Dancing Auschwitz

20 juillet 2010 par valerie | Classé dans Crêpage de chignon.

Vous avez sans doute vu cette video.
Il s’agit donc d’une famille composée du grand-père déporté en 40, de sa fille et de ses petits-enfants. Lors d’un voyage en Europe, ils ont visité les camps de concentration et d’extermination et ont dansé sur I will survive.

La vidéo a été interdite sur youtube – et repostée depuis – au prétexte que les créateurs ont utilisé entièrement et sans autorisation la chanson de Gloria Gaynor.
On en rirait.
YT et DL regorgent de videos de gens utilisant sans autorisation des chansons, des textes et des images et, comme par hasard c’est celle-ci qui est supprimée.

Je comprends tout à fait qu’on puisse être gêné par cette vidéo ; on se souvient de la polémique autour de la vie est belle ou du livre de Didi-Huberman, Images malgré tout.
Moi même je n’aurais pas accepté de faire cette vidéo.
Mais est-elle si choquante ? Est ce que l’interdire ou en être choqué n’est pas se dire qu’il n’y a aucun espoir à avoir après avoir vécu un traumatisme ?
En voyant certaines réactions outragées, je pense à ces femmes violées dont on attend qu’elles se suicident comme s’il fallait à tout prix qu’elles ne s’en remettent jamais. Je repense à Bettelheim, Levi et d’autres dont la mort ne surpris personne « ah mais vous saviez bien, ils avaient été déportés« .

Nous ne sommes pas en train ici de visionner la création d’une boite de nuit à Mathausen.
L’homme qui danse fait part de son propre ressenti, de sa résilience – et quoi qu’en disent certains, ce terme a tout son sens – qui ne sera pas celle d’autres.
Il ne parle pas au nom des juifs, au nom des déportés, au nom de celles et ceux qui ont souffert, il parle en son simple nom.
Lui nier cette expression, cette liberté c’est encore une fois lui marcher sur la figure ; on lui expliqua il y a 70 ans qu’il n’était pas un homme, on lui explique aujourd’hui qu’il ne doit pas exprimer son ressenti.

En 1945, face à la liesse populaire on niait aux déportés le droit de s’exprimer.
En 2010, on le leur autorise mais, comme toujours, il faut que cela soit d’une certaine manière, même si cela n’est pas la leur.

16 commentaire to “Dancing Auschwitz”

  1. Zoé | 20/07/10 | 19 h 56 min

    je trouve ça super émouvant en fait… le même genre d’émotion que l’on peut avoir à un enterrement lorsqu’on choisi de rigoler, chanter et danser plutôt que de pleurer… Chanter aux vivants, célébrer la mémoire des moments passés avec les disparus… donc, ça m’émeut…

  2. Lledelwin | 20/07/10 | 20 h 03 min

    je n’arrive pas à voir cette vidéo : elle me fait pleurer à chaque fois. C’est un tel pied de nez à la mort que j’en suis toute émue… et qu’on s’indigne de ce pied de nez, je trouve ça tellement bas de réflexion ! ^^

  3. Flashou | 20/07/10 | 21 h 02 min

    Comme quoi je fais bien de venir ici régulièrement : à la base je ne connaissais pas du tout l’histoire du monsieur, et je pensais que c’était juste un blague potache.

    On doit pouvoir débattre des heures sur la porté exultoire de cette démarche pour un individu ayant connu l’enfer, toujours est il que la question de la « légalité » est vraiment hypocrite.

    La société dicte jusqu’a nos ressenti émotionnel : là on doit pleurer, là on doit se sentir solidaire, là on doit trouver ça injuste etc…

    Ca me fait penser a Ingrid Betencourt (je sais je digresse un peu) qu’il fallait unanimement admirer même si on ne la connaissait pas, et en faire un symbole. Résultat a son retour, comme elle ne collait pas a l’image qu’on s’en était fait, tout d’un coup c’est devenue une méchante profiteuse.

    Pas de recul, pas de contexte, pas de réflexion : on nous conditionne comme dans Orange mécanique à réagir de façon pavlovienne.

    Que ce monsieur trouve sa revanche sur la vie autrement, en insultant de jeunes allemands par exemple, après tout il des circonstances atténuantes ?

