Cogito ergo sum

15 décembre 2009 par valerie | Classé dans Crêpage de chignon.

Dans son discours de Latran, Sarkozy parla de « laïcité positive ». Adjoindre un adjectif mélioratif au concept de laïcité indique clairement, que, pour notre chef d’état, la laïcité est à parfaire et à « catholiciser ».

Tous les présidents français – même si la distinction avait peu été en vogue jusqu’à René Coty, ont été chanoine d’honneur de Latran sauf Mitterand et Pompidou qui ont simplement accepté le titre de chanoine. Les autres, De Gaulle, VGE, Chirac l’ont acceptée de façon discrète. Sarkozy fut donc le seul à médiatiser cette distinction avec un discours réaffirmant l’importance de la foi ; il marque donc une rupture majeure, et à mon sens, désastreuse, dans l’histoire de la laïcité française.
Comprenons qu’en tant qu’homme, Sarkozy est bien évidemment libre d’avoir des convictions religieuses. Mais, il ne semble toujours pas avoir compris, que l’homme doit s’effacer devant la fonction.

Rappelons que la laïcité ne s’applique pas dans trois départements : en Alsace Moselle, réintégrée à la France en 1918, à Mayotte pour les principes du droit et à Wallis et Futuna où l’école primaire est confiée aux catholiques.

Nous avons, bien évidemment, une histoire fortement imprégnée de culture catholique et marquée par les persécutions à l’égard de ceux ne l’étant pas. On pensera aux cathares, aux vaudois, aux bogomils, puis aux protestants, aux juifs et aux religions des différents peuples colonisés. Au passage, je me serai gardée d’évoquer Bernard de Clairvaux, qui est certes canonisé mais aussi l’instigateur des persécutions contre les cathares. L’on ne manquera pas de me dire que tout ceci est bien ancien.. sauf que la persécution religieuse est encore une réalité.

Fonder et appliquer l’idée de laïcité était donc la seule garantie de respecter les croyances des uns et des autres (et également de ceux n’en ayant pas) tout en préservant indépendance de l’état face aux différentes religions. c’est pourquoi le statut des trois départements cités au dessus est totalement paradoxal ; comment appliquer la loi sur les signes ostentatoires à l’école tout en permettant, en Alsace, dans des établissements scolaires publics, la présence de cours d’éducation religieuse et de crucifix ?

Dans le même discours, Sarkozy déclara « Or, longtemps la République laïque a sous-estimé l’importance de l’aspiration spirituelle« . La république n’a pas à se mêler des croyances de chacun. Chacun est libre de croire ou pas, chacun doit pouvoir mener son culte comme il l’entend dans des conditions décentes et dans le respect de la loi. Mais nous n’avons pas à demander leurs avis aux religieux, quels qu’il soient.

Ce discours est un véritable camouflet pour tous les athées : « Bien sûr, ceux qui ne croient pas doivent être protégés de toute forme d’intolérance et de prosélytisme. Mais un homme qui croit, c’est un homme qui espère. Et l’intérêt de la République, c’est qu’il y ait beaucoup d’hommes et de femmes qui espèrent. »
« La désaffection progressive des paroisses rurales, le désert spirituel des banlieues, la disparition des patronages, la pénurie de prêtres, n’ont pas rendu les Français plus heureux. C’est une évidence« . je ne vois pas bien en quoi apprendre que je dois obéissance à mon mari, que je ne peux lire un livre saint pendant mes règles ou que je suis une meurtrière si je me fais avorter me rendrait plus heureuse, mis si c’est une « évidence ».

Il convient donc de dire et répéter une chose ; la laïcité accepte que les croyants croient que l’homosexualité est contre nature –et ce ne sont pas les seuls – que toutes les religions enseignent que le femme est inférieure à l’homme. L’état n’a pas à juger les croyances qui restent du domaine de la pensée. Là ou nous nous en mêlons, c’est lorsqu’il y a application de ces pensées dans la vie civile.

Sarkozy dit ensuite « Et puis je veux dire également que, s’il existe incontestablement une morale humaine indépendante de la morale religieuse, la République a intérêt à ce qu’il existe aussi une réflexion morale inspirée de convictions religieuses. D’abord parce que la morale laïque risque toujours de s’épuiser ou de se changer en fanatisme quand elle n’est pas adossée à une espérance qui comble l’aspiration à l’infini. »
L’idée du laïcard fanatique n’est pas nouvelle – sentez-vous les chars soviétiques à nos portes – mais jusqu’à présent, en France ce ne sont pas les laïcs qui ont eu une attitude fanatique. Quant à avoir une morale imprégnée de religion, il suffit de lire les trois livres saints des trois grandes religions monothéistes pour douter de la pertinence d’une telle idée. Si Sarkozy a été prompt à vouloir aider cette journaliste soudanaise condamnée au fouet pour port d’un pantalon (mais n’était ce pas qu’une simple application de la morale religieuse qu’il vante ?), je l’attends encore quant à l’aide qu’il pourrait apporter à cette femme excommuniée pour avoir fait avorter son enfant violée en Amérique du Sud.

