Sur un air de Brassens

19 janvier 2009 par valerie | Classé dans Crêpage de chignon.

cheveux.jpgJe reviens sur un billet d’Agnès Giard sur le porno, article qui m’a, au passage, parfaitement énervée.
Le sujet est compliqué ; à peine évoque-t-on l’envie de réfléchir sur le porno, qu’on est catalogué censeur, cul bénit ou pire féministe.

C’est vrai que le porno est autant l’objet d’une critique prude – ou faussement prude – et réactionnaire que d’une autre, plus hédoniste ou militante ; les deux sont parfois confondues.

Agnés Giard parle donc du dernier livre de Maïa Mazaurette où comparaison est faite entre le cinéma dit classique et le cinéma porno ; comparaison qui ne tient pas. Même s’il y a évidemment mises en scène dans tous les types de cinéma, l’acte sexuel n’est pas simulé dans le X alors qu’il le serait dans le cinéma dit traditionnel (d’où d’ailleurs la polémique à la sortie du dernier tango à Paris ou des films de Breillat).

Sylvester Stallone

De plus, contrairement à ce qui est avancé, rien n’empêche d’étudier les codes parfaitement machistes auxquels obéissent les films d’action comme d’interroger ceux présents dans une majorité de films X.
Il est d’ailleurs curieux de constater que le porno, hostile à la morale bourgeoise, en est un pur produit : reprise de schémas éprouvés homme/femme ; noir/blanche, performance et productivité à l’honneur. Le porno qui a joué sur la transgression des normes dans les années 70 s’y est perdu. Prenons une scène banale ; Marie-Amélie se prépare à prodiguer à Filibert une fellation, geste sympathique que Filibert gratifie d’un vigoureux « oh oui t’aimes ca, salope ». Mais pourquoi « salope » ? Le porno joue sur l’idée qu’il est contestataire, anti-bourgeois, subversif, alors qu’il ne fait qu’entériner l’idée que la sexualité est sale et que c’est cette saleté qui est censée nous procurer désir et excitation.

sexe.jpg

Oui il est important de s’interroger sur les clichés véhiculés par le porno, comme d’ailleurs sur les fantasmes. Personne ne prétend interdire à qui que ce soit de fantasmer ; on peut néanmoins se demander pourquoi tant de fantasmes masculins comme féminins sont fondés sur la domination des femmes. Il est étrange de ne pas pouvoir questionner la sexualité. Je me poserais quelques questions si Dieu avait l’intégrale d’Alain Minc ou de Steven Seagal mais il serait parfaitement déplacé de ma part de me poser des questions s’il possédait des gonzos d’une pauvreté scénaristique éprouvée, aux clichés sexistes les plus éculés ?

Personne ne demande au porno de devenir un genre où rient les oiseaux et chantent les abeilles ; Je me souviens d’un porno d’Ovidie qui avait tenté de casser les codes en vigueur et avait produit un truc niaiseux, pseudo romantique et mortellement chiant.
Simplement le porno pouvait redevenir ou plutôt devenir un genre vraiment transgressif au sens où il n’obéirait pas aux clichés sexistes, racistes et homophobes. Ca n’est pas le fait de gueuler « salope » à une femme qui aime le sexe(ou feint de l’aimer) quiest hors-norme ou transgressif, c’est plutôt le fait de ne pas le faire qui l’est.

Sans doute est-ce aussi au consommateur de cesser de consommer sans réfléchir ; la sélection, d’ailleurs dans tous les domaines, reste un vrai pouvoir à notre disposition.

17 commentaire to “Sur un air de Brassens”

  1. Lousia | 19/01/09 | 9 h 44 min

    Je me souviens d’une prof de français, qui arrivait à la soixantaine, toujours bien habillée et propre sur elle – On était en 5ème, donc une classe de 25-30 morveux de 12 ans qui rigolaient nerveusement à chaque texte qui laissait plâner un peu d’érotisme dans un bout de phrase. Un mot scabreux provoquait une hilarité rougissante de bon ton.

    Un jour, agacée, elle nous a fondu un boulon. Elle nous a dit que nous étions de purs produits du porno, incapables de réfléchir à la relation hommes-femmes, complètement virusés par les images qu’on nous montrait. « Et puis franchement, les femmes qui hurlent comme si elles avaient très mal, ça vous parait normal à vous ? »

    On a plus jamais pouffé.
    Beaucoup ont oublié, très certainement, mais moi ça m’a marqué.

  2. Dom | 19/01/09 | 10 h 03 min

    Bien d’accord, et au delà de l’image de la femme que donne le porno, je m’interroge surtout sur le fait que peu de femmes réalisent des films X et que donc ceux ci sont faits par des hommes pour des hommes.

    Le résultat, et là, c’est la mère de famille qui parle, je me demande comment expliquer à ma fille adolescente que non, faire une pipe n’est pas un préliminaire sexuel impératif, et que non, la sodomie n’est pas non plus une obligation.

    C’est le credo par exemple de Puzzy power, qui réalise des pornos pour femmes, faits par des femmes, filiale de la société de Lars Von trier.

