Lettre à Houria Bouteldja

23 mars 2012 par valerie | Classé dans Crêpage de chignon.

Je voudrais réagir à un texte de Houria Bouteldja, écrit à l’occasion du 8 mars.

Tu dis   »Une indifférence quasi-totale au patriarcat blanc » sauf qu’il me semble que tu confonds deux choses. S’il est clair, évident que les différences économiques, structurelles, sont dues à un patriarcat blanc, les violences sexuelles de genre sont dues à un patriarcat qui n’a aucune couleur et aucune religion. On le sait ; il est de bon ton de qualifier toute violence sexiste commise par un indigène (je reprends ton vocabulaire pour le besoin du texte même s’il ne me convient qu’imparfaitement, j’y reviendrai) comme quasi atavique, intrinsèque à sa couleur de peau, sa culture ou sa religion. La violence des blancs ne serait que des coups de folie, des fautes morales ou des crimes passionnels. C’est ainsi qu’un blanc qui décapite sa femme a « un coup de folie du à une femme castratrice » alors qu’un indigène qui en brûle une « accomplit un geste présent dans sa culture et sa religion ».  Pour autant, il serait bon de ne pas tomber dans l’excès inverse et de laisser entendre que la violence sexiste n’est que le fait des blancs ou leur responsabilité.  Sapphire le montre dans la préface de Pimp d’Iceberg Slim ; certes il écrit à une époque où le simple fait d’être noir vous valait d’être tabassé ou assassiné, pour autant il a lui même exercé une domination totale, absolue, ultra violente sur des femmes noires. Femmes qui étaient donc à la fois victimes des hommes blancs (sexisme), des femmes blanches (racisme) mais aussi des hommes noirs (sexisme). Eldridge Cleaver, sur qui il y aurait d’ailleurs beaucoup à dire, écrivit « What we’re saying today is that you’re either part of the solution or you’re part of the problem ». Et il est bien clair que Iceberg Slim était une part du problème. 

Non la « plupart des féministes blanches » ne se sont liguées contre le mec de banlieue, pas plus qu’elles n’ont suivi un intérêt de race.

Le féminisme a  été, dans sa période de gloire des 70s, un mouvement de femmes blanches hétérosexuelles et cisgenres. Il y avait donc un rejet et une ignorance des problèmes vécues par les autres mais ces autres étaient également lesbiennes, transsexuelles et pas uniquement indigènes.

Tous les mouvements fonctionnent selon le même système ; les mouvements homosexuels ont privilégié les luttes des hommes, blancs. Les coordinations comme les black panthers aux USA avaient complètement mis de côté les droits des femmes ; Angela Davis en a assez parlé.
Tous les mouvements ont suivi leur propre intérêt. Tu trouveras sans doute des gens pour te dire que les Indigènes ne s’intéressent pas assez au féminisme ou à l’homosexualité. Dans 15 ans de nouvelles vagues migratoires venues de l’est vous expliqueront que vous ne comprenez rien à leurs problématiques et se démarqueront de ce mot d’ »indigène » dans lequel elles ne pourront se reconnaître.
Sur « le mec de banlieue ». Dés 2002, Dorlin parlait de la droitisation du féminisme. Le féminisme français s’est d’ailleurs déchiré sur le voile. Il n’en demeure pas moins qu’une bonne partie des féministes ne sont pas entrés dans ce jeu là et n’a pas été dupe. Il serait dommage, néanmoins, de nier les luttes de celles et ceux qui se sont battues contre ce que j’appellerais un féministe racialisé quasi raciste car les reproches ont été vifs. Delphy est suffisamment ostracisée d’ailleurs. Mais oui il y a une tendance claire en France à être très féministe et très ami des animaux quand il s’agit des musulmans ; curieusement beaucoup moins quand on parle de DSK et de foie gras. Il s’agit pour autant d’une tendance de la société française qui n’est pas spécialement imputable aux féministes.

