oct 022013
 

Il y a 20 ou 30 ans nous jetions des coups d’œil discrets, coupables, aux unes du Nouveau détective chez le kiosquier. Nous ne l'aurions jamais acheté, oh non, mais on se délectait de ces couvertures morbides et ces faits-divers graveleux.

Trente ans après, la presse désormais en ligne nous permet l'impossible ; nous délecter à longueur de journée de faits-divers sordides en 50 exemplaires, déclinés à l'envi dans tous les journaux.

On a sans doute franchi un nouveau cap avec la mort de Fiona. Un commentateur me faisait d'ailleurs remarquer qu'on n'appelle les enfants morts que par leur prénom, mode à laquelle je succombe, n'ayant aucune information sur son nom de famille. Chaque journal s'est fendu, sur ces cinq derniers jours de quelques 5 à 6 articles par jour, tout en feignant ensuite de s'étonner des groupes facebook appelant à la peine de mort. Maître Eolas soulignait qu'on tient notre affaire Casey Anthony : de plan de la forêt où se trouverait le corps, aux témoignages des amies de la mère, nous avons, gratuitement et sans la honte de tendre notre journal au kiosquier, notre Nouveau détective quotidien.

Il serait facile - et tentant - d'attaquer la presse. Qui de l’œuf ou de la poule...
Un simple constat s'impose ; aucun article ne fait autant de page vues et de commentaires qu'un fait-divers. J'en ai déjà parlé de multiples fois, tout en prenant à partie les rédactions mais j'aimerais aussi aborder l'angle du lecteur et notre responsabilité. Je succombe moi même à twiter des faits-divers car je sais que cela frappe l'opinion et que j'obtiens ainsi une réaction à bon compte alors que je sais fort bien qu'un article n'expliquera jamais la complexité d'une décision de justice par exemple. On le sait très bien, des articles documentés, sourcés, qui ont nécessité un temps approfondi de travail et de recherche, ne feront que quelques vues.
Et nous le savons également très bien, nous nous jetons tous et toutes sur les rebondissements de l'affaire Fiona, comme on crée tous des embouteillages monstres quand un accident se produit. Alors oui il y a évidemment une responsabilité de la presse, des journalistes qui, tous et toutes, en off avouent ne pas avoir fait ce métier pour cela et qui sont bien peu à l'ouvrir en public.

Comment dans ce contexte là, la presse, en crise, à la recherche d'un nouveau modèle économique, pourrait-elle ne pas produire de tels articles ? Nous sommes tous à hurler sur ces articles alors que nous les avons ouverts et lus, ne serait-ce que pour "savoir ce que ce journal de merde a encore pu écrire". Nous ne sommes plus des lecteurs de presse mais des consommateurs. Nous twitons des liens à la chaîne, nous consultons sur notre téléphone les news fébrilement et rapidement. Est-ce encore la peine pour les rédactions de faire des articles sourcés et documentés sachant que cela a un coût et que ses articles seront très peu lus ? J'ai vu beaucoup de journalistes ou chroniqueurs commencer la fleur au fusil pour finir par écrire des billets d'humeur torchés sur un coin de table, des articles peu sourcés ("personne n'ouvre les liens pourquoi s'emmerder"), des titres accrocheurs et mensongers. Des rédactions font enlever les liens sourçant l'article, réécrivent un titre pas assez accrocheur, demandent un angle plus dramatique.
Et je vois chaque jour des gens ne réagir qu'au titre de l'article, ne commenter ou ne lire que les faits-divers. Certains journaux possèdent une fonction "nombre de visites" ; c'est instructif.

Je sais quand la presse a commencé à produire en masse du fait-divers ; cela date d'il y a 3 ou 4 ans, pas davantage. Je n'ai pas d'explications d'ailleurs, du moins pas d'explications simples. On peut juste dire que cela coûte peu cher et que c'est très lu, ce qui sera déjà un solide argument, qu'on l'apprécie ou pas. peut-être conviendrait-il de repenser nos attitudes de consommateurs face à la presse en ligne ; chose qui me semble difficilement possible. Il me parait impossible néanmoins à force de se goberger à longueur de faits-divers sordides et de réactions extrêmes (et sommes toutes logiques, je n'ai pas dit admissibles) que cela n'ait pas à terme un impact dans les urnes. Je tends d'ailleurs à penser que si les sites identitaires de type francais de souche ont arrêté de faire exclusivement du fait-divers c'est qu'ils n'en ont plus besoin ; la presse toute entière en produit et cela les sert plus que nulle autre chose. En lisant ces articles, nous ne faisons rien d'autre que d'entretenir un système dont nous nous plaignons.

