Je ne peux plus être islamophobe

13 avril 2012 par valerie | Classé dans Crêpage de chignon.

Je ne peux plus être islamophobe ou judéophobe.

Il y a quelques années, je bouffais joyeusement du curé, de l’imam ou du rabbin en me moquant des gens assez niais pour croire à la résurrection d’un homme, ou au fait que manger du porc allait les faire mourir dans la demie-seconde dans d’atroces souffrances.

Et c’était pas plus mal au fond de taper un peu sur ce besoin d’irrationnel qu’a l’humain.

Cela fait déjà assez longtemps que l’antisémitisme s’est dissocié de la judéophobie ; il n’y a bien que ce connard de Mel Gibson qui produit des films judéophobes qui cachent mal son antisémitisme.

Et puis les choses ont changé.
Je n’entendais plus guère que les arabes étaient violents car arabes. Je n’entendais plus guère que les arabes étaient violents par leur culture d’arabe. J’entendais beaucoup que l’islam les rendait violents. Chacun était devenu expert en islam et te sortait qui une sourate, qui un ulema, qui la sunna. On ne sait même pas définir une pratique religieuse ; c’est quoi un musulman ? Un gars qui ne mange pas de porc alors qu’on sait très bien que les habitudes alimentaires sont celles qui disparaissent en dernier ? Soyons clairs pour 99% des français un musulman est un homme qui s’appelle Mohamed ou prénom du genre. Et il est avant tout musulman.

L’état français a commencé à se poser en expert en civilisations et en religions. Il y aurait des pratiques religieuses un peu connes, un peu barbares, un peu arriérées (le hasard faisait bien les choses, ces pratiques ne venaient pas de le religion catholique).

L’état français a même mis son nez dans les bouquins religieux pour juger de ce qui est bon ou pas.

Les choses ont changé au point que, nous les athées convaincus, acharnés, bouffeurs de croyants, avons du nous mettre à défendre le droit à pratiquer une religion parce que le racisme était désormais remplacé par l’islamophobie.

Alors je ne me moque plus ; et ca m’emmerde. Mon doit à me moquer, à « blasphémer » à qui mieux mieux a été confisqué. Par les musulmans ? Par les juifs ? Par les catholiques ? Non par les racistes.

Les racistes utilisent l’islam pour mieux assoir leurs idées d’une supériorité occidentale (sous entendue catholique). Les arabes – on pourrait d’ailleurs s’interroger sur ce mot qui veut tout et rien dire – adoreraient un prophète violent donc seraient violents. Le Coran regorgerait de scènes atroces (il est bien connu que la Bible est un hymne à l’amour) DONC les arabes seraient violents.

Un arabe est par définition musulman et tout entier contenu dans sa religion. S’il commet une agression ou un crime, c’est parce que sa culture musulmane le pousse à le  faire. Peu importe que l’islam soit pratiqué par 1.5 milliards de personnes dans le monde ; il y a UN islam. Méchant, mauvais, dangereux.
Un arabe – et encore une fois par « arabe » on entend ici quelqu’un portant un nom issu du Maghreb ou de la péninsule arabique – qui tuerait une femme le ferait forcément à cause de sa culture. Un français (quelqu’un qui n’a pas un nom arabe) par désespoir amoureux. Il y a quelques années, on définissait les immigrés maghrébins ou africains comme des êtres de nature. L’africain – le noir – était ataviquement violent, quasi génétiquement. Aujourd’hui on remplace le mot « génétique » par « islam » et le tour est joué.
Si l’on vole, c’est à cause de l’islam. Il est d’ailleurs bien connu qu’une sourate encourage au vol de portables des infidèles.
Si l’on viole, c’est à cause de l’islam.
Si l’on tue c’est à cause de l’islam.
Si l’on est Mohamed Merah, c’est à cause de l’islam.
Et en plus on adore faire souffrir des animaux à cause de l’islam.

La Commission nationale consultative des droits de l’homme constate un recul des actes racistes mais en revanche, les attaques islamophobes augmentent. 34% d’augmentation en un an. Certains notent – et cela ne m’étonnerait pas – que les principales victimes sont des femmes. Certaines femmes voilées témoignent du fait qu’elles enlèvent leur foulard pour .. avoir la paix. Il sera dit que quoi qu’elles fassent – mettre un foulard, ne pas en mettre – cela n’aille jamais.

Alors, tant qu’il le faudra, je ne serai plus islamophobe.

ps ; évitez moi une comparaison des textes religieux, pour moi ils sont également tous bons à foutre au feu. Merci.

57 commentaire to “Je ne peux plus être islamophobe”

  1. Pescade | 14/04/12 | 0 h 04 min

    Question latente et question patente. Mais tu connais déjà j’imagine http://www.ldh-toulon.net/spip.php?article325

  2. valerie | 14/04/12 | 0 h 07 min

    Oui. mais j’ai des boutons rien qu’à lire le nome de Bourdieu (même si je suis d’accord avec son texte :) ).

  3. Resh | 14/04/12 | 0 h 44 min

    « Mon droit à me moquer, à « blasphémer » à qui mieux mieux a été confisqué. Par les musulmans ? Par les juifs ? Par les catholiques ? Non par les racistes. »

    Personnellement ce ne sont certainement pas les racistes qui vont me priver de mes droits…

  4. Pescade | 14/04/12 | 1 h 06 min

    Pour mémoire le droit de blasphème a été réintroduit par Sarkozy, sous les applaudissements de la gauche : http://www.lemonde.fr/societe/article/2010/07/23/l-outrage-au-drapeau-passible-de-1-500-euros-d-amende_1391391_3224.html

  5. Pescade | 14/04/12 | 1 h 07 min

    Oops, je voulais dire la condamnation du blasphème bien sûr.

  6. jesaipluuu | 14/04/12 | 1 h 43 min

    Ils se défendent bien les racistes. Et aujourd’hui ils utilisent la laïcité à toutes les sauces.
    Heureusement ils utilisent peu l’athéisme.
    Mais on a quand même un problème.
    Car les musulmans ne sont pas meilleur que les catholiques.
    Et pour rejoindre ce billet à celui de la « part animal » être féministe impose de battre en brèche des convictions sur l’être humain qui interdisent l’égalité homme-femme et l’homosexualité.
    Alors on a déjà nos vieux athée-scientistes qui prennent prétexte sur la nature, sur les hormones, sur les gènes pour défendre l’inégalité homme-femme et c’est compliqué de discuter avec eux car visiblement ils ont tous fait médecine et psycho en option.

    Mais comment discuter avec des gens qui basent leur conviction sur des textes anciens et les croyances de leurs ainés ?

  7. catnatt | 14/04/12 | 7 h 38 min

    Je vais n’être ni brillante ni pertinente finalement. J’avais pondu 3000 signes pour réagir à ce billet ahurissant.

    Et puis finalement ce qui l’a emporté c’est un commentaire : « être féministe impose de battre en brèche des convictions sur l’être humain qui interdisent l’égalité homme-femme et l’homosexualité. »

    Sous entendu être féministe impose (pas mal le mot d’ailleurs…) de battre en brèche des convictions (sous entendu la foi).

    Je pensais être féministe mais finalement non parce que je n’obéis pas aux règles que cela suppose. Je me coucherais moins con ce soir apparemment.

  8. Trompes de Fallope | 14/04/12 | 9 h 30 min

    J’aime beaucoup l’angle de cet article « je ne peux plus me moquer d’une religion, c’est le faute des racistes ». Ca résume très bien cette situation paradoxale à laquelle on est arrivée avec l’islamophobie d’état, où les féministes sont obligées de se démarquer pour ne pas crier avec les loups.

  9. Rebecca | 14/04/12 | 10 h 18 min

    Je suis assez d’accord avec ce billet dans le sens où depuis qu’on fait de l’islamophobie à tour de bras, il est interdit de se demander quel est le bien fondé du voile ou de ce genre de pratiques dans l’espace public sans passer pour des racistes…

    Il est interdit de se demander si dans l’espace public, au nom de l’égalité et du vivre ensemble, on peut empêcher la religion d’interférer…

    Non, parce que si on le fait, on est fatalement associé à certaines personnalités de droite et au racisme primaire et grandissant qui finit par gangréner un paquet de gens…

    Billet plus que pertinent, je dirai même salvateur.

  10. Resh | 14/04/12 | 10 h 54 min

    Plus les religions sont persécutées, plus les extrêmes se développent, c’est pour ca que c’est très délicat de lutter contre, en général pour ca on essaie de flatter les modérés, quitte à user et abuser d’une écœurante hypocrisie qui ne laisse plus personne dupe.
    Un bien sale boulot que je refuse de faire.

  11. Lled | 14/04/12 | 10 h 55 min

    …Et on ne peut plus ne pas être raciste sans se faire taxer de gauchisme bêlant droit-de-l’hommiste bobo qui ne connait rien à la réalité des banlieues, de l’immigration, et de la réalité de terrain de l’islam, allié à un sens aigu de la géopolitique du Magreb que nous, bêlant bobo, n’avons bien évidemment pas, notre culture de l’islam se résumant à un détour au hammam ou à l’institut du monde arabe, une tajine de poisson et un p’tit thé à la menthe.