Tu parles ensuite du hidjab ; tu dis certes qu’il n’est pas le seul instrument de ce compromis mais tu le cites. Et c’est là que je voudrais revenir sur les mots « indigènes ». Tu fais des indigènes, une seule entité et tu parles du hidjab. Comme si le hidjab était forcément une réalité chez les indigènes. Comme si les indigènes étaient par défaut, musulmans. Tu fais au fond ce que tu reproches aux blancs, tu appliques ta propre problématique de classe à des gens tous fort différents. Une martiniquaise noire n’a aucune proximité avec le hidjab par exemple.
Suites aux slut walks, les féministes noires ont soulevé quelques rétiences en montrant combien le mot « slut » avait toujours été, historiquement arrachée à la femme noire.

Aux USA, où est née l’idée d’intersectionnalité sont ainsi nés des féministes black ou chicano. L’histoire américaine est différente de la nôtre, les comunautarismes y sont plus forts mais nous savons d’expérience que plus un champ de lutte est large plus on oublie des axes de lutte. La « lutte de classe » prend le pas sur la « lutte de race » qui prend le pas sur la « lutte de genre ». Il y a donc sans doute à penser des féministes post coloniaux.

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16 commentaire to “Lettre à Houria Bouteldja”

  1. Hoppipolla | 23/03/12 | 10 h 10 min

    Avant toute chose, j’apprécie l’effort. Houria Bouteldja écrit et dit tellement d’inepties que je suis étonné de ne pas voir plus de contradicteurs à gauche.

    Mais ce n’est plus la lutte des classes. Ni la lutte des races, ni la lutte de genre. C’est la lutte des minorités, que ce qu’on appelle la réacosphère admire en buvant du p’tit lait. C’est Bouteldja critiquant les féministes blanches, le Y’a bon award donné à Caroline Fourest, les casseurs des banlieues agressant les étudiants venus manifester pour les droits de ces mêmes casseurs, Arte et la cité du mâle montrant des jeunes « issus de la diversité » machistes-sexistes-homophobes, c’est la marche pour la paix organisée par les musulmans et les juifs après Toulouse qui n’a plus lieu d’être, maintenant qu’on sait que le coupable n’est pas le méchant blanc néonazi.

    Le bouc émissaire, ça marche dans les deux sens. Toutes les minorités ont besoin du grand méchant-blanc-hétéro-catho. Quelque chose qui ressemble de près ou de loin à un nazi. Mais la réalité est bien plus complexe, et tous les schémas préconçus se cassent la gueule. Les médias sont décontenancés.

    Tout cela profitera à la droite. Le peuple se rend compte de cette comédie, de plus en plus.

  2. valerie | 23/03/12 | 10 h 46 min

    Preambule ; je ne trouve personnellement pas que Bouteldja professe tant d’inepties. elle dit des choses qui ne font pas plaisir. lorsque je la lis, je comprends les mecs qui déboulent ici en me disant qu’ils se sentent visés par mes propos. Elle dénoce un système qui, clairement, défavorise des minorités qu’elles soiet indigènes pour reprendre son terme, femmes etc.

    donc si je te suis bien on n’a pas le droit de critiquer les féministes tant qu’elles sont blanches (gageons que c’est surtout la critique des blancs qui t’énervent).

    Je doute que tu connaisses spécialement bien l’histoire du féminisme mais il y a eu des gens (qui étaient blancs) qui ont AUSSI critiqué le féminisme dominant. j’en ai fait et en fait encore partie. Oui le féminisme a peu pris en compte les spécificités de certains groupes ; Houria a raison de le signaler. les années 70 on vu une scission majeure dans le féminisme par exemple.