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  31 réponses sur “Notre responsabilité de consommateurs face à la presse”

  1. Bonjour, je n'ai rien de spécial à dire sur cet article, juste une question: est-ce que la phrase: "Je sais quand la presse a commencé à produire en masse du fait-divers ; cela date d'il y a 3 ou 4 ans, pas davantage." est étayée par des sources ou bien c'est une "impression" du fait de ton activité professionnelle et personnelle? Merci beaucoup (question intéressée, je prépare dans ma bib. une expo sur la presse...).

    • mon impression.

      • Merci.

      • Est ce que le 21 Avril 2002 rentre dans ces "3-4 ans"? #TrustMeIAmATroll !
        Non tout ça pour dire que ça m'étonne également, il me semble me souvenir avoir vu dans mon enfance des gros titre assez macabres devant les bar-tabac... et dans des journaux très lus tq Ouest France et Courrier de l'Ouest (oui j'ai grandi dans l'ouest). Mais je suis pas assez vieux pour remonter de plus de 10 ans. Bon après je saurais pas quantifier, à la première lecture j'étais resté sur l'idée que le fait divers était apparu il y a qq années, ce que je ne crois pas, mais finalement je crois pas que c'était votre pensée. Est ce que le phénomène s'est intensifié, peut être, reste à savoir de combien...?
        De toutes façons "C'est toujours mieux avant"

        Sinon, j'ai une source qui vous intéressera très certainement.
        "150 petites expériences de psychologie des médias" de Sébastien Bohler. 2008. ISBN 978-2-10-053536-1
        Votre article m'a de suite fait pensé au paragraphe "Pourquoi êtes-vous persuadé(e) que vous allez être agressé(e) par un psychopathe lorsque vous venez de regarder les informations ? Le syndrome du grand méchant monde"
        Il cite dans ce passage une étude :
        "Cette distorsion de la vision du monde a été étudiée
        dès les années 1970 par le psychologue américain
        George Gerbner et porte le nom de « syndrome du
        grand méchant monde ».
        Etude :
        George Gerbner a demandé à des volontaires combien
        d’heures ils regardaient la télévision par jour, et leur a ensuite
        demandé d’estimer la probabilité d’être la victime, dans une
        semaine de vie normale, d’une agression dans la rue. Il a
        constaté que les personnes regardant le plus la télévision (au delà
        de quatre heures par jour) estimaient cette probabilité à
        50 pour cent, alors que la probabilité réelle, dans le cadre de
        cette étude, était de l’ordre de 1 pour cent. Ainsi, les téléspectateurs
        surestimaient d’un facteur 50 la dangerosité du monde
        réel, à partir de l’image que leur en donnait la télévision."
        [...]
        Et dans le même chapitre, un autre passage intéressant (pour revenir à cette période de 3-4 ans :-P )
        "Au début de l’année 2002, au cours de la campagne présidentielle,
        les médias ont consacré quelque 18 000 sujets à la
        violence et à l’insécurité, ce qui constituait une augmentation
        de 126 pour cent entre février et mars, par rapport à la
        même période les années précédentes. Aucune augmentation
        significative n’était en revanche attestée par les chiffres
        du ministère de l’Intérieur : la loupe grossissante des
        médias a transformé en montagne ce qui n’était initialement
        qu’un fait usuel. Ce grossissement a donné l’impression
        d’une insécurité galopante, insinuant le syndrome du grand
        méchant monde dans les cervelles de millions de citoyens."

        Donc j'ai tendance à penser comme vous que ça a un impact...

        J'ai le manuscrit en pdf si ça vous intéresse.

        Cordialement,
        Martin

        • Ah oui, je devrais peut être préciser que je sais pas trop ce que ce livre vaut dans son ensemble, il y avait d'autres points qui me paraissaient chelou, les thèmes me semblaient souvent répétés au fil des chapitres etc... Ce passage me semblait intéressant, mais je vous laisse juge de sa crédibilité.

