Femmes noires et viol

27 avril 2012 par valerie | Classé dans Crêpage de chignon.

Anna Gueye m’a fait passer ce lien : « Black Women, Sexual Assault and the Art of Resistance »

60% des femmes noires américaines auraient été agressées sexuellement avant l’âge de 18 ans (il y a 7 ans, le pourcentage était de 40%).
Pour une femme blanche qui porte plainte, 5 ne le font pas. Pour les femmes noires, on monte à 15.

Il faut étudier l’histoire des noirs aux Etats-Unis pour comprendre cette différence. Sur les 455 homme exécutés pour viol entre 1930 et 1967 aux Etats-unis, 405 étaient noirs, nous rapporte Angela Davis.
Chaque fois qu’il fallait justifier une vague de violences, de lynchages envers les noirs, on brandissait la menace du noir, forcément sauvage, forcément violeur.

Gerda Lerner écrivit au début des années 70 « le mythe du Noir violeur des femmes blanches est parallèle à celui de la mauvaise femme noire. Tous deux servent à justifier et faciliter l’exploitation des Noirs, hommes et femmes; Les femmes noires qui ont pris conscience de ce phénomène se sont trouvées très tôt aux premiers rangs de la lutte contre le lynchage« .

Car, comprenons le, l’idée du noir violeur a légitimé le lynchage.

L’esclavage reposait autant sur les violences physiques que sexuelles. Après son abrogation, les organisations terroristes comme le KKK ont continué, tout en frappant et tuant, à violer les femmes noires.
Et ces organisations racistes firent planter la menace du viol, par des noirs, des femmes blanches ; ainsi des milliers de lynchages furent pratiqués.

Entre 1882 et 1968, 4742 hommes noirs ont été lynchés dont la moitié dans le Mississippi, la Géorgie, le Texas, l’Alabama et la Louisiane.

Voic ce qu’écrivait le Caucus des femmes socialistes de Louisville : « The most effective tool for this division was the cry of rape. An atmosphere was created in which every Black man was pictured to the white community — poor and rich — as a savage potential rapist, who must be kept under control. Rich men raised the cry —and poor white men echoed it, obsessed with the idea that they must protect their women, their property from savage beasts. Rich white women were put on pedestals and treated as dolls. Poor white women lived in poverty and drudgery — in return for the ‘privilege’ of being the symbol of pure white womanhood, the precious piece of property, ‘protected’ by white men. (RAPE AND THE RACIST USE OF THE RAPE CHARGE) »

A cette idée du noir violeur, s’ajoute l’idée de femmes noirs peu vertueuses. Angela Davis nous rappelle que dans les années 20, un homme politique du sud déclarait :  il n’existe aucune « fille vertueuse de plus de 14 ans dans le peuple de couleur« .

C’est entre autres pour cette raison que des organisations féministes de femmes noires ont eu du mal à accepter l’expression « slut walk » tant leur histoire était durement rattachée à l’insulte « slut ».

Nous devons malheureusement souligner que certaines féministes ont contribué à certains de ces préjugés. Dans son livre sur le viol, qui est un ouvrage majeur, Susan Brownmiller écrit à propos d’Emmett Till, garçon de 14 ans, torturé d’une manière atroce puis jeté dans une rivière où il agonisa longtemps parce qu’il avait sifflé une femme blanche. Brownmiller parle de « overkill » (usage disproportionné de la force). Je vous conseille de lire ici la mort du jeune homme pour voir si le mot « overkill » est justifié ». Mais Browmiller va plus loin « Emmett Till was going to show his black buddies that he, and by inference, they, could get a white woman. …The accessibility of all white women was on review » (…) « We are rightly aghast that a whistle could be cause for murder, but we must also accept that Emmett Till and J. W. Milam shared something in common. They both understood that the whistle was no small tweet. . . it was a deliberate insult, just short of physical assault, a last reminder to Carolyn Bryant that this black boy, Till, had in mind to possess her ».
Pour Brownmiller, Till et son assassin, Milan ont quelque chose en commun ; ils savaient tous les deux que ce sifflement était une insulte délibérée, disant qu’Emmett Till avait sifflé Carolyn Bryant pour « la posséder ».
Bronwmiller conclura en disant qu’au final, si Till n’avait pas été lynché, peut être aurait-il fini par violer une femme blanch.
Elle rajoute « A l’heure actuelle, le nombre de viols auquel vient s’ajouter le spectre menaçant du viol, en particulier du violeur noir, auquel contribue maintenant l’homme noir lui-même au nom de sa virilité, doit se comprendre comme une atteinte à la liberté, à la mobilité et aux aspirations de toutes les femmes,qu’elles soient blanches ou noires ».