    Maintenant je vais tenter de comprendre ce que Boutedja a à voir avec un casseur de banlieue. Les defend elle ? j’en doute fortement.

    je vais également tenter de comprendre ce que vient faire ici la cité du mâle (au passage amplement critiqué depuis mais sans doute par de vilains gauchos qui veulent nier la réalité en banlieue).
    Il se trouve que des gens sexistes/homophobes/machistes il y en a partout. la dernière partie du texte de HB est éloquente à ce sujet.

    ca par ex
    « Car quelle est notre marge de manœuvre entre le patriarcat blanc et dominant et le « nôtre », indigène et dominé ? Comment agir quand la stratégie de survie du dernier consiste à exposer ses pectoraux, à faire étalage de sa virilité ? C’est cette équation que le moi collectif des femmes a dû résoudre. Un moi qui a réalisé l’air de rien le difficile compromis entre l’intégrité, la sauvegarde du groupe et la libération de l’individue. Un compromis entre les hommes et les femmes indigènes. Dans cette bataille, les femmes n’ont pas été passives. Elles ont joué leur partition, avec les moyens du bord. »
    c’est une claque dans la figure des indigènes hommes qu’elle paiera sans doute copieusement (non pas parce qu’ils sont indigènes, précisons le mais parce que la défense des droits des femmes est tjs secondaire partout). HB ne nie rien donc.

    « marche pour la paix organisée par les musulmans et les juifs après Toulouse qui n’a plus lieu d’être, maintenant qu’on sait que le coupable n’est pas le méchant blanc néonazi. »
    oh le magnifique amalgame. donc en partant d’un texte parlant du féminisme tu arrives à nous faire un rapprochement entre HB et un assassin ? glorieux.

     » Toutes les minorités ont besoin du grand méchant-blanc-hétéro-catho. Quelque chose qui ressemble de près ou de loin à un nazi. »
    c’est faux. le seul bouc émissaire universel est le juif (et d’à peu près tout le monde). il va falloir arrêter 5 mn de se branler sur les malheurs de l’homme blanc hétéro qui vit plutôt bien.

  3. Mwana Muke | 23/03/12 | 10 h 57 min

    Bel effort Valérie d’avoir patiemment répondu à ce ramassi de raccourcis simplistes et de racisme.

    Définition du mot « indigène »: Qui est originaire du pays où il se trouve.

    Que certains français originaires d’autres pays se nomment « indigènes » est déjà un non sens total. En France, les indigènes sont les « Français de souche » (pour autant évidemment qu’on puisse définir combien de générations représente une « souche »).

    Quant à la difficulté de se trouver une place dans une situation où on est d’origine étrangère, avec une autre couleur de peau, dans un univers culturel très différent de sa culture d’origine, je sais que c’est difficile pour l’avoir moi-même vécu en Afrique. La façon la plus simple de s’en sortir, c’est d’intégrer en soi ces cultures parfois contradictoires, de percevoir les autres non pas comme des groupes à opposer, mais comme des individus avec toutes leurs spécificités, d’exercer son esprit critique et d’ élaborer pour soi un socle de valeurs de respect, de curiosité, de tolérance mais aussi de limites à ne pas dépasser. Puis, grace à un long travail sur soi, se construire une identité propre, hybride, unique, mais ô combien intéressante.

    Bref, tout l’inverse du repli communautaire, du rejet de l’autre en raison de sa couleur de peau, de racourcis simplistes (les bons et les mauvais), et du racisme bête et méchant, comme le fait l’auteure de l’article.

  4. Hoppipolla | 23/03/12 | 11 h 16 min

    ?

    Vous n’avez pas compris. Je ne rentre pas dans le détail du différend entre HB et vous, je suis d’ailleurs d’accord avec quelques uns de vos points.

    Ce qui m’amuse, c’est le différend en lui-même. Les minorités, représentées avec plus ou moins de talents par différents lobbies ou associations, avaient pour point commun de désigner un coupable type: homme-blanc-hétéro. Forcément, les minorités étant « issues de la diversité », « femmes », « homosexuelles »…

    Ce que je pointe du doigt et que vous faites semblant de ne pas comprendre, c’est que la lutte des classes, luttes des races et lutte du genre que vous soulevez se dirigent progressivement vers la lutte entre les minorités. La réalité est complexe, et le coupable a divers visages. D’où les nombreux exemples que je donne, que vous assimilez à des amalgames, alors qu’ils ne sont que des exemples pertinents de ma sublime démonstration. Eh oui.