    • La presse produit du fait-divers de manière massive depuis qu'elle existe, l'âge d'or de cette production se situant (en tout cas en France) incontestablement au XIXe siècle : ce n'est donc pas un phénomène rcent, loin s'en faut. Une très rapide recherche sur Internet avec les mots-clés « presse histoire fait-divers » m'a amené vers ceci : http://www.cahiersdujournalisme.net/cdj/14.htm que je crois intéressant et assez complet, notamment sur les mutations contemporaines du fait-divers et son rapport à la société.

      Pour l'impact sur le vote, c'est sûr : qu'on se souvienne simplement des élections de 2002 et de la vague sécuritaire, créée de toutes pièces par certains médias. Et qu'on voit le probable impact de la stigmatisation des Roms, avec quelques exemples de délinquance montés en épingle - dans ce cas la xénophobie et l'exclusion sociale se mêle au fait-divers, le rendant encore plus goûteux dans le crapoteux, et électoralement plus efficace encore.

  2. Bonjour Valérie

    Comme souvent je suis d'accord avec ce que tu écris (no groupie here, j'essaie de rester critique ^^) mais je pense qu'il y a cependant une nuance. En partageant un article que l'on trouve révoltant (exemple : celui du point sur la "racaille" de beau-père de Fiona), on dénonce et on tente de faire remonter en masse des avis négatifs sur ceux présentant ce genre d'articles.

    On pourrait croire que la nuance entre ça et le lecteur complaisant est mince, pourtant ce bad buzz, on l'accuse souvent de faire de la pub à ceux qui publient cet article, et rien d'autre. Pourtant, ces dernières semaines on a vu que dans les cas de Seduction By Kamal, le test d'Elle ou le sondage du Point, les remontrances faites sur les réseaux sociaux ont eu un effet et ceux qui publient ces contenu nauséabonds ont, au moins en partie, tempéré ceux-ci.
    Dans un cas comme Fiona, c'est plus compliqué car y'a beaucoup plus de gens qui soutiennent ce genre d'articles voyeuristes au raisonnement simpliste et jouant sur l'émotion pure ; mais en définitive, c'est à celui qui gueule le plus fort. Je pense que c'est pas vain, et surtout pas si malsain de dénoncer, tant qu'on arrive à étayer/argumenter/éduquer en même temps.

    D'ailleurs, Eolas est incroyablement utile à ce titre, même si quand je linke ses articles je me prends régulièrement des "bla bla on va pas écouter un moralisateur qui défend des criminel" (tellement facile d'attaquer la personne plutôt que le propos). Mais ouais, son blog est vraiment d'utilité publique !

    • On peut effectivement constater que certains articles sont très lus et très partagés : c'est un fait. Mais cela ne dit rien sur les raisons qui poussent au partage ou à la lecture : adhésion ? Rejet ? Besoin de se faire sa propre opinion ? Mais pour les décideurs, le calcul est vite fait : c'est du clic. Facile de faire dire ensuite ce qu'on veut aux chiffres quitte à véhiculer des images erronées de la réalité.

  3. Pour y avoir réfléchi aussi, je pense que l'internaute d'aujourd'hui est irrésistiblement attiré par les promesses d'une indignation facile. Quand, sur twitter, on voit passer un lien assorti d'un commentaire du type "non mais j'hallucine, c'est scandaleux", on se précipite dessus. Pour les faits divers, c'est pareil. On a envie de s'indigner, on voit "une petite fille battue à mort par son beau-père" alors on clique, et on s'indigne. La lecture des commentaires agite encore un peu plus le chiffon rouge, et hop, on est mûrs pour un commentaire plein de verve, argumenté ou insultant.

  4. En ce qui concerne ton intuition, je pense que la date est un chouilla plus large (5-6 ans) et qu'elle coincide avec l'arrivé massive des réseaux sociaux dans nos pratiques (mais je suis assez d'accord pour dire que le phénomène était visible du commun des mortels dans la tranche que tu as donnée).

    Le mécanisme des réseaux sociaux est celui de l'agrégation de donnée et des méta format. Or, cela à entrainé dans la presse une standardisation de la production : pour faire du clic il faut certe une punch line accrocheuse... mais il faut aussi qu'elle rentre dans le bon format (si on veut que le titre ne soit pas coupé par l'agrégateur Google, on sait qu'il doit faire moins d'un certain nombre de caractères...). C'est donc la formalisation technique qui à conduit à une formalisation de pensé, d'écrire, et d'envisager la presse.

