Une blogosphère rose et bleue

21 février 2011 par valerie | Classé dans Crêpage de chignon.

Quelqu’un m’a récemment déclaré : « la blogosphère est assez représentative de la société. Les filles parlent chiffons, les hommes parlent politique. »

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Je peux déjà rajouter que sur les communautés des journaux en ligne, 70 à 80% des pseudos sont masculins et que, même si des femmes prennent des pseudos masculins, une majorité des commentateurs parlant politique sont des hommes.

Il n’est pas facile, lorsqu’on est une femme d’investir un milieu profondément masculin (l’inverse est vrai également). On peut être rapidement dévalorisé et les femmes ont également une rare tendance à se dévaloriser toute seules. dévalorisation qui participe d’ailleurs à la conservation du pouvoir en place ; il est dans l’intérêt d’un système – qu’il soit capitaliste, sexiste, raciste, que le groupe dominé ne soit pas collectivement soudé.

Lorsque les partis politiques disent qu’ils ont du mal à respecter les lois sur la parité car il n’y a pas assez de femmes inscrites, cela n’est pas que du mensonge. Oui sur la blogosphère comme IRL, plus d’hommes que des femmes parlent politique. Et, à mon sens, c’est un peu aux hommes à fermer leur gueule pour laisser parler les femmes mais c’est AUSSI aux femmes à se bouger les fesses.

Tous les hommes ne parlent évidemment pas politique ; bon nombre de blogs masculins n’abordent jamais aucune question politique. Il est curieux de constater que l’auteur de la citation ait conclu que, si la majeure partie de ceux qui parlent politique sont des hommes, alors tous les hommes parlent de politique.

Notons le mot « chiffons« . L’auteur ne notera pas le nombre impressionnant de blogs de geek, parlant de la dernière application iphone ou de la souris optique machin truc.
Il faut bien comprendre une chose ; la majeure partie des activités dites masculines sont vues, par l’ensemble de la populatio,n comme davantage intéressantes que les activités dites féminines. Le moindre blogueur qui parlera d’un jeu video sera toujours plus intéressant que la blogueuse cuisine qui a passé 4 heures à faire, écrire et prendre des photos d’une recette méritant 3 étoiles Michelin.
Le blogueur qui blogue sur l’iphone 4 sera toujours plus  intéressant que celle qui blogue sur la mode de la low boot.
Et, encore une fois, les femmes elles mêmes dévalorisent les activités typiquement féminines.

Encore une fois, il ne s’agit pas de nier la réalité ; oui de nombreuses femmes véhiculent des clichés complètement sexistes. Mais est ce que cela justifie pour autant le sexisme à leur égard, oui à l’égard des blogueuses dans leur ensemble ?

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19 commentaire to “Une blogosphère rose et bleue”

  1. Le Monolecte | 21/02/11 | 0 h 39 min

    Ben, non, je parle souvent politique. Parce que tout est politique. mais comme je suis éclectique dans mes sujets (je n’ose penser que c’est parce que je suis femme!), j’ai été reclassée par Wikio comme blog société!

  2. Le Monolecte | 21/02/11 | 0 h 43 min

    D’ailleurs, ma prochaine recette de tarte aux pommes express (toujours en cours d’élaboration) est un sujet éminemment politique : comment simplifier un fondamental de la pâtisserie pour en faire quelque chose de tellement simple qu’un gosse ou un homme peut le réaliser en 35 minutes, cuisson comprise, avec tout 100% maison (y compris la pâte) et en restant sur une tarte aux pommes, juste délicieuse.
    Parce que tout ce qui est amélioré dans ce domaine, c’est toujours du temps gagné pour les femmes pour continuer à bloguer de la politique sans bouffer de la merde.
    Vous me remercierez plus tard ;-)

  3. Mwana Muke | 21/02/11 | 11 h 33 min

    Virgina Woolf le disait déjà dans une chambre à soi: « Parlons franc, le football et le sport sont choses « importantes »; le culte de la mode, l’achat des vêtements sont choses « futiles ». Et il est inévitable que ces valeurs soient transposées de la vie dans la fiction. Ce livre est important, déclare la critique, parce qu’il traite de la guerre. Ce livre est insignifiant parce qu’il traite des sentiments des femmes dans un salon. Une scène sur un champs de bataille est plus importante qu’une scène dans une boutique – partout et d’une façon infiniment plus subtile, la différence des valeurs existe ».