    Cette situation hallucinante, tout de même, où les racistes prétendent connaitre d’avantage et plus en profondeur un amalgame de personnes différentes coagulées par le facteur « religion-gueule-de-bougn… -de-reubeuh »

  12. jesaipluuu | 14/04/12 | 13 h 17 min

    catnatt bouh ! Non c’était pas la foi en sous entendu !
    Si y a un amalgame dans mon propos c’est dans le mot féminisme, j’ai tendance à y accoler mes convictions athéistes de gauche progay.
    Il y a plusieurs féminismes.

    Sauf qu’on est tous, d’une façon ou d’une autre, bien obligé de contester la croyance de la supériorité de l’homme sur la femme.

    Et vu que nos religions monothéistes sont issues de sociétés patriarcales et sont marquées d’idéologies sur l’Homme très datées et contestables aujourd’hui, cela crée rapidement le débat sur beaucoup de sujet lié à la société et aux droits de l’Homme.
    J’ai du mal à imaginer un féminisme religieux dans ce contexte.
    Mais il doit bien exister des militants et militantes courageux pour moderniser et faire évoluer les religions.

    Allez que mes conneries ne t’empêchent pas de répondre à celles de Valerie c’est dommage ;)

  13. babson | 14/04/12 | 15 h 24 min

    Merci pour cet article qui pose de bonnes questions.

    Je me suis moi-même retrouvée à la boucherie Hallal à côté de chez moi, me demandant si je n’allais pas, par sympathie, mettre un peu d’argent dans l’urne sur le comptoir pour la création d’une mosquée dans la ville, ou l’ouverture d’une école musulmane (mais, bon, non, tout compte fait, non ….). Ou bien à perdre mon sang-froid face à des amis m’expliquant l’intérêt des lois contre le voile et les mamans voilées…Et puis il y a aussi tous ceux qui t’expliquent qu’à l’école de leurs gamins, il y a du racisme anti-toubabs et qu’ils ont peur pour leurs enfants…

    Je me demande pourquoi et comment on est passé d’un racisme à l’encontre du travailleur immigré (qui venait prendre notre travail/pain/fille) à un racisme à l’encontre du croyant musulman (qui veut imposer la charia et voiler nos filles).

    Est-ce parce qu’il s’agit de trouver un nouveau bouc émissaire au malheur des uns et des autres, le travailleur maghrébin immigré des années passées ayant fait des enfants (beurs, 2ème 3ème génération) indiscutablement français, et qu’à l’heure de la mondialisation, on peut regarder plus loin pour trouver ce bouc émissaire (dans les pays fondamentalistes notamment)? Pourtant, quel rapport entre un français musulman et un saoudien musulman dans sa conception de l’état, de la place de la religion dans la vie? Il a d’ailleurs bien fallu, puisqu’on a insisté sur l’extrémisme musulman, rappeler qu’il existait aussi un islam modéré (une notion d’ailleurs bien abstraite pour un athée, probablement un islam qui s’intègre bien partout, qui passe inaperçu, qui ne revendique rien).

    La peur de l’islam (doit-on avoir peur de l’islam? )n’a t-elle pas plutôt été mise en avant et instrumentalisée par nos gouvernements en réponse aux voix qui s’élèvent de plus en plus dans les pays arabes contre une histoire commune d’oppression, d’exploitation et de colonisation ? Voix contestataires qui s’appuient à défaut de structures démocratiques sur l’efficacité des réseaux religieux . Et avec bien sur, en filigrane, le problème palestinien.

    Il se passe d’ailleurs la même chose au niveau national, chômage, ghettoïsation des cités, stigmatisation des personnes immigrés ou issues de l’immigration, repli et revendications communautaristes, etc etc avec pour toute réponse politique interdiction du voile, de la prière etc.

    Cette islamophobie brandie à tour de bras par le pouvoir politique, les médias, n’est qu’une manœuvre politique destinée à cacher l’indigence de nos gouvernements à résorber les inégalités sociales.

    En tout cas, je continuerai à penser que l’islam, comme le christianisme, le judaïsme, le bouddhisme, etc sont de sacrés opiums… et de sacrés obscurantismes. Mais, tout comme toi, je ne mêlerai pas ma voix aux islamophobes….

  14. Mwana Muke | 14/04/12 | 15 h 45 min

    Même constat, mais ma stratégie est totalement inverse: je ne veux pas laisser aux racistes le monopole de la critique de l’islam.

    En tant que féministe et antiraciste, je combats le racisme, le sexisme et l’homophobie d’où qu’ils viennent, sans distinction. Y compris lorsqu’ils proviennent de musulmans.

  15. ali | 14/04/12 | 16 h 16 min

    Ben je trouve ça pas plus mal car à mon avis c’est faire fausse route que de tout mettre sur le dos de la religion (j’ai tellement connu des « bouffeurs de curé »,, qu’ils soient de gauche ou anarchistes, qui étaient de vrai fachos). Ben la tyrannie, la beaufitude, la bétise etc… savent s’adapter à toutes les structures sociales, ou politiques… la preuve, le lepenisme et la laïcité ou le féminisme.
    Non, les religion, comme tu le dit sont surement là pour répondre au besoin d’irrationnel. Les tyrans ou autres manipulateurs s’en sont emparés, comme ils savent s’emparer des alternatives à la religion. Moi qui n’ai vu les religions que de loin, j’ai toujours eu du respect pour les croyants, car ils ont au moins une certaine spiritualité… le problème n’est pas là.
    Alors je veux bien défendre l’Islam car j’ai un certain respect automatique pour celles et ceux qui y trouvent une belle philosophie de l’existence, dans le respect et la liberté de tout le monde.
    Par contre il faut bien faire le tri avec ceux qui actuellement se servent de cette religion pour assouvir leurs fantasmes de pouvoir absolu, et qui nous empoisonnent tant. Marine LePen ou la clique de Sarkozy ne me font pas changer de réflexe, en pensée je donne le même coup de pied au cul à eux ou aux islamistes, car je les met dans le même panier des malhonnêtes et fascistes, contre les gens respectueux de l’être humain, quelque soit leur culture et leur manière de concevoir le monde (ce n’est pas du « relativisme culturel », c’est juste que, encore une fois, je pense que « le mal » ne tient pas à la forme de la société, mais c’est plus une constance de l’être humain, peut-être à partir d’un certain nombre d’individu).

  16. ali | 14/04/12 | 16 h 18 min

    «  »Même constat, mais ma stratégie est totalement inverse: je ne veux pas laisser aux racistes le monopole de la critique de l’islam. »"

    Je suis entièrement d’accord avec ça.

  17. valerie | 14/04/12 | 17 h 55 min

    catnatt : UNE personne a écrit UN commentaire et tu en conclues que le féminisme est tout entier contenu dans ce commentaire. je ne sais donc, de mon texte ou de ton commentaire qui est le plus « ahurissant »/.

    MM, ali etc : je n’ai jamais dit le contraire. Je continue à critiquer le racisme, l’homophobie et le sexisme intrinsèque à toutes les religions. je ne parlais pas de cela ici ; je parlais du simple fait de blasphémer dans la plus pure tradition de l’ancien Charlie Hebdo par exemple.
    Au passage, mon texte lance surtout un pavé dans la mère avec des phrases un peu provocantes ; je demeure athée convaincue et forcenée et suis donc, toujours islamophobe, judéophobe et catholicophobe.

    jesaipluuu ; j’en avais parlé dans un billet où je disais qu’il fallait un cadre neutre car il est hors de question pour moi de partir sur de l’irrationnel ou autres Jésus a dit que et Mahomet en a conclu que.

    rebecca : « Il est interdit de se demander si dans l’espace public, au nom de l’égalité et du vivre ensemble, on peut empêcher la religion d’interférer… »
    euh… ben en fait la laïcité française autorise l’expression de la religion y compris dans l’espace public.

    babson : « Je me demande pourquoi et comment on est passé d’un racisme à l’encontre du travailleur immigré (qui venait prendre notre travail/pain/fille) à un racisme à l’encontre du croyant musulman (qui veut imposer la charia et voiler nos filles). »
    Je pense que le 11 septembre est passé par là.
    Je retrouve dans beaucoup de theories islamophobes des thèses qui avaient cours contre les juifs dans les années 30. Ainsi je lis très régulièrement que les musulmans se cachent et se disent non musulmans pour mieux nous avoir (takkya) tous comme les juifs s’introduisaient dans tous les milieux sans qu’on le sache. Beaucoup de politiques (Aubry en tête, accusée chez les plus délirants de revenir un hijab dés qu’elle part au Maghreb) seraient leurs complices pour qu’ils prennent le pouvoir.
    Ceci ajouté au fait que les arabes et les noirs ont toujours été vus assez animaux, assez violents (voir guerre d’Algérie) crée je pense, l’évolution que tu constates.

    « En tout cas, je continuerai à penser que l’islam, comme le christianisme, le judaïsme, le bouddhisme, etc sont de sacrés opiums… et de sacrés obscurantismes. »
    exactement.