    Et je ne parle même pas des questions lié a la volatilité de l'information : le cycle des rafraichissement de page fait que pour qu'une info vive et reste visible, elle doit avoir du clic (ah bah du coup si : j'en ai parlé ^^).

  5. Pour avoir étudié le fait divers en cours, je confirme qu'ils ne sont pas anodins. La façon dont ils sont écrits amène à révolter les gens, ça exagère pas mal de phénomènes (par exemple, pour les histoires de pères perchés, j'avais été surprise d'apprendre que tous ces groupes ne représentaient que quelques dizaines de gens au final !), et bien sûr, quand on choisit méthodiquement quels faits divers mettre en avant plutôt que d'autres, on peut empirer des mythes, genre "han ce sont uniquement les arabes qui foutent la merde en France, toutes les agressions sont commises par des jeunes à capuches", ou minimiser les faits dans des affaires de violences conjugales, comme on en a de nombreux exemples..

  6. C'est marrant parce que je demandais justement hier à une collègue comment elle supportait psychologiquement de lire ce genre de presse. Elle me lit régulièrement des extraits d'histoires affreuses publiées par la presse en ligne et rien que ça ça me retourne l'estomac. C'est pire depuis que j'ai un enfant d'ailleurs. Je me demande si ce n'est pas lié au fait que j'ai un petit moral, du coup j'évite de lire ces trucs au risque de me pourrir la journée et enchaîner sur une insomnie.
    Politique de l'autruche quoi :p

  7. Entièrement d'accord avec Flashou, le phénomène a explosé avec les réseaux sociaux. Facebook dans un premier temps pour diffuser des infos sordides en un clic et twitter pour les diffuser à la planète entière de manière virale.

    Les blogs ont quasiment disparu de la diffusion d'information. Ce sont les réseaux sociaux qui génèrent l'audience. J'adore Maitre Eolas mais il twitte 25 fois par heure et cela ressemble à une diarrhée verbale inutile. Ces articles sont précieux.

    Face à cela, la presse traditionnelle dégringole. En passant au web elle a d'abord appliqué son savoir-faire : sérieux, documenté, relu, diffusé. Un échec total du point de vue lectorat qui juge cela bien trop lent et vieillot.
    Du coup les annonceurs (les cordons de la bourse) ne suivent pas.

    Maintenant, la presse web issue des médias traditionnels fait du people, du sensationnel, du trash, du vite-fait mal fait et la qualité globle de l'info sur Internet est déplorable. Pas de relecture, aucune diversification des sources, plus de déplacement sur le terrain, du copier-coller, de l'émotionnel...

    Pou rmoi, Internet c'est le bar du coin du XXIème siècle : on picole, on dit tout et n'importe quoi, on se tape dessus et on remet ça le lendemain, comme si de rien n'était. Bref, totalement déprimant.

    La solution : gérer ses propres sélections de flux RSS et virer sans pitié tout site en voie de dépravation. Et faire de même avec les réseaux sociaux : le minimum de contacts.

    Le vôtre est d'ailleurs dans mes favoris !! Merci !

  8. "personne n'ouvre les liens pourquoi s'emmerder ?"
    Punaise... Si la réponse "déontologie" ne suffit pas, peut-être que "PageRank" leur parlera plus ?
    Même si personne ne clique (ou même ne lit) le lien, il permet de rendre la source plus visible pour l'algorithme de Google.

  9. Bonjour Valérie,
    Ton article m'intéresse et me surprend en même temps, j'ai l'habitude de m'informer régulièrement (net et ou radio) et je n'ai pas vu la déferlante d'articles sur Fiona, comme quoi... A ce propos, concernant cela :"Un commentateur me faisait d'ailleurs remarquer qu'on n'appelle les enfants morts que par leur prénom, mode à laquelle je succombe, n'ayant aucune information sur son nom de famille. " si je fais remonter mes notions de droit, je pense bien que cela s'explique car une loi interdit de donner dans la presse le nom de famille de mineurs impliqués dans des affaires judiciaires par soucis de protection (qu'il soit mort ou pas donc).
    "Je sais quand la presse a commencé à produire en masse du fait-divers ; cela date d'il y a 3 ou 4 ans, pas davantage. "
    Moi, j'ai tout de suite pensé que ça datait d'une époque pas si lointaine où à chaque fait divers suivait une loi répressive. C'est devenu comme une addiction ou quoi? Mais l'hypothèse Facebook est aussi probable, la preuve c'est que j'ai eu l'impression de passer à côté de ces articles et je n'y suis pas, ni sur Twitter d'ailleurs...