  4. Dom | 21/02/11 | 12 h 15 min

    Comme le Monolecte,je parle politique, féminisme, mais comme c’est aussi mélangé avec les « chiffons », les futilités comme les questions plus sérieuses, que mes intérêts ne sont pas uniques, du coup, personne ne peut me classer, et ça c’est drôlement emmerdant.

    Le problème est aussi là, on peut avoir envie de parler de tout, de rien, de choses sérieuses, cruciales, comme de la dernière bouse de TFone.

    Regarde sur Twitter où si tu as le malheur de vouloir mélanger tes propos, ne pas restée cantonnée à une thématique, tu te fais défollowée plus vite que Lucky luke pour tirer sur les Dalton.

    Le problème vient effectivement que les centres d’intérêts dits « féminins » sont dépréciés par rapport à ceux dits « masculins », il est d’ailleurs amusant de noter pour la cuisine que lorsqu’elle est pratiquée par la femme, elle reste cuisine, popote, et quand elle l’est par l’homme, elle devient grande ou gastronomie.

    Ceci était une parenthèse.

    Mais le problème vient aussi à trop vouloir classer les gens, les faire rentrer dans des petites boites avec des jolies étiquettes définitives dessus.
    On est politique. On est féministe. On est blogueuse beauté, on est blogueur geek, on est blogueuse culinaire.

    Et s’il me plait à moi, d’être tout à la fois.
    Seulement voilà, du coup, aux yeux des autres, je ne suis plus rien.

    jamais classée en féministe, ou en politique, encore moins en mode ou en beauté, je suis dans le « divers », bref, le n’importnaouak.

    Fuck les étiquettes. Et les petites boites.

  5. Tweets that mention Une blogosphère rose et bleue | Crêpe Georgette -- Topsy.com | 21/02/11 | 12 h 22 min

    [...] This post was mentioned on Twitter by valerieCG, Marie Giesbert, Marie Giesbert, Mlle Gima, Germain and others. Germain said: @elenoresong @valerieCG… une blogosphère rose et bleue : http://tinyurl.com/5vqzgdn cherchez pas homme = bien; femme = pas bien [...]

  6. Noum | 21/02/11 | 12 h 54 min

    j’en suis encore à me foutre en rogne toutes les 5 minutes parceque y’a tout un tas de « gonzesses » qui dise des trucs comme « ambiance de filles =cancan et potin hypocrites » alors que les mecs eux sont francs …a chaque fois ça me rends littéralement dingue ces conneries…alors tu vois la politique on y est pas encore.
    Maintenant moi quand je ferme ma gueule sur un sujet c’est juste quand je n’ai rien a en dire mais rarement parceque je suis une femme…et c’est pas forcément sur la politique…
    Y’a des filles qui sont plus royalistes que le roi en matière de machisme et ça m’inssuporte…je crois que je suis hors sujet mais j’avas enve de le dire et ça fait du bien !

  7. Noum | 21/02/11 | 12 h 55 min

    désolée pour les fautes ma pause est courte :)

  8. valerie | 21/02/11 | 13 h 01 min

    noum ; non tu n’es pas hors sujet.
    Les femmes doivent aussi à apprendre à ne pas se dévaloriser collectivement. C’est aussi à force de dévalorisation perpétuelle et d’entretien constant des clichés qu’on en est là.

    dom ; le « divers » est en effet la catégorie la pire.

    merci de la citation MM.

    agnès : « Parce que tout ce qui est amélioré dans ce domaine, c’est toujours du temps gagné pour les femmes pour continuer à bloguer de la politique sans bouffer de la merde. » haha tellement vrai.
    Quant au reclassement société… no comment. je voudrais bien savoir la différence selon wikio entre société et politique, perso je n’en vois pas.

