Le jeu de la mort
21 mars 2010 par valerie | Classé dans Crêpage de chignon.Mercredi soir, j’ai donc vu le documentaire « Le jeu de la mort » sur France 2.
Pour celles et ceux qui ne l’auraient pas vu.
Il s’agit d’un documentaire : des journalistes annoncent le lancement d’un faux jeu télévisé. On contacte 13 000 personnes présentes sur des fichiers de télé marketing en leur proposant de participer à un jeu ; 2600 répondent. On en retient 90 ; 80 et 10 en cas de défection parmi les 80.
Le principe est simple ; un candidat-comédien doit retenir de groupes de mots. A chaque erreur les joueurs lui envoient une décharge électrique qui va croissant. Il est indiqué sur leur console de jeu l’intensité du voltage et sa dangerosité. Il y a de l’argent mis en jeu. Le candidat électrocuté est enfermé et invisible ; on n’entend que sa voix, ses supplications, ses hurlements et son silence à partir d’un certain voltage.
Nos 80 candidats ne sont évidemment pas au courant de la supercherie. La présentatrice pousse et influence au maximum les 80 candidats pour qu’ils continuent même s’ils souhaitent arrêter, avec l’aide du public.
81% des sujets sont allés jusqu’au bout des 420 volts.
Etaient présents en off des psychologues chargés d’analyser le jeu. Vous avez ici l’analyse d’un des principaux psychologues, Jean-Léon Beauvois.
Ce jeu reproduisait donc l’expérience de Milgram et voulait donc montrer le pouvoir de la télévision.
1. Une éthique inexistante
Jean-Léon Beauvois nous le dit dans son analyse : « D’abord la prise en considération du fait que des agents sociaux dans notre société sont payés, et quelquefois terriblement bien payés, pour mettre les gens dans des états de stress au moins comparables. Et je n’ai jamais accepté l’idée que l’éthique puisse interdire à des chercheurs de faire pour leurs recherches ce que d’autres font professionnellement et vont même quelquefois apprendre à faire en formation. C’est là un mode de défense que se donne la société contre la connaissance qu’on peut avoir de son fonctionnement que les chercheurs non conservateurs ne doivent pas accepter, sauf à vouloir satisfaire à tout prix les bons sentiments et les vues soi-disant humanistes de leurs voisins des classes moyennes. Interdisons d’abord dans la société ce que la morale condamne, puis interdisons-le dans les laboratoires de recherche. Les chercheurs devraient-ils être les seuls anges purs de notre univers social ? »
Il ne s’agit pas d’être un « ange pur » et de faire, pour le bien de la science ce qu’on condamne par ailleurs. La lecture de son texte nous montre le pauvre suivi des candidats.
« Puis, dans un lieu calme, ils étaient alors longuement débriefés par deux doctorants de psychologie ou de sciences de l’information et de la communication. Les sujets étaient rappelés quelques jours plus tard au téléphone. Après quatre semaines, on leur adressait un rapport sur la recherche et ses résultats ainsi qu’un questionnaire-bilan. Il est prévu de les contacter à nouveau au bout d’une douzaine de mois. »
Personne ne sait si à terme, pour le bien de la science, ces candidats ne seront pas traumatisés ou dépressifs. Comment peut-on vivre après avoir causé la mort d’une personne, même si cela n’est pas la réalité, et même si l’on vous a expliqué que c’est une réaction « normale » ?
Sur twitter, dans la presse, ceux qui ont appuyé ont été traités de « monstres », de « moutons », de « connards ». Ceux qui ont refusé étaient qualifiés de « personnes qui auraient résisté en 40″ ; sous-entendu les autre auraient été des collabos. Quelle va être la réaction de leur famille ? Des gens qu’ils vont croiser dans la rue ?
Leur visage n’était pas masqué ; on se demande bien ce que cela apporte à l’expérience que de connaitre le visage des participants.
Peut on être sûr – et comment réagira t on en ce sens, accusera-t-on encore la télévision – qu’aucune de ses personnes ne risque des insultes, des coups dans la rue ?
2. Une expérience scientifiquement invalide.
Nous ne savons pas le nombre de personnes qui ont refusé de participer à ce jeu dés lors qu’ils ont eu conscience des modalités du jeu.