  10. > "peut-être conviendrait-il de repenser nos attitudes de consommateurs face à la presse en ligne, chose qui me semble difficilement possible."

    Effectivement. Vu que nous ne sommes pas les consommateurs.
    "If you are not paying for it, you're not the customer; you're the product being sold."
    Curieusement, les régies publicitaires qui achètent le temps d'attention des lecteurs de faits divers, elles, on leur demandent jamais d'être responsables. Les marques qui s'affichent de manière indécente (je me souviens de ces subtiles campagne de pub pour orange qui s'affichaient en marge d'articles sur les suicides de masse dans l'entreprise), les entreprises qui profitent de ces faits divers sordides pour vendre leurs merdes, curieusement on les épargne toujours. Parce qu'on a bien intégré qu'elles étaient intouchables, qu'il était naturel que les agences de pubs et les marques profitent au max de l'obscénité pour vendre leurs promesses de bonheur dans la consommation.
    Si le agences de pubs arrêtaient d'acheter des espaces autour des faits divers, il y aurait beaucoup moins d'articles fétides. Si les pubeux avaient un peu de morale et se disaient que ouais, le temps d'attention obtenu par la publication d'un article dégueu et racoleur c'est pas joli joli... alors on commencerait à respirer un peu dans les rédactions.
    Mais on a bien intégré que pour une entreprise il était naturel qu'elle cherche à faire le plus de fric possible (et peut-être qu'elle fabrique des machins, mais c'est secondaire), par tous les moyens (les délocalisations c'est pas la faute au patronat vénal, c'est la fautes aux étrangers qui sont moins chers). Et comme la publicité fait vendre, personne ne remet en cause le système publicitaire. Intouchable, car on n'envisage même pas d'y toucher.
    Vous voulez du vrai journalisme ? Alors il faut que l'article cesse d'être une simple interface entre un publicitaire-acheteur et un lecteur-produit, entre une entreprise consommatrice et un temps de cerveau consommé.
    Pour reprendre une certaine rhétorique, on ne peut pas vouloir de la presse en ligne payée par la pub ("gratuite") et des articles de qualité. La publicité c'est la gangrène, soit....

  11. J'ai arrete mon abonnement au monde il y a 3-4 ans, j'avais l'impression de lire paris match. Maintenant je dois me contenir pour ne pas aller cliquer frenetiquement sur actualites google meme si je m'indigne du contenu completement creux.
    Le fait divers a toujours ete le facon de buzzer des quotidiens mais cela s'accelere avec internet les smartphones les reseaux.
    Cela peut etre tres bien comme cela peut vite tourner au vinaigre. On tend vers les extremes des deux cotes.

  12. ENCORE une occasion ratée de rappeler qu'on peut très bien vivre sans Google, et même chercher des trucs sur internet...

  13. Le pro-nucléaire appelle Fukushima fait-divers.
    Le strausskahnien appelle un viol fait-divers.
    Le Français appelle un assassinat d'enfant fait-divers.

  14. Un billet très vrai, et qui ne s'applique pas qu'aux faits divers.
    La tendance actuelle sur les réseaux sociaux est de faire tourner en boucle les articles contre lesquels on s'indigne : la nouvelle vidéo choquante, la nouvelle bêtise sexiste de Elle, le dernier billet raciste en date qui fait monter l'aigre à la bouche. Ce faisant les articles en question se retrouvent mis en avant encore et encore et cumulent visites et nombres de clics à grande vitesse, ce qui assure leur "succès". Le phénomène est tel qu'il ne faudrait pas s'étonner de voir une certaine presse chercher le bâton exprès parce que ça apporte un retour d'audience élevé, et que les annonceurs ne vont pas vérifier si ce sont des visites de lecteurs enthousiastes ou de personnes indignées.

    Il est indéniable qu'il faut dénoncer certains propos et certaines pratiques, mais il y a en même temps l'effet inverse, qui consiste à assurer malgré soi la promotion des idées que l'on cherche à combattre. Et c'est un piège dont il est difficile de se sortir.