  4. Zoé | 20/07/10 | 21 h 47 min

    euh, Flashou, je comprends pas trop bien ta dernière phrase. Tu veux dire qu’il y a des choses plus acceptables que d’autres?

  5. Tweets that mention Dancing Auschwitz | Crêpe Georgette -- Topsy.com | 21/07/10 | 1 h 43 min

    [...] This post was mentioned on Twitter by valerieCG, Juliette. Juliette said: Excellent article RT @valerieCG http://www.crepegeorgette.com/2010/07/20/dancing-auschwitz/ : Dancing Auschwitz [...]

  6. Flashou | 21/07/10 | 7 h 06 min

    Zoé > ce que je veux dire c’est que si le monsieur se serait comporté différemment (et notamment de manière agressive) personne n’aurait trouvé à redire, et on lui aurait même donné raison.

  7. Spike | 21/07/10 | 8 h 28 min

    Je ne connaissais pas cette video et je la trouve très émouvante également.
    Ton article résume exactement mon ressenti, les gens sont trop souvent choqués de réactions qui ne sont pas « politiquement ou moralement correctes », mais doit on obligatoirement se comporter en martyr ou en dépressif lorsqu’on a vécu le pire?

  8. Floréal | 21/07/10 | 12 h 47 min

    J’aime et j’admire cette force de vivre, cette façon d’exprimer la victoire de la vie sur la mort. Et s’il y en a qui ont bien le droit de l’exprimer ainsi, c’est bien ce vieil homme et sa descendance.

  9. RiGeL | 21/07/10 | 16 h 54 min

    j’envie fortemant la force morale de cet homme. Arriver à danser dans un tel lieu, lorsqu’on sait ce qui s’y aest passé pour l’avoir vécu… il faut un sacré cran.

  10. Barbafonk | 21/07/10 | 16 h 57 min

    Bien sûr qu’un déporté d’Auschwitz doit pouvoir danser et le montrer, celui qui dit le contraire est un con, mais ça n’engage que moi, mais ça m’engage fermement.

    A la genèse de l’histoire (enfin pas du clip, mais du relai qui en a été fait et les commentaires associés), beaucoup de gens s’insurgaient : « on danse pas sur des génocides blablabla respect aux morts dans les camps blablabla ». Bon, ok, pourquoi pas, sans la contextualisation (qui en a fait changer d’avis plus d’un du coup, c’est ça, la force de la contextualisation), je le comprends.

    Et là, tombant sur le palto des indignés, les gens abraraccourcix, disant : « mais non, vous êtes des cons, le vieux, il y a été, dans les camps, je vous méprise ». Soit, cette réaction est saine, et encore une fois, quand on connaît le contexte, je ne vois pas trop pourquoi s’indigner devant cette vidéo.

    En revanche, quand certains (sur divers sites et forums, de diverses sensibilités idéologiques) expliquent posément, qu’ALHA, finalement, pourquoi pas danser sur Auschwitz même quand on y a jamais mis les pieds, ils se font dessouder option lance-flamme rhétorique.

    C’est peut-être ça qui me gêne le plus : chanter et danser « I will survive » à Auschwitz, même quand on est pas un survivant du camp, ça a quoi d’irrévérencieux, si l’intention joyeuse (du moins festive, au sens premier du terme) est affichée ?

    PS : Encore une fois, tout est question de contextualisation, même pour moi, si ça avait été des skinheads fachos (je précise, les skinheads n’ont pas forcément quelque chose à voir avec le national socialisme) qui font « la chenille qui redémarre » en lançant un wagon en bois sur les rails d’Auschwitz, j’aurai compris l’indignation.

  11. Cléodile | 21/07/10 | 21 h 56 min

    C’est vraiment magnifique de choisir « I will survive » pour dire, des années plus tard : « Vous avez voulu m’exterminer, vous ne m’aurez pas. Vous avez voulu ma disparition, je vivrai encore. Vous avez voulu mon avilissement, je suis toujours debout. »

    Bravo. C’est une façon de dire non à l’oppression et d’affirmer son droit à la vie et à la dignité.