Au passage il serait quand même temps de faire un sérieux point sur les bâtiments classés au patrimoine historique. 30% des bâtiments classés sont des édifices religieux ; la moindre église, ne présentant aucune espèce d’intérêt historique ou architectural est classés, ce qui lui permet d’avoir des subventions diverses et variées. Qu’on facilite aux croyants l’accès à leurs édifices – en leur facilitant l’achat d’un terrain par exemple – mais qu’ils se débrouillent pour le construire et l’entretenir.

15 commentaire to “Cogito ergo sum”

  1. GouineMum | 15/12/09 | 1 h 08 min

    « il ne semble toujours pas avoir compris, que l’homme doit s’effacer devant la fonction » : si si, mais il ne _veut_ pas séparer les deux, il se croit instauré dictateur tout-puissant, et il agit en conséquence. Sarkozy est un totalitariste déclaré, l’ennemi type de toute démocratie.

  2. Bôôh | 15/12/09 | 9 h 37 min

    Dans le 6 ou 7e paragraphe, « chacun doit pouvoir mener son culture »… culte plutôt, non ?

  3. romu | 15/12/09 | 10 h 16 min

    Dans ce cas-ci, je préfèrerais la version intuitive de l’existence ( ego sum ) à celle de la logique ( cogito ergo sum ), car je pense que chez Sarko y a plus d’ego que de cogito ;)

  4. valerie | 15/12/09 | 12 h 19 min

    merci booh, je corrige.

    aujourd’hui il y a ceci :
    http://preview.leparisien.fr/flash-actualite-politique/nadine-morano-veut-que-les-jeunes-musulmans-francais-ne-parlent-pas-verlan-15-12-2009-745471.php

    ne bloquez pas trop sur les propos de Morano qui, pour puants qu’ils sont cachent l’essentiel ; on choisit la ville natale de Barrès pour cette réunion. Et comme peu de gens savent la raclure qu’était Barrès.; ca passe comme lettre à la poste.

  5. Flashou | 15/12/09 | 13 h 21 min

    Madame Morano, vos propos son discriminatoire : comment pouvez vous insinuer que les jeunes francais de souches chrétiennes et portant le haut de forme droit ne soient pas capable de parler le verlan ? c’est une teuon !

  6. Romane | 16/12/09 | 1 h 52 min

    juste une précision: l’Alsace/Lorraine sont effectivement sous régime du concordat mais de là à dire que les écoles publiques ont des croix dans les salles de classe, non. Par ailleurs, et de mémoire, je me souviens effectivement de cours de religion dans les écoles publiques mais ceux qui ne souhaitaient pas y aller en avaient le droit. Même si je reconnais que les parents poussaient leurs enfants à y assister. De plus, ce n’est pas parce que le régime du concordat perdure que la laïcité ne s’exerce pas en Alsace/LOrraine. Cela est faux ou tout au moins erroné.

  7. GouineMum | 16/12/09 | 2 h 33 min

    Romane : Tout dépend de ce qu’on appelle « la laïcité s’exerce ». Ayant grandi en Allemagne, donc sous concordat et avec enseignement religieux obligatoire et crucifix à l’école publique, j’y ai fait l’expérience d’une bien plus grande laïcité qu’en France…

  8. valerie | 16/12/09 | 3 h 09 min

    romane : http://www.fairelejour.org/spip.php?article2054

    pour les cours de religion, le problème n’est pas qu’on puisse refuser d’y assister (j’ai fait un an d’école privée, il y avait des cours d’éduc religieuse non obligatoires) mais qu’il y en ait.
    DONC s’il y a des cours d’éduc religieuse, la présence de signes ostentatoires dans les classes, je vois mal comment ensuite on peut exiger quoi que ce soit des autres religions.

    GM ; nous sommes bien d’accord et nous avions évoqué le cas de la Belgique, assez similaire semble t il à celui de l’Allemagne. Il n’en demeure pas moins que si sarkozy nous ressort la laïcité toutes les deux minutes à propos des musulmans, il ne doit ni parler de laïcité positive en ce qui concerne le catholicisme et revenir sur la situation alsacienne.

    flashou. tu n’as pas compris. Comme d’habitude, les journalistes, tous sous la coupe de l’extrême gauche, ont pris les phrases hors contexte. nadine a dit qq chose frappé au coin du bon sens mais nous ne le comprenons pas c’est tout.

    (là je dis vive Maurras, vive Barrès et je me fais plein d’amis à l’ump, c’est ca ?).

  9. Flashou | 16/12/09 | 8 h 07 min

    Valérie > Si tu ajoute une allusion sur la Suisse (au choix : minaret, Polanski…) et une blague sur les charter vers l’Afghanistan, je te garanti que je t’obtiens une carte de membre dans les 3h qui suivent.