Nous ne savons pas non plus qui, de manière consciente ou non, connaissaient l’expérience de Milgram. Cette théorie a profondément marqué les sociétés occidentales, on n’a donc aucun moyen de savoir –tant le jeu était proche de l’expérience – la connaissance consciente ou inconsciente des participants.
Milgram a été très médiatisée au cours des dernières décennies ; on ne reproduit donc pas une telle expérience ; la reproduction est faussée dés le départ.
3. Quid des téléspectateurs ?
Le documentaire n’a pas pris la peine de s’interroger sur nous, téléspectateurs.
Qu’est ce qui a pu nous pousser à regarder cette émission ? Qu’est ce qui a fait que j’ai regardé des gens croyant sincèrement envoyer des décharges électriques à d’autres ? La science ? Allons donc.
Il suffit de voir les réactions sur Twitter pour comprendre que cette émission a surtout servi à nous décharger de nos pulsions agressives à l’égard de ceux jugés comme monstrueux.
Qu’est ce qui fait donc, que nous ayons regardé des gens en torturer d’autres sans jamais nous interroger sur ce que nous faisions ?
La télévision – et cela le documentaire ne pouvait évidemment nous le dire – n’est pas un outil propre à présenter des expériences scientifiques. La nécessaire mise en scène qu’offre le format télévisuel fausse d’emblée les résultats. Enfin, mettre le téléspectateur, en situation de scientifique alors qu’il n’en possède pas les compétences, est à la foi dangereux et scientifiquement invalide.
Par rapport à ta dernière remarque : la télévision n’est pas ici juste pour présenter l’expérience, elle en est le sujet. Après, peut-être l’expérience n’aurait-elle pas dû être diffusée, et faire juste l’objet d’un bouquin.
Ensuite, j’ai entendu sur France Inter le chercheur à l’origine de l’expérience parler du fait que les gens aient regardé, se demander ce qui poussait les téléspectateurs à regarder ça. Je trouve que c’est une question intéressanten qui vient compléter l’expérience. Ce point ne pouvait être évoqué dans le documentaire, étant donné qu’il n’avait pas encore été diffusé lorsqu’il a été réalisé – pardon pour l’évidence
Quand j’étais en première année de fac, on nous a diffusé un film sur l’expérience de Milgram. Ça nous avait tous choqués, et le prof nous avait dit qu’aujourd’hui, il y avait un sens de l’éthique dans la recherche qu’il n’y avait peut-être pas à l’époque, et qu’on ne pourrait plus reproduire une telle expérience. Apparemment il s’était trompé.
Cela dit, les « candidats » ont tous vu la vidéo et ont presque tous accepté d’être diffusés – ceux qui ont refusé ont été bien sûr écoutés. Mais cela ne change rien à l’horreur de ce qu’on leur a fait faire, qui va sans doute en poursuivre certains pour longtemps…
Pour finir, lorsque j’ai vu l’expérience à l’époque, je m’étais demandé si elle donnerait les mêmes résultats aujourd’hui. J’avais conclu, sans doute pour me rassurer, que non, que la recherche en psychosociologie (notamment l’expérience elle-même) avait sans doute contribué à faire prendre conscience aux gens de certaines choses, etc. Eh ben moi aussi, je m’étais gravement plantée…
Je suis à 100% d’accord avec ton article. Cette expérience est un paradoxe totale : pratiquer la torture mentale sur un sujet innocent pour en tirer une vérité.
S’il y’a une vérité à retirer de ce documentaire, ça ne serait pas du coté des « candidats » qu’il faudrait la trouver, mais plutôt du coté de l’équipe technique ou de l’animatrice. Ce sont eux les vrais sujet d’expérience qui ont regarder des gens souffrir sans réagir, parce qu’au dessus d’eux une voix leur disait « ne vous inquiétez pas, c’est pour du faux, après on s’occupera d’eux ».
L’animatrice en particulier suivait une procédure très stricte, ou elle devait renier son propre jugement. Elle a été conditionné a agir ainsi par l’équipe de psychologue qui a insister sur « la prise en charge » après le jeu et le coté inoffensif de l’experience puisque personne n’avait vraiment mal.
