Censure
9 avril 2010 par valerie | Classé dans Crêpage de chignon.Deux députés UMP du Val d’Oise, Yanick Paternotte et Claude Bodin, ont demandé l’interdiction du concert de Maghreb United dans un communiqué. Ils évoquent « les appels à la haine et à la violence de pseudo chanteurs n’ayant de cesse de bafouer et d’insulter nos valeurs nationales ».
Ils visent les rappeurs Sefyu et Rim’K, et leurs titres « La vie qui va avec » et « Face à la police« . (je vous mets les paroles en lien).
Bon.
Je ne suis pas spécialement fan de Sefyu. A une époque, un copain complètement fan m’avait fait écouter quelques titres ; entre « pute », « salope » et autre « chienne » j’avais eu un peu de mal.
Est ce que cela nécessite une interdiction (qui ne vise de toutes façons pas ces paroles là, nos députés ne s’intéressant au sexisme qu’en période électorale) ? Non.
Je suis un peu partagée, tout en étant contre l’interdiction evidemment.
Dans ma lointaine jeunesse, j’ai écouté des groupes chantant « Policier moustachu« , « Le renard« , « Saumur » et autres « Adolf mon amour ».
A part un ou deux, aucun de ces groupes n’a jamais aspiré à une reconnaissance nationale dans la musique. A l’époque la quasi totalité était déjà surveillée par les RG, certains concerts interdits pour troubles à l’ordre public. Ces groupes savaient bien, au vu de leurs paroles qu’il fallait faire un choix.
De plus on ne crache pas sur certains systèmes en rentrant à fond dedans c’est un peu contradictoire.
D’un côté j’ai donc envie de dire à ces deux députés qu’il est temps de se réveiller, des dizaines d’ artistes (et les mots « pseudo chanteurs » n’ont rien à faire dans ce communiqué ; on peut juger de la légalité des paroles, pas de l’artistique) ont déjà chanté ce genre de choses et cela n’étaient pas des « gens issus de l’immigration ».
De l’autre j’ai quand même envie de signaler aux dits groupes que, lorsqu’on veut le zénith, l’argent et les femmes, il faut s’attendre tout de même à quelques revers. Pas mal de ces groupes, au discours prétendument politique (tu parles), ne cessent de chouiner qu’au fond ils veulent juste rentrer dans le système capitaliste et là ils seront contents.
Au passage, il est quand même étonnant de voir ces mecs, soit disant porte paroles de la jeunesse, être aussi réactionnaires.
Rim’K et le 113 avaient déjà été ciblés par François Grosdidier en 2005 avec sa plainte pour « incitation au racisme et à la haine », qui n a pas abouti à cause d’un vice de forme je crois.
Ce qui dérange les politiques je pense, c’est surtout le concept même « maghreb united », et tout le délire identitaire (n’importe quelle identité sauf la française) qui va avec.
Ludwig ou les bérus, et le punk en général, peuvent s’opposer violemment à l’état, mais ne passent pas sur des grandes radios nationales ou sur MTV, et ne vendent pas leurs disques par millions.
est ce que juste une fois dans ce pays il sera possible de dire à un enfant « vas-y parle j’écoute » au lieu de « ferme-la »?
si nos enfants écoutent ces chansons c’est qu’elles leur parlent et donc que ce qui s’y dit mérite non pas qu’on le fasse taire mais qu’on y prête au contraire la plus grande attention parce qu’il y a là dedans, à mon humble avis, des indices précieux pour aider à la compréhension de ce qu’on fait de travers avec nos gosses.
mais bon apparemment la réponse « tais toi » reste majoritaire, donc c’est pas demain la veille qu’on changera le monde.
On sait où mène la censure de l’art.
Moi j’ai une idée, je vais faire un groupe de punk et vais y mettre de belles paroles anti-charia, anti-islam, anti-Algérie, anti-beur et je demanderai, avec mes potes, de faire des soirées France-United dans tout le Maghreb!
Vous êtes vraiment à coté de la plaque
Ajoutons pour information que sous cette marque identitaire, musicale et vestimentaire on trouve plusieurs groupes et rappeurs comme 113, Rim’k, Seyfu ou Tunisiano appelant sans détour à la haine des Français, au mépris de la femme, faisant l’apologie du trafic de drogue ou appelant à l’insurrection contre la police (vidéo-clips visibles sur Dailymotion ou Youtube).
Les paroles de 113 sont par exemple sans équivoques : « J’crie haut, j’baise votre nation, l’uniforme bleu, depuis tout p’tit nous haïssons. On remballe et on leur pète leur fion. Faut pas qu’y ait une bavure ou dans la ville ça va péter, du commissaire au stagiaire, tous détestés ! A la moindre occasion, dès qu’tu l’peux, faut les balayer, bats les couilles, les porcs qui représentent l’ordre en France.»
A Marseille, Lyon et Grenoble, les concerts de Maghreb United ont été récemment annulés suite à une forte mobilisation.
Heu… Ya pas que les « non-blancs » qui haïssent les flics en France, hein… Et faire annuler des concerts c’est de la censure, justement.
Je crois que je suis également partagé sur le sujet.
Bien sur, le terme de censure est toujours péjoratif pour qui à une âme libertaire…
Mais en essayant de voir plus loin, je reste abasourdi : Autant, manifestement nous écoutions les mêmes trucs dans les années 80, autant, je ne connais pas du tout la scène rap dont tu parles. Mais je trouves qu’il y a tout de même une sacrée différence entre « Le renard » des Berus, le « Mort aux vaches, mort aux condés » de Parabellum voire « Moi j’crache dessus et je crie bien haut que le bleu marine me fait gerber » de renaud d’un côté et de l’autre les paroles lus ici ou là sur certaines chansons de rap (je ne généralise pas le rap, je ne connais pas).