    « L’homme blanc hétéro vit plutôt bien »: pas tous. Padamalgam. Je n’ai en tout cas pas dit le contraire. Je constate juste que les minorités vont devoir ouvrir leurs œillères et prendre en compte que le « coupable » (s’il en faut un) n’est pas toujours celui que l’on fantasme. Ça vaut pour les féministes, et je remarque que vous allez parfois en ce sens, et je ne peux que vous y encourager.

  5. valerie | 23/03/12 | 11 h 43 min

    « Les minorités, représentées avec plus ou moins de talents par différents lobbies ou associations, avaient pour point commun de désigner un coupable type: homme-blanc-hétéro. »
    non. on désigne un système ; patriarcal, capitaliste, neocoloniaste. et souvent ce système tient grâce à des hommes (ca c’est 99% du temps), hétéro (idem), blancs (là non.).

    h : « , c’est que la lutte des classes, luttes des races et lutte du genre que vous soulevez se dirigent progressivement vers la lutte entre les minorités. »
    tu veux dire entre femmes, homos, immigrés etc ?

    MM ; en fait elle donne la def de « indigènes » dans leur site. Va voir c’est pas mal vu. sauf que comme je lui souligne, les nouvelles vagues d’immigration de l’est (entre autres roms) ne correspondent pas à sa def car n’ont eu aucun rapport colonial avec la france et ne sont pas musulmanes.
    il y a fort à parier que dans 20 ans, quand les roms auront une plus grande place d’expression, ils reprocheront aux indigènes ce que les indigènes reprochent aux blancs.

  6. Hoppipolla | 23/03/12 | 14 h 19 min

    « tu veux dire entre femmes, homos, immigrés etc ? »

    Tout à fait. Et vous semblez aller dans mon sens:
    « il y a fort à parier que dans 20 ans, quand les roms auront une plus grande place d’expression, ils reprocheront aux indigènes ce que les indigènes reprochent aux blancs. »

    « on désigne un système ». C’est facile. Tout devient la faute du système patriarcalo-capitalisto-neocolonialiste. Un nazillon tue des juifs? C’est le système. Un islamiste? C’est le système. Y a une anorexique? C’est le système. Une femme battue? Toujours le système. Ce qui est intéressant, c’est de voir les mêmes – et pire – effets dans d’autres systèmes, qui ne sont pas du tout capitalistes (regardons les pays communistes) et encore moins colonialistes. Même les peu de systèmes matriarcaux qu’on trouve dans certaines tribus ne me font pas rêver.

    Le monde n’est pas si simple, et le système a d’autres paramètres à prendre en compte, pas uniquement le fait qu’il soit patriarcal, capitaliste et néocolonialiste. Les causes peuvent être autres.

  7. valerie | 23/03/12 | 16 h 26 min

    « ême les peu de systèmes matriarcaux qu’on trouve dans certaines tribus ne me font pas rêver. »
    que tu devrais me montrer car il n’en existe aucun. ils sont tous matrilinéaires mais patriarcaux.

    « Un nazillon tue des juifs? C’est le système. Un islamiste? C’est le système. Y a une anorexique? C’est le système. Une femme battue? Toujours le système. Ce qui est intéressant, c’est de voir les mêmes – et pire – effets dans d’autres systèmes, qui ne sont pas du tout capitalistes (regardons les pays communistes) et encore moins colonialistes. »
    tu excelles à caricaturer. mais il se trouve que quand, par ex, quelqu’un tue des juifs parce qu’ils sont juifs – et que ces actes tendent à trop se répéter à peu près partout dans le monde, il est difficile de penser qu’on est face à des actes isolés mais qu’il y a forcément des constantes, des préjugés qui se sont collectivement mis en place.
    tu peux appeler ca systeme si tu veux.

  8. Kyrie | 23/03/12 | 20 h 00 min

    « Angela David en a assez parlé. »
    Angela Davis sans doute?