La souffrance morale est bien pire que la souffrance physique, et il est parfois impossible d’en guerir. J’ai été choqué de voir une participante (qui pourtant avait décidé d’arreter) fondre en larme en voyant la pseudo victime. Elle ne pouvait pas le regarder en face et l’implorait de la pardonner. Même si plus tard elle a sut faire front, la souffrance morale, la détresse et la culpabilité qu’elle a ressenti n’étaient ils pas des sentiments réels ? tout aussi réel qu’aurait été un choc électrique ?
Ce que certain non pas vu, c’est que finalement la télé a vraiment eut le pouvoir de torturer des gens pour en observer la réaction.
N’oublions pas que les participants ont fait ça pour de l’argent ! Comme quoi, on est capable de tout pour s’enrichir, même de tuer quelqu’un sous les yeux des caméras.
Gachoue > même pas : les participants étaient recruter pour tester la « formule » d’un soit disant nouveau jeu, et il leur à été dit explicitement qu’il n’y avait rien a gagner.
PAS D’ARGENT ?! S’te blague… Et dire que les tests médicaux sur humains peuvent être rémunérés jusqu’à 2000 euros la semaine ! L’argent ne pourra même pas panser les plaies de ces malheureux participants.
Ben heureusement qu’il n’y avait pas d’argent, dites… Vous imaginez le choc, une fois qu’on a réalisé ce qu’on a fait, de se dire qu’on a fait ça pour de l’argent ? Ici au moins, les candidats sont en mesure de se considérer comme « manipulés », pas « achetés ». (D’ailleurs c’est en grande partie pour ne pas biaiser l’expérience qu’il n’a pas été proposé d’argent). L’expérience ne prend pas du tout le même sens, y compris pour les candidats.
C’est d’une débilité sans nom…
Si le but était de faire une expérience scientifique, l’émission n’aurait pas été destinée à la diffusion.
Il s’agit donc de tout autre chose.
Mais quoi ?
La télévision est-elle en train de tester les limites de son pouvoir ? D’essayer de comprendre pourquoi certains cobayes n’ont pas appuyé sur le bouton pour pouvoir y remédier à l’avenir ? Le véritable sujet de l’expérience n’était-il pas plutôt la capacité d’indignation des téléspectateurs ?
Ceci étant dit, je ne me soucie pas particulièrement des états d’âme des cobayes. Quand on est tellement manipulable, à ce point irresponsable de ses actes, une remise en question s’impose de toute urgence… Fût-ce au prix d’un traumatisme ou d’une dépression.
Question subsidiaire : Qu’est-ce que vous attendez pour vous débarrasser de votre télévision ?
C’est donc uniquement une affaire de règles.
Incroyable tout de même de voir ce que les gens sont prêts à déployer comme stratagèmes pour ne pas avoir à défier l’autorité. Peut être facile à dire pour moi. Rebelle dans l’âme et difficile à amadouer (domestiquer, voire sociabiliser – petit mouton : je te suis, tu me suis).
Je ne sais pas si j’aurais joué le jeu, il est de notoriété publique que la camera paralyse. Donc j’aurais peut être souffert en silence (la révolte bien en tête). Mais mon cote empathe m’aurait probablement retenue, en fin de compte, de poursuivre l’aventure au delà des gémissements du comédien. Je me souviens d’un jeu acheté à Soho qui distribuait des mini décharges, j’etais déjà incapable de laisser mes grands frères y jouer sans protester ! Alors de là à devenir l’instigatrice… Y’a un vrai Canion.
Pour ma part cette émission donne à réfléchir sur la façon d’élever nos enfants (sans télé déjà), de leur enseigner non pas à être dociles mais à distinguer qui peut ou non avoir autorité sur eux, à juste titre.
La télé n’est pas à mettre en cause, elle n’est pas responsable des réactions des participants, ni de leur souffrance. C’est la société qui rend les gens comme ça. Depuis la crèche on nous conditionne à ne pas défier l’autorité. Cette émission n’a fait que le mettre en exergue. Le moyen est peut être écœurant, mais en ce qui me concerne il a était très instrutif.
Il explique peut être tous ces suicides professionnels, mais il mets en garde, surtout, de ne pas perdre de vue l’exécution de notre propre volonté, en toute circonstance !