  12. valerie | 22/07/10 | 9 h 54 min

    « chanter et danser “I will survive” à Auschwitz, même quand on est pas un survivant du camp, ça a quoi d’irrévérencieux, si l’intention joyeuse (du moins festive, au sens premier du terme) est affichée ? »
    parce qu’on ne voit pas bien pourquoi quelqu’un de non concerné aurait envie, besoin, de danser dans un camp.
    Et là – mais je confesse ne pas être d’une objectivité implacable – mon discours aurait été tout différent.

  13. Le Maître des Bouviers | 22/07/10 | 21 h 21 min

    Oui, quel besoin aurait-on à danser devant des fours crématoires ? Aucun. Est-ce irrévérencieux ? Même pas. C’est juste idiot.
    Oui, bien sûr toute forme de censure est abjecte et touche une liberté fondamentale et que le motif de cette censure est une foutaise. Bien sûr que ce déporté à le droit de faire ce qu’il veut, il aurait tout aussi bien pu se mettre un nez de clown que ça ne m’aurait pas dérangé plus que ça.
    Mais quel est le message ?
    Qu’on peut survivre aux camps de la mort ?
    Il serait peut-être temps de s’en rendre compte 65 ans après.
    Une analogie : on voit, dans une vidéo, une fille d’une vingtaine d’années faire des papouilles avec son petit copain et un bandeau défilant nous apprend qu’elle a été victime de viols répétés quand elle avait 6 ans.
    Quel est intérêt ? Faire rire ? On trouve plus drôle. Nous expliquer qu’on peut se relever de tout ? Encore heureux. Nous émouvoir ? Oui, c’est très émouvant. Mais ensuite ?
    Et puis je me pose la question : quelle peut être la conclusion de ceux qui voient ce film et qui ignorent tout (ou à peu près) d’Auschwitz ?
    Que c’était pas si terrible que ça puisqu’un survivant vient y faire l’andouille ? Que si c’était pas si terrible, c’est que peut-être ça n’a pas existé, que c’était un « détail » ?
    La liberté d’expression doit être défendue bec et ongles, y compris la liberté de dire des conneries.
    Ce film est une connerie.

  14. valerie | 22/07/10 | 22 h 03 min

    Merci de ta contre-opinion.:)

    « Oui, bien sûr toute forme de censure est abjecte et touche une liberté fondamentale »
    On en discute souvent ici et peut-être serait il temps que j’en fasse un vrai billet.
    Pour lire à longueur de journée des horreurs, je suis convaincue que limiter la liberté d’expression la garantit. Or pour dire les choses clairement, la limite c’est aussi la censure.

    Le cas du viol est assez pertinent parce qu’il est sous-entendu qu’une personne violée ne s’en sortira jamais. Combien de fois par jour puis je lire à chaque fait-divers impliquant par exemple un pédocriminel ‘ »ah sa victime est foutue ». Il ne suffisait pas qu’elle ait été violée, il faut en plus qu’on lui prédise une vie de merde. Tendons lui un flingue, ca sera plus simple.

    Mais oui dans les deux cas (viol et camp) on court le risque que des abrutis en concluent que cela n’est pas si terrible au vu d’une telle video.
    Quoiqu’on fasse, on ne convaincra jamais ces gens là. Pour ne rien connaitre des camps – en occident tout au moins – soit il faut avoir 5 ans soit le faire vraiment exprès.
    Est ce qu’il donne du grain à moudre aux négas ?
    Peut être. mais là on est dangereusement prêt de dire qu’une victime doit se surveiller, se méfier de ses actes « au cas où ».
    qu’il rit ou qu’il chiale, celles et ceux qui voudront penser qu’Auschwitz était un simple camp de travail ou l’on mourrait de diphtérie continueront à le croire.

    « Qu’on peut survivre aux camps de la mort ?
    Il serait peut-être temps de s’en rendre compte 65 ans après. »
    le verbe « survivre » est intéressant :o ). Parce que cet homme ne semble pas survivre, il vit.
    Comme je le disais au-dessus, il est encore difficile d’admettre qu’on puisse vivre après un trauma majeur.
    - déjà parce que celles et ceux qui n’y « arrivent » pas se sentent coupables de ne pas pouvoir.
    - parce que dire qu’on vit après laisse craindre qu’on minimise le trauma.