    « Les tyrans ou autres manipulateurs s’en sont emparés, comme ils savent s’emparer des alternatives à la religion. »
    ben… si on observe les 3 grands monotheismes, on est dans le dogme même face à des dogmes xénophobes, sexistes, homophobes et j’en passe. il n’y avait pas donc beaucoup à pousser.
    J’ai toujours eu beaucoup de mal, je l’avoue, à comprendre les croyants qui tentent de rendre leur religion moins sexiste. Elle l’est par définition ! Ca serait comme rendre la guerre pacifique en gros.

  18. Rebecca | 14/04/12 | 18 h 09 min

    Valérie : Ce que je voulais dire c’était surtout en rapport notamment avec l’interdiction du voile. Certains mouvements féministes étaient pour l’interdiction du voile intégral (ou toute forme de vêtement cachant le visage, ce n’est pas réservé l’islam) mais ont cessé leur « action » parce que cet élément a été repris par l’extrême droite de manière éhonté…
    Pour ces mouvements féministes, il était surtout question de « protéger » contre les extrêmismes, alors que pour certaines personnalités politiques, c’était un élément de plus pour stigmatiser l’islam, et en faire, une fois de plus, comme il a été dit précédemment, un bouc émissaire.

    Maintenant, ces mouvements féministes et d’autres personnes notamment de gauche n’osent plus parler de ce genre de choses et sont devenus frileux de peur d’être assimilés à cette vague « anti-musulmans ».

  19. El Desdichado | 14/04/12 | 18 h 23 min

    Ce billet, plus un coup de gueule qu’une analyse, atteint son but, et je partage ton sentiment : la critique des religions et de l’islam en particulier deviennent particulièrement malaisées si l’on ne veut pas se retrouver mélé à certains racistes.
    Toutefois, je pense que tu prêtes d’une part beaucoup de pouvoir à ces racistes, et d’autre part qu’un élément supplémentaire est nécessaire à l’analyse : une certaine radicalisation des pratiques religieuses. C’est vrai je crois chez certains chrétiens pratiquants, mais aussi j’ai l’impression chez beaucoup de juifs et de musulmans. Je pense pour ces derniers à la pratique du ramadan, de la consommation halal ou encore au port du voile.
    Cette radicalisation – sans doute relativement inoffensive en tant que telle – oblige je pense à une certaine vigilance des citoyens qui veulent éviter, comme moi, que les religions viennent nous imposer des choix de vie.

  20. El Desdichado | 14/04/12 | 18 h 23 min

    Ce billet, plus un coup de gueule qu’une analyse, atteint son but, et je partage ton sentiment : la critique des religions et de l’islam en particulier deviennent particulièrement malaisées si l’on ne veut pas se retrouver mélé à certains racistes.
    Toutefois, je pense que tu prêtes d’une part beaucoup de pouvoir à ces racistes, et d’autre part qu’un élément supplémentaire est nécessaire à l’analyse : une certaine radicalisation des pratiques religieuses. C’est vrai je crois chez certains chrétiens pratiquants, mais aussi j’ai l’impression chez beaucoup de juifs et de musulmans. Je pense pour ces derniers à la pratique du ramadan, de la consommation halal ou encore au port du voile.
    Cette radicalisation – sans doute relativement inoffensive en tant que telle – oblige je pense à une certaine vigilance des citoyens qui veulent éviter, comme moi, que les religions viennent nous imposer des choix de vie.

  21. valerie | 14/04/12 | 19 h 00 min

    El Desdichado ; je ne suis pas tout à fait d’accord avec le terme « radicalisation ».
    Pour moi déjà le halal n’est ni plus ni moins un coup marketing qui a atteint son but. Je m’explique. Les magasins halal sont très récents en France. Les immigrés arabes qui mangeaient halal chez eux, ne mangeaient pas halal ici. Il était logique de créer chez eux un besoin ; cela a été le halal (ca aurait été le bio ailleurs). Il n’y avait aucun produit qui s’adressait directement à ce type de consommateurs (immigrés ou descendants d’immigrés). Cela recoupe aussi la vague de salons ethnicia par exemple ou dans les quartiers où il y a beaucoup de gens issus d’Afrique noire, les 50 magasins pour cheveux au kilomètre carré.

    2eme chose ; voile et ramadan.
    Je ne les place pas sur le même plan.
    les habitudes alimentaires sont ce qui disparait en dernier. Il n’est donc pas très étonnant que le ramadan demeure (ou le fait de s’abstenir de manger du porc).
    le voile.
    Il faut dissocier, me semble t il, les converties des autres. les converties sont, comme lorsqu’on gagne un mouvement quel qu’il soit, dans une démarche tendant à prouver qu’elles sont de parfaiets musulmanes (d’où le voile et pour certaines la burqa – je parierai ma chemise que l’essentiel des burquées sont des converties).
    Dans le voile je vois plusieurs choses :
    - une concession comme le dit Houria Boutelja « Elles ont joué leur partition, avec les moyens du bord. Le hijab est l’une des expressions de ce compromis (mais loin d’être la seule). Car par delà sa signification spirituelle – collective ou propre à chaque femme – et sa dimension religieuse, le hijab doit également être compris comme le fruit d’une négociation entre hommes et femmes dans laquelle le contexte post colonial joue un rôle majeur. »
    - une réappropriation d’une identité fantasmée, mal connue, mal comprise. Combien de jeunes issus de l’immigration rêvent « du bled » dont ils parlent extrêmement souvent (en déchantant d’ailleurs complètement lorsqu’ils y vont). Il est compliqué d’être « arabe » ici et « français » la bas. Le voile, au delà donc d’une identité religieuse, est avant tout une réaction identitaire, une affirmation de soi.
    - une mode. on voit énormément de femmes et jeunes filles qui portent le voile en arborant par ailleurs des tenues plutôt moulantes (le fameux slim).
    etc etc

    il me paraitrait donc un peu rapide de parler de radicalisation.

    en revanche, constatons que les religions musulmanes et juives sont rassurantes.
    si vous avez besoin de repères, contrairement à la catholique, ces religions vous guident à tout moment de la journée. c’est ce qui explique sans nul doute le nb de convertis à la religion musulmane. (moins à la religion juive car c’est très complexe de se convertir).

    mais « je pense à une certaine vigilance des citoyens qui veulent éviter, comme moi, que les religions viennent nous imposer des choix de vie. »
    oui de toutes facons.

  22. catnatt | 14/04/12 | 19 h 53 min

    Combattre la xénoPHOBIE, l’homoPHOBIE et le sexisme en braillant qu’on est islamophobe, judéophobe et catholicophobe….

    Oui c’est ahurissant Valérie. Parce que le ressort est le même pour chaque partie : la violence.

    Le commentaire que j’ai cité m’a juste fait réaliser que c’était même pas la peine que j’expose mon point de vue.

    T’es tellement sure d’avoir raison. Comme les extremistes religieux. Une croyance forcenée en chasse une autre…

    C’est effrayant à quel point l’enfer peut être pavé de bonnes intentions si j’ose dire.

  23. valerie | 14/04/12 | 20 h 29 min

    Donc tu assimiles l’égalité entre les gens (homosexuels, femmes, noirs etc) à une croyance.
    Mais tu sais que c’est magnifique comme idée ?

    Au passage je suis emetoPHOBE , ca te fera un phobe de plus.
    et je suis pour le féminISME et je hais le racISME. (bravo tu viens de comprendre ce qu’est un suffixe).

    Sinon tu fais la différence entre quelqu’un qui prône l’inégalité homme/femme par exemple (100% des extrémistes religieux) et quelqu’un qui insiste avec force sur les droits qu’ont les croyants ? (moi)
    tu peux bien me dire où dans ma « croyance » (laquelle donc ?) je prône la violence contre les croyants ?
    Je te rappelle tout de même, au cas où que les gens à qui tu me compares font tabasser, violer et tuer les gens qu’ils considèrent comme inférieurs, apostats, impies.
    Tu seras donc plus qu’inspirée de ne PLUS JAMAIS me comparer à des criminels.

  24. babson | 14/04/12 | 20 h 41 min

    @Catnatt « Combattre la xénoPHOBIE, l’homoPHOBIE et le sexisme en braillant qu’on est islamophobe, judéophobe et catholicophobe… »
    ben oui justement, puisque ces 3 religions sont pareillement xénophobes, homophobes et sexistes….

  25. ElDesdichado | 14/04/12 | 20 h 51 min

    Merci pour la réponse detaillée et intéressante. D’ailleurs, c’est un des grands intérêts de ce blog.
    J’ai sans doute exagéré en utilisant le terme de « radicalisation », même si je l’appliquais aux pratiques, pas aux croyants.
    Ce que je voulais aussi dire, sans que ça apparaisse dans mon commentaire, c’est que la pression sociale pour ces pratiques me semblent supérieure : que les gens aillent à la messe, ne mangent pas de crustacés, ou fassent le ramadan, grand bien leur fasse. À parryir de quand (re

  26. ElDesdichado | 14/04/12 | 20 h 54 min

    À partir de quand (re-)commenceront-ils à imposer à leurs frères, soeurs, coreligionnaires, compatriotes, etc, de faire comme eux, c’est sur ça que doit de concentrer notre vigilance.

