avr 142014
 

(Comme la remarque m'a été faite par mail, je précise que je ne suppose pas que les rapports homosexuels, panssexuels etc sont exempts de rapports de pouvoir, ils ne sont juste pas le sujet de mon article).

Je revois passer, chez les différents courants féministes, des critiques autour du courant "sex positive" ou "pro sexe".

Essayons déjà de remonter à la genèse de cette opposition qui date de la fin des années 70. A cette époque des féministes commencent à discuter de ce qui ne l'a pas encore été dans les mouvements féministes à savoir la sexualité hétérosexuelle. De là découlent des discussions sur la pornographie et la prostitution. Ces deux dernières activités sont définies par certaines comme étant par essence patriarcales c'est à dire qu'elles n'existeraient pas hors du patriarcat. Les deux féministes les plus connues de ce mouvement là s’appellent Andrea Dworkin et Catharine MacKinnon. Le livre de Dworkin Intercourse montre en fait que l'acte sexuel hétérosexuel est traversé par des rapports de pouvoir où les femmes sont subordonnées au plaisir masculin.

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avr 092014
 

L'article a depuis été retiré mais vous pouvez le retrouver en cache ici et lire l'article de René Greusard sur le sujet.

Plusieurs points en préalable à cette analyse.
Qu'est ce que la culture du viol ? J'ai essayé d'en faire une définition courte : "culture dans laquelle les idées, les média, les coutumes, les pratiques sociales, les institutions normalisent, naturalisent et érotisent la violence sexuelle contre les femmes. La culture du viol blâme les victimes et déculpabilise les coupables. L'objectification sexuelle des femmes fait partie de la culture du viol. La culture du viol véhicule des mythes autour du viol (mythe de l'inconnu qui viole la nuit des jeunes femmes par exemple..), apprend aux femmes à avoir peur de ces mythes sans pour autant leur donner les moyens de se défendre (inhibition de l'agressivité féminine). Les mythes autour du viol visent à maintenir les femmes dans la peur." Elle est forcément parcellaire mais on m'avait demandé de résumer l'idée en quelques phrases courtes.

Il ne s 'agit pas de dire que quelqu'un qui a écouté, lu, regardé, une production culturelle ou journalistique, ou un-e ami-e tenant des propos de l'ordre de la culture du viol, va immédiatement se mettre à violer des femmes. Il s'agit simplement de comprendre que nous baignons tous et toutes dans une culture où des idées fausses, des préjugés, des mythes sont véhiculés autour du viol, que nous les véhiculons à notre tour. Tout ceci explique donc pourquoi aussi peu de victimes portent plainte, pourquoi on reporte la faute sur les victimes au lieu des coupables.
Il peut y avoir culture du viol sans viol ; une mère qui dirait à sa fille "ne sors pas habillée ainsi tu vas avoir des problèmes" alimente la culture du viol pourtant - dieu merci - sa fille ne va pas forcément être violée.
Il peut y avoir culture du viol et viol. Un violeur qui dirait que sa victime l'a bien cherché en s'habillant ainsi tient des propos de l'ordre de la culture du viol.

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avr 072014
 

Je vais donc résumer le livre de Paola Tabet La grande arnaque : Sexualité des femmes et échange économico-sexuel

Avant de résumer ce livre, plusieurs choses :
Ce livre n'est pas un plaidoyer pour ou contre la prostitution.
Lorsque Tabet parle de "violences hors des règles sociales", elle décrit un fait ; elle n'est pas en train de l'approuver. Ainsi par exemple, le viol conjugal est dans certains pays une violence admise dans les règles sociales. Battre sa femme, la prostituer peut être admis également.
Tabet est une ethnologue en cela le livre regorge d'exemples de terrain.

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avr 012014
 

Imaginons que vous vouliez analyser un fait culturel, n'importe lequel. Imaginons que vous voulez étudier l'alimentation occidentale en 2014. On sera tenté de dire "qu'on mange car sinon on meurt" et penser qu'il s'agit d'un fait naturel (inné) et puis on constatera qu'on mange certains aliments plutôt que d'autres, on mange avec une fourchette et un couteau, on mange à heures plus ou moins fixes et l'entrée avant le dessert. Depuis 30 ans on voit de moins en moins de poulets avec leur tête dans les supermarchés, d'abats ou de viande de cheval. Et si nous sommes aussi nombreux à manger avec des fourchettes, cela n'est pas parce que c'est pratique (d'autres trouveront leurs doigts ou des baguettes ou une cuillère etc très pratiques) mais parce qu'il s'agit d'un processus d'apprentissage.
Ainsi rapidement, on constate que l'alimentation n'a plus rien d'inné mais qu'elle est un processus culturel, acquis. Bien peu d'ailleurs sont les scientifiques à chercher ce qui relève encore de la nature OU de la culture dans un acte humain quelconque.