Alors que l’expérience de Milgram se plaçait dans un contexte tragique (la prise de conscience de ce qui s’était passé en Allemagne Nazie) et s’interrogeait sur le « pourquoi? », pourquoi ont-ils été si nombreux à obéir, ce remake de mauvaise qualité vise surtout à nous faire perdre, collectivement, l’estime de nous-mêmes. En nous faisant croire que nous sommes à 80% des bourreaux potentiels.
Or, s’il y a une chose que les nazis avaient bien compris et qu’ils ont terriblement utilisé, c’est que quiconque a perdu l’estime de soi perd également ses capacités de résistance.
Résistons d’abord à ça!
Je réagis juste à cela « Quand on est tellement manipulable, à ce point irresponsable de ses actes, une remise en question s’impose de toute urgence »
).
(je vous répondrai demain pour le reste).
je crois que tu es trop dur Candy.
Très honnêtement, avec une expérience moins connue, nous aurions ici sans doute été nombreux à appuyer sur le bouton, moi comprise.
j’ai pris comme exemple sur twitter le bizutage dont j’ai été victime en prépa avec toute ma classe (je précise qu’il n’a pas été violent). J’ai mis longtemps à dire « non ». Pourquoi collectivement ne sommes nous pas opposés ? Les profs ont participé à ce bizutage, nous débarquions dans un lycée inconnu post bac, où l’on savait que l’on allait en chier. Nous avions une armée d’abrutis qui nous hurlaient dessus. On voit les autres se laisser faire – et les autres nous voient nous laisser faire. Et bien on a subi. Etions nous lâches, manipulables ? non je ne le pense pas (et ceci sans tenter de me remonter le moral
je ne crois personnellement pas du tout au caractère individuel dans les actes accomplis (pour la signature du contrat du départ déjà plus) ; sinon cela voudrait dire que 80% des 80 personnes avaient des pb psychologiques ; c’est statistiquement impossible.
Là, on parle quand même de torturer quelqu’un en lui envoyant de l’électricité à dose létale :
« Le simulateur de chocs électriques allant de 20 à 460 volts, les manettes se trouvant regroupées par ensembles étiquetés successivement « chocs légers » (20, 40, 60 volts), « chocs modérés » (80, 100, 120), « chocs forts » (140, 160, 180), « chocs très forts » (200, 220, 240), « chocs intenses » (260, 280, 300), « chocs très intenses » (320, 340, 360), « chocs dangereux » (380, 400, 420) et, enfin « XXX » (440, 460). »
Ce n’est pas un bizutage, Valérie. C’est de la torture. Il n’y a pas d’autre mot. Quiconque s’est déjà pris une décharge de 220 ne l’oubliera jamais.
Il y a un monde de différence entre serrer les dents pour surmonter une épreuve de « bienvenue » en milieu hostile et faire souffrir quelqu’un d’autre par lâcheté. Il est question de rapport à l’autorité dans les deux cas, mais pas de la même manière.
Pour répondre à ton dernier paragraphe, j’aurais tendance à penser que les personnes ayant des problèmes psychologiques sont souvent beaucoup plus allergiques à l’autorité que les autres.
Ceux qui obéissent, ce sont les gens « normaux », les bons élèves, les employés modèles, les citoyens bien intégrés qui se sentent en sécurité en présence d’un flic.
Le caractère individuel, j’y crois pour les 20% qui ont refusé de se soumettre. Les autres sont des moutons privés de libre arbitre, pas des individus.
En fait, ce que je dis plus haut n’est pas nécessairement dur. C’est même plutôt humaniste, si on veut bien le considérer sous cet angle : quand je dis « une remise en question s’impose de toute urgence, fût-ce au prix d’un traumatisme ou d’une dépression », je considère qu’on peut apprendre de ses erreurs.
Certains de ces cobayes auront beaucoup de mal à se regarder dans un miroir pendant longtemps, mais ils auront appris quelque chose sur eux-mêmes. Ils deviendront sans doute plus critiques. C’est tout le mal que je leur souhaite.
Les seuls boutons sur lequels j’appuie sont sous mon seul et unique contrôle. Et ça ne changera jamais.
