre en relation les diasporas noires. En 1930 elle co-fonda la Revue du Monde Noir avec Léo Sajoux. En 1945, elle crée le Rassemblement Féminin afin d'aider les femmes martiniquaises à exercer leur droit de vote.
Est également présentée, la journaliste Claudia Jones. secrétaire de la Commission des femmes du parti communiste des USA et secrétaire exécutive de la Commission nationale des femmes. Elle publie en 1949 "An end to the neglect of the problems of the negro woman". En 1952, elle est secrétaire du Conseil National de la Paix. En 1953 elle dirige le journal Negro affairs quarterly. A Londres où elle dut s'exiler, elle lance différents journaux ainsi que le Carribean festival qui existe encore aujourd'hui.
En 1976 en France se lance la Coordination des Femmes Noires dont les sujets d'intérêt sont les luttes des femmes, la luttes des classes, les luttes anti-impérialistes, la lutte contre l'apartheid et les questions des femmes immigrées. Cette coordination existera jusqu'en 1982. De 1982 à 1994, existe le Mouvement pour la Défense des Droits de la Femme Noire.
Aux Etats-Unis les noirs ont pu investir les universités ; c'est beaucoup plus difficile en France où cela est vu comme du communautarisme  et allant à l'inverse de l'universalisme français.
Amandine Gay souligne employer le terme"afro-descendante" pour se qualifier.
Le mot intersectionnalité naît en 1989 de Kimberlé Crenshaw. les champs d'études spécifiques aux noirs sont peu étudiés comme par exemple la femme potomitan.
Depuis 2013, l'afro féminisme réapparait avec une grande vigueur en France avec des blogs, des manifestations, des collectifs, des émissions de radio, une revue, des conférences.

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jan 222016
 

Il y a quelques années, il était très à la mode de présenter les Na comme un "paradis sur terre" et un "matriarcat". Il y avait évidemment des préjugés exotisants, racistes et sexistes derrière ces visions d'Epinal. J'avais fait un bref résumé du livre de l'anthropologue Cai Hua il y a quelques années ; en voici une version plus complète.
Ce livre aide également à comprendre qu'il existe d'autres systèmes de parenté que celui que nous connaissons ; sans nul doute les Na seraient étonnés d'entendre parler de "un enfant c'est un papa, une maman".

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jan 202016
 

La respectabilité est un signe de classe et donc un enjeu pour les classes populaires. L'étude porte sur 83 femmes blanches du Nord Ouest de l'Angleterre. La respectabilité joue un rôle essentiel dans l'identité nationale britannique ; certains en ont naturellement , d'autres doivent être contrôlés par de l'état. La famille est vue comme un lieu de stabilité et la femme comme une force civilisatrice. La femme peut être une source de menace pour la société. L'état met donc en place des cours d'éducation domestique afin d'éduquer les femmes des classes populaires. Les femmes qui vont dans ces écoles d'aide à la personnes ont des ressources culturelles féminines à ce sujet puisqu'elles ont déjà des expériences personnelles en termes de soin à la personne au sein de leur famille. Elles se dévaluent et se déprécient lorsque les pratiques institutionnelles enseignées à l'école leur expliquent que ce qui est correct ne correspond pas à ce qu'elles avaient l'habitude de faire. Cela développe leur anxiété qui les prédispose à se responsabiliser.
Quand ces femmes commencent leur stage, elles sont très soumises à l'évaluation et exercent sur elles-mêmes un contrôle permanent. Pour se sentir respectables elles font du bénévolat ce qui les conduit à être exploitées.
Elles cherchent à dissimuler leur appartenance de classe ; cette dissimulation est justement un produit de leur classe.
Il est difficile pour elles de rentabiliser leur appartenance de classe. Elles vont investir dans des vêtements, des pratiques de consommation, des loisirs. Elles aspirent ainsi à une classe supérieure imaginaire et fantasmée.
La féminité :
Les femmes des classes populaires sont ce que la féminité n'est pas. Elles doivent donc désavouer le sexuel et mettre en scène une apparence et une conduite féminines pour avoir l'approbation et la validation culturelles, puisqu'elles sont vues par défaut comme vulgaires.
La féminité devient une ressource culturelle leur permettant d'éviter un déclassement.
Pour ne pas mettre en danger leurs investissements, elles se font complices de la féminité qui est une catégorie inhospitalière et davantage une nécessité qu'une souhait. La féminité reste en effet une catégorie de classe.
L'hétérosexualité :
L'hétérosexualité consolide la respectabilité et en est un marqueur puissant. Il est très difficile pour les femmes des classes populaires d'assumer une identité sexuelle (homosexuelle ou hétérosexuelle) car elles cherchent justement à éviter cette sexualisation dans une quête de la respectabilité. Elles "jouent" parfois les lesbiennes pour avoir la paix ; cela leur permet de créer un espace protégé où elles sont ensembles à jouer à être sexuelles sans risquer une perte de respectabilité.
Le féminisme :
S'identifier au féminisme suppose pour les femme des classes populaires de s'identifier à la catégorie "femme" et donc à la catégorie "femme populaire" ce qu'elles refusent. Elles considèrent que le féminisme ne s'adresse pas à elles et ne leur demande pas leur avis. Même le discours d'indépendance du féminisme leur semble lointain car il est prononcé par des femmes trop différentes d'elles. Elles ne savent pas ce qu'elles ont à gagner avec le féminisme que la féminité ne pourrait leur donner. Elles s'intéressent parfois au féminisme après une expérience négative ce qui rattache toujours le féminisme à quelqu'un chose de négatif. Qui plus est le féminisme est vu comme une autorité morale.