  9. Hoppipolla | 23/03/12 | 20 h 38 min

    Si, il a existé des sociétés de type matriarcale. Il faut savoir se référer aussi à l’Histoire. Il me semble même qu’il existe encore de nos jours des sociétés matriarcales. Dans des coins isolés d’Asie.’Faut vérifier. (On a déjà eu par ailleurs une discussion sur les sociétés matrilinéaires)

    « il se trouve que quand, par ex, quelqu’un tue des juifs parce qu’ils sont juifs – et que ces actes tendent à trop se répéter à peu près partout dans le monde, il est difficile de penser qu’on est face à des actes isolés mais qu’il y a forcément des constantes, des préjugés qui se sont collectivement mis en place. »

    Exactement. Je ne dis pas le contraire. Pour le cas de Mohamed Merah, on est d’accord que ce n’est pas un acte isolé. Mais je ne dis pas que c’est le système patriarcal-capitaliste-néocolonialiste qui en est l’origine.

    Son antisémitisme n’a rien à voir avec l’antisémitisme d’un néonazi. Elle a d’autres origines. D’où l’inconvénient de parler de système. Mais tout ceci peut dévier sur une très longue discussion…

  10. valerie | 23/03/12 | 21 h 13 min

    H : « il y a » est insuffisant. soit tu en cites soit tu n’en cites pas.

    « Mais je ne dis pas que c’est le système patriarcal-capitaliste-néocolonialiste qui en est l’origine. »
    j’ai dit cela ?

    « Son antisémitisme n’a rien à voir avec l’antisémitisme d’un néonazi. »
    mais tu plaisantes. les deux sont à fond sur la théorie du juif partout, qui contrôle tout et s’infiltre partout. Israël n’est vraiment qu’un prétexte dans le cas d’un Merah ; parle lui de la Tchétchénie ou d’un massacre de musulmans en Inde, il s’en contrefout.

    kyrie ; je dois filer sur le divan de toute urgence c’est la 50eme fois que j’écris david en pensant davis. merci en tout cas.

  11. ali | 23/03/12 | 21 h 41 min

    «  »"Le féminisme a été, dans sa période de gloire des 70s, un mouvement de femmes blanches hétérosexuelles et cisgenres. Il y avait donc un rejet et une ignorance des problèmes vécues par les autres mais ces autres étaient également lesbiennes, transsexuelles et pas uniquement indigènes. »" »

    Je précise d’abord que mon faible niveau d’étude (+ le vin que j’ai bu), me fait fuir du texte de Houria Boutelda auquel je ne comprend rien ce soir.
    Mais pour ce que tu dis Valérie, je veux bien croire à une ignorance des féministes ou humanistes des années 70, sur ce qu’ont pu être « les autres », mais en aucun cas à un rejet.
    Non, au contraire, tout le sens de ces années là a été une ouverture, le « rejet » est venu après, dans les années 80, comme une punition à trop d’optimisme.

  12. Thaliane | 23/03/12 | 23 h 28 min

    Je rejoins Hoppiholla sur un point : la tendance à l’éclatement des revendications, ce qu’il appelle la lutte entre minorités. Sauf que je ne le vois pas comme une lutte entre minorités mais un risque de désolidarisation par commodité.
    Je m’explique : il y a quelques jours, un homme très impliqué dans la promotion de l’égalité hommes – femmes (si, si, ça existe), militant contre les stéréotypes de genres m’expliquait que, pour autant, il n’utilisait jamais le mot féminisme. Me voyant tiquer (c’est à dire sur le point d’exploser), il m’explique que c’est parce que, dans l’esprit de beaucoup de gens et notamment de femmes, les mouvements féministes sont perçus comme fortement lesbiens. Et donc sa suggestion était de bien séparer les revendications entre égalités hommes – femmes d’un côté et égalités hétéros – homos de l’autre « pour ne pas tout confondre ». Sauf qu’en fait, ça revenait à dire « je veux bien défendre une égalité, celle qui m’intéresse personnellement, mais pas l’autre qui n’est pas mon problème ».
    Et voilà comment on arrive à une scission de plus en plus grande. Alors oui, peut HB n’a pas tout à fait tort : il y a peut-être des féministes qui ne veulent pas « tout mélanger » et aller « en plus » faire de l’anti-racisme parce que « bon c’est pas la même chose »…

    Alors qu’il faudrait prendre le problème exactement dans l’autre sens et bien se dire tant que les femmes d’origine étrangère et/ou de religion minoritaire et prolétaires seront discriminées et exploitées, finalement, on n’aura rien gagné du tout.