    Comme je le laisse vaguement entrevoir, je suis concernée par le sujet. Donc pour moi il n’était pas clair qu’on puisse vivre après les camps et qu’on puisse avoir eu des éléments de résilience permettant d’y revenir et de faire cette vidéo.

    Clairement dire qu’il est possible de vivre et de re-affronter son trauma est, pour moi, un discours fort.

  15. Le Maître des Bouviers | 22/07/10 | 23 h 51 min

    Je comprends bien qu’il puisse être difficile de comprendre le dépassement du sentiment de culpabilité, la culpabilité de ceux qui ont « survécu » (et qui « vivent » aujourd’hui). Car il s’agit bien de ça : la culpabilité des survivants. Au même titre qu’une fille violée se sent (souvent) coupable.
    C’est bien pour ça que je me garde d’interpréter les motivations de ce monsieur et si faire le couillon (quand même) sur les lieux même où sa mort était industriellement programmée lui permet d’exorciser ses sentiments, tant mieux pour lui.
    Et personne n’a le droit de censurer sa vidéo, si l’envie lui prend de nous la montrer, quels que soient, par ailleurs, les horreurs qu’on peut lire ou voir et qui n’ont pas non plus de censure à subir.
    La censure est, je crois, un aveu de faiblesse.
    Ce que je voulais souligner, c’est que, étant moi aussi concerné par le sujet (de loin), je ne vois pas ce que cette vidéo m’apporte. Quelle est la valeur de ce témoignage ? Quel contenu d’information en plus. Aucun, sinon qu’un déporté survivant d’Auschwitz s’en sort bien, à sa façon.
    Mais le diffuser sur internet c’est quand même tenter d’en faire, de cette façon, une généralité dangereuse, un exemple en négatif. Et ceux qui ne sont pas capables de danser au pied d’une cheminée, quelle est la valeur de leur résilience ?
    Je crois que tu pêches par excès d’optimisme, il y a des gens, en France, qui n’ont pas 5 ans et qui ne savent absolument rien des déportés NN, des déportés juifs, tziganes et homosexuels.
    Et que, pour ceux-là, la valeur historique (morale ?) de la déportation est amoindrie par cette vidéo.
    L’erreur à été de censurer (pour de mauvaises raisons et pour se dédouaner d’y apporter une caution en sachant qu’il circulera de toute façon) un film qui portait, tel quel, le risque d’une conclusion dangereuse sur l’histoire des camps de la mort pour ceux qui n’en savent rien et qui renforce encore les convictions des abrutis. Et oui, on ne convainc pas un abruti, mais on peut lui dire qu’il l’est.
    Enfin (oui, oui, je termine !), Youtube et consorts ont les moyens de m’obliger à regarder une pub avant une vidéo, que n’ont-ils fait précéder cette vidéo d’un texte (et/ou d’images) expliquant le contexte dans lequel elle a été tournée ?
    Plutôt que de bêtement la censurer pour des raisons que même un enfant de 5 ans sait être fausses ?
    Résultat des courses : une censure à été exercée (mauvaise idée) grâce à un mensonge (droits d’auteur à défendre) et personne n’en sait plus sinon qu’un vieux monsieur va bien.
    Je maintiens donc que ce film (tel quel) est une connerie et le censurer une plus grosse encore.

  16. Jess | 4/08/10 | 15 h 51 min

    En dehors de toute polémique, mes réactions à ma petite échelle d’être humain européen ont été: dérangée 4 secondes, émue 4 minutes de par le contraste entre ce lieu d’horrible souffrance et de mort et cette célébration de la vie.

    A présent, pour entrer dans le débat, l’intérêt n’est probablement de nous rappeler tout ce que l’on sait (ou que l’on ne sait pas, ou mal) sur le sujet; mais peut-être simplement – et je trouve que ça a du mérite – de nous toucher en tant qu’humains.

    Je ne trouve pas que la valeur historique de la déportation soit amoindrie d’aucune façon. Que du contraire, si l’on se base sur l’idée du contraste plus que sur l’ »idiotie » du geste.

Sois brillant, voire pertinent !