    Je schématise, mais grosso modo, on en est encore là, des stéréotypes qui font qu’aujourd’hui les jeunes qui découvrent la sexualité au travers de la pornographie, et c’est sans doute le moyen le plus courant, auront une image de celle ci, dénaturée, machiste, bien loin de la réalité et des fantasmes féminins.

  3. valerie | 19/01/09 | 10 h 10 min

    Dom ; je ne sais à quel point le porno peut influencer les gamins. je sais qu’un pote, très friand du genre,m’avait avoué en vouloir sans cesse + dans ses relations sexuelles personnelles tant il s’ennuyait vite. il imputait ca au porno.

    Lou ; très drôle ta prof tiens. J’imagine vos têtes :)

  4. Dom | 19/01/09 | 10 h 48 min

    Et pourtant… Une spécialiste de l’éducation sexuelle disait dernièrement qu’auparavant les petites filles en classe demandaient comment rouler une pelle aux garçons.

    Aujourd’hui, elles demandent comment faire une fellation.

  5. Petite Cervoise | 19/01/09 | 11 h 26 min

    Valérie, tu parles ici de porno « classique », or j’ai l’impression que cette catégorie est en net recul. Il y a une segmentation de plus en plus forte sur ce marché, les films étant de plus en plus thématiques (domination de l’homme / de la femme, anal, lesbiennes, uro etc etc), comme si les spectateurs sentaient le besoin d’explorer à fond un fantasme pendant 1h30 pour ensuite passer au suivant ou à un autre film plus hard encore.
    On voit une espèce de boulimie se créer, qui est effectivement souvent à gerber, mais comme toujours, est-ce à cause de l’offre ou de la demande ?
    Mon impression est que la société ayant tendance à s’individualiser, chacun vit plus dans ses fantasmes que dans la réalité (application également possible à la virtualisation de nos relations), du coup, on peut aller plus loin dans nos bas instincts sans aucun risque (croit-on)…

  6. valerie | 19/01/09 | 11 h 42 min

    Pardon quand je dis « classique » ca désigne le cinéma traditionnel en opposition au porno. En effet c’est très segmenté ; c’est sans doute logique puisque comme tu le dis ca répond à des fantasmes.

    « mais comme toujours, est-ce à cause de l’offre ou de la demande ? » difficile de dire en effet.

  7. romu | 19/01/09 | 12 h 26 min

    Le coup de la « salope » me fait un peu penser au billet que j’avais fait chez Pingoo sur le « Dirty talk ». Généralement, cette pratique d’excitation est, chez des êtres responsables et consentants dans le rapport, acceptée des deux parties, non?
    Et tant qu’il ne mêle pas les noms d’animaux à leur joute verbalo-sexuelle, je m’en tape un peu…

  8. valerie | 19/01/09 | 12 h 51 min

    « Généralement, cette pratique d’excitation est, chez des êtres responsables et consentants dans le rapport, acceptée des deux parties, non? » evidemment. Maison peut questionner cette pratique fort répandue dans le porno ; comme se demander pkoi salop et salope n’ont pas du tout la même signification. Les femmes sont pas mal insultées dans le porno; même sous couvert d’excitation, ca n’est pas neutre, sinon l’inverse existerait aussi.

  9. romu | 19/01/09 | 13 h 02 min

    C’est juste. En même temps, j’ai pas assez de références dans le domaine. Ca n’existe même pas dans le SM que l’homme en prenne plein la tronche et les burnes?

  10. Pascal | 19/01/09 | 13 h 57 min

    C’est intéressant comme article (comme bien d’autres d’ailleurs merci Viinz pour la découverte..)
    mhmmm…Pourquoi en vouloir plus dans ce type de films…?
    Je pense que la question serait plutôt pourquoi en vouloir plus dans nos sexualités?
    Ou comme dans la question qui fut le premier de la poule ou de l’œuf: est ce le désir du spectateur ou la proposition du producteur de films X qui amène les styles?

    Est ce que l’absence de plus en plus grande de tabou dans nos sexualités (dans le vrai sens du terme, interdit sociétal) et qui sont autorisé par la morale commune aujourd’hui n’engendre pas cette ouverture?

    Dernièrement, aux Pays-bas, des pédophiles ont voulu créer un parti politique destiné à faire du lobbies Or cela a été rejeté…Pour toujours?

    Les Pays Bas ont introduit beaucoup de libertés (bonnes ou mauvaises le débat n’est pas là à mon sens) mais en faisant cela, il est difficile de connaître les « limites » et peut créer un appel d’air.
    Le cinéma pornographique n’en est-il pas là? ôtez toutes barrières poussent à l’ »aggravation » des « fantasmes » qui sont présentés…

    Je m’interroge sur l’avenir de mes deux filles avec ce qui est offert à ces générations en tant que modèle sexuel ou de vie si tous les interdits sont éliminés.