  13. valerie | 24/03/12 | 1 h 59 min

    ali « Mais pour ce que tu dis Valérie, je veux bien croire à une ignorance des féministes ou humanistes des années 70, sur ce qu’ont pu être « les autres », mais en aucun cas à un rejet. »
    ben écoute relis l’histoire du MLF. La politesse va m’empêcher de dire ce que je pense exactement de Fouque mais elle était tout sauf tolérante. Et clairement si les féministes hétéros étaient bien contentes de voir les féministes lesbiennes à leurs côtés, quand ces dernières ont commencé à dire que, peut-être il fallait penser aussi à elles, il n’y a plus eu personne.

    thaliane. Sauf qu’en vrai je ne vois pas cela comme récent et je vois ca comme plutôt logique. Dans la vie on peut mener plein de combats de front mais on en privilégie toujours un tout de même (déjà à cause du temps mais souvent aussi à cause de son histoire personnelle etc).
    Toutes les minorités ont placé leur combat avant les autres parce que « c’est le plus urgent ».

    « Et donc sa suggestion était de bien séparer les revendications entre égalités hommes – femmes d’un côté et égalités hétéros – homos de l’autre « pour ne pas tout confondre ». Sauf qu’en fait, ça revenait à dire « je veux bien défendre une égalité, celle qui m’intéresse personnellement, mais pas l’autre qui n’est pas mon problème » »
    ca peut aussi être un pragmatique. Imaginons que je veuille expliquer à Boutin ce qu’est le genre, je vais dissocier ca de l’homosexualité (d’ailleurs je cherche encore le rapport entre les deux mais bon). Peut être que ce mec se disait que tous les moyens sont bons pour réussir. Sa position est entendable ; je ne la partage evidemment pas.

  14. Suzanne | 27/03/12 | 13 h 25 min

    à propos de contraception:

    « Les pales­ti­nien­nes ne com­pre­naient même pas qu’on puisse leur poser ce genre de ques­tions tel­le­ment selon elles l’enjeu démog­rap­hique en Palestine est impor­tant. Leur pers­pec­tive est tout à fait autre. Pour beau­coup de femmes pales­ti­nien­nes, faire des enfants est un acte de rés­ist­ance face au net­toyage eth­ni­que israélien.  » (H. Bouteldja, citée sur le blog Entrailles dans un billet sur le féminisme islamique)

  15. Suzanne | 27/03/12 | 13 h 38 min

    « il y a une tendance claire en France à être très féministe et très ami des animaux quand il s’agit des musulmans ; curieusement beaucoup moins quand on parle de DSK et de foie gras. »

    Ha ha ha, c’est vrai.

    C’est vrai mais ça n’affaiblit pas, ou ça ne devrait pas affaiblir ce qui est durable, cohérent et honnête chez ceux qui trouvent également répréhensibles les viols des grands singes dominants blancs et ceux des reclus des banlieues, le foie gras, les poules de batterie et l’égorgement à vif.
    Il est de bon ton de reprocher aux seconds de faire le jeu des premiers, généralement…

  16. Mwana Muke | 27/03/12 | 15 h 26 min

    « MM ; en fait elle donne la def de « indigènes » dans leur site. Va voir c’est pas mal vu.  »

    J’ai cherché la définition, mais je ne l’ai pas trouvée. Faut dire aussi que lire sur ce site des propos réduisant les individus en races, et puis établissant un classement des races entre opprimantes et opprimées, me donne autant la nausée que la lecture d’un site néo-nazi.