  27. valerie | 14/04/12 | 21 h 06 min

    Je pense que nous devons plutôt proposer d’autres alternatives à la pratique religieuse et je pense evidemment à un intérêt accru pour la chose politique. Evidemment vu le cirques actuel, on s’étonnera moins que les gens préfèrent la religion, toujours stable, rassurante et d’apparence vertueuse.

  28. catnatt | 14/04/12 | 21 h 26 min

    Valérie…

    Ne me prends pas pour une idiote. Ne sois pas condescendante.Tu as lu mon commentaire ? Vraiment ?

    J’ai parlé de « ressort ». Bon apparemment, j’ai appuyé sur le levier sur lequel il ne fallait pas. C’est curieux que tu réagisses aussi violemment pour quelqu’un qui titre son billet « Je ne peux plus être islamophobe ».

    Suis déçue. Je pensais que tu pouvais supporter un commentaire contradictoire aussi provoquant que les propos tenus dans ton texte.

    Mais quand on traite les gens de niaiseux parce qu’ils envisagent le monde différemment de toi, parce que oui, pour certains ils ont des rites que tu trouves débiles, faut pas s’attendre à des réactions sereines. Las… non il faudrait venir exposer son petit point de vue calmement.

    Ton comportement est relativement injuste. Ici ou sur twitter. Tu mets en place un système assez étrange. Billet provoquant volontairement mais on ne peut pas te suivre sur ce mode-là sous peine de se faire virer.

    Je n’insiste pas plus. Pas la peine de me répondre. Pour moi l’échange suppose de ne pas toujours être d’accord, le désaccord peut être violent mais dans le respect.

    En même temps, je savais pertinemment que ma réaction à ton billet, tu ne la supporterais pas. J’ai longtemps hésité. Mais à quoi bon préserver une relation basée sur sur la peur de tes réactions ?

  29. valerie | 14/04/12 | 21 h 42 min

    Précision, je me suis contentée de t’unfollower sur twitter. Et le respect consiste à ne pas parler de « terrorisme intellectuel » sur twitter ou à me comparer à un extrémiste religieux car oui, quand on me compare à un salopard, j’ai tendance à mal le prendre. Curieux non ? les nerfs sans doute.

    Précision importante : le « se faire virer » ne correspond à rien sinon à un unfollow sur twitter. Ne tente pas de faire croire que je t’aurais censurée.

  30. jesaipluuu | 15/04/12 | 0 h 35 min

    Faut distinguer les remises en cause des croyances et des personnes c’est pas la même chose.

    Oui on va affirmer que la terre est ronde et tourne autour du soleil.
    C’est surement très dur à accepter pour ceux qui ont toujours cru que la terre était plate.
    Mais on n’y peut rien c’est comme ça …

    Oui c’est un exemple d’une controverse passée mais essentielle.
    Les controverses actuelles n’en sont pas moins importantes. Des milliards de vie en seront changé.

  31. Pescade | 15/04/12 | 2 h 42 min

    Valérie, y a un truc qui me chiffonne quand même un peu. Beaucoup même. C’est le côté « je demeure athée convaincue et forcenée et suis donc, toujours islamophobe, judéophobe et catholicophobe. »

    Peut-être est-ce le côté « forcené » de ton athéisme qui explique cela mais, jusqu’à l’explosion actuelle de l’islamophobie française (bien antérieure au 11-Septembre), le combat pour la sécularisation de l’Etat, l’édification de la laïcité « à la française » aka « pilier du temple républicain » de même que la défense et la promotion de l’athéisme ne se sont jamais encombrés d’une quelconque christianophobie.
    D’une part, le principe de laïcité (modèle originel 1905 et non 2004) n’a jamais prétendu faire abjurer les croyants mais permettre la coexistence de tous, croyants à des dieux ou croyants à l’athéisme, au sein d’un Etat émancipé de la tutelle de l’Eglise. Et réciproquement, car contrairement à la volonté actuelle de dirigeants politiques (de droite comme de gauche) de caporaliser l’islam, le pacte laïc originel mettait également fin à l’ingérence de l’Etat français dans les affaires de l’Eglise (nominations des évêques, notamment) (seule exception : le concordat en Alsace-Moselle depuis 1918).
    D’autre part, l’athéisme s’attache à combattre l’obscurantisme, les illusions et les fantasmagories, et à promouvoir la raison critique, non par la coercition, la contrainte, ou la chasse aux croyants, mais par l’éducation, la culture, l’ouverture au monde et le dialogue argumenté avec les croyants.
    Quant à la judéophobie c’est tout de suite plus problématique, parce qu’effectivement à la fin du XIXe siècle, dans le contexte du combat laïc, on a vu apparaître un courant (notamment autour d’Edouard Drumont) favorable à la laïcité car permettant de revendiquer un « antisémitisme moderne ». Plus récemment, le concept de « judéophobie » a été réactivé cette dernière décennie par Taguieff et consorts pour désigner « l’antisémitisme arabe » en évitant le non-sens linguistique.

    Judéophobie=antisémitisme. Je ne crois pas aux distinctions jésuites voulant que la judéophobie ne serait que la critique de la religion juive et non l’expression d’un racisme. Je ne vois aucune pertinence à la critique d’une religion en particulier. Qu’il s’agisse du judaïsme, de l’islam ou du christianisme. Notamment parce qu’il n’existe aucune religion « pure ». Les pratiques révèlent toujours d’énormes disparités entre croyants d’une même religion, d’un pays à l’autre, d’une région à une autre, voire d’une vallée à une autre. Pour aller vite, la religiosité populaire relève toujours de syncrétismes divers et variés (à commencer par le sapin de Noël), dès lors la critique d’une religion particulière considérée comme unique, invariante, atemporelle n’est d’aucune utilité. D’autant que les croyants auront beau jeu de répondre que leur pratique, leur foi ne sont pas celles que l’on définit ainsi. Au contraire, une telle critique verse rapidement dans l’essentialisme, le différentialisme et – in fine – le racialisme. On l’a vu avec le judaïsme, on le voit aujourd’hui avec l’islamophobie qui postule un homo islamicus « à part », « pas comme nous ».

    Le registre de la critique de la religion a suffisamment été creusé, étayé, développé, argumenté depuis quelques siècles sans qu’on ait besoin de le polluer par la revendication d’une quelconque phobie à l’encontre des croyants. Ne nous leurrons pas, lorsqu’on parle de combattre l’islam, le judaïsme ou le christianisme, ce n’est jamais à une idée pure dans le ciel des idées qu’on s’attaque mais aux croyants. A quelques milliers de kilomètres d’ici, il y a des gens qui, effectivement, se réclament ouvertement christianophobes. Je doute fort que leur combat du christianisme, et des fidèles qui s’y réfèrent, aient à voir avec le combat contre l’obscurantisme.

    L’anticléricalisme avait ses limites, notamment dénoncées par Jaurès en son temps, mais même dans cette optique, les « bouffeurs de curés » s’en prenaient aux clercs et non aux croyants. Pour revenir aux fondamentaux, dans sa critique de la religion, Marx (tout comme ses héritiers, communistes ou non) n’a jamais eu besoin d’exprimer une quelconque « christianophobie » ni « judéophobie » ou « islamophobie » pour mener à bien sa déconstruction de l’illusion religieuse. J’imagine que tu connais la citation complète du grand barbu : « La religion est le soupir de la créature opprimée, l’âme d’un monde sans cœur, comme elle est l’esprit des conditions sociales d’où l’esprit est exclu. Elle est l’opium du peuple. » Si Marx édifiait l’athéisme comme un moyen et une fin vers l’idéal d’une société sans classes, il n’en était pas moins lucide et mesurait amplement la vanité de nier « le soupir de la créature opprimée », aux prises avec « des conditions sociales d’où l’esprit est exclu ». D’où l’urgence de prioriser la question sociale. Lors du vote des lois laïques, les ultras – dans le centre gauche de l’époque (rad-soc) et dans l’extrême gauche (guesdistes) – qui revendiquaient une laïcité et un athéisme « forcenés » au-delà du compromis de 1905 pour poursuivre la lutte anticléricale s’opposaient à Jaurès qui leur rétorqua : « Apaisons la question religieuse pour poser la question sociale ». Le point est important, car un siècle plus tard force est de constater que la très grande majorité de la gauche française (du PS à LO) a préféré le chemin inverse, priorisant la question religieuse sur la question sociale, et plébiscitant l’exclusion de gamines de l’école publique faute de réponse à la casse sociale et à l’abandon des quartiers populaires.

    Pour revenir à l’articulation entre féminisme et religion, si les déconstructions sont nécessaires et vitales dans la légitimation religieuse de la domination masculine, ce ne sont pas les religions qui ont inventé le patriarcat, bien antérieur à l’apparition des monothéismes contemporains. Et nombre de croyants dénoncent justement – au nom de leur foi – ou simplement se refusent, au quotidien, à l’instrumentalisation des traditions machistes par la religion. Ainsi, rituellement, dans les manifs féministes et de soutien à l’IVG on voit la banderole des « Catholics for free choice » sans que cela choque personne, et généralement ces femmes sont souvent applaudies à leur passage. En revanche, lorsqu’en 2005 de jeunes musulmanes arborant foulard et bras-dessus bras-dessous avec des filles « en cheveux », notamment appuyées par le CFPE, ont voulu rejoindre les cortèges féministes avec une banderole « Contre toutes les violences faites à toutes les femmes » elles furent impitoyablement refoulées, parce que pas assez « laïques ». Va comprendre, Charles.
    C’est pourtant un mouvement qui traverse depuis deux décennies les pays à majorité musulmane, ou des femmes revendiquent le combat pour l’égalité des genres en s’appuyant sur la relecture des textes sacrés, pour contester et combattre – au nom de l’islam – la domination masculine (colloque Unesco 2006 sur le « féminisme musulman »).