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mar 262014
 

Les résultats du premier tour des municipales ont été une nouvelle fois l'occasion, tant pour les politiques, les journalistes et chroniqueurs de découvrir avec "stupéfaction", "étonnement", "inquiétude" les résultats du Front National.
Comme chaque fois depuis 30 ans où le FN fait plus de 3 % l'on feint de s'étonner, l'on feint de s'affoler dans un jeu de tartufes parfaitement orchestrée.

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mar 172014
 

Je me rends compte - le comble - que j'ai complètement omis de vous parler de la création d'une association, à laquelle j'appartiens les Dé-Chaînées avec Dariamarx et Gaëlle-Marie.

Pourquoi une association ? Lorsque nous avons monté en urgence une contre-manifestation aux anti-IVG, nous avons compris l'importance d'une structure légale pour ce genre de démarches et pour d'autres ; comment demander un local sans structure par exemple ?

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mar 122014
 

(oui mon moral est olympique)

Lorsque je suis fatiguée, que le militantisme m'épuise et l'inertie me tétanise, je suis tentée de relire ces mots de Rochefort :
"Il y a un moment où il faut sortir les couteaux. C’est juste un fait. Purement technique. Il est hors de question que l’oppresseur aille comprendre de lui-même qu’il opprime, puisque ça ne le fait pas souffrir : mettez vous à sa place.
Ce n’est pas son chemin. Le lui expliquer est sans utilité. L’oppresseur n’entend pas ce que dit son opprimé comme langage mais comme un bruit. C’est la définition de l’oppression [....]

L’oppresseur qui fait le louable effort d’écouter (libéral intellectuel) n’entend pas mieux. Car même lorsque les mots sont communs, les connotations sont radicalement différentes.
C’est ainsi que de nombreux mots ont pour l’oppresseur une connotation-jouissance, et pour l’opprimé une connotation-souffrance.
Ou : divertissement-corvée. Ou loisir-travail. Etc.
Aller donc communiquer sur ces bases."

C’est ainsi que la générale réaction de l’oppresseur qui a "écouté" son opprimé est, en gros : mais de quoi diable se plaint-il ? Tout ça c’est épatant.

Au niveau de l’explication, c’est tout à fait sans espoir. Quand l’opprimé se rend compte de ça, il sort les couteaux. Là on comprend qu’il y a quelque chose qui ne va pas. Pas avant.

Le couteau est la seule façon de se définir comme opprimé. La seule communication audible.[...]"

 

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mar 062014
 

Hier est paru un rapport sur la violence physique et sexuelles dont sont victimes les femmes majeures en Europe ; vous en avez ici un résumé.

Ce rapport accablant, terrifiant, l'est encore davantage parce qu'à aucun moment il ne nomme qui sont les auteurs de ces viol. Une recherche dans le précédent document vous fera apparaître quatre occurrences "homme". L'une concerne les droits de l'homme, l'autre les responsables politiques, l'autre est incluse dans l'expression "les hommes et les femmes" et la dernière indique que les hommes restreignent moins leurs déplacements.

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fév 282014
 

J'étais assez méfiante face au livre Pour en finir avec Eddy Bellegueule qui raconte la vie d'un enfant brillant, différent, homosexuel dans un village où tout est misère.
Nous les bobos gauchos aimons bien ce genre de bouquins, cela nous permet de voir qu'on n'est surtout pas comme cela, surtout pas bêtes, surtout pas homophobes.
L'homophobe est toujours l'arabe de banlieue, l'ougandais à moitié fanatique où le nordiste consanguin. Mais pas nous. Jamais.

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fév 192014
 

Beaucoup d'hommes, lorsqu'ils en viennent à s'intéresser aux féminisme veulent aider dans les combats pré-existants. Ainsi on le voit militer pour que la rue soit à tous et toutes, militer pour l'égalité salariale ou je ne sais quoi. Mais ces combats là sont déjà pris en charge par les femmes qui n'ont donc nul besoin qu'on leur tienne à la main. En revanche, nous avons besoin qu'on détruise déconstruise la virilité. Les femmes ne sont pas discriminées toutes seules, elles le sont car les hommes ont des avantages.
Si les femmes sont payées 20% de moins à compétences et poste égaux, c'est que les hommes sont payés 25% de plus.
Si les femmes n'occupent pas l'espace public, c'est que les hommes l'occupent et trouvent cela tout naturel.
Si les hommes ont le temps de se demander quand et comment ils pourraient aider les femmes, c'est pendant que ces dernières n'ont pas ce choix là.
Je cite Guillaumin (texte écrit dans les années 80) : "Nous sommes toujours «plus» ou «moins». Et jamais nous ne sommes le terme de référence. On ne mesure pas la taille des hommes par rapport à la nôtre alors qu'on mesure la nôtre par rapport à celle des hommes (nous sommes «plus petites») laquelle n'est mesurée que par rapport à elle-même. On dit que notre salaire est un tiers moins élevé que celui des hommes, mais on ne dit pas que celui des hommes est de moitié plus élevé que le nôtre, il ne représente rien que lui-même."

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