  15. Salut Georgette, Salut vous autres.

    Hum.. le petit point qui m'a fait tiquer, c'est la généralisation des comportements que tu prônes. "Et nous le savons également très bien, nous nous jetons tous et toutes sur les rebondissements de l'affaire Fiona,".. j'ai le regret de t'informer que non.. personnellement je n'ai lu aucun article sur cette affaire, et j'en ai vraiment pas l'envie.

    Tout les internautes n'ont pas la même façon d'agir. Un grand nombre de vue sur un article n'est pas suffisant pour généraliser.
    Allez Allez, comme je vois qu'il est difficile de ne pas céder à la tentation du clic pour certain-es d'entre vous et vous aidez à vous libérer de cette pression insupportable des masse médias :) .. je vous propose ce petit agrégateur d'articles : http://rezo.net. (c'est par la que j'ai trouvé crepegeorgette d'ailleurs).

    et bonne journée ^^

  16. Bonjour, je viens ici pour la première fois, ayant suivi un lien qui lui-même... bref.

    Pour ce genre d'histoire, je repense souvent à la même chose : si on utilisait tous des bloqueurs de pubs et des bloqueurs de scripts, le nombre de clics n'est plus comptabilisé et les pubs ne sont plus vues, donc la presse de caniveau (auquel j'ajoute les Yahoo, le Parisien, etc. tous jonchés de commentaires bien ancrés à droite, pour schématiser) l'auraient tous dans le cul, non ? Ensuite en théorie on laisse la pub sur les sites de qualité que l'on soutient. (Bon, c'est un gros mensonge, je ne remets jamais la pub, j'en ai assez bouffé à la télé quand j'en avais encore une, depuis 5 ans je vis sans pub et je continuerai, point.)

    À chaque fois que je dis ça, il y en a toujours quelques-uns pour parler des sites qui doivent vivre et blablabla, mais il y a eu un monde avant la pub, que ce soit sur internet ou ailleurs. Et comme la pub est un cancer pour l'humanité... bref je ne refais pas le discours complet à chaque fois.

  17. et bien,.. à article intelligent, réactions intelligentes....ça fait plaisir dans ce monde de....? "hôtes" de caniveau?

  18. Je ne sais pas qui est "Fiona" et j'ai découvert ton blog grâce à l'article "le privilège masculin", qui est très sourcé. C'est justement, pour moi, le gros point fort de l'article et la raison pour laquelle je l'ai transmis.

    C'est grave Dr ?

  19. Voilà un billet très intéressant sur les regards que l'on peut porter sur les mondes qui nous entourent. Par exemple celui que vous évoquez : « notre responsabilité de consommateur face à la presse ». Mais à trop rester le nez collé au carreau la vue se brouille. Nous finissons par croire que ce qui arrive aujourd’hui est nouveau. Qu’avant les technologies de l’information, qu’hier c’était le néant, le vide. Pas de vie. Pas d’histoire. Or Jacques Prévert l’a dit : « la nouveauté c’est vieux comme le monde ».

    Alors pourquoi faire une généralité et considérer que face aux faits divers chacun(e) « consomme »
    de « la presse » (parler de « la presse » c'est déjà faire une généralité) comme on consomme un plat de spaghettis ? Souffririons-nous tous de troubles obsessionnels compulsifs ? Agirions-nous tous par réflexes pavloviens ? Un média pisse un fait divers, j’accours la langue pendante ! Où avons-nous un cerveau et sommes-nous dotés de Raison oui ou non ? Pour faire un pas de côté. Pour nous comporter face à la presse (papier, radio, TV, Internet...) comme des citoyen(ne)s responsable à la recherche d'information sur la vie de la cité pour faire des choix éclairés.

    À ce moment-là, face à cette question du traitement des faits divers par nos médias du quotidien on se réfèrera utilement à l’histoire des faits divers, à l’histoire de la criminalité. Et à la façon dont les gazettes en parlent dès le XVIIème siècle. L’encyclopédie, de nombreuses revues spécialisées, des études sociologiques, des documentaires, des films… traitent de ces sujets avec un regard critique. Qui nous amène d’une manière générale à nous interroger chaque fois qu’un média publie une information : Qui parle ? Qui dit quoi ? Comment ? À qui ? Avec quels effets ? Pour quels bénéfices ?

    Dans le cas du traitement des faits divers dans nos médias du quotidien, la consultation de l’INAthèque (http://www.inatheque.fr/) est très instructive Vous verrez que la progression du traitement des faits divers à la TV est une affaire déjà ancienne. Voir INA Stat n° 30 Les faits divers dans les JT, Juin 2013 (http://www.inatheque.fr/publications-evenements/ina-stat/ina-stat-n-30.html).