Comment dans ces cas là porter plainte ?
L’histoire enseigne aux femmes, d’autant plus si elles sont noires, qu’on ne les croira pas.
L’histoire leur a appris qu’on les prendra pour des salopes et qu’on prendra les hommes noirs pour des violeurs. Comment faire passer un intérêt personnel avant un intérêt de classe ? Comme ne pas trahir « sa race » ? C’est ce que montre très bien Sapphire dans la préface de Pimp d’Iceberg Slim. Iceberg Slim critiquait la violence de l’homme blanc – bien réelle – mais n’éprouvait aucune espèce de problème à torturer, prostituer des femmes noires. Mais dire cela à l’époque ou même encore maintenant servait à justifiait les violences contre les hommes noirs.
« On les lynche, on les bat parce que ce sont par essence des violeurs ». En ce cas comment porter plainte contre un violeur noir en risquant de faire porter à la communauté entière cette plainte ?

Et on imagine bien que, si le violeur est blanc, l’idée est qu’une femme noire ne sera pas crue.

Précisons évidemment que je ne justifie pas le fait de ne pas porter plainte ; je tente juste d’expliquer ce qui, selon moi, fait que si peu de femmes noires portent plainte.

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15 commentaire to “Femmes noires et viol”

  1. Olivia | 27/04/12 | 11 h 25 min

    Mon dieu, ton billet me bouleverse. Je pensais (naïvement) que nous étions sur la bonne voix pour « plus parler, plus témoigner »… je commence à douter :/

  2. Abie | 27/04/12 | 12 h 35 min

    J’ai récemment découvert la justification du viol comme acte insurrectionnel par Elridge Cleaver :
    « In the most controversial part of the book, Cleaver acknowledges committing acts of rape, stating that he initially raped black women in the ghetto « for practice », and then embarked on the rape of white women. Cleaver refers to the serial rape of white women as « an insurrectionary act. »"
    http://en.wikipedia.org/wiki/Eldridge_Cleaver

    J’avoue que je n’ai pas eu le courage de chercher à en savoir plus.

  3. valerie | 27/04/12 | 13 h 30 min

    Oui sauf qu’en l’occurrence c’est UNE personne et absolument pas une pensée généralisée et qui s’est propagée.

  4. Genre! | 27/04/12 | 14 h 34 min

    Merci pour ce billet, pourtant si dur à lire. Un roman qui m’a bouleversée: To Kill a Mocking Bird, de Harper Lee (Ne tirez pas sur l’oiseau moqueur). Le point de vue est celui d’une femme blanche, qui raconte le procès, alors qu’elle était enfant dans le sud des US, d’un noir accusé d’avoir violé une blanche (le père de la narratrice le défend).

  5. valerie | 27/04/12 | 14 h 39 min

    Ah j’ai entendu parler du film qui est un chef d’oeuvre, parait-il.

  6. Mwana Muke | 27/04/12 | 15 h 27 min

    Oui, ce bouquin d’Harper Lee est très bien, juste un peu lent au démarrage (bien que le caractère de la petite fille soit intéressant parce qu’il ne se conforme pas aux normes de genre). Mais la 2ème partie sur le procès du noir accusé de viol est un chef d’oeuvre.

    Sinon très intéressant ton texte.

  7. Dérinoé | 27/04/12 | 17 h 01 min

    Si mes souvenirs sont bons, c’est par un blanc que Scarlett est assaillie dans les bois et par un homme noir, un proche de la famille, qu’elle est sauvée.

    Elle traverse en fait un repère de hors-la-lois qui est loin de n’être composés que d’hommes noirs.

  8. Anna Gueye | 27/04/12 | 19 h 53 min

    Avant ce fameux jour de 1955, Rosa Parks se battait depuis le début des années 1940 contre les viols que subissaient les femmes noires depuis l’esclavage. La 1ère condamnation ne date que de 1965, NC avait violé Rosa Lee Coastes alors agée de 15 ans. http://wapo.st/i2NLhb – Violeur et pédophile !

  9. valerie | 29/04/12 | 21 h 34 min

    merci je corrige :)

  10. quisuisje | 30/04/12 | 15 h 06 min

    alors sale pouff on ne t’entend plus pour défendre ta bien aimée Iacub ?
    qu’elle crève et toi aussi.