    A contrario, la laïcité et l’athéisme ne sont pas toujours les meilleurs alliés du féminisme. Ainsi la franc-maçonnerie française – temple de l’antireligion s’il en est – n’en finit plus de se déchirer (avec des arguments plus minables et pitoyables les uns que les autres) pour savoir si ces messieurs peuvent accorder aux dames le droit de siéger et de discuter avec eux. Et après un siècle de république laïque, l’Assemblée nationale française demeure parmi les institutions parlementaires européennes les plus en retard en termes de parité.

    Et pour en finir avec l’islamophobie, ce racisme n’est guère nouveau, puisqu’on en trouve la dénonciation mentionnée expressément dans des revues coloniales françaises et belges du début du XXe siècle, déplorant que certains gouverneurs et notables des colonies mais aussi des essayistes de l’époque entretiennent une « islamophobie » nuisant au commerce et la gestion politique de ces territoires. Il n’est pas besoin de creuser bien loin pour trouver l’idéologie de la république coloniale, notamment le fameux « message civilisateur », l’origine de l’islamophobie contemporaine, qui n’est, hélas, pas seulement l’apanage de l’extrême droite mais aussi l’expression d’un racisme d’une certaine gauche (de même que l’antisémitisme). Et la plus grande difficulté est certainement de déconstruire ce racisme-là, racisme respectable revendiqué sous l’alibi de la laïcité et/ou de l’athéisme. Voilà pourquoi on ne peut raisonnablement pas confondre critique impérative de la religion, combat permanent contre l’obscurantisme, émancipation de l’individu et luttes féministes avec une proclamation islamo-judeo-christianophobe.

    « Ces hommes en qui l’islamisme s’est incarné jusqu’à faire partie d’eux, jusqu’à modeler leurs instincts, jusqu’à modifier la race entière et à la différencier des autres au moral autant que la couleur de la peau différencie le nègre du blanc, sont menteurs dans les moelles au point que jamais on ne peut se fier à leurs dires. Est-ce à leur religion qu’ils doivent cela? Je l’ignore. Il faut avoir vécu parmi eux pour savoir combien le mensonge fait partie de leur être, de leur coeur, de leur âme, est devenu chez eux une sorte de seconde nature, une nécessité de la vie. » Maupassant, « Allouma », 1889

  32. ThomasB | 15/04/12 | 9 h 25 min

    Tiens, puisqu’on a cité Charlie Hebdo, juste une remarque : aux premières heures après l’attentat, c’était indignation à tous les étages, on allait voir ce qu’on allait voir, ça ne pouvait être qu’un coup de ces zaffreumusulmans de type auvergnat prononcé, la police avait des pistes sûres, dans quelques heures, on allait démasquer les coupables… et pschiiit. Quelques heures plus tard, nada, rien, peau de balle et balle de peau, zobi, plus personne n’en parlait.
    Ça s’rait-y pas que les coupables n’étaient pas politiquement corrects ? Ces braves Bisounours au crâne rasé et au bras tendu, peut-être ?

  33. valerie | 15/04/12 | 15 h 59 min

    J’ai beaucoup de mal avec les théories du complot. D’où qu’elles viennent.

  34. ThomasB | 15/04/12 | 16 h 03 min

    valerie : oui, il y avait même des gens qui prétendaient qu’il n’y avait pas d’ADM en Irak, dites donc ! ;)
    Théorie du complot, non… magouilles, oui !

  35. valerie | 15/04/12 | 16 h 25 min

    «  le combat pour la sécularisation de l’Etat, l’édification de la laïcité « à la française » aka « pilier du temple républicain » de même que la défense et la promotion de l’athéisme ne se sont jamais encombrés d’une quelconque christianophobie. »
    Tu oublies la révolution française, les catholiques sérieusement admonestés à être plus que discrets dans les discussions autour de 1905 et les chasses aux immigrés italiens accusés d’avoir un catholicisme trop démonstratif. On n’a certainement pas pourchassé que les clercs.

    Sur le reste. je ne vois pas bien où tu veux en venir. Où ai je dit qu’il fallait faire abjurer les croyants et encore + par la violence ? Voulais tu faire un cours ou m’expliquer de manière plus ou moins détournée que je prônais la violence et étais raciste ? Ou ai je dit que l’athéisme ou la laïcité étaient les meilleurs alliés du féminisme ; est ce seulement le sujet ici ?

    J’ai souligné, en parlant de Charlie Hebdo ancienne formule soit celui des années 70,80, que ma – phobie était celle qui leur faisait bouffer du curé. Je ne crois pas en aucun cas voir parlé de faire abjurer qui que ce soit. J’ai simplement souligné que non je ne vais pas m’ébaubir devant des croyances croyant sérieusement à l’eucharistie par exemple. Jour après jour je démolirais des idées reçues mais je devrais me taire devant les croyances des uns et des autres par « respect » ?
    Je pourrais me moquer des scientologues parce que c’est une secte (parlons un peu querelle des indulgences en ce cas) parce que leurs thèses sont diantrement débiles (c’est vrai qu’il est tellement plus débile de croire à des extra terrestres decendus sur terre qu’un souffle divin mettant enceinte une femme) mais pas des catholiques ? Pourquoi donc ?

    Sur la judéophobie. Qui a fait un minimum d’histoire sépare la judéophobie ( haine des juifs en tant que pratiquants d’une religion) et l’antisémitisme (haine des juifs en tant que peuple). Tu peux demander à Agnès Maillard son mémoire sur le sujet. L’antisémitisme est récent – pas plus de 2 siècles – la majeure partie des persécutions contre les juifs l’a été par judéophobie, car ils étaient vus comme un peuple déicide. Drumont était antisémite, pas judéophobe même si les thèses antisémites découlent évidemment des thèses judéophobes. Au passage je n’ai certainement pas affirmé que la judéophobie qui exprime l’idée que les juifs sont un peuple déicide et avide, n’est pas un racisme.

    Il convient de faire la nuance comme il convient de distinguer les différentes phrases du racisme anti-arabe qui a d’abord été « classique » : « du fait de leur race » pour reprendre une phrase de Drumont, puis d’une supposée culture et enfin aujourd’hui d’une supposée religion. La haine anti arabes après la guerre d’Algérie par exemple fait état d’une violence extrême de leur part, tantôt imputée à leur nature, tantôt à leur culture cruelle. Aujourd’hui on parlerai plutôt de l’islam.
    Les propos de Maupassant parlent avant tout, comme tu peux le constater de « race », de « moelle », « d’être », de « coeur » « d’âme » bref de nature. Les qualités et défauts imputés aux autres au 19eme – et avant – étaient toujours dus à la nature, à la race, à l’être. Jamais à la culture.

    « ce ne sont pas les religions qui ont inventé le patriarcat, bien antérieur à l’apparition des monothéismes contemporains. »
    qui a dit le contraire ?
    J’ai bien conscience que tu avais envie de nous expliquer ce qu’est la laïcité car nous étions visiblement très peu informés de ce que c’était mais je crains que, dans ta fougue, tu te contentes d’exposer des choses que l’on sait déjà en me faisant dire ce que je n’ai jamais dit.

    voici enfin ce que disait Cavanna
    « C’est bien connu: dans les périodes d’inquiétude générale, l’animal humain perd les pédales, rejette – plus encore qu’à l’accoutumée – les arguments de sa raison et plonge à corps perdu dans les tentations de l’irrationnel rassurant et exaltant. La crédulité s’engraisse sur le désarroi comme la mouche verte sur la charogne. »

    « Dieu est à la mode. Raison de plus pour le laisser aux abrutis qui la suivent. »

    ce genre de propos est totalement imprononçable aujourd’hui. On m’accuserait comme tu viens de le faire – ou d’autres – de faire le jeu des racistes de tout poil voire d’en être une.

    En vrai je m’en contrefous.

  36. valerie | 15/04/12 | 16 h 36 min

    thomasB : quel rapport entre l’Irak et cet attentat ?
    La prochaine fois, tu me diras « carotte » ou « courgette » cela n’aura rien à voir non plus mais au moins on en sera sûr ?

    Quel intérêt exact aurait-on à cacher que ce sont des neo nazis ? Il y aurait donc un ministère de l’intérieur qui saurait que ce sont des nazis mais ne les arrête pas on ne sait pas pourquoi, parce que cela fait les affaires dont ne sait qui ?

    Je trouve qu’on tombe ici dans un travers dangereux. On souhaiterait que cela soit des neonazis ; on souhaiterait que cela soit des islamistes. Dans l’affaire de Toulouse, beaucoup trépignait en attendant un Breivik, on a eu un Merah.