  9. Gabrielle | 21/02/11 | 13 h 35 min

    c’est très pertinent d’aborder l’auto-dévalorisation des femmes, d’elles-mêmes et entre elles.
    je me rappelle, étudiante, qu’avec mes copines de l’équipe de foot universitaire on se sentait infiniment supérieures aux pom-pom girls.
    alors que bon, entre taper dans la baballe et faire des saltos arrière…
    depuis, j’ai saisi ce que c’était un comportement sexiste.
    en tant que femme, on est valorisée quand on fait une activité « virile ». avec pour corollaire de dévaloriser celles qui ne le font pas.

  10. Bôôh | 21/02/11 | 14 h 12 min

    Il y a des femmes qui parlent politique ? Diantre ! Et pourquoi pas automobile et courses hippiques aussi ?

    C’est une évidence, la société dans son ensemble ne peut pas se sortir d’un carcan culturel édifié en modèle pendant des siècles. Il faudra du temps, il y aura des pas en arrière, mais on ne peut pas s’étonner que les choses soient lentes. Et il n’y a qu’à voir les modèles qu’on pose :
    - femme la plus riche d’Europe (donc qui a le plus réussi selon certain critères) : une héritière qui n’a jamais rien fait d’elle-même (même pour financer des partis, il y avait quelqu’un pour s’en occuper)
    - femme politique la plus appréciée des français : une splendide ex-secrétaire d’Etat aux Droits de l’Homme qui a part quelques phrases vites retirées ne laissera pas grand trace de son passage dans les annales politiques. Mais splendide.
    - dernière finaliste aux présidentielles : « mais qui va garder les enfants » s’interroge son propre parti
    - 1ere femme à tenter d’évoluer dans un championnat professionnel -masculin- de football : Birgit Prinz que le président de Perouse avait tenté de recruter
    - pour faire du bruit, pas pour la faire vraiment jouer (même s’il s’agissait de la meilleure joueuse de l’époque)
    - provoquant une levée de boucliers et une interdiction formelle par les instances nationales et européennes

  11. Bôôh | 21/02/11 | 14 h 14 min

    (j’ai cliqué sur submit par maladresse, la machine à écrire c’est vraiment pour les doigts fins des secrétaires)

    Conclusion : le monde, au plus haut niveau d’influence : finance, politique, média, sports, nous explique en permanence que les femmes ne peuvent pas prétendre à tout, qu’il faut les cantonner à certaines situations. Pas étonnant qu’abreuvées de ces messages, les femmes ne s’en libèrent pas d’un coup d’un seuk

  12. Gabrielle | 21/02/11 | 14 h 46 min

    je ne connaissais pas l’histoire de Birgit Prinz, que s’était-il passé? (un peu hors-sujet mais bon)

  13. Le Monolecte | 21/02/11 | 15 h 25 min

    Les médias sont les premiers pourvoyeurs de sexisme par la manière de traiter et de hiérarchiser l’info.
    Exemple : tout le monde parle de l’équipe de foot masculine, même si c’est une sacré brochette de bras cassés, mais pratiquement personne ne parle des bleuEs quand elles deviennent championnes! http://www.lesnouvellesnews.fr/index.php/plaisirs-articles-section/bouger/435-allez-les-bleues-en-route-pour-la-qualification

  14. Silenus | 21/02/11 | 16 h 30 min

    On peut rajouter un autre cliché (vérifié) : les blogs sexo sont souvent des blogs de nanas.

  15. Joelle | 21/02/11 | 16 h 49 min

    les femmes n’osent pas assez! surtout sur les domaines réservés aux hommes.

    Pire encore, même dans des domaines sensés être féminins comme la cuisine, ou les fringues, ou la coiffure, ou même le maquillage ce sont encore les hommes qui trustent le « haut du panier » (les chefs, les grands couturiers, les maquilleurs connus etc)

    Bon tout ça pour dire que la recette de la tarte aux pommes express m’intéressent grandement (pour mon ptit site qu’il est trop bien: fastcooking.fr) et pour mes papilles.

    Quant à parler politique, j’essaie, j’adore ça, souvent même je geule, je revendique et tout et tout, mais dès que les gens voient un article qui parle tricot ils ont peur, ils s’enfuient :)

    C’est le problème de surenchère qui veut que pour être « crédible » à parler politique ou de n’importe quel sujet un tant soit peu sérieux, une femme devrait s’interdire absolument tout écart de futilité.
    Et ça c’est particulièrement pénible.