µExpérience pseudo scientifique, jeux pervers de télé. Une seule volonté. Pas faire une expérience socio machin, mais juste une émissiion de merde de plus destinée à créer un « buzz ».La véritable indécence, dans tout cela, c’est que personne ne remette en cause le droit de la télé à faire absolument n’importe quoi sous couvert d’expérience. Les candidats ont bel et bien subi un traumatisme, ceux qui l’ont subi ne sont juste pas ceux que l’on croyait au départ. Il n’empêche que le trauma, il est bien là, et tout ça pour une p.. d’émission de télé de merde.
Je m’interroge sur la présentatrice qui inflige volontairement une torture « psychique » à autrui en « obéissant » également aux ordres que l’on lui transmet dans l’oreillette et qui pourtant ne se vit pas comme ayant finalement été elle-même cobaye tout à fait représentatif de ce que l’émission prétendait démontrer.
Quand à l’intêret de l’émission elle-même, je n’en voit pas vraiment, si le but avait été de démonter les mécanismes d’obéissance à une autorité , un docu débat sur l’expérience milgram aurait suffit. Là le but était d’établir un pseudo lien avec la télévision présupposée totalitaire.Cependant l’expérience est reproductible dans pratiquement tous milieu qui implique une hiérarchie des autorités. De plus le réalisateur du doc semble se spécialiser dans la remise en cause de la télévision puisqu’il annonçait déjà un prochain doc sur les dérives de la téléréalité.
Je trouve bien que la télévision se remette en cause de temps en temps. je trouve bien la capacité de se remettre en cause en général. mais tant qu’à le faire, autant le faire bien, et là ce ne fut pas le cas, postulat de départ tendancieux, présupposés éronnés et orientés, discour vague et conclusoin alarmiste génératrice d’angoisse. un cocktail que l’on retrouve souvent à la télévision justement.
La bande annonce de l’émission en disait déjà beaucoup sur son objectif réel, comme le disait RIGel, faire le buzz.
En ce qui concerne les participants, je suis ok sur le fait qu’ils auront du mal à prendre du recul sur ce qui s’est passé et je ne comprend pas non plus la nécéssité qu’il y’ eue de montrer leurs visages. Encore une fois la télé a prit des raccourcis pour prêcher la bonne parole sans se soucier des dégats collatéraux.
Le mode de sélection… c’est quand même des gens prêts à participer à un jeu télé sans même savoir lequel… ya pas un pti biais?
Ce qui me confirme le biais, c’est que ces gens ne connaissaient pas Milgram, ils ne devaient pas trop se soucier de sociologie…
Après, je suis pas sûre que les gens se représentent concrètement ce que l’on ressent avec une décharge électrique de tant de volts. Je me suis pris le courant une fois, c’était dans ma toute petite enfance. Je me souviens que quand un prof nous a fait étudier, en fac, l’expérience de Milgram (années 60), j’étais perplexe, parce que je me rendais pas compte ce que représentait une décharge électrique. Précisément, le souvenir de la petite secousse désagréable que j’avais connue me trompait.
Le manque total de rigueur dans la conduite de cette expérience, puis le gros battage médiatique assez douteux… manque plus que d’apprendre que finalement tout était bidonné, pourquoi pas?
Ya d’ailleurs aussi ceci : http://www.yagg.com/2010/03/22/le-jeu-de-la-mort-et-le-candidat-homo-christophe-hondelatte-repond-a-la-polemique/
je vous mets en lien le second docu du même mec, ce coup ci très réussi : http://ow.ly/1oDh6
Araignée ; je crois que toute expérience de ce genre fonctionnera, quelle que soit la méthode.
flashou ; j’ai été très impressionnée de la candidate qui pleurait en effet avec le comédie qui disait « je ne vous en veux pas ».
flashou et gachoue ; il y a un point qu’on n’a pas évoqué et qui est peu clair. l’animatrice insistait en disant « si vous vous arrêtez, le candidat va vous en vouloir, il n’aura pas ses sous ».
candy ; mais on pourrait évoquer des bizutages très violents qui ont débouché sur des torture psychos et physiques ; et tout le monde a suivi…
attention, je ne nie pas que c’est de la torture, evidemment.
rigel ; je partage ton opinion.
noum ; en effet, une bonne émission nous décortiquant Milgram aurait été plus efficace.