    Personnellement je me contrefous que cela soit des islamistes ou des neo nazis. Les deux – comme je l’ai déjà dit aux bas du front de francaisdesouche – sont pour moi bonnet blanc et blanc bonnet.
    tous sont également racistes, homophobes, antisémites et sexistes.
    Il est d’ailleurs assez « drôle » de constater que les racistes français les plus violents sont toujours fous d’admiration quand l’Arabie Saoudite exécute un criminel par décapitation au sabre.
    blanc bonnet et bonnet blanc vous dis je.

  37. ThomasB | 15/04/12 | 17 h 29 min

    Ùvalerie : je le disais parce qu’on a aussi parlé de théorie du complot pour l’Irak. Faudrait-il bouffer goulument, gentiment, aveuglément la vérité officielle de peur d’être taxé de « complotiste », nouvelle forme de la novlangue pour disqualifier toute discussion ? On rejoint la guerre des termes…
    Pour Breivik, rappelonss aussi que dans les premières secondes, certains ont trépigné en disant que c’était forcément Al Quaeda et la preuve qu’il fallait tuer tous ces arabes… Et bien sûr, la fachosphère dont faisait partie Breivik était composée de Bisounours qui n’avaient ab-so-lu-ment aucune responsabilité dans ce geste. Meuh non. D’ailleurs, on nous l’a dit, si ce brave petit a pété un plomb, c’était la faute aux immigrés qui osaient exister.
    Il me semble que le double standard est assez évident… alors oui, si on avait trouvé des musulmans islamissssses rmissssses polygames fraudeurs dans le cas Charlie Hebdo, oui, ça aurait bien arrangé les affaires de tout le monde, on ne me l’enlèvera pas de l’esprit.
    Au fait, une recherche montre comment, dans le vieux Lyon, des néo-nazis font la loi. Il y a une vidéo de concert avec salut nazis, et des riverains en ont marre. Sans qu’on fasse quoi que ce soit… De braves petits, certainement.
    Quand aux extrêmes, les unes ont besoin des autres pour se sentir exister, ce n’est pas nouveau…

  38. valerie | 15/04/12 | 18 h 39 min

    J’ai vécu dix ans à Lyon, 6 ans d’études à Lyon 3 ; je suis * vaguement * au courant de ce qu’il s’y passe. Et ce n’est pas vrai que personne ne fait rien ; même si par ailleurs la situation est grave.
    J’en ai spécialement assez qu’à droite comme à gauche, on tape sur la justice qui serait « aux ordres » (pour l’extrême droite des musulmans et leurs amis, pour toi visiblement des neo nazis) et adorerait laisser en liberté des nazis, des violeurs ou je ne sais qui.
    Les 3/4 des concerts sont faits dans des salles louées pour des anniversaires, il est extrêmement difficile pour une municipalité de comprendre à l’avance que cela va être tout autre chose.
    Une petite ville n’a pas possibilité d’enquêter sur toutes les locations de sa salle des fêtes.
    les locaux loués par des groupes neo nazis n’affichent rien de spécial et il parait difficile de perquisitionner sans raison valable à moins de sortir d’un état de droit.
    Pour autant je ne nie absolument qu’il a été scandaleux que le préfet donne une autorisation de manif à Gabriac.
    Mais dire que « rien » ne se fait est mensonger.
    Dire que le vieux Lyon est aux mains des ziegzieg est faux. Vraiment. Le vieux Lyon est encore massivement un lieu où sortent les jeunes, sans danger spécifique ; dire que cela serait un coupe-gorge tenu par les NS n’est pas vrai.

    « alors oui, si on avait trouvé des musulmans islamissssses rmissssses polygames fraudeurs dans le cas Charlie Hebdo, oui, ça aurait bien arrangé les affaires de tout le monde, on ne me l’enlèvera pas de l’esprit. »
    de là à en conclure que ce sont des neo nazis et qu’ »on » a tu l’affaire, il y a un pas.

  39. ThomasB | 15/04/12 | 18 h 45 min

    Pour Lyon, je me fiais à un article… donc je fais confiance à ceux qui le vivent.
    Sinon, oui, on ne m’empêchera pas de dire qu’il y a double standards. Il y a aussi une vidéo ou des militants FN ont cogné un type qui a le malheur d’être de type auvergnat, et filmé, la police n’a même pas pris les identités. Comme disait la victime, si la situation était inversée, il aurait déjà été en garde à vue…
    Je ne dis pas que c’est des néo-nazis, n’ayant pas de boule de cristal, juste que si les coupables, qu’on promettait de retrouver avec vidéos et tout, avaient été « convenables », l’affaire n’en serait pas restée là…

  40. valerie | 15/04/12 | 18 h 50 min

    Je n’ai pas nié le double standard. La conversation ne portait absolument pas là dessus.

  41. Pescade | 15/04/12 | 19 h 40 min

    Valérie, si je me permets d’intervenir sur ton texte ce n’est pas parce que je te penses raciste ou que tu en minimiserais la portée. C’est parce que je pense que nous sommes sensiblement sur la même longueur d’onde ou le même champ intellectuel. Donc dire que je t’ »accuse de faire le jeu des racistes » est assez pénible. Je dis simplement que revendiquer une islamo-judéo-christianophobie au nom de l’athéisme et/ou de la laïcité n’a pas de sens. Tu me dis que j’enfonce des portes ouvertes sur la laïcité, j’en suis très heureux, cela confirme que nous avons la même acception du terme et du processus historique. Et tu conviendras donc avec moi que le combat pour la libre pensée et la critique religieuse n’a jamais eu à déterminer une phobie particulière aux croyants pour développer son argumentaire. Au contraire, lorsque cela se produit, islamophobie, judéophobie ou christianophobie, cela s’exerce toujours à l’encontre d’une religion minoritaire dans un contexte donné.

    Mea culpa, je n’ai pas lu le mémoire d’Agnès, en revanche j’ai personnellement pas mal bossé sur la presse populaire française de l’Entre-Deux-guerres. Il existe bien deux grandes matrices intellectuelles à l’antisémitisme, l’une religieuse , l’autre areligieuse, « laïque ». Mais dans la diffusion de l’antisémitisme par les médias de l’époque, l’un comme l’autre était agglomérés, se nourrissaient l’un de l’autre. La « race juive » vitupérée dans la presse puis la radio françaises de la première moitié du XXe siècle ne faisait guère de différence entre arguments « judéophobes » et « antisémites ». Quoiqu’il en soit, c’est bien au nom de convictions prétendument laïques, antireligieuse, que certains publicistes antidreyfusards ont développé leur antisémitisme. Et c’est là le danger que je vois à se réclamer d’une religiophobie nominative pour défendre la laïcité. Le sens des mots est importants, ce n’est pas Gramsci qui nous contredira, et pour défendre nos convictions je ne crois pas que l’on doive utiliser, banaliser et légitimer le lexique de l’extrême droite mais imposer le nôtre.

    Mais lorsque tu cites Cavanna en précisant que ce genre de propos est imprononçable aujourd’hui, là, je ne peux pas te suivre. S’il y a bien un truc qui est devenu un sport national c’est le défoulé de tirades islamophobes sous prétexte d’antireligion. http://www.politis.fr/Defense-De-L-Occident-Et-Lancement,8219.html

    Sur le racisme anti-arabe, je te contredis. C’est bien l’argument anti-islamique qui est apparu en premier (pour qui a fait un minimum d’histoire, comme tu dis). Les exhortations aux croisades n’étaient pas contre les Arabes, mais contre les infidèles au message du Christ, car il fallait bien, alors, s’allier les Arabes chrétiens, autochtones de la Terre sainte. On retrouve le même argumentaire, rationalisé, sous la plume de Tocqueville lorsque, missionné en Algérie pour produire un argumentaire idéologique légitimant la colonisation, il décrit longuement dans ses « Lettres d’Algérie » que ce n’est pas les Arabes ni les Berbères qui posent problème mais bel et bien « leur religion fanatique » qui les pousse à résister au bienveillant colonisateur éclairé des Lumières. De nombreux textes et auteurs nourrissent cette islamophobie moderne tout au long du XIXe puis du XXe siècle. Le racisme anti-arabe est lui né lorsque les premiers indigènes d’Algérie se sont installés en métropole (recensés par un rapport parlementaire en 1912) et ont été confrontés aux travailleurs « nationaux ». Racisme « ethnique » qui s’est ensuite tellement développé que l’on en a oublié l’islamophobie préalable. Il est dommage que nous ayons une lecture totalement contraire des propos de Maupassant. Il me semble très clair que c’est bien la culture religieuse et non la nature que Maupassant met en cause dans la « modification de la race » : « Ces hommes en qui l’islamisme s’est incarné jusqu’à faire partie d’eux, jusqu’à modeler leurs instincts, jusqu’à modifier la race entière et à la différencier des autres ».

    Quant au féminisme, difficile de l’ignorer dans ce débat tant l’argument « défense des femmes » a été brandi pour justifier l’islamophobie.