  11. valerie | 30/04/12 | 15 h 09 min

    Il est curieux que tu déploies autant d’énergie à m’insulter à peu près partout sans pour autant avoir le courage, comme je te l’ai proposé, de venir m’expliquer tout ceci en face à face.
    la lâcheté est une bien triste chose.

  12. Océane | 30/04/12 | 15 h 18 min

    Billet très important. Et cela me rappelle encore ce reportage sur la musique, qui abordait le sujet du rap et de l’image de la femme noire dans le rap (pur objet de vice), et la nana, dont je ne retrouve pas le nom, une socioogue, expliquait que l’image de la femme dans le rap, découlait d’une idée simple. La femme noire a subi une mainmise sexuelle de la part de l’ homme blanc, pendant l’esclavage, il semble que certains, n’ayant pu ou su se révolter contre l’esclavage avec succès, garde cette frustration, et la plaque sur les femmes en les considérant consentantes, voire complices de leurs violeurs/esclavagistes, et c’est comme ça que se perpétue une image de la femme noire « salope » et accro au vice.
    il faut vraiment que je remette la main sur se reportage et les références !

  13. valerie | 30/04/12 | 16 h 15 min

    oui ca fait plusieurs fois que tu m’en parles et j’aimerais vraiment le voir car les réf sont intéressantes.

  14. lyly | 8/05/12 | 12 h 52 min

    Est-ce que la communauté noire ne paye pas aussi l’historique de sa condition par rapport à sa classe sociale autant voir plus que par sa condition de « noir »?
    Je m’explique :dans les Etats du Sud, les esclaves formaient le plus bas du « tiers-état » en terme de travail. Une fois, l’esclavage terminé, ils ont été « transformé » en classe sociale la plus populaire, celle qui effectuait les métiers les plus ingrats et notamment domestiques. Jamais une femme blanche n’aurait été employée comme domestique même si elle en aurait eu cruellement besoin parce que elle ne faisait pas partie de la classe sociale la plus basse. Il n’y avait pas de porte entre sa classe sociale à elle et celle d’une femme noire, mais ses enfants avaient aussi très peu de chances d’accéder à une meilleure classe sociale même si ils étaient blancs. Tout le monde était cloisonné.
    Et finalement, le mythe de la femme noire non vertueuse et de l’homme noir violeur recoupe exactement les préjugés de classes des autres pays. Les domestiques françaises étaient violées par leurs employeurs, jetées à la rue par les femmes fustigeant leur petite vertu de ces « bonnes » et non pas l’agression de leur mari ou de leurs fils. Une paysanne ou bonne pouvait se faire violer par un propriétaire, un riche, mais un paysan qui aurait même regardé dans les yeux une femme d’une classe sociale aisée aurait été lynché par les hommes de cette classe sociale.

    Encore aujourd’hui, on évoque avec horreur les histoires de femmes battues, d’alcool, de viol, de pédophilie dans les « quartiers » alors que statistiquement il y en a autant dans les « beaux quartiers » et pourtant la majorité des condamnés sont ouvriers ou employés.

    Lors de mes études, beaucoup de personnes venant d’un milieu plus aisé que le mien disaient qu’il fallait que les « autres » devaient accepter le libéralisme, que ceux qui voulaient réussir y arriveraient. Mais curieusement, quand il s’agissait à eux de perdre par rapport aux milieux de leurs parents, les stratégies du laisser-faire n’existaient plus, les parents réseautaient, les codes « non-dits » marchaient à fond par sélectionner ceux qui étaient comme « eux ». L’endogamie est encore une réalité à 90%.

    Donc selon moi, les noirs payent non seulement l’historique de la justification de leur esclavage par leur « race » mais aussi avec les stratégies classiques de maintien des classes sociales dans le sans où moins il y a de candidats, et plus j’ai de probabilité de réussir ce concours de médecin.

  15. valerie | 8/05/12 | 14 h 35 min

    Pour la domesticité. il y avait aussi les immigrées européennes qui étaient obligées d’accepter ce type de travail.
    mais oui cela restait essentiellement un travail de noirs après l’esclavage. en 1890, dans32 états sur 48 le travail domestique reste la principale occupation des noirs.
    pour le reste, il est evidemment que les femmes noires cumulent trois handicaps : voilà pourquoi le livre d’Angelas Davis s’appelle Femmes, race et classe.

Sois brillant, voire pertinent !