Alors ma réaction : Je penses que je serais tout de même choqué si je tombais involontairement sur un de ces morceaux à la radio, mais surtout je n’aimerais pas du tout que mon gamin entende ça.
… Et pourtant je reste contre la censure…
En des temps plus anciens, la fin « du déserteur » de Boris Vian a été modifiée pour que « prévenez vos gendarmes / que je possède une arme / et que je sais tirer » remplace « prévenez vos gendarmes / que je n’aurais pas d’arme / et qu’il pourront tirer » et ainsi amadouer la censure… sans convenons-en 50 ans après, vraiment édulcorer le thème de la chanson et sa force politique.
De la même façon, il me semble que certains textes n’ont pas leur place dans la diffusion de grande écoute mais que plutôt que d’interdire complètement, l’artiste doit savoir les limites et modérer ses propos, surtout quand ses paroles vont à l’encontre de la loi qui comprend un délit d’incitation à la haine (raciale ou pas) et à l’émeute.
D’ailleurs, de façon générale, je veux bien tout accepter d’un texte (chanté ou pas) qui dit « jaime pas les noirs / les chinetoques / les youppins / les gauchistes / les albinos / les cathos, etc… » mais je suis choqué quand le texte dit « tuons tous les noirs / les chinetoques / les youppins / les gauchistes / les albinos / les cathos, etc… »
Nakito > +1
« Or sous tous les cieux sans vergogne, c’est un usage bien établi, dès qu’il s’agit de rosser les cognes, tout le monde se réconcilie ».
Et le titre, c’était: « Hécatombe »
« Mais je trouves qu’il y a tout de même une sacrée différence… »
Et quelle différence ?
Les morceaux polémiques ne sont pas non plus diffusés en radio ou à la télé
Resh > les morceaux polémiques sont hypocritement diffusé en version censuré. Tu as pleins d’astuce qui permettent aux radios « d’effacer » un mot qui choque. Je pense même que certains label mixent des version soft des titres de leurs artistes pour pouvoir en faire la diffusion.
On parle des hommes politiques, mais si les chansons en question ont effectivement un contenu répréhensible, pourquoi le parquet ou des associations comme le MRAP ou la LICRA n’interviennent-ils pas ? J’ai déjà vu des paroles de rap au contenu nauséabond (le chanteur y exprimait son désir de tuer des personnes en fonction de la couleur de leur peau), qui n’ont pourtant, à ma connaissance, donné lieu à aucunes poursuites (à comparer, par exemple, aux procédures judiciaires et aux nombreux articles de presse consacrés à Zemmour ou à Gollnisch).
@Pupuce: on n’a pas besoin d’écouter des chansons pour savoir qu’il y a en France plein de gens, jeunes ou non, qui ont envie de commettre – et même qui commettent effectivement – des agressions contre la police, ou contre les gens de la « mauvaise » couleur.
@Nakito, pour les parallèles avec Vian (ou Brassens, que j’ai vu cité dans le même contexte): les amateurs de Vian ou de Brassensont-ils commis
dses passages à l’acte, du type caillassage ou « bolossage », du type que commettent des amateurs de rap ?
« Tous les grands chefs d’état lui ont rendu visite »
« Et sitôt qu’ils sont tous entrés il les a enfermés en disant soyez sages, et quand la bombe a explosé de tous ces personnages il n’en est rien resté »
« En détruisant tous ces tordus, je suis bien convaincu d’avoir servi la France »
Bah, il y avait aussi de la violence, des « blousons noirs » armés de chaînes de vélo. Et c’étaient pas obligatoirement les mêmes qui se marraient en écoutant « Hécatombe » ou « La java de la bombe atomique ».
Par contre, ya bien eu des gens qui ne se marraient ni ne chantaient, mais qui ont fait Hiroshima et Nagasaki, ou les camps d’extermination.
Et souvenez-vous la fin du film de Chaplin, « Monsieur Verdoux », où le sérial killer se défend en disant qu’il n’est qu’un minuscule amateur, un tout petit artisan, en face des grands massacreurs autorisés par la loi de la guerre qui vient de prendre fin.
De la même manière, il ne fallait pas censure Orelsan.
@Apo Krif : Je me fais un peu l’avocat du diable mais les gens qui chantaient Brassens ou Vian, ils ont caillassé les flics en tentant une révolution en mai 1968 !
@Nakito: caillasser des CRS dans un contexte particulier, ce n’est pas la même chose que les agressions racistes, les coups de poignard ou les viols contre des individus lambda dans la vie de tout les jours.
Il n y a aucune histoire de racisme dans les textes accusés ici.
@Apo Krif : je n’ai pas le compte-rendu exhaustif des fait-divers imputables aux amateurs de Brassens où Vian, mais amha, ils représentent bien plus de délinquants que les fans de yusef (et parfois, c’est les mêmes !). M’enfin, c’est tellement plus identifiable, une caillera des téci.
Juste en passant, la haine des keufs fédère pas mal les français, d’habitude. Sauf s’ils viennent de garges ou vaulx, là, s’ils ont le malheur de s’attaquer aux flics (pas de jugement, juste de la réthorique), c’est des putains de racailles.