    Pour le reste, ici, en France, nul ne t’empêche de moquer les religieux ni ne te contraint à suivre des croyances ineptes (excepté Michel Onfray qui trouve indigne que l’on offense les cathos intégristes). Personnellement, ce ne sont pas les croyances des uns ou des autres qui me posent problème dans la vie courante, mais les contraintes économiques et sociales. Je ne vois pas en quoi dans un pays comme le nôtre l’expression d’une foi empêche l’expression de l’incroyance. Et je trouve un drôle d’écho à ceux qui expriment la crainte de se voir islamiser ou judaïser contre leur volonté, de se voir « imposer leurs pratiques ». Contre ces fièvres obsidionales, il me semble plus constructif d’insister sur l’affirmation d’une lutte commune, indépendamment des croyances et incroyances individuelles. L’histoire du mouvement social en France n’est pas l’histoire des « progressistes » contre les « croyants », mais l’histoire d’un combat commun qui se contrefout des métaphysiques individuelles. Laissons les phobies aux peureux.

  42. valerie | 15/04/12 | 20 h 37 min

    Sur Cavanna et ton lien ; je ne me revendique pas de celles et ceux qui vont décortiquer chaque sourate (mon exemple de la takkya par exemple cher aux racistes), je revendique le droit à me moquer du dogme. Si tu te souviens dans l’affaire des caricatures, les musulmans qui ont attaqué CH ont été vivement critiqués (alors qu’ils n’usaient que d’un droit légitime et démocratique). On oublie de dire qu’ils n’ont attaqué que pour quelques caricatures, les racistes, celles amalgamant musulmans et terroristes. ils ont accepté celles qui se moquaient de leur religion.
    et c’est là où je veux en venir ; les autres caricatures qui étaient certes mauvaises mais à mon sens anti religion (si on veut éviter le mot « islamophobie ») doivent persister. le délit de blasphème ne doit pas exister. mais comme en effet les racistes utilisent l’islamophobie ; on se retrouve coincé.
     » Je ne vois pas en quoi dans un pays comme le nôtre l’expression d’une foi empêche l’expression de l’incroyance. »
    justement pour éviter de donner du grain à moudre aux racistes.
    Il me semble que mon doit à la moquerie est brimé, non pas par les musulmans comme on me le corne à longueur de journée, mais par les racistes.

     » je ne crois pas que l’on doive utiliser, banaliser et légitimer le lexique de l’extrême droite »
    je prétends que ce lexique était celui de l’extrême gauche dans les années 70 et 80. et que l’extrême droite s’en empare depuis dix ans.

    sur la judéophobie.
    sauf que je ne parle pas de l’entre deux guerres qui est à mon sens uniquement antisémite (tout en s’appuyant je le répète sur la judéophobie). Je parle des périodes antérieures au 19eme.

    islamophobie. oui en effet tu as raison mais reconnais que nous connaissons depuis dix ans une évolution claire de la parole raciste. d’une parole axée sur le racisme culturel « leur culture les rends paresseux, le fameux « travail d’arabe »)., on est passé à une parole axée sur l’islamophobie « s’ils sont violents c’st du fait de leur islam ».
    Je le vois par exemple très bien au niveau des droits des femmes. Un homme, à partir du moment où il a un nom arabe, est vu comme musulman. s’il tue sa femme, c’est à cause de sa religion (qui lui a dit de battre les femmes, sourates à l’appui).

     » Il me semble très clair que c’est bien la culture religieuse et non la nature »
    sauf qu’à le lire on dirait que l’islamisme est quasi génétique, quasi inscrit dans les tripes de arabes.
    je le vois ici  » jusqu’à modifier la race entière » ; on est dans un critère tellement naturalisant.

    (et oui nous sommes globalement complètement d’accord evidemment).

    ps : pour info je travaille depuis dix ans dans la modération de commentaires sur Internet (grands journaux français). Je vois donc passer beaucoup de commentaires de l’extrême droite française très présente sur le net. Sans prétendre qu’elle est représente de l’intégralité de l’ED française, elle en représente du moins une partie. J’ai constaté, en dix ans, une très grande évolution des propos. Ceux qui ne parlaient jamais d’islam il y a dix ans (et parlaient surtout « des arabes qui ne foutent rien et vivent d’allocs ») n’ont plus que ce mot là à la bouche.

  43. jesaipluuu | 16/04/12 | 8 h 15 min

    Au sujet de la pièce « Race » dans le Masque et la Plume, il y a eu un débat intéressant et un malaise provoqué par cette pièce. Car certains critiques étaient choqués de voir un personnage noir ambigüe dans une pièce sur les questions raciales. Et un critique a fait remarquer que vouloir qu’un personnage noir soit forcement « gentil » était étrange.

    C’est un peu pareil avec l’islam. La respecter plus que les autres religions c’est faire une distinction étrange.

    Mais comme l’explique Valerie on y est un peu forcé par le contexte.
    L’islamophobie a des racines très profonde et ancienne dans l’inconscient collectif.
    C’est un ressort tellement facile à faire vibrer dans une France qui a eu et qui a encore des problèmes d’intégration (pas d’immigration évidement …)

    Mais est ce qu’il faut se taire pour autant ?

    Les religions abrahamiques et leurs représentants sont dans tous les débats sur les sujets de société et particulièrement sur les questions relatives à la famille, en essayant de peser sur les politiques publiques et sur les comportements privés.
    Pourquoi elles devraient être exempté de critiques ?
    On peut vouloir les changer. Certains essaient aussi de les associer aux luttes féministes et LGBT, et c’est plutôt malin.

    Mais aussi comme l’exprime Valérie, peut-être maladroitement avec le suffixe « phobie », on n’est pas obligé de les aimer.
    Quand on est féministe, c’est pas facile.
    C’est quand même des religions bien ancrées dans le patriarcat, la mysoginie et l’homophobie avec le mythe de Sodome.

    Et certaines valeurs catholiques aussi naives qu’hypocrites sont encore très présentes dans notre société, dans notre langue et dans nos inconcients. Alors que ceux qui, comme catnatt, ont peur des athés se rassurent !
    On a encore beaucoup de cathos à dévorer avant de s’attaquer aux musulmans ;)

    (En vrai, l’athéisme s’attaque aux croyances pas aux croyants. C’est vieux comme le monde l’amalgame « tu t’attaques à ce que je crois donc tu m’attaques moi » … C’est une bonne technique pour se renfermer sur soit n’empèche.)

  44. valerie | 16/04/12 | 9 h 00 min

    « Mais aussi comme l’exprime Valérie, peut-être maladroitement avec le suffixe « phobie », on n’est pas obligé de les aimer. »
    –> voulu :) . provoc, buzz, tout ca. c’est mal je sais :p

  45. Maxine | 16/04/12 | 10 h 50 min

    Je suis tout à fait en phase avec ton post, et bien ennervée de voir que l’on ne peut plus attaquer ce qui fait problème en Islam sans prendre bien garde à ne pas s’associer avec les raciste instrumentalisant laïcité et féminisme dans le seul but de taper sur les arabes.

    Je rajouterai seulement une chose à mon avis importange dans l’attaque sur els religions. Il est fondamental de les surveiller et de les contenir toutes, car elles ont toutes une propension à vouloir régenter la vie de la société tout entière et non seulement celle de leurs disciples, et ce qui se passe aux US, avec cathos et évangémiques main dans la main pour livrer une véritable guere contre les femmes et les homos (comme quoi y’a pas que l’islam rétrograde qui menage réellement la liberté des femmes).
    Seulement il faut se souvenir qu’on n’attaque pas la religion des domines, des discriminés, des racisés, comme on a pu attaquer celle des dominants, soit les cathos à l’époque.