    Quant à savoir pourquoi les faits divers fascinent tant, voici une piste de réflexion. Dans son ouvrage
    « La fabrique de l’homme occidental »*, le philosophe et historien du droit canon Pierre Legendre étudie le cas du jeune caporal de l’armée canadienne Denis Lortie qui, le 8 mai 1984, fit irruption dans l’Assemblée nationale du Québec avec l’intention de tuer le gouvernement. Courant au hasard des couloirs, il tira à la mitraillette sur les gens qu’il croisait. Il tua trois personnes et en blessât huit autres. Par chance, l’Assemblée ne siégeait pas, mais une fois dans hémicycle il s’installât dans le fauteuil du président, et négociât sa reddition avec la police.

    Voici ce qu’écrit Pierre Legendre en introduction de son sujet.

    « Lorsque j’ai eu à m’intéresser au procès engagé contre Lortie, j’ai ouvert les cahiers de Dostoïeski et j’ai lu : Il possible de traverser une rivière sur une poutre, non sur un copeau. »
    Alors, j’ai pensé : ce qui me fascine, c’est bien cela, une catastrophe, regarder une catastrophe. J’ai regardé Lortie comme on regarde un naufragé après qu’il s’est noyé. On regarde avec compassion un humain qui n’est plus ; mais aussi avec la peur et la furtive satisfaction de n’être pas celui-là, on se compte parmi les vivants.
    Il y a lui et moi, lui, l’assassin et nous les innocents, ceux qui traversent la vie sur la poutre, sans catastrophe. Je me demande : qu’est-ce qui nous lie, qui me lie à lui ?
    Pourquoi la société entière – le société des innocents –, met-elle tant de passion à scruter l’assassin et à soupeser son crime, à mettre en scène, dans ce théâtre qu’est la Justice, la catastrophe de quelqu’un ?
    Parce que, à chaque crime, à chaque meurtre, nous sommes touchés au plus intime, au plus secret, au plus obscur de nous-mêmes : un bref instant, nous savons que nous pourrions être celui-là, le naufragé, un meurtrier. À chaque crime, à chaque meurtre commis, il nous faut réapprendre l’interdit de tuer. (…) »

    Dernier point. Dans une France très urbanisée qui compte 100 départements et près de 300 villes de plus de 30.000 habitants (dont les grandes métropoles Paris, Lyon, Marseille, etc.), tous les jours, ici ou là, se produisent des faits divers de toutes sortes. De l’incivilité au crime ou au meurtre, en passant par une pléiade de délits petits ou grands.

    Bref, les médias ont sous la main un vivier d’informations à peu de frais. Il leur suffit de faire la tournée des « popotes », les commissariats. Certains s’en sont faits une spécialité. Exemple : Le Parisien et sa rubrique Faits divers sur le Net : http://www.leparisien.fr/faits-divers/actualites-informations-videos-faits-divers. À consulter ! La salade niçoise vaut le détour.

    Une fois le nez décollé du carreau nous apprécions et saisissons les choses autrement. Surtout si on ajoute que dans la majorité des faits divers, la réalité de ce qui s’est passé s’apprend au moment du procès public. Avant, les spéculations en tous genres vont bon train.

    Une fois ceci sut, nous pouvons éviter, nous pouvons nous retenir de commenter, poster, gazouiller, délirer sur le coup de l’émotion sur Internet via nos ordinateurs, tablettes, iphone… Ça nous rend plus intelligent.

    * Pierre Legendre, « La fabrique de l’homme occidental », Éditions Mille et une nuit / Arte Éditions, novembre 1996.

    • à force de s'ecouter parler, on oublie de lire l'article qu'on commente et que par ex, l'auteure ne parle pas de la télévision mais de la presse en ligne et encore moins d'un point de vue de consommatrice mais d'un point de vue professionnel.
      enfin vous si vous êtes en train d'essayer de me dire que le fait divers coute peu cher, félicitations. c'est ce que je disais.
      vous savez une chose ; s'ecouter parler c'est bien, j'ai ouvert un blog pour ca. faites de même.

      • Merci Valérie pour votre réponse. Les félicitations et tous les bons conseils que vous me donnez. Même si certains sont à relativiser. D’où ma réponse.