CTJ ; c’est aussi ce que je me suis dit sur le voltage ; mais candy le dit au dessus. il y a précisé sur les panneaux de la console de jeu la dangerosité des voltages…
pour l’anecdote, moi qui suis connue pour ma maladresse à toute épreuve, j’ai voulu un jour brancher une radio sur une rallonge déjà branchée à la prise. Ca ne rentrait pas complètement j’ai donc gaillardement appliqué mes doigts sur les deux parties en métal.. 220 volts… j’ai honnêtement cru que j’allais faire une crise cardiaque.
CTJ ; exact ; si on a déjà choisi de participer à un jeu ; l’expérience est d’ores et déjà biaisée.
GM ; merci pour le lien
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connaissez vous ceci sinon ? (on n’est plus sûr que cela se soit passé ainsi mais on sait qu’en tout cas, le phénomène se présente souvent).
http://fr.wikipedia.org/wiki/Effet_du_t%C3%A9moin
Valérie > oui je connaissais ce principe (sans en connaitre le nom) car on le retrouve souvent quant on fait de la formation : interpeler le groupe « a la cantonnade » n’a souvent aucun effet, car la prise d’initiative (a moins d’avoir un sujet très stimulant) se dissoud dans la masse, chaque personne ne voulant pas être « celui qui agit ». Comme dit dans l’article Wikipédia, il est plus efficace d’interpeler une personne (ce qui pourra cependant animer le reste du groupe).
C’est comme être le dernier a prendre quelque chose sur un plateau de canapés : ça crée un bloquage
pour moi il n’y a pas de biais de sélection. Etant donné qu’on cherchait à démontrer quelle était l’autorité de la télévision et quelle légitimité les cobayes lui accordaient, les choisir en fonction de leur attrait pour ladite télévision était légitime.
Milgram avait lui aussi fonctionné comme ça, il avait choisi des volontaires pour participer à une expérience scientifique, donc des gens intéressés par la science, avides d’y participer, pour démontrer l’autorité de la science et uniquement celle ci. Chaque expérience de soumission à l’autorité ne peut s’appuyer que sur des gens sensibles à la chose dont on veut prouver l’autorité, c’est l’inverse qui serait un biais de sélection.
Ce qu’il faut c’est de la rigueur dans l’analyse des résultats: le résultat n’est pas que 80% des gens obéissent à leur télé, le résultat est que 80% des participants volontaires à un jeu télé obéissent aveuglément à la règle de ce jeu télé, aussi débile soit-elle. Ce qui d’après moi avait déjà été amplement démontré par l’existence même de certains jeux, soit dit en passant.
Après la proportion de ces gens là dans la population totale reste à étudier et cette proportion m’intéresserait davantage, mais l’humain est menteur et fourbe et ça risque d’être dur à évaluer…
pupuce ; « pour moi il n’y a pas de biais de sélection. »
justement si tu prends des gens déjà soucieux d’avoir leur quart d’heure de gloire, ne fausses tu pas le biais ?
« c’est l’inverse qui serait un biais de sélection. »
je vois ce que tu veux dire mais ne suis pas d’accord. peut être faudrait i mixer entre les « intéressés et les « non intéressés ».
« Ce qui d’après moi avait déjà été amplement démontré par l’existence même de certains jeux, soit dit en passant. »
absolument.
Flashou ; bah on vit cela souvent dans le metro. si tu es agressé personne ne réagit. si par miracle, une personne réagit le reste du groupe suit.
Valérie « connaissez vous ceci sinon ? (on n’est plus sûr que cela se soit passé ainsi mais on sait qu’en tout cas, le phénomène se présente souvent). »
Oui, c’est connu. Un des trucs qu’on t’apprend dans les stages d’autodéfense, c’est lorsque tu es en situation de danger dans un endroit où il y a du monde, ça ne sert à rien d’appeler à l’aide « dans le vide ». Il faut désigner une personne en particulier et lui donner un ordre, du genre « vous monsieur avec le pantalon brun, appelez la police ».
j’ignorais tiens
).
Par ailleurs, j’ai vu un extrait sur « Arrêt sur images »: la présentatrice utilise comme argument « Il vous remerciera » (d’avoir persévéré). Et, dernier coup: « Vous prenez la responsabiité de FAIRE PERDRE le candidat.