  16. Flashou | 21/02/11 | 17 h 50 min

    Joelle > ça prouve bien que ce n’est pas le sujet qui est considéré comme inférieur, mais son traitement. La connotation féminine « rabaisse » le sujet là ou la connotation masculine lui donne des lettres de noblesses. On parle plus facilement d’un homme qui révèle son coté féminin que du contraire.

  17. Bôôh | 22/02/11 | 9 h 14 min

    @ Gabrielle

    C’est une footballeuse professionnelle allemande (le foot féminin pro (ou semi-pro) existe dans pas mal de pays, principalement d’Europe du Nord, ainsi qu’aux Etats-Unis. En France il n’y a pas de division professionnelle féminine).

    En Italie, les clubs de foot pro (masculins) ont parfois des patrons un peu particuliers, S. Berlusconi au Milan AC par exemple. A Perouse, le patron jusqu’en 2005 était Luciano Gaucci. Ce bonhomme n’était pas trop connu pour la réussite des différents clubs où il a exercé (Perouse était un club très moyen), mais plus pour ses excès et ses coups de pub. Son crédo est de recruter des joueurs « exotiques » afin -1 d’attirer des spectateurs de ces pays, 2- attirer des sponsors de ces pays, 3- faire parler de son médiocre club.
    - En 2002, le joueur coréen du club de Perouse Ahn Jung-Hwan joue la coupe du monde avec son pays et marque contre l’Italie un but qui élimine les italiens de la compétition. Après la coupe du Monde, Gaucci le vire du club à cause de ce but.
    - En 2003, Gaucci recrute un joueur et un sponsor à la fois : Al-Saadi Kadhafi, fils du fameux Guide de la grande révolution de la Grande Jamahiriya arabe libyenne populaire et socialiste. Le garçon ne sait quasiment pas jouer au foot mais la famille est propriétaire de parts dans un grand club (la Juventus de Turin) qui en échange de l’argent a du engager le joueur. La Juve s’est dépêchée de l’envoyer dans le club plus modeste. On ne le voit jamais sur le terrain, par contre il anime Perouse avec la classe qui sied aux grands héritiers (nuées de gardes du corps, voitures tapageuses, hélicoptères…)
    - Egalement en 2003, le président se dit que les coréens et les héritiers c’est pas assez vendeur, il s’attaque au marché de la femme en tentant d’embaucher une footballeuse. Et pas n’importe-laquelle : la meilleure joueuse du monde de l’époque, Birgit Prinz. Il pense que les télés vont s’arracher les images, vont parler du club à toutes les sauces (coque ou pas coque, quid des contacts « virils », et pourquoi pas des hommes dans les divisions féminines, vestiaires séparés ou mixtes –avec le fils Kadhafi qui a la même époque fait vider l’hôpital local de toute présence masculine pour que sa femme puisse accoucher-, etc.).
    Sauf que là il s’est attaqué à plus fort que lui (après avoir insulté la Corée du Sud et laissé le fils Kadhafi s’entendre suggérer Va fanculo par un de ses coéquipiers exaspérés) : le monde du sport. Au niveau européen, ça a ouvert un début de petit débat qui s’est refermé avec une interdiction absolue d’engager des femmes dans les championnats masculins. Il faut reconnaitre à Gaucci qu’il a plus fait pour la connaissance de l’existence du football féminin (l’existence, pas sa notoriété, personne ne s’est préoccupé du talent de la joueuse) que quiconque auparavant.
    - Pour finir, en 2005, le club fait banqueroute et le personnage et ses deux fils également mouillé s’enfuient à Saint-Domingue pour échapper aux poursuites.

  18. RectificationS | Crêpe Georgette | 7/03/11 | 0 h 01 min

    [...] à une interview sur le féminisme. Je vous avais d’ailleurs soumis une des questions ici. Cela a donné cet article. Mes réponses, comme celle d’une autre interviewée – et [...]

  19. Fantomette | 7/03/11 | 19 h 12 min

    Merci Bôoh pour cette claire explication quant au recrutement de la footballeuse. Mais qu’est-elle devenue, du coup?
    -au passage, ce blog mérite lecture et relecture ;)

Sois brillant, voire pertinent !