        Ainsi, au commentaire de votre billet que j’ai posté vous me répondez : « à force de s'ecouter parler, on oublie de lire l'article qu'on commente et que par ex, l'auteure ne parle pas de la télévision mais de la presse en ligne et encore moins d'un point de vue de consommatrice mais d'un point de vue professionnel. » Je m’écoute donc parler et j’ai oublié de lire votre billet. Ah bon !?

        Pourtant, dès le début de mon commentaire j’écris : « Mais à trop rester le nez collé au carreau la vue se brouille. Nous finissons par croire que ce qui arrive aujourd’hui est nouveau. Qu’avant les technologies de l’information, qu’hier c’était le néant, le vide. Pas de vie. Pas d’histoire. » Par technologies de l’information je veux dire tout média accessible en ligne.

        Pourtant c’est bien vous qui écrivez : « Trente ans après, la presse désormais en ligne nous permet l'impossible ; nous délecter à longueur de journée de faits-divers sordides en 50 exemplaires, déclinés à l'envi dans tous les journaux. » Vous semblez bien là vous positionner, au-delà d’un point de vue professionnel, comme une « consommatrice » de faits divers.

        Pourtant, plus loin, vous soulignez même l’ambigüité d’une double position de rédactrice/consommatrice de faits divers : « (…) mais j'aimerais aussi aborder l'angle du lecteur et notre responsabilité. Je succombe moi même à twiter des faits-divers car je sais que cela frappe l'opinion et que j'obtiens ainsi une réaction à bon compte alors que je sais fort bien qu'un article n'expliquera jamais la complexité d'une décision de justice par exemple. »

        Un peu plus loin encore, vous enfoncez le clou de la consommatrice en ajoutant : « Et nous le savons également très bien, nous nous jetons tous et toutes sur les rebondissements de l'affaire Fiona (…) ».

        Puis, vous lâchez un cri du cœur : « Nous ne sommes plus des lecteurs de presse mais des consommateurs. » Et vous faites suivre ce cri du cœur d’une salutaire réflexion sur la lecture (consommation) de faits divers, non sans contradiction : « (…) peut-être conviendrait-il de repenser nos attitudes de consommateurs face à la presse en ligne ; chose qui me semble difficilement possible. »

        Enfin, vous concluez par une affirmation claire et nette sur la consommation de faits divers : « En lisant ces articles, nous ne faisons rien d'autre que d'entretenir un système dont nous nous plaignons. »

        Tout en affirmant au passage : « Je sais quand la presse a commencé à produire en masse du fait-divers ; cela date d'il y a 3 ou 4 ans, pas davantage. Je n'ai pas d'explications d'ailleurs, du moins pas d'explications simples. »

        C’est pourquoi j’écris arguments à la clé qu’il est utile (sain) de décoller le nez du carreau pour regarder les faits divers. C’est pour ça que je fais référence à l’histoire, aux outils à notre disposition, aux questions à se poser qui nous permettent d’agir en toute conscience. C’est pour ça que je cite Pierre Legendre. C’est pour ça que je renvoie à l’urbanisation de la France et au vivier d’informations en faits divers qu’elle produit. Ce qui est différent de votre réponse : « enfin vous si vous êtes en train d'essayer de me dire que le fait divers coute peu cher, félicitations. c'est ce que je disais. »

        La TV, elle, je la donne en exemple pour deux raisons. Dans les JT, les sujets sur les faits divers sont en augmentation, et les chaînes de TV comme France 2 alimentent une rubrique Faits divers sur leur site Internet (http://www.francetvinfo.fr/faits-divers/).

        Pour finir, j’ai trouvé amusant le conseil donné à la fin de votre réponse « vous savez une chose ; s'ecouter parler c'est bien, j'ai ouvert un blog pour ca. faites de même. »

        Moi, benoîtement je pensais qu’on ouvre un blog quand on a des choses intéressantes à dire, à partager, à échanger quelle que soit la ligne éditoriale. Et ceci avec une argumentation solide, documentée, une écriture fouillée… ce qui demande sans doute beaucoup de travail, et de temps.

        Et moi j’ai décidé d’en passer le moins possible sur le Net. La vie réelle est plus rigolote et existante à vivre. Donc, pas de blog. Je me contente de commenter de temps à autre au hasard d’un surf sur la Toile des articles qui retiennent mon attention. Comme le vôtre.

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