J’ai pensé au bouquin d’Alice Miller, « C’est pour ton bien, racines de la violence en éducation ». Combien de parents ont brimé ou brisé leurs enfants en se persuadant que c’était pour leur bien, « tu me remercieras plus tard! ».
Et sur la question du biais: on ne peut pas toujours l’éviter totalement dans une recherche, mais on en SIGNALE l’existence et on en DISCUTE les éventuelles conséquences.
Obligatoirement.
CTJ ; exactement. on rend le candidat coupable…
bon alors, je n’ai pas regardé l’émission trouvant que cette démarche procède du grand cirque télévisuel sous couvert d’une démarche scientifique et dévoyant complètement les travaux de stanley milgram.Prétendre faire réfléchir les masses avec ce type d’émission est limite indécent(d’ailleurs, les commentaires que je vois un peu partout me confortent dans cette opinion).Il s’agit avant tout de générer de l’audience en mobilisant le gout du public pour le voyeurisme(ça fonctionne bien en ce moment).Le seul intérêt de cette émission, c’est de nous apprendre que l’autorité légitime aux yeux des gens, c’est la télévision!!Quel beau renversement de valeurs!!Alors qu’aujourd’hui, on voit que la parole scientifique, par exple, est totalement décrédibilisée aux yeux des français(exemple sur les effets sanitaires des antennes de téléphonie mobile, sur les OGM, sur le réchauffement climatique…), le présentateur de TV est une autorité LEGITIME qui appelle la soumission.Car c’est bien ça que Milgram interroge, la notion de légitimité.Quel monde fantastique qu’est le notre!!pour revenir à nos moutons, comme l’a dit CTJ, l’expérience de Milgram est inspirée par le nazisme et le fait que tant de gens ordinaires aient pu se transformer en bourreaux sans en avoir forcément conscience ou en tout cas en se sentant déresponsabilisés par rapport aux conséquences tragiques de leurs actes. effectivement les travaux de milgram sont une démarche majeure dans la compréhension du phénomène nazi, et de la shoa, bien plus pertinents que toutes les études sur la personnalité et la psychologie d’Hitler qui présentent vraiment un intérêt tout à fait limité pour comprendre ce qu’il s’est joué dans cet épisode sombre de l’humanité.Par ailleurs, si j’en crois les coms ici(n’ayant encore une fois pas vu l’émission), il me semble qu’il y a tout un pan(essentiel) des travaux de milgram qui ne transparait pas ou mal.En effet, au delà de la soumission à l’autorité et la cruauté(sur laquelle semble uniquement se concentrer les lecteurs ici), c’est bien le sentiment de déresponsabilisation qui est en jeu dans cette expérience ou plutôt le transfert de responsabilité qui est opéré sur l’ordonnateur considéré comme légitime.En effet, c’est bien le combat intérieur qui se joue entre une conscience éthique individuelle et une un ordre émanant de celui qui maîtrise les règles du jeu.Ce phénomène de déresponsabilisation dans l’esprit des bourreaux procède de ce sentiment selon lequel « si ceux qui incarnent l’autorité légitime me disent de faire cet acte, ayant eux mêmes conscience des effets, c’est que ça ne doit pas être si grave, contrairement à ce que je ressent confusément au fond de moi ».Dans ce cas, l’autorité fait douter des conviction éthique élémentaires.Pour finir,le point positif est peut-être d’inciter à la lecture de milgram.
dans un domaine different mais qui a trait à la soumission à l’autorité considérée comme légitime, c’est la proposion des invividus à se soumettre aux prescriptions du médecin sans les remettre en cause, même lorsqu’elles paraissent étranges au sujet. Ces derniers peuvent facilement manipuler et abuser le patient qui aura du mal à établir, dans son esprit, la réalité de la transgression.
bonjour Valérie,
dans la même veine et qui fait réfléchir, avez-vous vu le film « La Vague », tiré d’une expérience menée dans les années 60 ?
http://fr.wikipedia.org/wiki/La_Vague_(film)
Plutôt bien fichu, le film est assez glaçant et montre comment d’un homme tout à fait ordinaire et plutôt gentillet, on peut devenir… peut-être un monstre.
Bien cordialement.
valerie : La suite : http://www.tetu.com/actualites/television/le-candidat-gay-du-jeu-de-la-mort-revient-sur-laffaire-hondelatte-16779