  46. xenomorf | 16/04/12 | 13 h 22 min

    Débat intéressant… qui me traverse personnellement. Mon expérience personnelle n’a aucun intérêt mais je me permet d’en parler pour savoir « d’ou je parle ». J’ai longtemps vécu à l’étranger, notamment dans des pays arabes, et j’ai longtemps cru que j’y travaillerai… J’ai fréquenté les cercles « bouffeurs de curé », je me suis toujours décrit comme antireligion. Aujourd’hui j’habite en banlieue, ma fille est au collège en zep… et je bosse dans une organisation catholique, sans l’être moi-même.
    Plusieurs réflexions :
    - il y a des discours qu’on peut tenir en privé, et en public. Mes critiques sur l’Islam et sa façon de concevoir les relations F/H ou les relations entre les gens, je les réserve à des gens « de bonne compagnie », capable de faire la part des choses. Mais devant des beaufs, je ne réagirais pas de la même façon, sinon je risque de me faire « emmener » là ou je ne veux pas aller. Je peux évoquer la « compensation symbolique », la crispation identitaire, l’abandon des banlieues par la République, toussa, toussa, etc. lors de conversations entre bobos (dont je suis en partie), mais quand je vois 40 femmes voilées à la sortie de l’école, ou quand ma fille se fait insulter ou harceler par ces petits coqs merdeux et musulmans, je réagis différemment. La mixité sociale, ce ne sont pas ceux qui militent pour qui en paie le prix. Moi je milite pour, mais c’est ma fille de 12 ans qui en paie le prix. Alors je me pose des questions oui… Après d’un point de vue personnel, je n’ai plus eu envie de travailler dans un pays arabe.
    - Les religions se sont installées par-dessus des sociétés et des cultures patriarcales. Parfois elles limitent, parfois elles exacerbent. Je ne citerai que deux exemples. Les violences extrêmes contre les femmes au Pakistan ne sont pas liées à l’Islam mais à des traditions tribales antérieures, que l’Islam a contribué à contenir. On peut prendre aussi le cas de l’Eglise catholique qui a contribué à limiter des excès des conquistadors en Amérique Latine face aux indigènes. Ou la théologie de la libération qui a joué un rôle fondamental émancipateur contre toutes les dominations ces 30 dernières années. Beaucoup de féministes latinas luttent contre l’obscurantisme de l’Eglise, mais se disent croyantes… Les Eglises sont des ‘acteurs’, acteurs politiques de leur temps, dont l’influence et le rôle sont fluctuants, variés. Acteurs qui regroupent en leur sein des tendances très différentes. Parfois acteurs de progrès, parfois acteurs de régression. Réécrire 20.000 années d’histoire humaine en disant que les religions « ca pue caca », c’est un peu court. Le patriarcat a utilisé les religions pour consolider son influence oui. Mais je parle avec pas mal de féministes catholique (hé oui, ca existe, incredible non ?), qui se prennent la tête à reprendre tout les textes et leur donner une autre interprétation… et luttent en interne pour une autre conception des rapports H/F.
    - Quel rapport entre le lecteur de Télérama et la Fraternité Saint Pie XIII ? hé ben simplement te dire qu’à les mettre dans le même sac, on se prive du lecteur de Télérama comme potentiel allié…
    - Pour avoir fréquenté aussi des cercles militants divers, de gauche et d’extrême gauche, je peux dire que même si le vote est « propre » (en gros, on se dit de gauche parce qu’on vote à gauche toutes les X années, mais au quotidien, on se comporte comme n’importe quel consommateur), les pratiques politiques ou personnelles peuvent être puantes. Je préfère bosser avec des cathos ouverts et militants au quotidien pour un vrai changement, qu’avec des bobos de gauche donneurs de leçons et qui continuent de rêver de leur petit pavillon en banlieue. Ce n’est pas l’étiquette qui compte c’est la pratique au quotidien.

  47. valerie | 16/04/12 | 13 h 28 min

    « On peut prendre aussi le cas de l’Eglise catholique qui a contribué à limiter des excès des conquistadors en Amérique Latine face aux indigènes.  »
    oui enfin rajoute quand même que l’église catholique emmerde considérablement toute l’amérique latine en matière de droits des femmes, contraception et IVG.

  48. xenomorf | 16/04/12 | 13 h 44 min

    Oui L’Eglise certainement, mais les cathos sont aussi aux côtés des LGBT, ou au côtés des femmes qui demandent la dépénalisation de l’avortement… « catolicas por el derecho a decidir »… L’Eglise est une structure. C’est comme si on jugeait les américains sur la base de la politique de leur gouvernement… ou les francais sur la base de la politique de Sarkozy.

  49. valerie | 16/04/12 | 13 h 48 min

    ah non je parlais bien de l’Eglise (et evidemment des politiques qui pour certains ne veulent pas se foutre à dos le clergé donc sont lâches face à eux). pas du tout des croyants.

  50. Maxine | 16/04/12 | 13 h 56 min

    Sur la théologie de la libération j’ai pas souvenir qu’elle ait été soutenue par Rome. Et Golias n’a aps les mêmes positions que L’Osservatore Romano. Et je ne parle pas de l’encyclique sur els femmes, etc. Bref l’institution est consternante, le dogme aussi.

    Rappelon aussi que Jean-Paul 2, soit disant défenseur des libertés et héraut des droits de l’homme, a en Amérique latine condamné la théorie de la libération et que le clergé etait avec les Pinochet et autres.
    Pour Jean-Paul il s’opposait aux régimes dictatoriaux tant que ceux-ci étaient contre l’Eglise. Donc les droit humains et libertés ne comptaient pas vraiment.
    Aux US les congrgations propriétaires d’hopitaux on bataillé ferme pour que la loi Obama leur laisse la « liberté de ne aps pendre en charge les actes contraires à leur morale, soit les droits des femmes. Donc l’institution religieuse force de progrès… non.
    Des religieux, croyants force de progrès, oui

  51. catnatt | 16/04/12 | 14 h 26 min

    @jesaipluuu

    Heu…

    Je n’ai absolument pas peur des athées mouhaha !

    C’est pas la question. Chacun fait ce qu’il veut. Je n’impose rien à personne et je n’ai peur de personne #phobie ;)

  52. xenomorf | 16/04/12 | 15 h 34 min

    Ah non elle n’a pas été soutenue par Rome, c’est clair… c’est dommage car ils ont fait partir des milliers de personnes des églises, fait défroquer pas mal de prêtres, alors qu’ils n’ont rien fait de mieux en 500 ans.
    Il y a eu pas mal de prêtres complice des dictatures, notamment en Argentine, mais aussi des prêtres torturés, « disparus »…
    L’institution est effectivement consternante, et phagocytée par quelques idéologues bien lourds et bien archaîques. Sur le dogme… j’ai des conversations intéressantes avec des « féministes cathos ». Le dogme est interprétable. Par exemple, certaines disent que la Bible autorise l’avortement. Ca m’intéresse pas plus que ça à la base, mais il y a des passages intéressants dans l’Exode (basiquement le « foetus » n’a pas de « valeur », la femme si). Disons pour résumer que le dogme a aussi été créé par des hommes.

  53. Constance | 17/04/12 | 17 h 54 min

    Les musulmans non islamistes n’ont pas de chance. C’est un peu ce qu’exprime Nadia El Fani (Laïcité inch’Allah). Les pauvres, si en Europe on renonce à être islamorésistant, ils sont foutus. Ils sont déjà les premières victimes, sur qui dans le monde pourront-ils compter ? Les voix de la défense des droits de l’homme baissent le ton, quand l’islam intégriste est en cause près de chez nous. Il y a des intellectuels de gauche (Monde diplomatique, Alain Gresh) qui trouvent modérés les « savants » qui déplorent qu’Hitler n’ait pas bien fini son travail; et déplorent qu’au nom de la liberté d’expression, on leur ait interdit le Bourget. Et on frissonne devant le fasciste norvégien.

  54. valerie | 17/04/12 | 18 h 03 min

    tu serais plus que bien inspirée de ne pas diffamer Alain Gresh sur mon blog.

  55. Constance | 18/04/12 | 7 h 25 min

    Je ne veux diffamer personne !
    J’ai juste lu dans le blog d’Alain Gresh cet article: http://blog.mondediplo.net/2012-03-29-Qaradawi-Ramadan-et-la-demagogie-de-Gueant-et où Alain Gresh dit lui-même que Al Qaradawi, une des références des Frères musulmans, aurait du être accueilli au salon du Bourget.

    Je n’insiste pas, tout le monde peut apprécier les déclarations de Qadarawi sur les femmes, les juifs, les homosexuels, et l’impératif de la charia en général.

    Il y a des commentateurs précédents qui disent très justement qu’ils font la part des choses entre les racisme, antisémitisme et islamophobie et/ou tolérance à ces manifestations, d’où qu’elles viennent.
    C’est une position difficile à tenir, mais on peut se rejoindre dessus quelle que soit notre origine culturelle, notre religion. C’est juste ce que je voulais dire, il faut y croire et ne pas céder.

  56. Francis | 20/04/12 | 7 h 08 min

    Bonjour,

    J’aime bien votre « coup de gueule ». Comme vous, je suis ahtée, j’aimais bien ironiser et me moquer de l’une ou l’autre religion. Et puis, j’ai croisé des croyants, des cathos de gauche, bien plus tolérants et généreux que les bouffeurs de curés sectaires de mon entourage.

    Ensuite est apparue l’islamophobie, montante et presque omniprésente, alimentée par le gouvernement lui-même. Et comme je dois aussi élever mes enfants, je me suis demandé comment leur parler des religions et de l’Islam en particulier. Parce que si je laisse la société parler de l’islam, ils risquent d’en avoir peur ! Or, quelques copains de classe sont musulmans, leurs collègues, leurs amis, leur belle famille peut-être, seront musulmans. C’est pour ça que depuis je cherche à leur parler de l’Islam de façon positive, en lisant L’Islam expliqué aux enfants, comme on a lu la Bible pour les enfants, histoire qu’ils soient un peu cultivés. Je cherche à connaître, à comprendre, à faire connaître les patisseries arabes ou à avoir un mot aimable pour ceux qui font le ramadan, à s’intéresser aux fêtes musulmanes. Histoire de leur apprendre le respect des autres cultures pour tenter de construire une société où nous pourrions vivre en paix malgré nos différences de culture.

    Ce qui m’étonne le plus c’est tout de même l’indifférence, le rejet à priori de tout ce qui touche à l’Islam et l’islamophobie facile de toute la société, de l’extrême droite à l’extrême gauche.

  57. WildGrass | 19/09/12 | 15 h 11 min

    Je ne vais pas lire les commentaires (peur de m’énerver) je vais juste me contenter de dire merci pour ce très bon article qui résume à la perfection ma pensée !

Sois brillant, voire pertinent !