déc 212015
 

Un article un petit peu fouillis, aujourd'hui.

- Je voudrais déjà remercier toutes les personnes, qui ces dernières semaines m'ont offert des livres par le biais de ma wish list. Je le fais sur twitter et facebook sans penser que tout le monde ne consulte pas ces deux outils. Merci encore j'ai vraiment apprécié toutes ces attentins :) .

- Sur un tout autre sujet, dans le cadre de mon travail, j'ai été interviewée dans l'émission Les pieds sur terre pour parler du 13 novembre.

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oct 152015
 

J'inaugure une nouvelle rubrique sur le blog qui ne sera pas spécialement féministe ; j'espère pourtant qu'elle vous intéressa. Elle concernera assez banalement mes lectures du moment.
Il y a peu, j'ai demandé à mes ami-es facebook de m'indiquer leurs livres préférés ; c'est au final un sacré challenge ! Lorsque je ne connaissais pas le livre qui m'avait été conseillé, je m'imaginais ce qu'il pouvait être en fonction de ce que je savais de la personne. Cela donne parfois un résultat surprenant.

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nov 202014
 

Je vais résumer L’Anatomie politique 2. Usage, déréliction et résilience des femmes de Nicole-Claude Mathieu.

Il s'agit d'une compilation d'articles de Nicole-Claude Mathieu sur des sujets divers ; le résumé aura donc un côté très décousu.

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nov 132014
 

Je vais vous résumer Et si on en finissait avec la ménagère ? de François Fatoux.

L'égalité entre hommes et femmes au sujet des tâches ménagères serait atteinte vers 2460. En 2010 les femmes faisaient 4h01 de tâches ménagères par jour et les hommes 2h13. C'est une heure de moins pour les femmes depuis 1986 et 6 mn de plus pour les hommes.

L'INSEE divise l'emploi du temps comme suit :
- le temps physiologique : sommeil, repas, toilettes, soins
- le temps professionnel et la formation
- les loisirs
- la sociabilité : téléphone, conversations, visites
- les transports
- le temps domestique : ménage, cuisine, linge, courses, soins aux enfants, jardin, bricolage, soins aux animaux

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oct 152014
 

Je vais vous résumer le livre de Paola Tabet La construction sociale de l’inégalité des sexes. Des outils et des corps.
(l'article contient des descriptions explicites de viols et de tortures).