  10. GouineMum | 16/12/09 | 9 h 40 min

    valerie : Tout à fait d’accord, bien sûr. D’ailleurs, j’aimerais qu’on commence par laïciser les institutions de l’État français : en virer les sous-marins de l’Opus Dei notamment, p.ex. Boutin et ses potes.

  11. Flashou | 16/12/09 | 10 h 14 min

    GM > tu soulèves un point très interressant du débat : est ce qu’on peut esperer de la laicité de la part de non laic ? in extenso, une personne pratiquante peut elle prétendre à un poste d’élu dans un état laic par définition (vu que dans les faits nous sommes quand même dans un systeme fortement emprunt de christianisme, ce qui est compréhensible a l’échelle de l’Histoire).

    Si on peut admettre que des courants de pensée de droite ou de gauche peuvent alimenter positivement le paysage politique, peut on en dire autant des courants religieux ?

    Dans le livre de Eric Laurent « la guerre des Bush » ce dernier propose une explication au soutien des USA envers Israel. En bon croyants, le gouvernement américain a majorité protestante considère que la consolidation d’Israel marquera le retour du Christ.

    Je précise tout d’abord que c’est une théorie et que je n’affirme absoluement pas que ça soit vrai : ça me parait juste plausible. Je n’oubli pas les autres facteurs qui rentrent en compte (une communauté juive important au USA constituant un lobby puissant, la possibilité de disposer d’une position forte au moyen orient etc etc). L’exemple me parait cependant parlant pour illustrer en quoi le mélange de la politique et de la religion peut mener a des glissements plus que dangereux.

  12. GouineMum | 16/12/09 | 21 h 03 min

    Flashou : Ma réponse à ta question serait que oui, on peut. A preuve p.e. l’Allemagne et la Scandinavie. La question en France, et dans d’autres États, est plutôt si on _veut_…

    Quant à la théorie américaine, bof : à mon avis c’est un prétexte très bushiste qui cache un vrai lobbying de plusieurs côtés.

  13. cultive ton jardin | 18/12/09 | 9 h 28 min

    @ Flashou:
    Plausible que « le gouvernement américain a majorité protestante considère que la consolidation d’Israel marquera le retour du Christ. »? Plausible que le soutien inconditionnel des USA à Israël soit de nature religieuse et non politique?

    C’est croire que deux choses sont dans un rapport de causalité de l’une à l’autre, alors qu’elle ont tout simplement une cause commune, la complicité « naturelle » entre les dirigeants de tout acabit, qu’ils soient dirigeants religieux ou dirigeants politiques… ou (surtout) dirigeants économiques et financiers. Ces gens là s’entendent d’un clignement d’oeil, comme larrons en foire. D’autant plus facilement que ce sont souvent les mêmes.

  14. Flashou | 18/12/09 | 9 h 47 min

    CTJ > je me suis sans doute mal exprimé car je n’opposais pas forcément les deux théories (c’est pas soit politique, soit religieux) : comme le disait GouineMum, il y’a des interets financier qui sont sans doute bien plus « concluant » dans les choix et les décisions prises.

    Le fait est que la religion apporte un éclairage differents aux compromis idéologiques douteux que font certains politique.

    C’est le même genre de tour de passe passe qui permet de faire accepter une politique douteuse sur l’air de « c’est la volonté de Dieu » : factuellement c’est pour le bling bling, mais les dirigeant bien pensant se rassurent et se donnent bonne conscience en trouvant des connexions religieuse pour cautionner leurs décisions (je ne parlerais pas d’actes : ces gens là ne se salissent pas les mains).

    C’est bien entendu valable quelle que soit la religion.

  15. Artémise | 23/12/09 | 11 h 35 min

    Bonjour Valérie,

    Je me permets juste une petite remarque personnelle.
    Je suis catholique (mais mariée – à l’église aussi – à un agnostique, tout arrive, même la tolérance, chez les catholiques :p) et je suis choquée par les propos de Sarkozy.

    Pourquoi ? Non pas parce que la laïcité, tout ça. Cela a déjà été dit.

    Mais surtout parce que la position de Sarkozy est celle d’un parfait tartuffe à la Napoléon, qui pense que les églises c’est fait pour gouverner les gens.
    C’est d’autant plus grave que je ne crois pas que Sarkozy soit un « bon catholique », à la différence de Charles de Gaulle ou de Valéry Giscard d’Estaing qui étaient (enfin sont, n’enterrons pas ce pauvre Giscard) des personnages profondément religieux, et sous la présidence desquels nous n’avons pas, je crois, eu à souffrir de massacres organisés par l’Eglise catholique.

    Ce qui me choque, donc, c’est la vision purement cynique qu’il a des religions, purement utilitariste.

    Bien sûr, je pense que mes convictions religieuses déterminent une part de mes convictions politiques (si tant est que j’en aie réellement), et que l’un joue sur l’autre. Mais un tel cynisme choque forcément croyants et non croyants…

    désolée pour ce long pavé ;)