    Tu pourrais aussi pousser l’interrogation sur la mode des pré adolescents et le modèle que l’on veut imposer…Le string en CM2 est pas terrible à mon sens…Certains spécialistes parlent d’une augmentation des hormones due à notre alimentation et qui expliquerait que les jeunes enfants d’aujourd’hui soient plus précoces…

    Et la société et ce qu’impose internet n’y ai pour rien? je me demande…Intéressant ton sujet

  11. Gallïane | 19/01/09 | 17 h 42 min

    Oui mais comment on fait quand on est contestataire mais qu’on aime se faire appeler « salope » ? :D

  12. Flashou | 20/01/09 | 1 h 26 min

    Petite Cervoise > L’hyper ségmentation du porno est totalement liée aux geeks et à leur manie de classifier les choses. C’est presque psychotique comme attitude.

    Je suis un jour tombé sur une gallerie d’image hallucinante, pas tellement sur son contenu (des babes asiatiques) mais sur la précision glacé avec laquelle chaque image comprenait des tags ultra détaillé décrivant jusque à la position de la babe, un autre indiquant son origine ethnique, un autre encore la couleur de ses yeux… je me suis cru sur la page d’Hannibal Lecter !

    Toute cette classification froide et asseptisée est symptomatique de la geek attitude : un maximum de distance entre l’objet du désir et soi afin d’en garder un controle absolu, un classement sur des critères cartésiens n’impliquant aucune prise de position subjective (j’aime / j’aime pas) afin de sécurisé encore plus. Cependant tout passage a l’acte est impossible, puisque la réalité « casse » le sentiment de controle.

    Galliane : On se fait appeler « salope de contestataire » ? :)

  13. valerie | 20/01/09 | 12 h 30 min

    flashou : tiens ton idée est intéressante ; c’est vrai que le porno etait moins segmenté avant Internet.

    pascal (bienvenue). déjà je doute profondément qu’une modification hormonale soit source de l’hyper sexualisation des gamines et gamins :) .
    je n’ai pas l’impression que les tabous soient moins présents ; ils se déplacent simplement.
    C’est aussi ce que je souligne via cet article ; la société parait plus libérale (sens neutre) alors qu’elle me parait foncièrement très puritaine. le porno, comme je le disais, reste symbole d’une société sexiste et capitaliste ; rien de tres révolutionnaire la dedans (enfin la partouze est elle communiste ? ;) )

    Gallïane: une féministe Susie Bright a dit  » Je ne m’assois pas sur mon lit avec mon gode essayant de rationaliser quoique ce soit ! »
    en clair, la reflexion c’est une chose ; la baise une autre. On peut réfléchir sur la seconde mais faut pas réfléchir quand on la pratique :) .
    je rajouterais qu’il est rare que les gens savent ce qu’ils aiment dans le sexe ;une fois qu’ils le savent, qu’ils en profitent et ne se posent pas de questions.

  14. Pascal | 20/01/09 | 15 h 37 min

    a société parait plus libérale (sens neutre) alors qu’elle me parait foncièrement très puritaine. le porno, comme je le disais, reste symbole d’une société sexiste et capitaliste ; rien de tres révolutionnaire la dedans (enfin la partouze est elle communiste ? ;) )

    Il faut d’abord se demander ce qu’est le puritanisme. Est ce qu’une société peut accepter tout et dès lors elle peut apparaître comme puritaine? non?
    Après, le porno sexiste, je me demande…Vis à vis de la position montrée de la femme? Me souvenant de quelques pornos des années 70, il me semble qu’il y ai grand chose de changé..
    Capitaliste: bien sûr, son utilisation est faite pour gagner de l’argent et pas autre chose; il n’y a rien de libérateur dans le porno à mon sens au contraire des débuts de Playboy par exemple qui voulait montrer le nu féminin pour éviter la diabolisation…

    La partouze communiste? Je sais pas j’ai pas essayé donc je ne pourrais pas savoir…mais je trouve ça un peu réducteur…Le sexe ne serait il point sans étiquette justement et plutôt tourné vers Rousseau.

    Pour l’analyse de flashou, je pense pas que tout le monde soit geek; nous sommes tout simplement voyeur et un jaloux de ce que peut faire l’autre et que nous nous interdisons.
    Pour preuve le succès des vidéos amateurs qui concurrencent plutôt l’industrie…non?

  15. flashou | 20/01/09 | 16 h 19 min

    Pascal > mon propos était surtout d’expliquer l’hyperségmentation. Après le « pourquoi » on regarde du porno, je te rejoins lorsque tu dis que c’est une recherche de ce qu’on à pas. c’est principalement une affaire de frustration (de ceux qui ne baisent pas, ou pas assez ou pas comme ils le voudraient, etc).

  16. Pascal | 20/01/09 | 17 h 21 min

    Tu parles de la segmentation dans la présentation sur le site internet…Oui…C’est pas faux…
    ou alors ils ont fait l’E.N.A.

  17. Fanny | 30/01/09 | 10 h 34 min

    Etre brillante ou pertinente après tout ce qui a été dit, c’est pas facile, surtout pour une femme (ha non là je plaisante)…
    Très bon sujet, très très bon.

Sois brillant, voire pertinent !