L'auteure veut étudier la différenciation par sexe des outils. La division sexuelle du travail est souvent vue par les anthropologues comme une relation de complémentarité, de réciprocité et de coopération, qui insistent sur le caractère naturel et biologique de cette division et donc sur sa nécessité.
Godelier dit par exemple que la reproduction empêche les femmes de chasser et faire la guerre.
Pour Tabet la division du travail n'est pas neutre mais orientée, asymétrique et de domination.
Pour cela elle va étudier les outils employés parles hommes et les femmes. Il est souvent dit que comme les femmes ont des tâches simples à faire, il est normal qu'elles n'aient que des outils simples.
La thèse de Tabet :
- les femmes accomplissent certaines tâches et pas d'autres selon les outils à utiliser
- ce sont dans les formes du contrôle masculin des outils (et donc dans le sous-équipement des femmes) qu'il faut chercher les facteurs de la division sexuelle du travail.
Sa démarche :
- montrer que dans beaucoup de sociétés de chasseurs/cueilleurs l'équipement féminin est moindre
- montrer que dans les activités nécessitant un outillage complexe, même si la part des femmes est la plus importante, les femmes ont les outils les plus rudimentaires
- les activités qi reviennent aux femmes sont souvent les plus archaïques
- l'emploi et le contrôle des outils par les femmes sont limités
- il n'y a pas d'activité proprement féminine.
- les activités féminines sont des activités qu'on peut qualifier de résiduelles. Elles ne sont permises aux femmes que si elles peuvent être faites sans outils ou avec des outils simples. dés qu'il y a l'obligation d'utiliser des outils, il y a masculinisation.
Chez les !Kung, il a été calculé qu'une femme parcourt 7800 km les 4 premières années de la vie de son enfant pour chasser et cueillir. Elles ont juste un bâton à fouir pour cela. une journée de cueillette leur permettra de rapporter entre 7 et 15 kg de nourriture.
Les hommes chassent et ont pour cela des arcs, des flèches et des sagaies.
Chez les Yamana, les femmes ne peuvent fabriquer leurs outils car seuls les hommes ont le droit de posséder les outils servant à les fabriquer.
Dans de nombreuses sociétés les femmes dépendent des hommes pour fabriquer leurs outils.

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oct 062014
 

Je vais vous résumer Repenser le colonialisme de Ann Laura Stoler et de Frederick Cooper.

Le livre est avant tout une façon pour les auteurs d'expliquer leur manière d'étudier les rapports coloniaux, une sorte d'historiographie.

Il existe différentes façons de voir la question coloniale.
1. La colonie est un domaine d'exploitation en utilisant des méthodes de production impossible en métropole.
2. La colonie est une zone exempte des inhibitions générées par la bourgeoisie. C'est un lieu d'opportunités sexuelles et économiques. On finira par établir la morale sexuelle dans le but de sauver la race (crainte de la mixité).
3. La colonie est le laboratoire de la modernité où l'on fait des expériences d'ingénierie sociale. Cela rencontrera la résistance des colonisés qui refuseront l'agriculture de plantations.
4. La colonie est l'endroit où se trouve l'Autre et face à qui s'exprime l'européanité.

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août 262014
 

Voici donc le résumé de Histoire du viol de Georges Vigarelloo (XVIème - XVIIIème siècle). Pour celles et ceux qui s'étonneraient de ce déferlement de résumés, je manque un peu d'inspiration en ce moment et le deal - du moins avec moi-même - lorsque j'ai sorti ma wishlist était de vous faire des résumés des livres offerts.

 

Le viol est sévèrement puni à l'époque classique mais peu poursuivi.
La violence est considérée comme naturelle et existe à la fois du côté des criminels et du côté de la justice ; ainsi entre 1775 et 1785 9 à 10% des décisions du Châtelet sont des exécutions capitales. On tue, on mutile, on torture.
Dans la loi, le viol est puni de mort et parfois de tortures. Si la victime était vierge, la punition est pire et l'est encore davantage si la victime n'est pas nubile. C'est la même chose pour l'inceste.
Le viol en temps de guerre est toléré.
Le rang de la victime, comme  celui du violeur compte beaucoup.
Au XVIIIème siècle, la structure familiale change ; la famille est davantage nucléaire que clanique et l'on assiste à une augmentation de la domesticité. Cette domesticité est davantage battue, frappée et abusée. Dans le Languedoc, au XVIIIème, 94% des femmes qui déclarent un enfant illégitime, déclarent également des violences par le maître.

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